La pénétration saharienne (1830-1906)

Augustin Bernard · Chapitre 1 sur 1 · partie 1/7

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La pénétration saharienne (1830-1906)

Chapitre 1

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 7 parties.

LA PÉNÉTRATION SAHARIENNE

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE GOUVERNEMENT GÉNÉRAL DE L’ALGÉRIE * * * * * =LA= =PÉNÉTRATION SAHARIENNE= =(1830-1906)= PAR =AUGUSTIN BERNARD= =N. LACROIX= Professeur Chef de Bataillon d’Infanterie h. c. à l’École Supérieure Chef du Service des Lettres d’Alger des Affaires Indigènes Chargé de Cours à la Sorbonne au Gouvernement Général de l’Algérie

[Décoration]

=ALGER= IMPRIMERIE ALGÉRIENNE =1906= TABLE DES MATIÈRES * * * * * Pages INTRODUCTION V CHAPITRE PREMIER LES PREMIÈRES TENTATIVES (1830-1852) L’occupation étendue et l’occupation restreinte. — Les renseignements anciens et nouveaux. — Cartes de Rennell et de Lapie. — D’Avezac. — La Commission scientifique de l’Algérie. — Carette (1844). — Daumas (1845). — Carte du Sahara algérien. — El-Aïachi et Moula Ahmed. — Expéditions dans l’Atlas Saharien (1844-47). — Les Établissements Français. — L’expédition Cavaignac et le docteur Jacquot. — Nouvel ouvrage de Daumas. — Projets commerciaux : Subtil, Jacquot. — Tentatives d’exploration : Prax, Berbrugger. — Conclusion 1 CHAPITRE II LA PÉRIODE DU MARÉCHAL RANDON (1852-1864) Gouvernement du maréchal Randon. — Voyages de Barth. — Traduction d’Ibn Khaldoun. — Grammaire tamacheq de Hanoteau. — Occupation de Laghouat (1852) et capitulation du Mzab. — Renou (1853). — Rôle des Ouled-Sidi-Cheikh. — Si Hamza, Cheikh-Othman et Ikhenoukhen. — Projets commerciaux. — Double objectif des explorations : le Touat et Ghadamès 16 I. Explorations dans l’Ouest. — Dastugue (1853). — El-Ouazzani (1854). — Mac-Carthy (1854). — De Colomb (1854-59). — Correspondance de 1858 concernant Si Hamza. — Colonieu et Burin (1860). — Projets sur le Touat et le Niger. — Rohlfs (1864) 24 II. Explorations dans l’Est. — Occupation de Touggourt (1854). — Forages de Jus dans l’Oued-Rir (1856). — Ville (1855-63). — Pomel (1862). — Bonnemain à Ghadamès (1856-57). — Bou-Derba (1858). — Duveyrier (1859-61). — Mission et traité de Ghadamès (1862) 39 Conclusion. — Cartographie. — Faidherbe au Sénégal 53 CHAPITRE III LA PÉRIODE DE STAGNATION (1864-1879) L’insurrection des Ouled-Sidi-Cheikh. — La guerre franco-allemande de 1870. — Colonnes du Sud-Ouest : de Colomb, Colonieu ; expédition du général de Wimpffen dans l’Oued-Guir. — Colonnes du centre : de Lacroix, de Galiffet. — Les explorations : Dournaux-Dupéré et Joubert (1873-74). — Soleillet (1874). — Largeau (1875-77). — Louis Say (1876-77). — Les missionnaires du cardinal Lavigerie : les Pères Paulmier, Ménoret et Bouchard (1875-76) ; les Pères Richard et Kermabon (1879). — Colonisation de l’Oued-Rir. — La mer intérieure : mission Roudaire (1876). — Le Sahara de Pomel. — Masqueray au Mzab. — Conclusion 57 CHAPITRE IV LA PÉRIODE DU TRANSSAHARIEN (1879-1881) La question du Transsaharien. — L’ingénieur Duponchel. — La mission Pouyanne (1879) ; renseignements recueillis par MM. Sabatier et Coyne ; hypothèse de M. Sabatier sur l’Oued-Saoura. — La mission Choisy (1879-80). — Les deux missions Flatters (1880-81). Résultats scientifiques. Véritables causes du massacre de la mission. — Occupation de la Tunisie (1881) 73 CHAPITRE V LA PÉRIODE D’EFFACEMENT (1881-1890) I. Conséquences du massacre de la mission Flatters. — Création du poste d’Aïn-Sefra et insurrection de Bou-Amama (1881). — Projets de Saussier sur Figuig (1882). — Occupation du Mzab (1882), de Ouargla, de Touggourt, d’El-Oued, de Djenien-bou-Rezg (1885). — Inauguration des voies ferrées d’Aïn-Sefra (1887) et de Biskra (1888). — Sondages artésiens dans l’Oued-Rir et à Ouargla. — Idées du commandant Rinn 93 II. Explorations. — Les Pères Richard, Morat et Pouplard (1881). — Première mission Foureau (1883). — Teisserenc de Bort (1885). — Palat (1886). — Douls (1889) 97 III. Cartographie. — Renseignements recueillis par MM. de Castries (1882) et Le Châtelier (1885-86). — Missions de M. René Basset. — Ouvrages de MM. de Motylinski, Masqueray, Amat sur le Mzab. — Les Touareg Taïtoq prisonniers : travaux de MM. Masqueray et Bissuel 103 Mission Crampel. — Fondation du Comité de l’Afrique française 108 CHAPITRE VI LA PÉRIODE DU PARTAGE DE L’AFRIQUE (1890-1900) I. — La convention de 1890 avec l’Angleterre. — Occupation d’El-Goléa (1891). — Voyage de M. Cambon à El-Goléa (1892). — Projets d’expédition au Touat. — Les bordjs (1892-93). — Prise d’In-Salah (1899). — Progrès dans l’Afrique occidentale et centrale. — Prise de Tombouctou. — Politique saharienne du Soudan. — La « course au lac Tchad ». — La convention de 1899 111 II. — Explorations : Jacob (1892). — Godron (1895). — Flamand (1896-1900). — Germain et Laperrine (1898). — Cornetz (1891-94). — Foureau (1890-1900). — La mission Foureau-Lamy (1898-1900). 119 III. — Tentatives de pénétration commerciale. — G. Méry (1892-93). — D’Attanoux (1893-94). — Morès (1896). — Question des marchés francs (1893). — Question du Transsaharien 139 IV. — Renseignements recueillis par MM. Deporter (1890) et Sabatier (1891). — Ouvrages de MM. Schirmer, Vuillot, de la Martinière et N. Lacroix. — Cartographie saharienne 148 CHAPITRE VII LA SOLUTION (1900-1906) I. L’occupation des oasis du Sud-Ouest et ses conséquences. — La question de la Zousfana. — Protocoles de 1901 et 1902. — Attentats de 1902. — Bombardement de Zenaga. — Affaire de Taghit. — Le général Lyautey (septembre 1902). — Occupation de Béchar (novembre 1903). — Organisation de la région entre Zousfana et Oued-Guir. — Le chemin de fer. — Le commerce. — Reconnaissances et explorations. — Cartographie. 153 II. La question Touareg. — Les raids Cottenest, Guillo-Lohan, Laperrine, Pein, Besset, Touchard. — Action du Soudan. — Jonction de l’Algérie avec le Soudan (18 avril 1904). — Missions Etiennot, Gautier, Chudeau. — Occupation de Taoudeni. — Résultats scientifiques 170 III. L’organisation du Sahara. — La limite sud de l’Algérie. — La limite Nord du Soudan. — Les communications transsahariennes : le télégraphe, le chemin de fer 181 Conclusion 193 Carte hors texte : Sahara septentrional en 1830, 1852, 1866, 1881, 1900, 1906. INTRODUCTION

Le Sahara peut être défini la zone à pluies irrégulières et rares (moins de 20 centimètres par an), comprise entre la zone des pluies subtropicales d’hiver, c’est-à-dire les pays méditerranéens, et la zone des pluies tropicales d’été, c’est-à-dire le Soudan. Ses limites n’ont rien de précis, et, surtout en l’état actuel des connaissances, ne peuvent être fixées avec certitude.

