chansons pour elle
Chapitre 1
PAUL VERLAINE
CHANSONS POUR
ELLE
BIBEBOOK
PAUL VERLAINE
CHANSONS POUR
ELLE
Un texte du domaine public.
Une édition libre.
ISBN—978-2-8247-1160-7
BIBEBOOK
www.bibebook.com
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Chansons pour elle
1
Tu n’es pas du tout vertueuse,
Je ne suis pas du tout jaloux !
C’est de se la couler heureuse
Encor le moyen le plus doux.
Vive l’amour et vivent nous !
Tu possèdes et tu pratiques
Les tours les plus intelligents
Et les trucs les plus authentiques
A l’usage des braves gens,
Et tu m’as quels soins indulgents !
D’aucuns clabaudent sur ton âge
i n’est plus seize ans ni vingt ans,
Mais ô ton opulent corsage,
Tes yeux riants, comme chantants,
Et ô tes baisers épatants !
Sois-moi fidèle si possible
Et surtout si cela te plaît,
Mais reste souvent accessible
A mon désir, humble valet
Content d’un « viens ! » ou d’un soufflet.
« Hein ? passé le temps des prouesses ! »
Me disent les sots d’alentour.
Ça, non, car grâce à tes caresses
C’est encor, c’est toujours mon tour.
Vivent nous et vive l’amour !
1
Chansons pour elle
2
Compagne savoureuse et bonne
A qui j’ai confié le soin
Définitif de ma personne,
Toi mon dernier, mon seul témoin,
Viens çà, chère, que je te baise,
e je t’embrasse long et fort,
Mon cœur près de ton cœur bat d’aise
Et d’amour pour jusqu’à la mort :
Aime-moi,
Car, sans toi,
Rien ne puis,
Rien ne suis.
Je vais gueux comme un rat d’église,
Et toi tu n’as que tes dix doigts ;
La table n’est pas souvent mise
Dans nos sous-sols et sous nos toits ;
Mais jamais notre lit ne chôme,
Toujours joyeux, toujours fêté,
Et j’y suis le roi du royaume
De ta gaîté, de ta santé !
Aime-moi,
Car, sans toi,
Rien ne puis,
Rien ne suis.
Après nos nuits d’amour robuste,
Je sors de tes bras mieux trempé,
Ta riche caresse est la juste
Sans rien de ma chair de trompé,
Ton amour répand la vaillance Dans tout mon être, comme un vin,
Et, seule, tu sais la science
2
Chansons pour elle
De me gonfler un cœur divin.
Aime-moi,
Car, sans toi,
Rien ne puis,
Rien ne suis.
’importe ton passé, ma belle,
Et qu’importe, parbleu ! le mien :
Je t’aime d’un amour fidèle
Et tu ne m’as fait que du bien.
Unissons dans nos deux misères
Le pardon qu’on nous refusait,
Et je t’étreins et tu me serres
Et zut au monde qui jasait !
Aime-moi
Car, sans toi,
Rien ne puis, Rien ne suis.
3
Chansons pour elle
3
Voulant te fuir (fuir ses amours !
Mais un poète est bête),
J’ai pris, l’un de ces derniers jours,
La poudre d’escampe e.
i fut penaud, qui fut nigaud
Dès après un quart d’heure ?
Et je revins en mendigot
i supplie et qui pleure.
Tu pardonnas : mais pas longtemps
Depuis la fois première
Je filais, pareil aux autans,
Comme la fois dernière.
Tu me cherchas, me dénichas ;
Courte et bonne, l’enquête !
i fut content du doux pourchas ?
Moi donc, ta grosse bête !
Puisque nous voici réunis,
Dis, sans ruse et sans feinte,
Ne nous cherchons plus d’autres nids
e ma, que ton étreinte.
Malgré mon caractère affreux,
Malgré ton caractère
Affreux, restons toujours heureux :
Fois première et dernière.
4
Chansons pour elle
4
Or, malgré ta cruauté
Affectée, et l’air très faux
De sale méchanceté
Dont, bête, tu te prévaux
J’aime ta lasciveté !
Et quoiqu’en dépit de tout
Le trop factice dégoût
e me dicte ton souris
i m’est, à mes dams et coût, Rouge aux crocs blancs de souris ! —
Je t’aime comme l’on croit,
Et mon désir fou qui croît,
Tel un champignon des prés,
S’érige ainsi que le Doigt
D’un Terme là tout exprès.
Donc, malgré ma cruauté
Affectée, et l’air très faux
De pire méchanceté,
Dont, bête, je me prévaux,
Aime ma simplicité.
