Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2

Monsieur de (Nicolas) Blégny · Chapitre 1 sur 18

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Le livre commode des adresses de Paris pour 1692, tome 2/2

Chapitre 860

[10] Elle se trouvoit entre la rue Saint-Jacques-la-Boucherie et la

rue Planche-Mibray. La famille des Saint-Yon, qui, au XIVe siècle, y

tenoit sa boucherie, lui avoit longtemps donné son nom. On l’appela

la Vieille Place aux Veaux à partir de 1646, lorsqu’une nouvelle

place eut été créée pour ce marché, sur le quai des Ormes.

Le Grenier à Sel est à l’entrée du quay de la Mégisserie et rue saint Germain l’Auxerrois[11].

 

[11] Il étoit près de la rue de la Saunerie, qui lui devoit son nom.

Pour les Œufs, Beurre, Fromages et Legumes, voyez l’article de ces denrées.

Les Chantiers où se vendent les Bois à bruler, sont à la porte saint Antoine, à la porte saint Bernard, et à la Grenouillere[12].

 

[12] Le quai d’Orsay, aujourd’hui. Quand furent bâtis les hôtels de la

rue de Lille, les propriétaires se plaignirent de ces chantiers, qui

leur masquoient la Seine, et qui étoient, pour eux, un continuel

danger d’incendie. Ils ne purent rien obtenir. Les mss. légués par

Beffara à l’Hôtel de Ville contenoient à ce sujet de curieuses

pièces. Ces chantiers ont existé jusqu’à nos jours. Le palais de la

Cour des Comptes a remplacé le dernier, qui étoit immense. C’est

dans un autre plus rapproché de la rue de Bourgogne, qu’Adrienne

Lecouvreur, à qui l’Église refusoit une sépulture en terre sainte,

fut clandestinement enterrée en 1730.

On vend aussi du Bois neuf, des Cottrets et des Fagots sur le quay de l’Ecole[13], sur le quay de la Grève, et au Port saint Paul.

 

[13] Le Pédant joué, de Cyrano de Bergerac (acte II, scène 4), a

rendu célèbres, nous l’avons déjà dit, les cotrets du quai de

l’École. «GRANGER. Eh! qu’allois-tu faire à l’École,

baudet?—CORBINELLI. Mon maître s’étant souvenu du commandement que

vous lui avez fait d’acheter quelque bagatelle qui fût rare à

Venise, et de peu de valeur à Paris, pour en régaler son oncle,

s’étoit imaginé qu’une douzaine de cotrets n’étant pas chers, et ne

s’en trouvant pas par toute l’Europe de mignons comme en cette

ville, il en devoit porter là bas: c’est pourquoi nous passions par

l’École pour en acheter.»

Le Charbon se vend sur le Port de la Grève.

On trouve quelquefois sur les Ports et dans les Chantiers du Bois de rebut qui se donne à bon marché.

 

ETOFFES.

 

Le Bureau des Marchands Drapiers est dans la rue des Déchargeurs[1].

 

[1] Le portail de cette maison des Drapiers, d’un beau style dorique,

dont Piganiol (t. II, p. 176) regrette qu’on eût trop tôt gâté les

sculptures «par une couleur à l’huile», avoit été construit, avant

1675, par Jacques Bruant. On l’a conservé, lorsque la maison fut

démolie, et il sera rétabli, tel qu’il étoit, dans l’ancien jardin

de l’hôtel Carnavalet.

Celuy des Marchands Merciers Grossiers, qui vendent les Etoffes de soyes et autres petites Etoffes, sera indiqué dans l’article de la Mercerie.

Pour les petites Etoffes de l’aport de Paris, voyez l’article des Tapisseries et Marchandises ordinaires.

Entre les Marchands Drapiers qui ont de gros fonds et qui font de grandes fournitures, sont dans la rue saint Honoré[2]:

 

[2] «Depuis les piliers des Halles, dit Sauval (t. I, p. 142), jusqu’à

la rue d’Orléans, ce ne sont que gros marchands merciers.»

