Au jour le jour
Par une bele journée de juin, Coco…
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Par une bele journée de juin, Coco Barrington regardait le soleil se lever sur San Francisco depuis sa terrasse de Bolinas. Ele contemplait la traînée orange et rose qui s’étirait dans le ciel, alongée sur une chaise longue achetée dans un vide-grenier, tout en dégustant une tasse de thé chinois. Une vieile statue en bois, représentant Quan Yin, était posée non loin d’ele. Quan Yin était la déesse de la Compassion, et Coco tenait énormément à cet objet.
Sous le regard bienveilant de la déesse, la jeune femme profitait des rayons dorés du soleil levant qui l’enveloppaient, alumant des reflets cuivrés dans ses cheveux auburn qui lui arrivaient presque à la taile. Ele portait une vieile chemise de nuit en flanele, dont les cœurs imprimés étaient en grande partie délavés, et était pieds nus.
La maison où ele vivait était construite sur pilotis et donnait sur l’océan et sur une étroite bande de plage. Coco était heureuse d’être là. Ele avait vingt-huit ans et habitait ce petit vilage de bord de mer, situé à moins d’une heure de San Francisco, depuis quatre ans.
Le nom de « maison » était légèrement exagéré. C’était plutôt une maisonnette. Aux yeux de sa mère et de sa sœur, c’était même une cabane, et ni l’une ni l’autre ne comprenaient pourquoi Coco s’entêtait à y vivre et même semblait s’y plaire. Pour eles, ce logis était un vrai cauchemar. Sa mère avait tout essayé pour tenter de faire revenir Coco à ce qu’ele appelait « la civilisation », mais la jeune femme ne considérait pas la vie que menait sa mère et la façon dont ele avait été élevée comme civilisées. Selon ele, tout n’y était que mensonge. Que ce soit les gens, leur mode de vie, leurs objectifs, leurs maisons ou les visages liftés de toutes les femmes qu’ele connaissait à Los Angeles, tout lui paraissait artificiel.
L’existence qu’ele menait à Bolinas était simple, sans complication et vraie, comme ele l’était ele-même. Ele détestait les faux-semblants. Non pas que sa mère dissimulât sa véritable personnalité, d’aileurs. Extrêmement raffinée, ele était seulement attentive à maintenir une certaine image d’ele-même. Depuis trente ans, la mère de Coco écrivait des romans à succès. Ses récits n’étaient pas mensongers, ils manquaient simplement de profondeur, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir un public fidèle. Ele écrivait sous le pseudonyme de Florence Flowers, qui était le nom de jeune file de sa propre mère, et jouissait d’une immense notoriété. Agée de soixante-deux ans, ele avait vécu ele-même un véritable conte de fées avec son mari, Bernard « Buzz » Barrington, l’agent artistique le plus important de Los Angeles, jusqu’à ce qu’il meure subitement d’une crise cardiaque quatre ans auparavant. Buzz avait seize ans de plus qu’ele. Ensemble, ils avaient eu deux files, Jane et Coco.
Buzz avait été quelqu’un d’extrêmement influent et avait protégé sa femme pendant les trente-six ans qu’avait duré leur union. Il l’avait toujours encouragée et avait su guider sa carrière. Coco s’était toujours demandé si sa mère aurait connu un tel succès sans l’aide de son père. Florence, ele, ne s’était jamais posé cette question.
Pas un instant ele n’avait mis en doute la qualité de son travail.
Mais ele ne se remettait jamais en cause et avait des idées sur tout.
Ele ne cachait pas que Coco la décevait énormément et n’hésitait pas à la traiter de marginale, de hippie et même de barjo.
Jane ressemblait à sa mère. Sa carrière était tout aussi brilante et ele n’avait pas la moindre indulgence envers sa sœur, tout en l’aimant beaucoup. Ele traitait Coco de ratée et faisait remarquer à sa cadette qu’ele aurait pu réussir sa vie si jusqu’à présent ele n’avait pas gâché toutes ses chances. Ele lui rappelait néanmoins qu’il n’était pas trop tard pour changer, mais que, tant qu’ele resterait à Bolinas, son existence serait un véritable désastre.
Coco ne voyait pas les choses de la même manière. Ele subvenait ele-même à ses besoins, menait la vie qui lui convenait et ne se droguait pas, même s’il lui était arrivé de fumer un joint en compagnie de ses amis lorsqu’ele était à l’université. Ele n’était pas une charge pour sa famile, n’avait pas de dettes, n’avait jamais été enceinte et n’était jamais alée en prison. Ele-même ne ressentait pas le besoin de critiquer le mode de vie de sa sœur. Ele ne disait pas non plus à sa mère qu’ele se couvrait de ridicule en s’habilant comme une minette et que la peau de son visage était trop tirée par son dernier lifting. Coco souhaitait seulement être ele-même et gérer sa vie comme ele l’entendait. L’existence luxueuse de Bel-Air ne lui avait jamais convenu. Petite, ele détestait être cataloguée comme étant la file de deux célébrités et, plus récemment, comme la petite sœur d’une personnalité connue. Ele s’était vraiment insurgée après Princeton, qu’ele avait quitté avec les honneurs. Ele avait alors entamé des études de droit à Stanford et les avait abandonnées un an plus tard. Depuis, trois années s’étaient écoulées.