5
Chansons pour elle
5
Zon, flûte et basse
Zon, violon.
(BÉRANGER.)
Jusques aux pervers nonchaloirs
De ces yeux noirs,
Jusques, depuis ces flemmes blanches De larges hanches
Et d’un ventre et de beaux seins
Aux fiers dessins,
Tout pervertit, tout convertit tous mes desseins
Jusques à votre menterie,
Bouche fleurie,
Jusques aux pièges mal tendus
Tant a endus,
De tant d’appas, de tant de charmes.
De tant d’alarmes,
Tout pervertit, tout avertit mes tristes larmes,
Et, chère, ah ! dis : Flûtes et zons
A mes chansons
i vont brâmant, tels des cerfs prestes
Aux gestes lestes,
Ah ! dis donc, Chère : Flûte et zon !
A ma chanson,
Et si je fais l’âne, eh bien, donne-moi du son !
6
Chansons pour elle
6
La saison qui s’avance
Nous baille la défense
D’user des us d’été,
Le frisson de l’automne
Déjà nous pelotonne
Dans le lit mieux fêté.
Fi de l’été morose,
Toujours la même chose :
« J’ai chaud, t’as chaud, dormons ! »
Dormir au lieu de vivre,
S’ennuyer comme un livre. . .
Voici l’automne, aimons !
L’un dans l’autre, à notre aise,
Soyons pires que braise
Puisque s’en vient l’hiver,
Tous les deux, corps et âme,
Soyons pires que flamme,
Soyons pires que chair !
7
Chansons pour elle
7
Je suis plus pauvre que jamais
Et que personne ;
Mais j’ai ton cou gras, tes bras frais,
Ta façon bonne
De faire l’amour, et le tour
Leste et frivole,
Et la caresse, nuit et jour,
De ta parole.
Je suis riche de tes beaux yeux,
De ta poitrine,
Nid follement voluptueux,
Couche ivoirine
Où mon désir, las d’autre part,
Se ravigore
Et pour d’autres ébats repart
Plus brave encore. . .
Sans doute tu ne m’aimes pas
Comme je t’aime, Je sais combien tu me trompes
Jusqu’à l’extrême.
e me fait, puisque je ne vis
’en ton essence,
Et que tu tiens mes sens ravis
Sous ta puissance ?
8
Chansons pour elle
8
e ton âme soit blanche ou noire,
e fait ? Ta peau de jeune ivoire
Est rose et blanche et jaune un peu.
Elle sent bon, ta chair, perverse
Ou non, que fait ? puisqu’elle berce
La mienne de chair, nom de Dieu !
Elle la berce, ma chair folle,
Ta folle de chair, ma parole
La plus sacrée ! — et que donc bien !
Et la mienne, grâce à la tienne,
elque réserve qui la tienne, Elle s’en donne, nom d’un chien !
ant à nos âmes, dis, Madame,
Tu sais, mon âme et puis ton âme,
Nous en moquons-nous ? e non pas !
Seulement nous sommes au monde.
Ici-bas, sur la terre ronde,
Et non au ciel, mais ici-bas.
Or, ici-bas, faut qu’on profite
Du plaisir qui passe si vite
Et du bonheur de se pâmer,
Aimons, ma petite méchante,
Telle l’eau va, tel l’oiseau chante,
Et tels, nous ne devons qu’aimer.
9
Chansons pour elle
9
Tu m’as frappé, c’est ridicule,
Je t’ai ba ue et c’est affreux :
Je m’en repens et tu m’en veux.
C’est bien, c’est selon la formule.
Je n’avais qu’à me tenir coi
Sous l’aimable averse des gifles
De ta main experte en mornifles,
Sans même demander pourquoi.
Et toi, ton droit, ton devoir même,
Au risque de t’exténuer,
Il serait de continuer
De façon extrême et suprême. . .
Seulement, ô ne m’en veux plus,
Encore que ce fût un crime
De t’avoir faite ma victime. . .
Dis, plus de refus absolus,
Bats-moi, petite, comme plâtre,
Mais ensuite viens me baiser,
Pas ? quel besoin d’éterniser
Une querelle trop folâtre.
Pour se brouiller plus d’un instant,
Le temps de nous faire une moue
’éteint un bécot sur la joue,
Puis sur la bouche en a endant Mieux encor, n’est-ce pas, gamine ?
Promets-le-moi sans biaiser.
C’est convenu ? Oui ? Puis-je oser ?