Messieurs de Vins au Grand Loüis[3]; les frères Berny au Château couronné; Faré et Paris au Grand Monarque, Charon au chateau de Vincenne, Yon au Grand Turc[4], Boucher au Lion d’argent[5], le Large à la Clef d’argent, et Forquin au Croissant d’argent, rue de l’Arbre sec, Messieurs les frères Brochand à la Trinité[6]; près l’aport de Paris, Messieurs Tourau[7] au Cheval noir, Revelois[8] et Arsan à la Croix de fer, et Caron aux deux Moines rue des Fourreurs, M. Porcher, rue de Bussy, M. Vassal[9], etc.

 

[3] «Monsieur Devins, au grand Louis, rue Saint-Honoré, fournit des

draps pour les personnes royales, dont il fait d’ailleurs grand

commerce.» Édit. 1691, p. 63.—On écrivoit aussi De Vins. De 1676 à

1683, un De Vins fut conseiller de ville et échevin. C’étoit sans

doute celui-ci. Comme drapier, et faisant par conséquent partie des

six corps, il avoit le droit d’arriver à l’échevinage et au titre de

juge-consul.—Il existe, au Cabinet des médailles, un jeton des

drapiers, avec le nom de J. de Vin, et la date de 1703 à l’exergue.

 

[4] Cette enseigne du Grand Turc existoit encore, et pour le même

commerce, en 1789, rue Saint-Honoré. Buffault, que la protection de

Mad. Du Barry fit directeur des octrois de Paris, ce qui lui permit

de donner son nom à une rue nouvelle, l’avoit rendue célèbre. (_État

actuel de Paris_, 1789, in-32, Quart. du Louvre, p. 77.)

 

[5] Au coin de la rue des Prouvaires. La boutique existe toujours avec

sa devanture en boiserie du meilleur style. Le Lion d’argent, qui

se voyoit encore, il y a quelques années, dans un médaillon

audessus de la porte, a seul disparu.

 

[6] «Où sont fournies toutes les étoffes pour les livrées du Roy.»

Édit. 1691, p. 63.—Les Brochand étoient très-célèbres dans le

commerce de Paris. Plusieurs furent échevins ou juges-consuls. Ils

touchoient aux Poquelin de la branche riche, qui n’étoit pas celle à

laquelle nous devons Molière. Leur généalogie complète existe aux

Mss. de la Biblioth. Nat. Un d’eux, qui avoit été consul,

possédoit une magnifique maison à Fontenay-aux-Roses. (V.

Piganiol, t. IX, p. 241.)

 

[7] Lisez Thourou. Nous trouvons son nom ainsi écrit dans un arrêt du

Conseil d’État, du 11 oct. 1687, servant de règlement entre les

drapiers et les merciers, et dénommant tous ceux de ces derniers qui

avoient opté pour la draperie et s’y étoient fait recevoir.

 

[8] Il est nommé Adrien Revelois dans l’arrêt que nous venons de

citer. Celui qui suit ici, et qui sans doute étoit son associé, y

est nommé François Hersant.

 

[9] Louis Vassal.

M. Sauvage[10] rue S. Denis fait encore un grand détail de Draperie.

 

[10] Pierre Sauvage l’aîné. Il étoit d’une famille de grande

considération dans le commerce parisien. On trouve dans l’épitaphier

de Saint-Jacques-la-Boucherie, un P. Sauvage qui avoit été échevin,

«et l’un des porteurs de la châsse de sainte Geneviève», ce qui

n’étoit pas un moindre honneur.—C’est surtout dans la partie de la

rue Saint-Denis qui avoisinoit celle d’Aubry-le-Boucher, et, en

face, l’église des Saints Innocents, qu’il y avoit aussi de riches

drapiers. Dans le Bourgeois gentilhomme, acte III, sc. 12, Mme

Jourdain dit que son père et celui de son mari «vendoient du drap

auprés de la porte Saint Innocent».

Enfin les Marchands Drapiers qui ne vendent qu’en gros, sont Messieurs Fayert et Feroüillac[11] rue des mauvaises Paroles, Cadeau[12], Rousseau, de la Mothe le jeune, Mignot et Sellier au Chevalier du Guet[13], Poncet[14] rue des Prouvaires, Bachelier rue Montorgueil, Gaillée rue de la Truanderie, Marchand rue des Déchargeurs, etc.