De cette immense zone désertique, la partie qui nous intéresse le plus directement est la région qui s’étend au sud de nos possessions d’Algérie et de Tunisie et se prolonge d’une part jusqu’au bassin du Niger, de l’autre jusqu’au lac Tchad. La moitié septentrionale, comprise entre l’Atlas et l’Ahaggar, se rattache à nos établissements de l’Afrique du Nord.

La géographie physique du Sahara septentrional, entre l’Atlas et l’Ahaggar, est des plus simples. A l’Ahaggar ou massif central Targui, composé de terrains cristallins anciens surmontés de roches éruptives et dont les sommets atteignent 2.000 mètres d’altitude, s’adossent une série de plateaux gréseux dévoniens, notamment le Mouydir et le Tassili des Azdjer. Une grande auréole de plateaux crétacés, comprenant le Mzab, le Tademayt, le Tinghert, la Hamada-el-Homra, sépare les deux bassins d’atterrissements du Melrir à l’Est et du Gourara à l’Ouest, recouverts d’alluvions tertiaires et quaternaires. Le bassin du Melrir ou de l’Igharghar, constituant le Bas-Sahara (700-300 mètres), a sa pente générale du Sud au Nord, celui du Gourara s’incline du Nord au Sud. Deux grands massifs de dunes, l’Erg occidental et l’Erg oriental, occupent une surface importante dans chacun de ces deux bassins hydrographiques.

La cause de l’aridité du Sahara ne doit pas être cherchée dans la nature du sol : il ne diffère pas géologiquement des autres contrées du globe ; il n’est pas, comme on le croyait, entièrement formé de sables (1/9 à peine de sa surface), et d’ailleurs les sables sont loin d’être aussi stériles que les plateaux caillouteux ou hamadas. La cause de cette aridité n’est pas non plus le relief : le Sahara n’est pas une immense plaine comme on se l’imaginait : il a ses montagnes, ses plateaux et ses dépressions ; ce qui domine dans l’ensemble, ce sont les plateaux aux couches sensiblement horizontales, traversés par des vallées sèches ou oued, limités par de grandes lignes de falaises découpées, au profil souvent assez accentué pour recevoir le nom de djebel ou montagne. « Ce n’est pas le sol infécond qui se refuse à produire, c’est le climat qui le condamne à la stérilité1. »

Le Sahara septentrional, pour une superficie plus vaste que celle de la France, ne compte pas plus de 300.000 habitants. C’est que la vie sédentaire n’est possible que près des points d’eau permanents, autour desquels on trouve des cultures irriguées, et qui constituent les oasis. Les deux groupes d’oasis situées au Sud de nos possessions méditerranéennes occupent le fond des deux grands bassins d’atterrissements : c’est, d’une part, la série des oasis d’Ouargla, de l’Oued-Rir (Touggourt), des Ziban (Biskra) et du Djerid tunisien, dans le bassin du Melrir ; d’autre part, le chapelet des oasis du Gourara, du Touat et du Tidikelt, dans le bassin de l’Oued-Saoura. Ces dernières oasis, quoique à une latitude plus méridionale que celles de l’Oued-Rir, en forment le pendant au point de vue géographique et sont, comme ces dernières, dans la dépendance naturelle de l’Algérie. Quant aux oasis du Mzab, situées sur le plateau crétacé, elles occupent une situation anormale et en quelque sorte contre nature, qui s’explique par des raisons historiques.

En dehors de ces quelques oasis habitées par des populations sédentaires, le Sahara est vide. Les explorateurs, à la suite de leurs reconnaissances, ajoutent indéfiniment des noms sur la carte de ces solitudes, mais ces noms ne s’appliquent qu’à des puits, à des dunes et à certains accidents de la topographie saharienne (Ghourd, Gassi, Feidj, Draa, etc.) Les points qu’ils désignent n’ont aucune importance économique ou politique.

Dans le désert proprement dit vivent des groupes de Berbères nomades, les Touareg. On a coutume de diviser en deux grandes confédérations, celle des Hoggar et celle des Azdjer, les Touareg que l’on rencontre en abordant le Sahara par nos possessions de l’Afrique du Nord. En réalité, le lien qui unit les diverses tribus est très lâche ; les chefs ou amenokal n’ont aucune autorité effective, et personne ne peut se flatter de parler au nom de la confédération tout entière. La cohésion est très faible et l’anarchie complète. La vie pastorale ne procurant au désert que des ressources tout à fait insuffisantes, le pillage est admis comme moyen d’existence par toutes les tribus errantes du désert, qui, mourant littéralement de faim, vivent dans un état de désordre et de guerre perpétuel. Les nomades sont les véritables maîtres des oasis, qu’ils exploitent et où ils se ravitaillent ; le centre de ravitaillement des Hoggar est In-Salah, celui des Azdjer est Ghadamès.

La valeur économique du Sahara est nécessairement des plus faibles ; il s’y fait deux sortes de commerces : le commerce de ravitaillement et le commerce de transit. Au point de vue du commerce saharien proprement dit, les deux seuls objets susceptibles d’échange sont la datte et le sel. Au point de vue du commerce transsaharien, le désert doit être regardé comme un obstacle aux communications et aux relations commerciales. Cet obstacle n’est pas infranchissable. Des relations ont toujours existé à travers le désert entre le Soudan et l’Afrique méditerranéenne. Mais on s’est bien mépris sur leur importance ; la valeur du commerce total du Soudan à la mer par le Sahara est évalué à environ 9 millions, le mouvement d’un port de vingtième ordre. L’importance de ce commerce va sans cesse en diminuant, non seulement dans les possessions françaises de l’Afrique du Nord, mais aussi en Tripolitaine et au Maroc. Les entraves au commerce des esclaves et l’ouverture des voies de la côte occidentale d’Afrique sont les principales causes de cette décadence, à laquelle on espère remédier par la construction de voies ferrées transsahariennes.