Allons, plus de ta grise mine !
10
Chansons pour elle
10
L’horrible nuit d’insomnie !
— Sans la présence bénie
De ton cher corps près de moi,
Sans ta bouche tant baisée
Encore que trop rusée
En toute mauvaise foi,
Sans ta bouche tout mensonge,
Mais si franche quand j’y songe,
Et qui sait me consoler
Sous l’aspect et sous l’espèce
D’une fraise — et, bonne pièce ! —
D’un très plausible parler,
Et surtout sans le pentacle De tes sens et le miracle
Multiple est un, fleur et fruit,
De tes durs yeux de sorcière,
Durs et doux à ta manière. . .
Vrai Dieu ! la terrible nuit !
11
Chansons pour elle
11
Vrai, nous avons trop d’esprit,
Chérie !
Je crois que mal nous en prit,
Chérie !
D’ainsi lu er corps à corps
Encore !
Sans repos et sans remords
Encore !
Plus, n’est-ce pas ? de ces lu es
Sans but,
Plus de ces mauvaises flûtes.
Ce luth, O ce luth de bien se faire
Tel air,
Toujours vibrant, chanson hère
Dans l’air !
Et n’ayons plus d’esprit,
T’en prie !
Tu vois que mal nous en prit. . .
T’en prie.
Soyons bons tout bêtement,
Charmante,
Aimons-nous aimablement
M’amante !
12
Chansons pour elle
12
Tu bois, c’est hideux ! presque autant que moi.
Je bois, c’est honteux, presque plus que toi,
Ce n’est plus ce qu’on appelle une vie. . .
Ah ! la femme, fol, fol est qui s’y fie !
Les hommes, bravo ! c’est fier et soumis, On peut s’y fier, voilà des amis !
Nous buvons, mais, vous mesdames, l’ivresse
Vous va moins qu’à nous, — te change en tigresse, Moi tout au plus en un simple cochon ;
elque idéal sot dans mon cabochon,
elque bêtise en sus, quelque so ise
En outre, — mais toi, la fainéantise,
La méchanceté, l’obstination,
Un peu le vice et beaucoup l’option,
Pour être plus folle, sur ma parole !
e ma folie à moi déjà si folle.
Ces réflexions me coûtent beaucoup,
Mais ce soir je suis d’une humeur de loup.
Excuse, si mon discours va si rogue,
Mais ce soir je suis d’une humeur de dogue.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Bah ! buvons pas trop (s’il nous est possible),
Ma bouche est un trou, la tienne est un crible.
Dieu saura bien reconnaître les siens.
Morale : surtout baisons-nous — et viens !
13
Chansons pour elle
13
Es-tu brune ou blonde ?
Sont-ils noirs ou bleus,
Tes yeux ?
Je n’en sais rien, mais j’aime leur clarté profonde, Mais j’adore le désordre de tes cheveux.
Es-tu douce ou dure ?
Est-il sensible ou moqueur,
Ton cœur ?
Je n’en sais rien, mais je rends grâce à la nature D’avoir fait de ton cœur mon maître et mon vainqueur.
Fidèle, infidèle ?
’est-ce que ça fait,
Au fait ?
Puisque, toujours disposé à couronner mon zèle
Ta beauté sert de gage à mon plus cher souhait.
14
Chansons pour elle
14
Je ne t’aime pas en toile e
Et je déteste la voile e
i t’obscurcit tes yeux, mes cieux,
Et j’abomine la « tournure »
Parodie et caricature,
De tels tiens appas somptueux.
Je suis hostile à toute robe
i plus ou moins cache et dérobe
Ces charmes, au fond les meilleurs :
Ta gorge, mon plus cher délice,
Tes épaules et la malice
De tes mollets ensorceleurs.
Fi d’une femme trop bien mise !
Je te veux, ma belle, en chemise,
— Voile aimable, obstacle badin,
Nappe d’autel pour l’alme messe,
Drapeau mignard vaincu sans cesse
Matin et soir, soir et matin.
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Chansons pour elle
15
Chemise de femme, armure ad hoc
Pour les chers combats et le gai choc,
Avec, si frais et que blancs et gras,
Sortant tout nus, joyeux, les deux bras,
Vêtement suprême,
De mode toujours,
C’est toi seul que j’aime
De tous ses atours.
and Elle s’en vient devers le lit,
L’orgueil des beaux seins cambrés emplit
Et bombe le linge tout parfumé
Du seul vrai parfum, son corps pâmé.
