A la folie...: Billie Hopkins (French Edition)

Fiona LECLERE · Chapitre 1 sur 17

Pages du PDF

A la folie...: Billie Hopkins (French Edition)

Prologue

 

Au volant de ma Dodge, je n’arrive toujours pas à réaliser ce que je viens de faire. J’ai un large sourire et suis fier de moi, pourtant je présage le pire.

 

Il faut que je m’organise. Que tout ça ait l’air à peu près sérieux. Il faut d’abord trouver le lieu parfait, un lieu que je sois seul à connaître, facile d’accès et pas trop loin de la maison. Là où personne ne pensera à aller fouiner. La maison de vacances de mes grands-parents semble être un bon compromis. Il va falloir que j’aménage un peu le coin pour que ce soit potable mais dans sa globalité, cette vieille bâtisse a plus à offrir que n’importe quelle autre. Si tout se passe comme prévu, dans deux semaines je suis à Zurich et dans trois, je me fais dorer la pilule sur une plage. N’importe laquelle, pourvu qu’il y ait des bières.

 

Je me souviens m’être muni d’un pack avant de partir et prends la première canette qui me tombe sous la main. Ce n’est pas la meilleure que j’ai bue mais elle est assez rafraichissante pour faire passer l’arrière-goût amer rappelant son prix bon marché.

 

Il faut que j’envoie la première lettre demain. J’essaierai d’être sur place quand il la recevra, c’est plus sûr.

 

Je jubile à l’idée de voir sa tête en apprenant la nouvelle. Une petite voix intérieure se fraie un chemin parmi la multitude de pensées qui m’accapare : S’il n’avait aucune réaction ? Si je me trompais sur toute la ligne ?

 

Maintenant je ne peux plus reculer. C’est tout moi ça ! Je meurs d’envie de faire demi-tour alors que ça m’est impossible. J’ai agi sur un coup de tête, je n’ai rien prévu et surtout, le plus délirant dans cette histoire, j’ai essayé d’anticiper les réactions d’un type que je connais à peine. J’avoue que de ce point de vue, faire demi-tour est ma meilleure option.

 

-Et puis merde ! Il me le doit bien ! 

 

Même si ce n’est pas l’idée du siècle, c’est le seul moyen que j’ai de faire pression sur lui. Je reprends une autre gorgée de ma bière mais manque de m’étouffer et perds un instant le contrôle de la voiture. Assez déçu, je reprends le volant des deux mains et jette la canette encore pleine par la fenêtre.

 

 -Mmm…. 

 

Une petite voix embrumée émane de la banquette arrière.

 

J’ai dû la réveiller. En effet, en une demi-seconde, le corps inanimé que j’avais soigneusement placé à l’arrière de ma voiture se transforme en furie. Malgré le bâillon qui lui enserre la bouche et les liens qui entravent ses poignets, elle se débat et hurle à s’en rompre les cordes vocales. Ah les femmes… Madame se réveille et il faudrait déjà que je m’arrête pour une pause pipi ! Et puis quoi encore ?

 

Après quelques minutes d’ultra-sons des plus irritants, je décide de la faire taire. Sans me retourner, je lâche froidement :

 

-La ferme !

 

Surprise, elle reste muette un instant avant de reprendre ses affreux miaulements. Je stoppe alors la voiture et me tourne violemment vers elle.- Si tu ne fermes pas ta jolie bouche maintenant, je te jure que tu finis dans le coffre !

 

Elle acquiesce d’un hochement de tête paniqué avant d’afficher un air perplexe. Elle prononce un mot incompréhensible à travers son bâillon mais je saisis immédiatement à quoi elle fait référence.

 

Espèce de crétin ! Elle t’a reconnu !

 

Elle a déjà vu plusieurs fois mon visage, bien sûr qu’elle sait qui je suis…et moi qui pensais la laisser partir au bout de quinze jours. Quel imbécile je fais ! Mon intervention a néanmoins porté ses fruits puisqu’elle garde le silence jusqu’à la fin du trajet. Nous arrivons à la tombée de la nuit devant la demeure au sein de laquelle je prévois de passer ces prochains jours. Elle appartient à ma famille depuis maintenant trente-cinq ans. Elle m’a vu grandir et aujourd’hui, elle me voit devenir un criminel. Je coupe le moteur et reste assis, le regard fixé sur la porte d’entrée. Il me faut une minute rien qu’à moi avant d’y aller. D’autres ont emprunté cette voie bien des fois et ils continueront de l’emprunter tant que cette société dans laquelle nous vivons restera aussi imparfaite. Était-ce aussi difficile pour eux que ça l’est pour moi en cet instant ?

 

Je me tourne pour contempler mon œuvre. Billie me regarde, la peur déformant les traits de son visage et les mains levées, me suppliant de l’épargner. Trop tard…le mal est fait.

 

OceanofPDF.com