Le Sahara septentrional, entre l’Atlas et l’Ahaggar, a été le théâtre de tentatives d’exploration et de pénétration parties de nos colonies de l’Afrique du Nord. Ces tentatives se présentent sous trois formes principales. On peut rechercher uniquement le progrès des connaissances géographiques, dresser la carte de territoires inconnus, recueillir sur le sol, le climat, les populations des renseignements de tous ordres, sans viser le moins du monde à s’établir dans la contrée. On peut avoir pour objet l’occupation directe ou indirecte des régions sahariennes, prendre possession de tel ou tel groupe d’oasis et y établir l’autorité française, que cette autorité soit d’ailleurs exercée par des Européens ou par des indigènes. On peut enfin se livrer à des entreprises culturales, chercher à reconnaître et à exploiter des richesses minérales, s’efforcer de nouer des relations commerciales et de créer un mouvement d’échanges. Ces trois modes de pénétration peuvent être appelés la pénétration scientifique, la pénétration politique et la pénétration économique. Nous nous proposons de les passer en revue et d’en faire l’historique sommaire, depuis 1830 jusqu’à nos jours.

La première édition de la présente brochure avait été publiée à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1900. Nous l’avons remaniée et augmentée. Ainsi qu’on en pourra juger, la pénétration saharienne a fait, dans ces dernières années, des progrès considérables et la plupart des questions sahariennes sont résolues ou sur le point de l’être.

* * * * *

[Note 1 : SCHIRMER, Le Sahara, Paris, 1893, p. 23.]

LA PÉNÉTRATION SAHARIENNE * * * * * CHAPITRE PREMIER LES PREMIÈRES TENTATIVES (1830-1852)

L’occupation étendue et l’occupation restreinte. — Les renseignements anciens et nouveaux. — Cartes de Rennell et de Lapie. — D’Avezac. — La Commission scientifique de l’Algérie. — Carette (1844). — Daumas (1845). — Carte du Sahara algérien. — El-Aïachi et Moula Ahmed. — Expéditions dans l’Atlas Saharien (1844-47). — Les Etablissements français. — L’expédition Cavaignac et le docteur Jacquot. — Nouvel ouvrage de Daumas. — Projets commerciaux : Subtil, Jacquot. — Tentatives d’exploration : Prax, Berbrugger. — Conclusion.

Lorsque la France, en 1830, fut amenée par la prise d’Alger à s’établir sur la côte barbaresque, il ne pouvait être encore question d’entrer en contact avec le Sahara. Il fallut d’abord conquérir le Tell, et d’ailleurs, pour le Tell même, les discussions durèrent plusieurs années entre les partisans de l’occupation étendue et les partisans de l’occupation restreinte, voire de l’évacuation.

Les événements, plus forts que les théories, se chargèrent de résoudre la question. On fut amené par la force des choses à conquérir l’Algérie toute entière ; on s’aperçut2 qu’il fallait être maître partout, sous peine de n’être en sécurité nulle part.

Cependant, dès le début de la conquête, on s’était préoccupé de rechercher et de réunir des renseignements sur les régions sahariennes, en attendant qu’on pût en faire l’exploration directe. Il y a lieu, disait le capitaine Carette3, de distinguer la géographie mathématique, c’est-à-dire les éléments obtenus par les opérations exactes, ayant le caractère de la certitude, et la géographie critique, c’est-à-dire les indications fournies par des voyageurs auxquels l’usage des instruments de précision était interdit, ou par des géographes dont le témoignage n’est pas irrécusable. C’est de 1830 que date l’ère de la géographie positive en Algérie : le Sahara, au contraire, restait et devait rester longtemps encore le domaine de la géographie critique.

Parmi les renseignements dont on disposait, les uns remontaient à une époque antérieure à 1830. Les auteurs principaux auxquels on les empruntait étaient, outre les géographes grecs et romains, El-Bekri (XIe siècle)[4], Edrisi (XIIe siècle)[5], Léon l’Africain (XVIe siècle)[6], Thomas Shaw (XVIIe siècle)[7], enfin les naturalistes français Peyssonnel, Desfontaines8 et Poiret (XVIIIe siècle)[9]. Le major Laing (1825-1826), puis René Caillié (1827-1828) avaient visité Tombouctou, mais leurs traversées du Sahara avaient fourni peu de résultats scientifiques. La carte d’Afrique publiée par Rennel en 1790 (revue en 1803), dont nous reproduisons la partie relative au Sahara, peut être considérée comme représentant assez exactement l’état des connaissances avant la conquête française. La carte publiée par le colonel Lapie (1828)[10], appuyée surtout sur Shaw, ne marque pas un progrès bien sensible sur la carte de Rennel, bien que Carette ait dit « qu’il était impossible de faire un usage plus judicieux de matériaux incohérents11 ».

Mais des faits nouveaux s’introduisirent bientôt dans le domaine de la discussion et agrandirent le cercle des connaissances. On avait rencontré à Alger même des Mozabites et des Biskris organisés en corporations de métiers, et on avait obtenu d’eux quelques renseignements sur leur pays d’origine12. En 1835, d’Avezac publiait ses Etudes de géographie critique[13]. Il avait pris pour point de départ un itinéraire fourni à William B. Hodgson, consul général des Etats-Unis à Alger, par un habitant de Laghouat. Hodgson avait traduit en anglais la relation d’El-Hadj ebn ed Din el Laghouati, et d’Avezac en avait fait une version française. Les itinéraires de cet indigène vont de Laghouat à In-Salah et d’El-Goléa à Ghadamès. Désirant tracer ces itinéraires sur une petite carte, d’Avezac sentit la nécessité de faire table rase de tous les travaux antérieurs et de construire à neuf la carte de la région ; il fut ainsi amené à discuter de nombreux itinéraires, et à utiliser divers renseignements qui lui furent communiqués par l’état-major français. Cette discussion savante et approfondie est le commentaire de la carte, datée de février 1836.

En 1837 fut constituée une Commission pour l’exploration scientifique de l’Algérie14 qui, organisée en 1839, commença à fonctionner vers 1840, et publia les excellents travaux géographiques du capitaine du génie Carette. Les deux ouvrages qu’il fit paraître en 1844 sont la mise en œuvre d’informations indigènes15.

Où commençait le Sahara ? Telle était la première question qu’on se posait alors. « A une époque où l’on connaissait à peine le Tell algérien, pour qui était à Oran et à Alger, les villes de Mascara, de Tlemcen et de Médéa étaient des oasis en plein désert ; pour qui était dans ces villes de l’intérieur, Saïda, Tiaret, Teniet-el-Had, tous les postes qu’on venait de créer sur les limites du Tell, étaient au bout du monde. Ceux de nos officiers qui faisaient la guerre, qui observaient, savaient seuls à quoi s’en tenir. Mais pour tout le monde le désert commençait au-delà de ces postes, et il fut un temps, dans la province d’Oran, par exemple, où une colonne qui s’était hasardée jusqu’au Chott croyait être arrivée aux limites du possible, et avoir atteint une ligne au-delà de laquelle l’air n’était plus respirable que pour les nègres et les antilopes16 ».