C’était son père qui avait voulu qu’ele fasse du droit. Il souhaitait qu’ele travaile avec lui et il était persuadé que, pour réussir dans le métier d’agent artistique, mieux valait avoir un bon bagage dans le domaine juridique. Malheureusement, représenter des auteurs de best-selers, des scénaristes ou des acteurs de cinéma n’attirait absolument pas Coco, même si c’était la passion de son père. Lorsqu’ele était enfant, toutes les célébrités d’Holywood venaient chez eux, mais ele n’envisageait pas de continuer à les fréquenter, comme son père l’avait fait toute sa vie.
Secrètement, ele pensait qu’à force de représenter ces gens trop gâtés, déraisonnables et insatiables pendant près de cinquante ans, le stress avait fini par le tuer. Aussi, pour ele, exercer cette profession équivalait quasiment à une condamnation à mort.
Son père était mort lors de sa première année d’études. Ele avait tenu un an de plus, avant de laisser tomber le droit. Sa mère avait été catastrophée qu’ele arrête ses études et lui en voulait toujours. Ele l’accusait de vivre comme une clocharde dans sa cabane de Bolinas. Ele n’était venue qu’une seule fois, et depuis, ele ne cessait de fulminer. Après avoir quitté l’université, Coco avait décidé de s’instaler tout près de San Francisco. Ele s’y plaisait davantage qu’à Los Angeles. Sa sœur y vivait depuis des années, tout en se rendant fréquemment à Los Angeles pour son travail. Le fait que ses deux files aient fui Los Angeles contrariait toujours leur mère, bien qu’ele vît souvent Jane. En revanche, Coco lui rendait rarement visite.
La sœur de Coco avait trente-neuf ans et était l’une des plus importantes productrices de films d’Holywood. Sa réussite était époustouflante et ele avait battu les records du box-office à onze reprises. Cet extraordinaire succès rabaissait encore Coco dans l’estime de ses proches. Sa mère lui répétait sans cesse combien leur père aurait été fier de Jane, puis ele éclatait en sanglots à l’idée que sa file cadette gâchait sa vie. Ele avait toujours utilisé les larmes pour obtenir ce qu’ele voulait de son mari. Buzz passait tout à son épouse et adorait ses files. Parfois, Coco se disait que, s’il avait été là, ele lui aurait expliqué ses choix, mais en vérité, ele savait qu’ele n’y serait pas parvenue. Il ne l’aurait pas mieux comprise que sa mère et sa sœur : son mode de vie l’aurait à la fois déconcerté et déçu. Lorsqu’ele avait entrepris des études de droit, il en avait été ravi et avait cru que cette décision mettait un point final aux idées révolutionnaires qu’ele affichait jusque-là. Selon lui, on avait le droit d’être généreux, de se préoccuper du sort de la planète et de son prochain, mais il ne falait pas aler trop loin. Tant qu’ele était au lycée, il l’avait laissée faire, persuadé que les études de droit la remettraient sur le bon chemin. C’est ce qu’il avait assuré à sa mère. Ce n’était apparemment pas le cas, puisqu’ele les avait abandonnées.
Son père lui avait laissé un héritage plus que suffisant pour vivre, mais Coco n’y avait jamais touché, préférant ne dépenser que ce qu’ele gagnait ele-même. Ele était généreuse et faisait souvent des dons en faveur de causes importantes à ses yeux, comme l’écologie, la préservation d’espèces animales en danger ou l’aide aux enfants du tiers-monde. Sa sœur la traitait de « grande sentimentale ». Sa mère et sa sœur disposaient de toute une panoplie de qualificatifs peu flatteurs à son égard, tous blessants.
Coco admettait facilement qu’ele était sentimentale. C’était d’aileurs pour cette raison qu’ele aimait tant la statue de Quan Yin.
Ele se sentait en parfaite harmonie avec la déesse de la Compassion. Coco était foncièrement honnête, ele avait bon cœur et son amour des autres était sans limites. A ses yeux, ce n’était pas un crime, ni même un défaut.
Jane aussi avait causé du souci à ses parents. A dix-sept ans, lorsqu’ele était en terminale, ele leur avait annoncé qu’ele était homosexuele. Agée de six ans à l’époque, Coco n’avait pas eu conscience de l’effet que cela avait eu sur son père et sa mère. Jane avait ensuite milité pour défendre les droits des lesbiennes à l’université de Californie, où ele faisait des études de cinéma. Ele avait brisé le cœur de sa mère lorsqu’ele avait refusé d’aler au bal des débutantes. Ele aurait préféré mourir plutôt que de s’y rendre, avait-ele affirmé. Mais, en dépit de ses préférences sexueles et de son militantisme, ele avait les mêmes objectifs que ses parents. Son père lui avait pardonné dès qu’ele lui avait exposé ses désirs de gloire. Et, lorsqu’ele les avait réalisés, tout s’était arrangé entre eux.
