La plus que vive

Christian Bobin · Chapitre 1 sur 2

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La plus que vive

Dédicace

La mort, comme la vie, a ses ritournelles, ses saisons et ses croissances. Aujourd'hui nous sommes au seuil du printemps. Demain, lilas et cerisiers donneront leurs fêtes. Si je me retourne pour te voir dans ta mort débutante, Ghislaine – mais retourner n'est pas le mot qui convient, tu as toujours été en avant, devant –, dans ce temps des derniers gels et des premières floraisons blanches, je te vois comme une jeune Jemme éclatant de rire sous les giboulées. Ton rire me manque. On peut se laisser dépérir dans le manque. On peut aussi y trouver un surcroît de vie. L'automne et l'hiver qui ont suivi ta mort, je les ai occupés à défricher pour toi ce petit jardin d'encre. Pour y entrer, deux portes – un chant et une histoire. Le chant c'est le mien. L'histoire je n'en suis que le conteur, Je l'offre à tes enfants, tes oiseaux de paradis, tes trois vies éternelles : Gaël, Hélène, Clémence. Je les invite à fouler la terre de ce livre, afin de s'emparer d'une lumière qui n'est à personne et dont tu fus la servante exemplaire.

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