On comprend d’ordinaire dans le Sahara algérien la région des steppes ou hautes plaines, souvent appelées aussi le Petit-Désert, qui s’étend au sud de la dernière ride de l’Atlas Tellien, au-delà de Daïa, Tiaret et Boghar. Cependant d’autres auteurs17 reconnaissaient que le Sahara ne commence qu’au sud des montagnes de la Kibla, c’est-à-dire au sud de l’Atlas Saharien. Carette s’efforçait à son tour18 de marquer les limites entre le Tell, région des laboureurs et des céréales, et le Sahara, région des pasteurs et des palmiers. Il était amené à distinguer entre la zone des landes (les steppes), et la zone des oasis, qui s’étend jusque vers Ouargla, « limite naturelle de l’Algérie ». Au-delà s’étend le désert proprement dit, « parcouru plutôt qu’habité par les Touareg ». Cette distinction se retrouve dans la plupart des ouvrages de cette époque. Carette étudiait successivement les lieux d’échange du commerce saharien, les moyens d’échange et voies de commerce, les objets d’échange. Il examinait en détail les divers itinéraires et les reportait sur sa carte. Il fournissait également, dans sa Carte des tribus[19], bon nombre de renseignements sur les populations de l’Algérie méridionale. La Description de l’empire du Maroc, de Renou, parue aussi dans l’_Exploration scientifique de l’Algérie_20, contenait des documents sur le Sahara oranais.

En 1845, le lieutenant-colonel Daumas, autorisé et encouragé par Bugeaud, publiait le Sahara Algérien, résultat des études poursuivies pendant plus de dix ans par la direction centrale des affaires arabes et des témoignages recueillis de la bouche de plus de 200 indigènes21. Le colonel Daumas les interrogeait, le capitaine Gaboriaud dessinait et coordonnait le tracé, Ausone de Chancel, secrétaire archiviste de la direction des affaires arabes, prenait des notes et rédigeait. Une carte du Sahara algérien, publiée sous les auspices du maréchal Bugeaud et gravée sous la direction du dépôt de la guerre, servait de complément à l’œuvre de Daumas. On avait pris pour limite même de nos possessions, « les forts de séparation qui couronnent le Tell et dominent le Sahara », c’est-à-dire la ligne de postes Tiaret-Boghar-Tébessa. Au Sud, on avait choisi comme limite une ligne brisée passant par Nefta, le Souf, Ouargla et In-Salah. On divisait la région considérée en deux parties, orientale et occidentale, séparées par la grande ligne d’Alger à Ouargla. On étudiait d’abord cette ligne, puis l’Est et enfin l’Ouest, en procédant par itinéraires et en s’avançant de renseignements en renseignements. « Dans son ensemble, disait le colonel Daumas22, le Sahara présente, sur un fond de sable, ici des montagnes, là des ravins ; ici des marais, là des mamelons ; ici des villes et des bourgades, là des tribus nomades dont les tentes en poil de chameau sont groupées comme des points noirs dans l’espace fauve. » On est donc revenu de l’idée qui considérait le Sahara comme entièrement inhabitable et inhabité. Peut-être même tend-on à tomber dans l’excès contraire ; on remarque que les centres de population sont, dans la première zone du Sahara, beaucoup plus nombreux que dans le Tell23.

La méthode d’utilisation des informations indigènes fut dès le début portée par Carette, et surtout par Daumas, à une perfection qu’on n’a pas dépassée depuis et qu’on a rarement égalée. Carette avait insisté sur l’usage que l’on pourrait faire des voyageurs algériens dans l’intérêt des sciences économiques et géographiques. « Il est possible, dit-il24, sans quitter les villes abordables du continent africain, d’obtenir sur l’intérieur des renseignements de toute nature. Ces renseignements, recueillis avec persévérance, rapprochés et contrôlés avec discernement, conduiraient à la connaissance des faits généraux. » Il concluait en demandant la fondation d’une école pratique d’explorateurs indigènes.

Dans les bibliothèques mêmes, il était possible de trouver des documents indigènes intéressants pour la connaissance du Sahara. Berbrugger, membre titulaire de la Commission scientifique de l’Algérie, conservateur de la bibliothèque et du musée d’Alger, traduisit (1846), d’après deux manuscrits de la bibliothèque d’Alger, le voyage de deux pèlerins musulmans, El Aïachi (XVIIe siècle) et Moula-Ahmed (XVIIIe siècle), qui se rendirent du Maroc en Tripolitaine par les oasis du Sahara septentrional25.

Cependant les progrès de notre domination et le souci même de la sécurité du Tell avaient amené les troupes françaises jusque dans les oasis sahariennes. En février-juin 1844, le duc d’Aumale, commandant la province de Constantine, s’avançait jusqu’à Biskra et occupait les Ziban. Le cheikh de Touggourt, Ben Djellab, reconnaissait notre autorité. La même année, dans la province de Titteri, la colonne du général Marey-Monge, opérant contre les Oulad-Naïl, s’était avancée jusqu’à Laghouat26. En 1845, dans l’Oranie, le colonel Géry, du 56e de ligne, passant par Stitten et Rassoul, s’emparait de Brézina27 ; le commandant de Martimprey, alors chef du service topographique de la division d’Oran, avait accompagné la colonne. En 1847, les généraux Renault et Cavaignac allaient visiter les ksour du Sud-Oranais ; la colonne Cavaignac s’avançait jusqu’au Djebel Haïmeur, au sud de Moghrar, et poussait une pointe sur l’Oued-Namous, jusqu’à l’endroit où cet oued sort des montagnes pour déboucher dans le Sahara28. En 1849, le général Pélissier se montrait à son tour dans les mêmes régions. En 1850, après la prise de Zaatcha, on occupait Bou-Saâda. Ainsi, dans l’Est comme dans l’Ouest, à El-Kantara comme au défilé d’Arouïa, où dépassait l’Atlas Saharien, on franchissait le bab-es-Sahra[29].

Une notice rédigée d’après les renseignements contenus dans le journal de l’expédition du colonel Géry30 et dont les matériaux ont été fournis par Martimprey et Maire, donne des renseignements sur les ksour du Petit-Désert de la province d’Oran. Cette notice se termine par un aperçu sur le Gourara, d’après des renseignements recueillis par le commandant Charras, chef de poste de Daïa ; il sera facile, dit l’auteur, de nouer dans un avenir rapproché des relations avec ces oasis.

L’expédition du général Cavaignac eut pour historiographe le docteur Félix Jacquot, dont l’ouvrage31 est accompagné d’une carte de la contrée parcourue par la colonne et d’un certain nombre d’intéressants dessins d’après nature. Ce qui fait aujourd’hui le principal intérêt de la relation du docteur Jacquot, c’est qu’il fut le premier à signaler32 les sculptures rupestres de Tiout et de Moghrar Tahtani, représentant entre autres choses des scènes de chasse et divers animaux, parmi lesquels l’éléphant. Mais le docteur Jacquot ne pense pas que ces dessins soient vraiment préhistoriques, et croit qu’ils sont l’œuvre d’individus originaires du Soudan.

Nos colonnes avaient vérifié l’exactitude des renseignements consignés par Daumas dans son ouvrage sur le Sahara algérien à une époque où on ne l’avait pas encore parcouru. Daumas forma alors le projet d’utiliser des renseignements puisés aux mêmes sources sur les contrées situées encore plus au Sud, sur le commerce de l’intérieur de l’Afrique et sur les usages des peuples qui habitent ou traversent le Sahara. De là le livre, fort inférieur à son Sahara Algérien, qu’il publia en 1848 en collaboration avec Ausone de Chancel33. C’est le récit de voyage d’un Chaânbi de Metlili, El Hadj Mohammed, qui était allé trois fois dans le Haoussa pour y acheter des esclaves dont il faisait le commerce. L’itinéraire passe par El-Goléa, Timmimoun, In-Salah, le Mouydir, l’Ahaggar, Assiou et l’Aïr, Agadès, le Damerghou. Il est accompagné d’une carte du Sahara au 1/10.000.000 par Mac-Carthy.