Depuis dix ans, Jane vivait avec une célèbre scénariste, une jeune femme charmante qui avait beaucoup de talent. Eles s’étaient instalées à San Francisco, où la communauté homosexuele était importante. Dans le monde entier, leurs films étaient connus et appréciés. Jane avait été nominée quatre fois aux Oscars, mais n’en avait encore remporté aucun. Sa mère ne voyait plus aucune objection à ce qu’Elizabeth et Jane vivent ensemble. C’est sur Coco que se reportaient toutes ses récriminations et celes de Jane.
Toutes deux lui reprochaient ses choix ridicules, sa vie de hippie, son indifférence affichée envers tout ce qui était important à leurs yeux.
Pour finir, eles reprochaient aussi à Coco d’avoir suivi l’exemple de celui avec qui ele vivait lorsqu’ele avait quitté la faculté de droit. Il s’appelait Ian White, était australien et incarnait tout ce que sa famile ne voulait pas pour ele. Il était inteligent, doué et bien élevé, ainsi que Jane l’avait admis, mais c’était un
« raté », tout comme Coco. Après avoir abandonné ses études en Australie avant d’avoir obtenu ses diplômes, Ian s’était instalé à San Francisco, où il avait ouvert une école de plongée et de surf. Il était brilant, tendre, drôle, gentil et adorait Coco. Ian était un diamant brut, un homme libre qui agissait à sa guise. Le jour où ele avait fait sa connaissance, Coco avait su qu’ele venait de rencontrer son âme sœur. Quand ils avaient emménagé ensemble au bout de deux mois, ele avait juste vingt-quatre ans. Ian était mort deux ans plus tard. Ces années avaient été les plus beles de la vie de Coco, aussi n’avait-ele aucun regret, sauf, bien sûr, qu’il fût parti. Il faisait du deltaplane lorsqu’une rafale de vent l’avait poussé contre les rochers et la chute l’avait tué. Il avait suffi d’un instant pour que tous leurs rêves s’effondrent. Ils avaient acheté ensemble leur petite maison de Bolinas, qui était restée à Coco après la disparition de Ian. Sa combinaison et son matériel de plongée s’y trouvaient encore. Coco avait vécu de durs moments pendant la première année qui avait suivi son décès. Au début, sa mère et sa sœur s’étaient montrées compatissantes, mais cela n’avait pas duré longtemps. Dans leur esprit, Coco devait se ressaisir, surmonter cette épreuve, commencer une nouvele vie et mûrir. C’était ce qu’ele avait fait, mais pas comme sa mère et sa sœur l’entendaient, et eles considéraient cela comme une véritable injure.
Coco savait bien qu’ele devait faire son deuil et aler de l’avant. L’année précédente, ele avait eu quelques copains, mais aucun d’entre eux n’arrivait à la chevile de Ian. Ele n’en avait jamais rencontré un seul doté d’une tele joie de vivre, d’une tele énergie, d’une tele gentilesse et d’un tel charme. Il était difficile d’égaler Ian, pourtant ele espérait que quelqu’un se présenterait un jour. Simplement, jusqu’à maintenant ce n’était pas arrivé. Ele savait que Ian n’aurait pas voulu qu’ele reste seule. Mais ele n’était pas pressée. Coco était heureuse de vivre à Bolinas, de s’éveiler chaque matin et de découvrir ce que lui réservait cette nouvele journée. Ele n’avait pas de plan de carrière. Ele n’avait pas besoin de devenir célèbre pour se prouver sa propre valeur. Ele ne voulait pas vivre dans une bele propriété de Bel-Air. Ele ne souhaitait que ce qu’ele avait eu avec Ian : du bonheur et des nuits d’amour. Et ele savait que leur souvenir la soutiendrait toute sa vie. Ele se moquait bien de savoir où la mèneraient ses prochains pas ou qui ele trouverait au bout du chemin. Chaque jour était en lui-même une bénédiction. Sa vie avec Ian avait été parfaite et avait correspondu à tout ce qu’ele désirait, et ele avait réussi, durant les deux dernières années, à retrouver la paix et à admettre qu’ele devait continuer sans lui. Bien qu’il lui manquât toujours, ele avait fini par accepter sa disparition. Ele n’était pas pressée de se marier, d’avoir des enfants ou de rencontrer un autre homme. A vingt-huit ans, rien de tout cela ne lui paraissait urgent. La seule chose qui lui importait était Bolinas.