Vêtement suprême,
De mode toujours,
C’est toi seul que j’aime
De tous ses atours.
and elle entre dans le lit, c’est mieux
Encor : sous ma main le précieux
Trésor de sa croupe frémit dans
Les plis de batiste redondants.
Vêtement suprême,
De mode toujours,
C’est toi seul que j’aime
De tous ses atours.
Mais lorsqu’elle a pris place à côté
De moi, l’humble serf de sa beauté,
Il est divin et mieux mon bonheur
A bousculer le linge et l’honneur !
16
Chansons pour elle
Vêtement suprême,
De mode toujours,
C’est toi seul que j’aime
De tous ses atours.
17
Chansons pour elle
16
L’été ne fut pas adorable
Après cet hiver infernal,
Et quel printemps défavorable !
Et l’automne commence mal,
Bah ! nous nous réchauffâmes
En mêlant nos deux âmes.
La pauvreté, notre compagne
Dont nous nous serions bien passés,
Vainement menait la campagne
Durant tous ces longs mois glacés. . .
Nous incaguions l’intruse,
Son astuce et sa ruse.
Et riches, de baisers sans nombre,
— La seule opulence, crois-moi, —
e nous fait que le temps soit sombre
S’il fait soleil en moi, chez toi,
Et que le plaisir rie
A notre gueuserie ?
18
Chansons pour elle
17
Je ne suis plus de ces esprits philosophiques,
Et ce n’est pas de morale que tu te piques Deux admirables conditions pour l’amour
Tel que nous l’entendrons, c’est-à-dire sans tour Aucun de bête convenance ou de limites,
Mais chaud, rieur — et zut à tous us hypocrites !
Aimons gaîment
Et franchement.
J’ai reconnu que la vertu, quand s’agit d’Elles,
Est duperie et que la plupart d’elles ont
Raison de s’en passer, nous prenant pour modèles : Si bien qu’il est très bien de faire comme font
Les bonnes bêtes de la terre et les célestes,
N’est-ce pas ? prompts moineaux, n’est-ce pas, les cerfs prestes Aimons bien fort
Jusqu’à la mort.
Pratique mon bon conseil et reste amusante.
S’il se peut, sois-le plus encore et représente
Toi bien que c’est ta loi d’être pour nous charmer Et la fleur n’est pas plus faite pour se fermer
e vos cœurs et vos sens, ô nos belles amies. . .
Tête en l’air, sens au clair, vos « pudeurs » endormies, Aimons dûment
Et verdement
19
Chansons pour elle
18
Si tu le veux bien, divine Ignorante,
Je ferai celui qui ne sait plus rien
e te caresser d’une main errante,
En le geste expert du pire vaurien,
Si tu le veux bien, divine Ignorante.
Soyons scandaleux sans plus nous gêner
’un cerf et sa biche ès bois authentiques.
La honte, envoyons-la se promener.
Même exagérons et, sinon cyniques,
Soyons scandaleux sans plus nous gêner.
Surtout ne parlons pas li érature.
Au diable lecteurs, auteurs, éditeurs
Surtout ! Livrons-nous à notre nature
Dans l’oubli charmant de toutes pudeurs,
Et, ô ! ne parlons pas li érature !
Jouir et dormir, ce sera, veux-tu ?
Notre fonction première et dernière,
Notre seule et notre double vertu, Conscience unique, unique lumière.
Jouir et dormir, m’amante, veux-tu ?
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Chansons pour elle
19
Ton rire éclaire mon vieux cœur
Comme une lanterne une cave
Où mûrirait tel cru vainqueur :
Aï, Beaune, Sauterne, Grave.
Ton rire éclaire mon vieux cœur.
Ta voix claironne dans mon âme :
Tel un signal d’aller au feu. . .
. . . De tes yeux en effet tout flamme
On y va, sacré nom de Dieu !
Ta voix claironne dans mon âme.
Ta manière, ton meneo,
Ton chic, ton galbe, ton que sais-je,
Me disent : « Viens ça » Prodeo.
(O ces souvenirs de collège !)
Ta manière ! ton meneo !
Ta gorge, tes hanches, ton geste,
Et le reste, odeur et fraîcheur
Et chaleur m’insinuent : reste !
Si j’y reste, en ton lit mangeur !
Ta gorge, tes hanches ! ton geste !
21
Chansons pour elle
20
Tu crois au marc de café,
Aux présages, aux grands jeux :
Moi je ne crois qu’en tes grands yeux.
Tu crois aux contes de fées,
Aux jours néfastes, aux songes,
Moi je ne crois qu’en tes mensonges.