Dès le début de la conquête, on s’était préoccupé de recueillir des détails sur la marche annuelle des caravanes et le commerce de la régence avec l’Afrique intérieure. On avait cherché à se renseigner sur l’importance que ce commerce avait eue jadis, sur les nouvelles directions que la guerre l’avait forcé de prendre, sur les moyens de le rappeler dans les lieux qu’il avait si longtemps fréquentés, et peut-être de lui donner d’utiles développements34 ». On étudiait aussi les rapports de Constantine avec Biskra et Touggourt35.

C’est en 1840 que Youssef, pacha de Tripoli, fit reconnaître son autorité à Ghadamès, et c’est de cette époque que date l’abandon à peu près complet du débouché commercial de Ghadamès sur la Tunisie par Gabès et sur l’Algérie par le Souf et Ouargla36. En 1842, la Régence devenait une simple province de l’empire Ottoman, et Ghadamès reçut un représentant de l’autorité turque.

Un certain E. Subtil pensait avoir trouvé les moyens de faire arriver en Algérie les caravanes de l’Afrique centrale37 ; il suffisait pour cela, selon lui, d’établir deux agents consulaires français à Ghadamès et Touggourt et de s’entendre avec Mohammed, fils d’Abd el Gelil, prince des Tibbous. L’auteur avait vu ce Mohammed à Linouf, en Tripolitaine, et avait passé avec lui, en 1841, un traité de commerce par lequel il s’engageait à faire aboutir à Constantine toutes les caravanes de l’intérieur : l’original de ce traité avait été remis, paraît-il, aux mains du maréchal Soult.

C’était dans un but commercial autant que pour des motifs politiques, et dans l’espoir d’ouvrir des débouchés à notre industrie, que, depuis 1844, on était intervenu à diverses reprises dans le Sahara, notamment dans le Sahara oranais38. On insistait39 sur le rôle commercial des populations du Sud-Oranais, qui, dans leurs migrations annuelles, sont les intermédiaires naturels entre les habitants du Tell et les peuplades des contrées méridionales : « Aux uns elles apportent du Sud des dattes, de la laine, des plumes d’autruche, des plantes tinctoriales, des esclaves noirs et même de la poudre d’or ; aux autres elles livrent en échange, sur les marchés des oasis, des céréales et des produits de l’industrie européenne. »

Dans un rapport du 13 Juillet 1844, le duc d’Aumale, commandant supérieur de la province de Constantine, marquait les résultats commerciaux qu’on était en droit d’attendre de la prise de possession des Ziban, et indiquait que des commerçants se proposaient, vers la fin de novembre, d’aller juger par eux-mêmes de l’importance du marché de Touggourt. Le docteur Félix Jacquot40 se livrait à une comparaison entre les deux grands courants de caravanes passant l’un par Touggourt à l’Est, l’autre par In-Salah à l’Ouest. Il donnait la préférence à cette dernière ligne, parce que, dit-il, elle est plus facile et plus courte, et parce que Tombouctou est le principal centre du commerce du Soudan et beaucoup plus important que le pays Haoussa.

C’est aussi de l’intérêt économique et commercial que s’inspiraient la plupart des explorations ou reconnaissances individuelles entreprises pendant cette période, explorations d’ailleurs peu importantes et médiocrement fructueuses. En 1836, Loir-Montgazon41 avait passé un mois à Touggourt. En 1848, un autre voyageur, Garcin, négociant à Constantine, s’y rendait également de Biskra. En 1848, Prax42, ancien officier de marine, accomplissait dans le Sud algérien le premier voyage qui ait eu un caractère un peu plus scientifique. Parti de Tunis, il se rendit au Souf et rentra en Algérie par Touggourt et Biskra. L’année suivante, il publia une brochure43 sur le commerce transsaharien ; il énumérait les produits que l’on pouvait tirer du centre de l’Afrique et les denrées qu’on pouvait porter dans le Soudan. Il concluait à la nécessité d’avoir un consul au Touat, lieu d’étape commode entre les dernières pentes de l’Atlas et les rives du Sénégal.

En 1850, J.-B. Renaud, ancien soldat au 48e de ligne, qui avait embrassé l’islamisme et pris le nom d’Abdallah, résolut, à la suite d’un pèlerinage à la Mecque et d’un voyage de trois mois au Darfour, de se rendre d’Algérie à Tombouctou par le Touat. Ce projet n’aboutit pas ; le cheikh de Ngoussa, instruit du dessein de Renaud, l’obligea à retourner sur ses pas à cause de l’insécurité des régions qu’il voulait traverser.

La même année, Berbrugger entreprenait, avec un succès bien différent, un voyage dans l’Est. Il avait formé le projet44 d’explorer la « deuxième ligne » des oasis algériennes, par Gabès, le Souf, Touggourt, Ouargla, El-Goléa, le Touat avec retour par le Mzab ; il devait s’attacher surtout à l’étude des faits qui importent à la politique et au commerce. Son voyage ne le mena pas si loin ; il se rendit45 en Tunisie par Souk-Ahras, visita le Djerid, le Souf, l’Oued-Rir, Ouargla et le Mzab ; il rapporta nombre de renseignements géographiques et archéologiques sur les régions traversées46.

En 1851, Ducouret (Hadj Abd el Hamid Bey) partait de Tunis avec une mission du Ministre de l’instruction publique dans le Sahara. Il sollicita l’appui de l’autorité militaire pour gagner Ouargla et le Mzab, mais il parut dangereux de l’autoriser à parcourir ce pays, où Berbrugger avait rencontré d’assez grandes difficultés l’année précédente.

Résumons, au triple point de vue auquel nous nous sommes placés, les résultats obtenus pendant cette période.

La connaissance scientifique du Sahara a considérablement avancé par les informations indirectes, surtout celles de Carette et de Daumas. L’exploration directe, si on en excepte le voyage de Berbrugger, n’a encore donné aucun résultat. L’occupation a rapidement progressé, puisque, malgré les hésitations du début, elle nous a amenés d’Alger à Laghouat. Enfin, au point de vue de la pénétration commerciale, on a formé des projets nombreux et souvent grandioses, mais on n’a en fait rien obtenu. La carte du Sahara algérien47 de 1852 montre l’état des connaissances à cette date : c’est une nouvelle édition de la carte de 1845, dont les indications avaient guidé nos colonnes ; on a réparé les omissions et comblé les lacunes que l’expérience avait signalées.

Une nouvelle période s’ouvre avec la prise de Laghouat (4 décembre 1852), bientôt suivie de la capitulation du Mzab. Grâce aux circonstances favorables, grâce aussi à l’impulsion donnée par le maréchal Randon, cette période, comme on va le voir, est une des plus brillantes et des plus fructueuses de l’histoire de la pénétration saharienne.

* * * * *

[Note 2 : DAUMAS, Le Sahara Algérien, in-8o, Paris, 1845, p. 5.]

[Note 3 : CARETTE, Etude sur les routes suivies par les Arabes dans la partie méridionale de l’Algérie et de la Régence de Tunis, in-8o, Paris, 1844, p. 3 et suiv.]