Lorsqu’ils s’y étaient instalés, la vie qu’on y menait leur avait semblé bizarre. C’était une drôle de petite communauté, dont les habitants avaient non seulement décidé de passer inaperçus, mais aussi de disparaître. Aucun panneau n’indiquait la direction de Bolinas ou ne signalait son existence. Il falait le trouver par ses propres moyens. Au début, cette impression de vivre en dehors du temps les avait fait rire. Dans les années soixante, beaucoup de hippies y étaient arrivés et nombre d’entre eux étaient encore là avec, aujourd’hui, le visage ridé et les cheveux gris. Les seules boutiques du vilage étaient un magasin de vêtements où l’on pouvait se procurer des robes hawaïennes et des tissus en coton aux couleurs bigarrées, un restaurant rempli de surfeurs grisonnants, une épicerie qui vendait de la nourriture bio et un bazar qui vous proposait toutes sortes d’articles, tels que des pipes à eau de tailes, formes et couleurs variées. La plupart des maisons étaient construites sur pilotis, devant l’océan. Un bras de mer les séparait de Stinson Beach et des demeures luxueuses qui s’y trouvaient. A Bolinas, il y avait bien une rangée de beles maisons, mais la population était essentielement constituée de marginaux, de vieux surfeurs et de gens qui avaient choisi de disparaître pour une raison quelconque. A sa façon, c’était une sorte d’élite, mais radicalement différente de cele dans laquele Coco avait grandi et que Ian avait fuie en quittant l’Australie. Tous les deux étaient donc parfaitement assortis. Aujourd’hui, il était parti, mais ele avait choisi de rester et n’avait aucune intention de s’en aler, quoi que sa mère et sa sœur en disent. La psychothérapeute qu’ele avait vue après la mort de Ian et jusqu’à une date récente prétendait qu’à vingt-huit ans ele n’avait pas terminé sa crise d’adolescence. C’était possible, mais cela lui convenait. Sa vie et l’endroit où ele habitait suffisaient à son bonheur. En tout cas, ele était certaine d’une chose : ele ne retournerait jamais à Los Angeles.
Quand le soleil se leva à l’horizon, la jeune femme rentra dans la maison pour boire une tasse de thé. Salie, la chienne de Ian, sauta du lit pour sortir tranquilement de la maison. Ele remua un peu la queue, avant d’entamer sa promenade solitaire sur la plage.
Extrêmement indépendante, ele assistait Coco dans son travail. Ian lui avait dit que les bergers australiens faisaient des secouristes géniaux, mais Salie suivait son propre instinct. Son attachement à Coco obéissait à des règles qu’ele seule connaissait, tout comme sa conduite. Cependant, ele obéissait à la voix, ayant été impeccablement dressée par Ian. Ele surgit lorsque Coco se servit sa seconde tasse de thé tout en jetant un coup d’œil à sa montre. Il était un peu plus de 7 heures, c’est-à-dire le moment pour ele de prendre sa douche et de se rendre à son travail. Ele aimait bien traverser le pont du Golden Gate à 8 heures et être chez son premier client trente minutes plus tard. Les gens pour qui ele travailait savaient qu’ele était toujours à l’heure. Son entreprise était toute petite, mais étonnamment rentable. On se disputait ses services depuis trois ans, après que Ian l’avait aidée à monter son affaire. Depuis sa mort, sa clientèle avait énormément augmenté, bien que Coco la limitât soigneusement. Ele appréciait de rentrer chez ele chaque jour à 16 heures, ce qui lui laissait le temps de faire une promenade sur la plage avec Salie avant la tombée de la nuit.
Coco avait pour voisins d’un côté une aromathérapeute et de l’autre un acupuncteur qui exerçaient tous les deux à San Francisco.
L’acupuncteur était marié à une institutrice et l’aromathérapeute vivait avec un pompier dont la caserne se trouvait à Stinson Beach.
C’étaient des gens bien, simples et droits, qui travailaient dur et s’aidaient mutuelement. Quand Ian était mort, ils avaient tous été incroyablement gentils avec ele. Ele était sortie une ou deux fois avec un colègue de l’institutrice, mais ele n’en était pas tombée amoureuse et ils étaient devenus amis. Ainsi qu’on pouvait s’y attendre, sa famile les considérait comme des hippies. Sa mère les traitait de bons à rien, ce qu’aucun d’entre eux n’était, même si ele les voyait ainsi. En fait, la plupart du temps Coco était seule et se contentait de sa propre compagnie.
A 7 h 30, après une bonne douche bien chaude, Coco se dirigea vers sa vieile camionnette. C’est Ian qui la lui avait dénichée et ele s’en servait chaque jour pour se rendre en vile. Le vieux véhicule cabossé correspondait exactement à ses besoins, malgré son kilométrage élevé. Il avait beau être très laid, il ne lui causait aucun problème. Même s’il ne restait pas grand-chose de la peinture qui avait autrefois recouvert la carrosserie, il était en bon état. Lorsque Ian vivait encore, ils faisaient ensemble des balades à moto dans les colines le week-end, ou de longues promenades en mer sur son bateau. Il lui avait appris à plonger. Depuis sa mort, ele n’avait pas utilisé la moto, toujours cachée sous une bâche, dans le garage. En revanche, ele avait vendu le bateau et fermé l’école de plongée, puisqu’il n’y avait plus personne pour s’en occuper. Coco en aurait été incapable et, de toute façon, ele avait sa propre entreprise à gérer.
Ele ouvrit la portière arrière de la camionnette, pour que Salie puisse sauter sur la banquette, les yeux brilants d’excitation. Bien réveilée par sa promenade sur la plage, ele était prête à travailer.