Tu crois en un vague Dieu,
En quelque saint spécial,
En tel Ave contre tel mal.
Je ne crois qu’aux heures bleues
Et rose que tu m’épanches
Dans la volupté des nuits blanches !
Et si profonde est ma foi
Envers tout ce que je croi
e je ne vis plus que pour toi.
22
Chansons pour elle
21
Lorsque tu cherches tes puces,
C’est très rigolo.
e de ruses, que d’astuces !
J’aime ce tableau.
C’est, alliciant en diable
Et mon cœur en bat
D’un ba ement préalable
A quelque autre ébat
Sous la chemise tendue
Au large, à deux mains
Tes yeux scrutent l’étendue
Entre tes durs seins.
Toujours tu reviens bredouille,
D’ailleurs, de ce jeu.
N’importe, il me trouble et brouille,
Ton sport, et pas peu !
Lasse-toi d’être défaite
Aussi so ement.
Viens payer une autre fête
A ton corps charmant
’une chasse infructueuse
Par monts et par vaux.
Tu seras victorieuse. . .
Si je ne prévaux !
23
Chansons pour elle
22
J’ai rêvé de toi ce e nuit :
Tu te pâmais en mille poses
Et roucoulais des tas de choses. . .
Et moi, comme on savoure un fruit,
Je te baisais à bouche pleine
Un peu partout, mont, val ou plaine.
J’étais d’une élasticité, D’un ressort vraiment admirable :
Tudieu, quelle haleine et quel rable !
Et toi, chère, de ton côté,
el rable, quelle haleine, quelle
Élasticité de gazelle. . .
Au réveil ce fut, dans tes bras,
Mais plus aiguë et plus parfaite,
Exactement la même fête !
24
Chansons pour elle
23
Je n ai pas de chance en femme,
Et, depuis mon âge d’homme,
Je ne suis tombé guère, en somme,
e sur des criardes infâmes.
C’est vrai que je suis criard
Moi-même et d’un révoltant
Caractère tout autant,
Peut-être plus par hasard.
Mes femmes furent légères, Toi-même tu l’es un peu,
Cet épouvantable aveu
Soit dit entre nous, ma chère.
C’est vrai que je fus coureur.
Peut-être le suis-je encore :
Cet aveu me déshonore.
Parfois je me fais horreur.
Baste : restons tout de même
Amants fervents, puisqu’en somme
Toi, bonne fille et moi, brave homme,
Tu m’aimes, dis, et que je t’aime.
25
Chansons pour elle
24
Bien qu’elle soit ta meilleure amie,
C’est farce ce que nous la trompons
Jusques à l’excès, sans penser mie
A elle, tant nos instants sont bons,
Nos instants sont bons !
Je fais des comparaisons, de même Toi cocufiant ton autre amant,
Et je dois dire que ton système
Pour le cocufier est charmant,
Ton us est charmant !
Mon plaisir est d’autant plus coupable
(Et plus exquis, grâce à ton concours)
’elle se montre aussi très capable
Et fort experte aux choses d’amours.
Mais sans ton concours ?
Trompons-la bien, car elle nous trompe
Peut-être aussi, tant on est coquins
Et qu’il n’est de pacte qu’on ne rompe.
Trompons- les bien. Nuls remords mesquins !
Soyons bien coquins !
26
Chansons pour elle
25
Je fus mystique et je ne le suis plus
(La femme m’aura repris tout entier),
Non sans garder des respects absolus Pour l’idéal qu’il fallut renier.
Mais la femme m’a repris tout entier !
J’allais priant le Dieu de mon enfance
(Aujourd’hui c’est toi qui m’as à genoux),
J’étais plein de foi, de blanche espérance,
De charité sainte aux purs feux si doux.
Mais aujourd’hui tu m’as à tes genoux !
La femme, par toi, redevient LE maître,
Un maître tout-puissant et tyrannique,
Mais qu’insidieux ! feignant de tout perme re
Pour en arriver à tel but satanique. . .
O le temps béni quand j’étais ce mystique !
27
Table des matières
1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
1
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4
4 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
5
5 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
6
6 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
7
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8
8 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
9
9 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
10
10 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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11 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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14 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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15 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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16 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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19 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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Chansons pour elle
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22 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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23 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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24 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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25 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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29
Credits
Sources :
– B.N.F.
– Éfélé
Ont contribué à ce e édition :
– Gabriel Cabos
Fontes :
– Philipp H. Poll
– Christian Spremberg
– Manfred Klein
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