[Note 4 : Traduction française de la Description de l’Afrique, publiée par QUATREMÈRE dans le tome XII des Notices et Extraits des Manuscrits.]

[Note 5 : Traduit par A. JAUBERT en 1836.]

[Note 6 : LEO AFRICANUS, De l’Afrique, traduction de Jean Temporal, Paris, 4 vol. in 8o, 1830. « Imprimé aux frais du Gouvernement pour procurer du travail aux ouvriers typographes. » La même année était réimprimée, à Venise, la traduction italienne de Ramusio.]

[Note 7 : TH. SHAW, Travels and Observations relating to several parts of Barbary and the Levant, in-4o, Oxford, 1738. Traduction française à La Haye, 1743.]

[Note 8 : DUREAU DE LA MALLE, Voyages dans les Régences de Tunis et d’Alger, par Peyssonnel et Desfontaines, 2 vol. in-8o, Paris, 1838.]

[Note 9 : POIRET (l’abbé), Voyage en Barbarie, 2 vol. in-8o, Paris, 1789.]

[Note 10 : Carte comparée des Régences d’Alger et de Tunis, dressée par le chevalier Lapie, premier géographe du roi, officier supérieur du Corps royal des Ingénieurs (les noms anciens revus par Hase, les noms arabes par Jaubert), Paris, 1828, chez Picquet.]

[Note 11 : Routes suivies par les Arabes, p. VII. Cette remarque semble s’appliquer à la carte de 1828 ; la date de 1838, donnée par Carette, paraît une faute typographique : nous n’avons pas découvert de carte d’Algérie de Lapie portant cette date.]

[Note 12 : Tableau de la Situation des Etablissements Français dans l’Algérie, 1838, p. 161.]

[Note 13 : Paris, 1836, in-8o.]

[Note 14 : Etablissements Français, 1838, p. 113 ; 1840, p. 109.]

[Note 15 : E. CARETTE, Recherches sur la géographie et le commerce de l’Algérie méridionale, avec 3 cartes (Exploration scientifique, in-4o, Paris, 1844). Id., Etude des routes suivies par les Arabes dans la partie méridionale de l’Algérie et de la Régence de Tunis (Exploration scientifique, in-8o, Paris, 1844).]

[Note 16 : DE COLOMB, Notices sur les Oasis du Sahara, 1860, p. 1. « Dès le débarquement, en 1830, il fut question du désert à propos du terrain sablonneux de Sidi-Ferruch. Plus tard, les sables reculèrent jusque dans la Mitidja où, selon l’expression de Pellissier, on n’en ramasserait pas de quoi poudrer une lettre ». (BERBRUGGER, Voyages dans le Sud de l’Algérie, par El-Aïachi et Moula-Ahmed, Paris, 1846, p. 4).]

[Note 17 : BERBRUGGER, ouvrage cité.]

[Note 18 : E. CARETTE, Recherches sur la géographie et le commerce de l’Algérie méridionale, p. 7.]

[Note 19 : Etablissements Français, 1844, p. 377 et 396 ; Carte de l’Algérie divisée en Tribus, par CARETTE et WARNIER, à 1/1.000.000e (avril 1846).]

[Note 20 : In-8o, Paris, 1848, avec Carte du Maroc à 1/2.000.000e, datée de 1845. Cf. Carte du Maroc de BEAUDOUIN, 1848 (excellente pour l’époque et encore utile à consulter).]

[Note 21 : DAUMAS (Lieutenant-colonel), Le Sahara Algérien, études géographiques, statistiques et historiques sur la région au Sud des établissements français, in-8o, Paris, 1845.]

[Note 22 : P. 5.]

[Note 23 : DAUMAS, p. 1, reproduit et défiguré dans les Etablissements Français de 1850-52, p. 651. Il convient de dire que, précisément à l’époque ou Daumas écrivait ces lignes, le traité de 1845 avec le Maroc reproduisait l’ancienne conception du Sahara inhabitable et inhabité.]

[Note 24 : Recherches sur la Géographie et le Commerce de l’Algérie méridionale, p. 142.]

[Note 25 : ADRIEN BERBRUGGER, Voyages dans le Sud de l’Algérie et des Etats barbaresques par El-Aïachi et Moula-Ahmed (Exploration Scientifique de l’Algérie), in-8o, Paris, 1846.]

[Note 26 : PELLISSIER DE REYNAUD, Annales Algériennes, Alger-Paris, 1854, tome III, p. 123-126.]

[Note 27 : H. M. P. DE LA MARTINIÈRE et N. LACROIX, Documents pour servir à l’étude du Nord-Ouest africain, réunis et rédigés par ordre de M. Jules Cambon, Gouverneur général de l’Algérie. Gouvernement général de l’Algérie, Service des Affaires indigènes, 4 vol. in-8o et 1 vol. de pl., 1894-97 ; tome III, p. 73 et 791. Nous citerons cet ouvrage en abrégé sous le titre de Documents.]

[Note 28 : H. DUVEYRIER, Historique des Explorations au Sud et au Sud-Ouest de Géryville, Bull. Soc. Géogr. de Paris, 1872, p. 229.]

[Note 29 : Etablissements Français, 1845, p. 4. PELLISSIER DE REYNAUD, Annales Algériennes, III, p. 160.]

[Note 30 : Tableaux des Etablissements français dans l’Algérie, 1846, p. 515. On sait que cette collection des Etablissements français est la source la plus précieuse pour l’histoire des débuts de la conquête et de la colonisation.]

[Note 31 : Dr FÉLIX JACQUOT, Expédition du général Cavaignac dans le Sahara Algérien en avril et mai 1847, in-8o, Paris.]

[Note 32 : P. 149 et 165.]

[Note 33 : DAUMAS et DE CHANCEL, Le grand désert, ou itinéraire d’une caravane du Sahara au pays des nègres, in-8o, Paris, 1848.]

[Note 34 : Etablissements français, 1837, p. 324.]

[Note 35 : Id., 1840, p. 371.]

[Note 36 : Colonel REBILLET, Les relations commerciales de la Tunisie avec le Soudan (Revue gén. des Sciences, 1896, p. 1158).]

[Note 37 : Revue de l’Orient, 1845, tome VI, p. 6.]

[Note 38 : Etablissements français, 1850-52, p. 651.]

[Note 39 : Id., 1846, p. 515.]

[Note 40 : Expédition du général Cavaignac, p. 199.]

[Note 41 : Revue de l’Orient, 1844, tome IV, p. 76.]

[Note 42 : Instructions pour le voyage de M. Prax dans le Sahara septentrional, in-8o, Paris, 1847. — PRAX, Tougourt, le Souf (Revue de l’Orient et de l’Algérie, 1848, tome IV, p. 129).]

[Note 43 : PRAX, ancien officier de la marine nationale, Commerce de l’Algérie avec la Mecque et le Soudan, Paris, 1849. Cf. Carte des routes commerciales de l’Algérie au pays des Noirs, dressée par M. Prax à 1/10.000.000, s. d. (très intéressante).]

[Note 44 : BERBRUGGER, Projet d’exploration de la 2e ligne des oasis algériennes, in-8o, Alger, 1850.]