La jeune femme sourit à la grosse bête amicale, au pelage noir et blanc. Ceux qui ne connaissaient pas sa race la prenaient pour une chienne bâtarde, mais c’était un pur berger australien, au regard bleu et grave. Coco referma la portière, puis ele se glissa derrière le volant et adressa un signe de la main à son voisin qui venait de terminer son service à la caserne. Tous vivaient paisiblement, et presque personne ne songeait à fermer sa porte la nuit.
Ele se retrouva bientôt sur la route en zigzag, en haut de la falaise. Au loin, les immeubles miroitaient sous le soleil matinal. La journée promettait d’être bele, ce qui lui faciliterait la tâche.
Comme ele l’avait prévu, ele traversa le pont à 8 heures. Ele arriverait à l’heure chez son premier client, ce qui, en fait, n’avait pas vraiment d’importance. De toute façon, il lui aurait pardonné d’être en retard, ce qui n’arrivait presque jamais. Ele n’était pas l’irresponsable que sa famile l’accusait d’être, ele était simplement différente.
Ele tourna dans Pacific Heights et s’engagea sur Divisadero.
Ele alait arriver en haut, quand son téléphone portable sonna.
C’était Jane.
— Où es-tu ? demanda-t-ele sèchement.
Ele s’exprimait toujours comme s’il y avait une urgence nationale ou que des terroristes attaquaient sa maison. Ele vivait dans un stress permanent qui tenait à sa profession et convenait parfaitement à sa personnalité. Elizabeth, sa compagne, était plus décontractée, et sous son influence Jane s’était considérablement adoucie. Coco aimait bien Liz. Agée de quarante-trois ans, cette dernière était aussi brilante et talentueuse que Jane, mais ele n’en faisait pas étalage. Liz avait fait de brilantes études à Harvard. Ele avait écrit un roman qui n’avait pas eu beaucoup de succès, puis était alée à Holywood pour y devenir scénariste. Là, ele avait remporté deux oscars. Jane et ele avaient fait connaissance lors du tournage d’un film, dix ans auparavant, et ne s’étaient plus quittées.
Leur union était solide, eles s’entendaient bien et se voyaient passer leur vie ensemble.
— Je suis sur Divisadero, pourquoi ? s’enquit Coco d’une voix lasse.
Ele détestait cette façon de s’adresser à ele. Jane ne lui demandait jamais comment ele alait et ne l’appelait qu’en cas de besoin. Eles avaient toujours eu ce type de relation. Jane considérait sa sœur comme sa subalterne. Coco avait d’aileurs consacré à ce problème une grande partie de sa thérapie. Mais ele avait beau s’y efforcer, ele ne parvenait pas à changer. Salie, qui s’était instalée à l’avant, près de sa maîtresse, l’observait avec intérêt, comme si ele percevait la tension de Coco et se demandait quele en était la raison.
— Bon. J’ai besoin de toi, fit Jane avec un soulagement teinté d’inquiétude.
Coco savait qu’Elizabeth et ele étaient sur le point d’aler à New York, pour le tournage d’un film qu’eles coproduisaient.
— Que veux-tu ?
La chienne pencha comiquement la tête de côté.
— Je suis très embêtée. La personne qui s’occupe de la maison en mon absence me fait faux bond et je pars dans une heure, s’écria Jane d’une voix vibrante de désespoir.
— Je croyais que tu ne partais que dans une semaine ?
Ele était tout près de chez sa sœur, qui habitait à quelques rues de là, dans une magnifique maison donnant sur la baie. Les plus beles demeures de San Francisco se trouvaient dans ce quartier.
On ne pouvait nier que cele de Jane était l’une des plus fabuleuses, bien qu’ele ne corresponde pas au goût de Coco. Ele ne l’appréciait pas plus que Jane n’aimait la sienne. Les deux sœurs étaient aux antipodes l’une de l’autre.
— Il y a une grève des techniciens du son, sur le plateau. Liz est partie la nuit dernière et, moi, je dois y être ce soir pour rencontrer les représentants des syndicats, mais je n’ai personne pour s’occuper de Jack. La mère de ma gardienne vient de mourir, si bien qu’ele doit rester à Seattle et s’occuper de son père malade pour une durée indéterminée.
Coco fronça les sourcils, sentant où sa sœur voulait en venir.
Ce n’était pas la première fois que cela arrivait. Dès que quelque chose n’alait pas, Jane se servait d’ele comme d’une roue de secours. Estimant que Coco n’avait pas de vie, il était normal à ses yeux que sa sœur la dépanne. Et Coco, pour qui Jane représentait toujours la grande sœur, ne savait pas lui dire non. Jane, en revanche, n’avait aucune difficulté à dire non aux gens, ce qui était une des clés de sa réussite. En plus, ele profitait du fait que « non »
était un mot qui ne faisait pas partie du vocabulaire de Coco pour abuser de cette faiblesse, chaque fois qu’ele en avait besoin.
— Je viendrai promener Jack, si tu veux, suggéra la jeune femme.
— Tu sais bien que cela ne marchera pas, répliqua Jane sur un ton contrarié. Il déprime, si personne ne rentre à la maison, le soir.
Il rendra les voisins fous en aboyant toute la nuit. Sans compter que j’ai besoin de quelqu’un pour surveiler la maison.
— Tu veux que je le garde chez moi jusqu’à ton retour ?
— Non, répondit fermement Jane. J’ai besoin que tu habites à la maison.
« J’en ai besoin »… Coco avait entendu cette phrase dix milions de fois dans sa vie. Jamais : « Pourrais-tu me rendre ce service, s’il te plaît ? »
« J’ai besoin de toi. » C’était l’occasion rêvée de dire non.
Coco ouvrit la bouche pour prononcer le mot fatidique, mais aucun son ne sortit. Ele jeta un coup d’œil à Salie, qui semblait la fixer avec incrédulité.
— Ne me regarde pas comme ça, ordonna-t-ele à la chienne.
— Quoi ? A qui parles-tu ? demanda Jane.
— Cela n’a pas d’importance. Pourquoi ton chien ne peut-il pas venir chez moi ?
— Il n’aime pas bouger et veut coucher à la même place, affirma Jane.
Coco leva les yeux au ciel. Son premier client habitait tout près et ele ne voulait pas être en retard, mais quelque chose lui disait qu’ele alait l’être. Sa sœur exerçait sur ele un pouvoir quasi magnétique, une force à laquele ele était incapable de résister.
— Moi aussi, j’aime bien dormir dans mon lit, rétorqua-t-ele le plus fermement possible.
Mais ele ne trompait personne, Jane moins que tout autre.
Elizabeth et ele alaient être à New York pendant au moins cinq mois.
— Je n’ai pas l’intention de rester chez toi pendant cinq mois, poursuivit Coco d’une voix têtue.
Ele savait que la réalisation d’un film pouvait se prolonger et durer six ou sept mois.
— Très bien. Je trouverai quelqu’un d’autre, répliqua Jane d’un air désapprobateur.
Ele s’adressait à ele comme si ele était une petite file récalcitrante. Coco avait beau se répéter qu’ele n’était plus une enfant, ce ton la blessait toujours.
— Mais je n’y arriverai pas avant de partir, enchaîna Jane. Il va faloir que je m’en occupe depuis New York. Je ne te demande pourtant pas la lune. Il y a pire que de vivre chez moi pendant six ou sept mois. Cela te ferait du bien et tu n’aurais plus à faire la navette entre Bolinas et San Francisco.
Les arguments étaient solides, mais n’intéressaient pas Coco.
Ele détestait la maison de sa sœur. Ele était bele, impeccablement tenue, mais froide. On la voyait dans tous les magazines, pourtant Coco s’y était toujours sentie mal à l’aise. Il n’y avait aucun endroit confortable pour se pelotonner, le soir venu. Et tout était si propre et si net que Coco avait toujours peur de faire une bêtise. Ele ne savait pas tenir une maison comme sa sœur et Liz, que le désordre rendait foles. Coco, ele, aimait vivre dans une certaine bohème, à condition qu’ele reste raisonnable.
La jeune femme s’efforça de fixer des limites :
— Je veux bien t’aider pour quelques jours, une semaine, tout au plus. Mais trouve quelqu’un. Je n’ai pas envie de vivre chez toi pendant des mois, assura-t-ele résolument.
— D’accord. Mais dépanne-moi, s’il te plaît. Est-ce que tu peux passer prendre les clés tout de suite ? Il faut aussi que je te montre comment fonctionne l’alarme. Ele est un peu compliquée. Je ne voudrais pas que tu la déclenches sans le vouloir. Il faudra aussi que tu passes prendre les repas de Jack deux fois par semaine, le lundi et le jeudi, chez Cuisine Canine et que tu n’oublies pas le Dr Hajimoto, le vétérinaire. Jack doit avoir ses piqûres de rappel la semaine prochaine.
Résignée, Coco fit demi-tour.
— Heureusement que tu n’as pas d’enfants, constata-t-ele sèchement.
Ele alait être en retard, mais mieux valait en finir. De toute façon, sa sœur ferait une crise si ele n’obtempérait pas sur-le-champ. Leur bulmastiff était devenu un substitut d’enfant pour Liz et Jane. Il vivait mieux que la plupart des gens, avec ses repas spécialement préparés pour lui, son dresseur, le soigneur qui venait lui donner son bain à domicile et plus d’attentions que la plupart des parents n’en accordaient à leurs enfants.
Lorsqu’ele arriva, le taxi qui devait emmener Jane à l’aéroport était déjà là. Coco coupa le contact et sortit de la camionnette.
Toujours instalée à l’avant, Salie regardait dehors avec intérêt.
Pendant quelques jours, ele alait prendre du bon temps avec Jack.
Le bulmastiff faisait trois fois sa taile et ils casseraient sans doute tout sur leur passage quand ils se poursuivraient à travers la maison.
Peut-être Coco leur permettrait-ele de s’approcher de la piscine.
La seule chose que Coco appréciait, chez Jane, c’était l’écran géant qui se trouvait dans sa chambre et sur lequel ele pouvait regarder ses films préférés. La pièce était immense et l’écran occupait un mur entier.