[Note 45 : Résultats obtenus jusqu’à ce jour par les explorations entreprises sous les auspices du Gouvernement de l’Algérie pour pénétrer dans le Soudan, in-8o, Alger, 1862. Cette brochure, due au capitaine de Polignac, a paru dans le Bull. de la Soc. de Géogr. de Paris, 1862, p. 222. Nous la citerons en abrégé sous le titre Résultats.]

[Note 46 : Mémoire publié dans l’_Akhbar_, Alger, 1853.]

[Note 47 : Etablissements français, 1849, p. 719 et 1850-52, p. 651. Cf. Carte des divisions politiques, administratives et militaires de l’Algérie, dressée sur les documents officiels par ordre de M. le général Randon par CH. DE LA ROCHE, attaché au Ministère de la Guerre, 1851, à 1/1.000.000.]

CHAPITRE II LA PÉRIODE DU MARÉCHAL RANDON (1852-1864)

Gouvernement du maréchal Randon. — Voyages de Barth. — Traduction d’Ibn Khaldoun. — Grammaire tamacheq de Hanoteau. — Occupation de Laghouat (1852) et capitulation du Mzab. — Renou (1853). — Rôle des Ouled-Sidi-Cheikh. — Si Hamza, cheikh Othman et Ikhenoukhen. — Projets commerciaux. — Double objectif des explorations : le Touat et Ghadamès.

I. Explorations dans l’Ouest. — Dastugue (1853). — El-Ouazzani (1854). — Mac-Carthy (1854). — de Colomb (1854-59). — Correspondance de 1858 concernant Si Hamza. — Colonieu et Burin (1860). — Projets sur le Touat et le Niger. — Rohlfs (1864).

II. Explorations dans l’Est. — Occupation de Touggourt (1854). — Forages de Jus dans l’Oued-Rir (1856). — Ville (1855-57). — Bou-Derba (1858). — Duveyrier (1859-61). — Mission et traité de Ghadamès (1862).

Conclusion. — Cartographie. — Faidherbe au Sénégal.

Le maréchal Randon est une des figures les plus intéressantes de l’histoire moderne de l’Algérie. « Après le maréchal Bugeaud, le second rang dans l’histoire de la conquête appartient de droit au maréchal Randon ; au génie de l’un a succédé la persévérance de l’autre ; celui-ci a parachevé l’œuvre de celui-là48. » En même temps qu’il conquérait la Kabylie, il préparait et organisait l’expansion de l’Algérie vers le Sud.

Le maréchal Randon fut gouverneur de l’Algérie de 1851 à 1858 ; mais la brillante période de pénétration saharienne ne commence guère qu’en 1852, pour se continuer jusqu’en 1864, parce que l’impulsion ne se fit pas immédiatement sentir et se prolongea d’autre part pendant un certain temps après le départ de celui qui l’avait imprimée. Le mouvement d’exploration et d’expansion fut arrêté net par l’insurrection des Ouled-Sidi-Cheikh, qui eut des conséquences si fâcheuses à tous égards pour nos rapports avec le Sahara.

Un événement considérable dans l’histoire des découvertes géographiques s’accomplissait alors. Un des plus grands voyageurs des temps modernes, Barth, effectuait sa magnifique exploration à travers le Sahara et le Soudan (1850-1855). « Il faudrait de longues pages49 pour faire ressortir les nombreux résultats du voyage de Barth. Avant lui, tout n’était que fables ou données vagues sur l’Afrique centrale et ses habitants ; il était réservé à Barth de rapporter au monde civilisé des notions précises aussi bien sur la région du Tchad que sur le Sahara, de fixer la géographie encore incertaine de ces pays, d’étudier l’histoire des tribus qui les habitent, enfin de recueillir des renseignements d’une valeur inestimable sur l’ethnographie, l’histoire ancienne et l’état politique des vastes étendues de territoire qu’il a parcourues. » Il est le premier et le plus grand des explorateurs vraiment scientifiques du continent noir50.

Vers la même époque paraissaient en Algérie, sous les auspices du Gouvernement général, deux des ouvrages les plus remarquables qui aient été publiés depuis la conquête : la traduction de l’_Histoire des Berbères_ d’Ibn-Khaldoun51 par de Slane (1852), et la grammaire de la langue des Touareg par Hanoteau, commandant supérieur du cercle de Dra-el-Mizan52. Le premier de ces ouvrages faisait connaître le document capital sur l’histoire et les traditions des populations sahariennes, le second nous initiait à leur langue ; Duveyrier a pu contrôler l’exactitude de la grammaire de Hanoteau et il a rendu hommage à l’excellence de cet ouvrage53, comme bien d’autres l’ont fait après lui.

Le gouvernement du maréchal Randon, le voyage de Barth déterminèrent une période des plus actives dans notre œuvre de pénétration au Sahara central, œuvre à laquelle d’autres circonstances, qu’il convient d’indiquer, étaient par ailleurs très favorables.

L’insurrection soulevée en 1852 par le chérif Mohammed ben Abdallah parmi les tribus du Sud détermina la prise d’assaut et l’occupation définitive de Laghouat54 (4 décembre 1852). Quelques jours après, les habitants du Mzab, redoutant des représailles de notre part, en raison de l’hospitalité donnée par eux au chérif Mohammed, prirent la résolution d’entrer en négociations avec nous.

Dans une convention du 24 janvier 1853, décorée plus tard du nom de traité, mais qui mérite bien mieux le titre de capitulation55, Randon posait aux Mozabites ces conditions : « Il ne saurait être question, disait-il, d’un traité de commerce entre vous et nous, mais bien nettement de votre soumission à la France. En dehors de cette pensée, il ne peut y avoir aucun arrangement. Vos ressources de toute espèce nous étant connues, chaque ville ne paiera que ce qu’elle doit raisonnablement payer. Comptés dès lors comme nos serviteurs, notre protection vous couvrira partout, dans vos voyages à travers nos tribus et pendant votre séjour dans nos villes. Nous ne voulons en aucune façon nous mêler de vos affaires intérieures ; vous resterez à cet égard comme par le passé. Nous ne nous occuperons de vos actes que lorsqu’ils intéresseront la tranquillité générale et les droits de nos nationaux et de nos tribus soumises. » Ainsi le maréchal Randon trouvait dès le premier jour la véritable formule qui doit présider à nos relations avec les populations sahariennes, formule dont on s’est trop souvent écarté depuis, soit en traitant de puissance à puissance avec les Sahariens, soit en intervenant à outrance dans leurs affaires intérieures.

Peu après, Renou, collaborateur de l’_Exploration Scientifique de l’Algérie_, après une excursion d’Alger à Laghouat, se décida, sur les conseils du général Yousouf, commandant les troupes indigènes, à pousser jusqu’au Mzab. Il partit de Laghouat en compagnie du lieutenant Carrus, chef du bureau arabe, et se rendit à Berrian, où il fut parfaitement accueilli ; il profita de son séjour dans cette localité pour en déterminer la longitude et la latitude.

C’est à partir de cette époque que les Ouled-Sidi-Cheikh commencent à jouer un rôle considérable dans nos projets de pénétration. On songe d’abord à se servir d’eux pour ces projets, et des résultats dont on ne saurait méconnaître l’importance sont obtenus par cette voie. Mais ces résultats ne sont pas aussi complets qu’on l’avait espéré, d’abord parce que, comme on le verra, ils ne s’y prêtent pas toujours sans réticences et sans hésitations, puis parce qu’on s’exagère, peut-être sur leurs propres indications, leur pouvoir sur les populations sahariennes et qu’on leur demande plus qu’ils ne peuvent donner.