Dès qu’ele eut sonné à la porte d’entrée, Jane se précipita pour lui ouvrir, son téléphone portable colé à l’oreile. Ele était en train d’invectiver quelqu’un à propos des syndicats et raccrocha en voyant Coco. Les deux sœurs se ressemblaient de façon surprenante. Toutes les deux avaient la même silhouette longue et élancée et des traits fins. Adolescentes, eles avaient toutes les deux été mannequins. Ce qui les différenciait le plus, c’était que Jane était toute en angles. Ele avait de longs cheveux blonds réunis en queue de cheval, alors que la longue chevelure auburn de Coco flottait sur ses épaules. De plus, Coco avait des formes légèrement plus voluptueuses, et ses yeux souriants reflétaient une personnalité chaleureuse. Tout, en Jane, trahissait une tension permanente. Il y avait toujours eu un côté sec et brutal chez ele, même lorsqu’ele était enfant. Ses proches savaient pourtant que, malgré sa langue acérée, c’était quelqu’un de bien et qu’ele avait bon cœur.
Jane portait un jean et un tee-shirt noir, une veste en cuir, noire également, et des diamants aux oreiles. Coco était vêtue d’un tee-shirt blanc, d’un jean qui moulait ses longues jambes, et ele avait aux pieds les baskets qu’ele mettait pour travailer. Un vieux pul était noué autour de son cou et ele paraissait beaucoup plus jeune que Jane. L’élégance sophistiquée de cette dernière la vieilissait un peu, mais eles étaient toutes les deux d’une beauté saisissante et ressemblaient énormément à leur père. Leur mère était plus petite et plus ronde, et était blonde comme Jane. Coco avait hérité sa couleur cuivrée d’un lointain ancêtre, car les cheveux de Buzz Barrington étaient d’un noir de jais.
— Dieu merci, te voilà ! s’exclama Jane.
Son énorme bulmastiff jailit derrière ele et posa ses pattes de devant sur les épaules de Coco. Il savait ce que son arrivée signifiait… Il pourrait quémander sa part pendant les repas, ce qui lui était normalement interdit, et aurait le droit de dormir dans le grand lit, ce que Jane ne lui aurait jamais permis. Bien qu’ele adorât son chien, ele se montrait ferme avec lui. Connaissant Coco, il lécha son visage, l’accueilant ainsi avec bien plus d’affection que Jane. La relation des deux sœurs était particulière. Malgré ses bonnes intentions et son affection pour Coco, Jane ne pouvait s’empêcher d’être cassante.
Ele tendit les clés à Coco, ainsi que le mode d’emploi de l’alarme. Ele réitéra ses instructions à propos du vétérinaire, du rappel de vaccin, des repas de Jack préparés par le traiteur, en même temps qu’une quinzaine d’autres précisions du même genre.
Le tout fut débité à toute alure.
— Et surtout, appele-nous, si Jack a un problème, conclut-ele.
Coco eut envie de lui demander : « Et si moi j’en ai un ? »
Mais Jane n’aurait pas trouvé cela drôle.
— Bien, reprit cette dernière, nous tâcherons de revenir un week-end, pour que tu aies une pause, mais je ne sais pas quand nous pourrons quitter New York, si les syndicats nous mettent des bâtons dans les roues.
Ele semblait harassée rien que d’y penser. Coco savait qu’ele ne négligeait aucun détail et excelait dans tout ce qu’ele faisait.
— Une minute ! s’exclama la jeune femme, prise de vertige. Je ne te dépanne que pour quelques jours, nous sommes bien d’accord ? Une semaine au maximum. Il est hors de question que je reste pendant toute la durée de votre absence.
Ele voulait que les choses soient bien claires. Au lieu de se répandre en remerciements, sa sœur la foudroya du regard.
— Je sais, je sais. J’aurais pourtant cru que tu serais contente de vivre dans une vraie maison.
— C’est ta maison, lui fit remarquer Coco. A Bolinas, je suis chez moi.
— Mieux vaut ne pas entamer la discussion, répliqua Jane en lui lançant un regard éloquent.
A contrecœur, ele sourit à sa sœur.
— Merci de me tirer d’affaire, Coco. J’apprécie vraiment d’avoir une petite sœur aussi géniale.
Ele lui adressa l’un de ses rares sourires d’approbation, de ceux auxquels Coco n’avait jamais pu résister. Mais, pour les obtenir, il falait se plier à ses quatre volontés.
Coco aurait bien voulu lui demander pourquoi ele était une petite sœur géniale. Parce qu’ele n’avait pas de vie privée ? Mais ele s’abstint de poser cette question et se contenta de hocher la tête tout en se détestant d’avoir montré si peu de fermeté. Comme toujours, ele avait cédé sans combattre. Qu’est-ce qui n’alait pas, chez ele ? Jane gagnait toujours. Ele serait toujours la grande sœur que Coco ne pouvait vaincre, à qui ele ne savait rien refuser et qui exerçait sur ele une influence plus forte encore que cele de leurs parents.
— Je ne voudrais pas être coincée ici trop longtemps, se borna-t-ele à dire.
— Je te tiens au courant, répondit Jane, évasive.
Sur ce, ele fonça dans la pièce voisine, pour répondre à deux appels téléphoniques, sur deux lignes différentes. Juste à cet instant, son téléphone portable se mit aussi à sonner.
— Encore merci ! lança-t-ele par-dessus son épaule.
Coco tapota la tête du chien en soupirant, puis ele regagna sa camionnette. Ele avait vingt minutes de retard…
— A plus tard, Jack, dit-ele doucement avant de refermer la porte.
Tout en s’éloignant, ele eut le sentiment déprimant que sa sœur alait l’obliger à rester chez ele pendant des mois. Ele ne la connaissait que trop bien !
Cinq minutes plus tard, ele arriva chez son premier client.
Sortant un petit coffre verrouilé qu’ele laissait dans sa boîte à gants, ele pianota la combinaison, puis en sortit un trousseau de clés auquel était attachée une étiquette avec un numéro de code.
Ele avait les clés de tous ses clients, qui lui faisaient entièrement confiance. La maison avec ses haies bien tailées était presque aussi imposante que cele de Jane. Coco ouvrit la porte de derrière, débrancha l’alarme, puis siffla longuement. Quelques secondes plus tard, un grand danois au pelage gris acier apparut, agitant frénétiquement la queue à sa vue.
— Salut, Henry ! Comment vas-tu, mon vieux ?
Ele fixa la laisse à son colier, remit l’alarme, ferma la porte et conduisit le chien jusqu’à la camionnette, où Salie fut ravie d’accueilir son copain. Les deux amis lancèrent quelques aboiements pour se dire bonjour, après quoi ils se bousculèrent gentiment en s’instalant sur la banquette arrière.
Coco s’arrêta devant quatre autres maisons pour prendre un doberman curieusement aimable, un rhodesian ridgeback, un lévrier d’Irlande et un dalmatien. Tous vivaient dans des demeures somptueuses. Ele commençait toujours par les gros chiens, qui avaient davantage besoin d’exercice. Ele les emmenait jusqu’à la plage, où ils pouvaient courir sur des kilomètres. Parfois, ils se contentaient du parc du Golden Gate. Si c’était nécessaire, Salie l’aidait à les rassembler. Coco promenait les chiens de ses riches clients de Pacific Heights depuis trois ans. Ele n’avait jamais eu d’accident ni de mésaventure, n’avait jamais perdu un seul animal, et sa réputation était irréprochable. Même si sa famile considérait qu’ele perdait son temps et le bénéfice de ses études, ce métier lui permettait de vivre au grand air. De plus, ele adorait les animaux et gagnait convenablement sa vie. Ele ne comptait pas exercer cette activité jusqu’à la fin de ses jours, mais pour l’instant, ele lui convenait parfaitement.
Son téléphone portable sonna au moment où ele ramenait le dernier des gros chiens chez lui. Ele alait maintenant se charger des chiens de taile moyenne. Comme presque tous leurs maîtres les sortaient le matin avant de partir travailer, ele ne s’occupait des plus petits qu’en fin de matinée, avant le déjeuner. Ele faisait une dernière promenade avec les plus gros en milieu d’après-midi, puis ele rentrait chez ele.
— J’ai vérifié mon agenda, lui dit Jane. Jack ne doit avoir sa piqûre de rappel que dans deux semaines et non pas une, comme je te l’avais dit.
Parfois, Coco se demandait comment la tête de sa sœur n’explosait pas, tant ele l’encombrait de détails. Rien n’échappait à son attention, ele supervisait tout et tout le monde, y compris son chien.
La promenade sur la plage avait détendu la jeune femme, qui rassura gentiment sa sœur.
— Ne t’inquiète pas pour cela, on se débrouilera. Amuse-toi bien, à New York.
— Pas avec une grève à gérer !
Jane semblait sur le point de craquer, mais Coco savait que, dès qu’ele retrouverait Liz, ele se calmerait. Sa compagne avait le don de l’apaiser. Eles étaient parfaitement assorties et complémentaires.
— Essaie quand même d’en profiter et n’oublie pas de chercher quelqu’un pour me remplacer, lui rappela-t-ele.
— Je sais… Encore merci de me dépanner. C’est très important pour moi de savoir que la maison et Jack sont entre de bonnes mains.
Le ton était plus gentil que lorsqu’eles s’étaient croisées un peu plus tôt. Leurs relations étaient parfois étranges, mais eles n’en étaient pas moins sœurs.
Coco ne put s’empêcher de sourire.
— Merci.
Ele ignorait pourquoi l’approbation de sa sœur comptait telement pour ele, et pourquoi ses humeurs l’affectaient autant. Un de ces jours, ele devrait se libérer de cette emprise et avoir le courage de lui dire non. Mais ele n’en était pas encore là.
Coco savait qu’aux yeux de sa mère et de sa sœur, son travail ne comptait pas. En comparaison de leur réussite en tant qu’auteur de best-selers et productrice de cinéma, son métier leur faisait honte. Ele aurait aussi bien pu ne pas en avoir du tout. Si ele se référait aux valeurs familiales qu’on lui avait inculquées, promeneuse de chiens se situait tout en bas de l’échele de la réussite sociale.
Mais, qu’on l’approuve ou non, son existence était facile, simple et agréable. Et pour ele c’était tout à fait suffisant.
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