Le chef de la branche aînée des Ouled-Sidi-Cheikh était alors Si Hamza ben bou Bekeur. Ce personnage56 était d’une humeur très versatile, tour à tour sérieux et capricieux comme un enfant gâté ; malaisé à mettre en selle, mais y restant des journées entières ; curieux comme une femme ou indifférent à l’excès ; aujourd’hui flexible comme un roseau, demain ferme comme un chêne. Cependant sous cette versatilité apparente se cachait une rare ténacité lorsque ses intérêts étaient en jeu. Enfin, un des traits les plus frappants de son caractère était son extrême avidité ; il entassait dans ses magasins, où ils se perdaient sans profit pour personne, les dons en nature qu’il recevait des indigènes et ne craignait pas de s’abaisser en faisant le commerce des œufs d’autruche. Malgré ces graves défauts, il faut convenir avec M. Jules Cambon57 que « Si Hamza montra, dans le cours de sa vie, une grandeur peu commune, associa sa cause à la nôtre et nous témoigna une fidélité dont on ne s’est peut-être pas toujours souvenu. Il détruisit le sultanat d’Ouargla pour le remettre entre nos mains et fut ainsi le principal agent de notre expansion dans l’Extréme-Sud. »

L’ambition de Si Hamza était de commander à tout le Sud, sinon jusqu’à Tombouctou58, du moins depuis Ouargla jusqu’au Touat. En 1852, il fut investi d’un grand commandement et nommé khalifa. En même temps, on plaçait auprès de lui un officier pour jouer le rôle de nos résidents actuels dans certains pays de protectorat ; on choisit le lieutenant de Colomb, qu’on chargea de le guider et de l’initier à nos exigences administratives. La mesure fut complétée par la création d’un poste à El-Biodh (Géryville), où s’installa le lieutenant de Colomb avec une petite garnison. Cet officier reçut d’abord le titre de « chef politique », titre qui se transforma au fur et à mesure que l’organisation du nouveau commandement se développait, et devint successivement celui de chef de poste en 1853, chef d’annexe en 1854, commandant supérieur en 1855.

A peine installé, le nouveau khalifa fut appeler à coopérer à la lutte engagée avec Mohammed ben Abdallah et dut, avec ses contingents, poursuivre les Larbaâ et les Ouled-Naïl qui avaient pris fait et cause pour le chérif ; il en vint à bout pendant que nos troupes assiégeaient Laghouat. Quelques mois plus tard, à la fin de 1853, Si Hamza, bientôt suivi par le colonel Durrieu et une colonne légère, nous faisait sans coup férir traverser Metlili, le Mzab, et planter pour la première fois notre drapeau sur les vieilles kasbas de Ngoussa et de Ouargla. Il tenait ainsi la promesse qu’il avait faite de conquérir pour nous l’Extrême-Sud59.

Le maréchal Randon avait aussi témoigné à Si Hamza le désir de nouer des relations avec les Touareg. En 1854, le khalifa était allé à Ghat et avait décidé divers personnages touareg, appartenant aux tribus des Oraghen, des Ifoghas et des Imanghasaten, à l’accompagner à Alger60. L’un d’eux était le cheikh Othman, de la tribu maraboutique des Ifoghas et de l’ordre des Tidjani, neveu de Sidi Ahmed el Bekkay qui avait accueilli Barth à Tombouctou61. Cheikh Othman, homme d’intelligence et de cœur, d’un dévouement éclairé et sincère, semble avoir souhaité réellement faire régner la sécurité et la paix — une paix relative — chez les Touareg.[62] Le cheikh fut l’objet de l’accueil le plus favorable de la part du maréchal Randon, auquel il promit une alliance avec la France, en son propre nom et au nom d’Ikhenoukhen, amenokal des Azdjer. Ikhenoukhen, vieillard énergique, guerrier respecté pour sa force, paraît lui aussi avoir éprouvé une certaine sympathie pour les Français63. Après un séjour d’un mois à Alger, Cheikh Othman repartit pour le Sud. Sa visite devait être féconde en résultats, puisqu’elle a abouti, comme on le verra, à l’exploration de Duveyrier et au traité de Ghadamès.

Une des principales occupations de Randon était d’établir des relations commerciales avec le Soudan64. A son avis, l’arrivée régulière sur nos marchés des caravanes qui, en échange des produits de notre industrie, nous donneraient les matières dont Tripoli et le Maroc profitent seuls, était de nature à procurer à la France d’incontestables avantages. Personne ou à peu près ne mettait en doute, à cette époque, l’importance du commerce saharien et transsaharien, quoique dès 1854 le comte H. de Sanvitale eût émis à cet égard des appréciations assez pessimistes65. Quant aux « pays noirs », on s’en faisait une idée assez vague ; on les considérait comme uniformément riches et peuplés ; la renommée antique de Tombouctou attirait particulièrement les imaginations66.

Cependant c’est seulement en 1860 que furent rapportées les mesures douanières de l’ordonnance du 16 décembre 1843, qui avait interdit toute importation en Algérie par les frontières de terre. Un décret du 25 juin 1860 déclara la ligne Géryville-Laghouat-Biskra ouverte à l’importation en franchise de droits de douane des produits naturels et fabriqués originaires du Sahara et du Soudan.

Les projets de Randon se résumaient en ceci : étant donné que des échanges s’effectuent avec le Soudan à travers le Sahara, attirer les caravanes vers les possessions françaises, et frayer également à des caravanes parties de nos possessions le chemin du Soudan. Ce résultat devait être obtenu autant que possible d’une manière pacifique, en agissant à l’Ouest dans la vallée de l’Oued Saoura, à l’Est dans la vallée de l’Igharghar, en pénétrant à In Salah et à Ghadamès. D’où un double objectif des explorations : le Touat et Ghadamès. Nous allons passer en revue successivement les tentatives faites dans ces deux directions, en commençant par celles qui furent dirigées vers le Sud-Ouest.

I

C’est sous le patronage du khalifa Si Hamza que le général de Lussy de Pelissac, commandant par intérim la province d’Oran, proposa en 1853 de pousser une mission d’exploration au Gourara, qui serait confiée au sous-lieutenant Dastugue, adjoint au bureau arabe de Mascara. Cet officier devait partir avec la caravane annuelle des Trafi, et le terme extrême du voyage devait être Timmimoun. Là, le lieutenant Dastugue recueillerait une foule de renseignements, principalement sur Insalah, sur l’importance du commerce qui s’y fait et sur les routes qui y conduisent. Les événements politiques qui se déroulaient dans l’Extréme-Sud empêchèrent les nomades d’envoyer des caravanes au Gourara à la fin de 1853, et le projet d’exploration présenté par Dastugue ne fut pas exécuté. Mais Dastugue est un des officiers qui ont le plus fait pour la connaissance scientifique du Sud-Ouest Algérien, un de ceux dont les travaux, aujourd’hui encore, présentent le plus d’intérêt. Plus tard colonel, puis général, il a recueilli et publié avec intelligence des données sur le Sahara orano-marocain67 ; il a donné notamment un excellent travail sur la géographie du Tafilelt, d’après des renseignements recueillis en 1859-61.

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