 

[11] L’arrêt du Conseil d’État le nomme Ferouillet, mais peut-être—ce

qui se rapprocheroit davantage du nom écrit ici—faut-il lire

Férouillard. Il y eut, en effet, un fameux marchand de draps qui

s’appeloit ainsi, et chez lequel fut commis, pendant la Fronde, un

vol considérable. (_V. le Journal des Savants_, 1854, p. 440.)

 

[12] Les Cadeau étoient une des plus anciennes familles du commerce de

Paris. Il en existe encore, qui connaissent leur origine, et en sont

fiers. Un Cadeau, marchand de draps, de la rue Saint-Denis, au

Marteau d’or, père sans doute de celui qui est ici, fut un des

grands meneurs de la Fronde à ses commencements. Le Parlement dut

ordonner prise de corps contre lui. V. aux Mss. de la Biblioth.

Nat., _Remarques journalières et véritables de ce qui s’est passé

dans Paris… durant l’année 1648_, p. 10.—Marchands et courtauds

de boutique de la rue Saint-Denis avoient, du reste, la réputation

d’être tapageurs et même bretteurs: «Bon! dit M. de Colafon, dans

Arlequin Misanthrope, acte II, scène VIII, je suis le premier

homme du monde pour escrimer. C’est moi qui ai mis les armes à la

main aux trois quarts de la petite gendarmerie de la rue aux Fers et

de la rue Saint-Denis.»—Le magasin des Cadeau étoit si célèbre, que

le drap qu’ils vendoient n’étoit connu que par leur nom: on disoit

«le drap Cadot (_sic_)». (_Théophraste moderne_, 1701, in-12, p.

 

40.)

 

[13] François Mignot et François Scellier. C’est ainsi qu’ils sont

nommés dans l’arrêt du Conseil d’État de 1687. Ils étoient associés.

Mignot épousa la sœur de Scellier, et il naquit de ce mariage un

fils, Pierre-François Mignot, qui se maria, le 29 janvier 1709, avec

Catherine Arouet, sœur aînée de Voltaire, dont l’abbé Mignot et la

fameuse mad. Denis furent les enfants. Jal a retrouvé l’acte de

mariage de ce fils du marchand de draps, qui, lui, n’étoit pas dans

le commerce, mais conseiller du Roi, correcteur en sa Chambre des

Comptes. Il y est dit «fils de deffunt François Mignot et de dame

Anne Sellière (_sic_)».

 

[14] Un jeton des drapiers, au Cabinet des Médailles, porte son nom à

l’exergue, avec la date de 1701.

Ceux qui ont un grand assortiment d’Etoffes d’été, sont Messieurs Rotisset rue des cinq Diamans, Bergeon[15] rue des Lombars, Picart rue de la vieille Monnoye, etc.

 

[15] Peut-être faut-il lire Bergeron, comme dans l’arrêt de 1687.

Les Marchands Merciers qui vendent des Toilles peintes et autres Etoffes de la Chine, sont près l’aport de Paris, Messieurs le Brun ainé et cadet, Chauvin[16] et Liettier, et encore au Cloitre sainte Opportune, M. Barroire.

 

[16] Dans l’édition de 1691, chap. XII, _du Commerce des

habillements_, p. 26, il est seul nommé: «les étoffes de la Chine se

vendent chez les marchands tapissiers de la Porte de Paris, entre

lesquels M. Chauvin, à l’enseigne du Roy de la Chine, est toujours

bien assorti.»

Les Crepes et Crepons se vendent en magasin chez Messieurs le Breton rue des Lavandieres, Gaubas et Solicoffre au cul de sac des Bourdonnois[17].

 

[17] Jusqu’au règne d’Henri IV, les crêpes et crêpons nous venoient de

Bologne. On en dut la fabrication en France à Sully, dit Laffémas,

«à la prétieuse manufacture par lui establye dans le château de la

ville de Mantes». Archives curieuses, 1re série, t. XIV, p. 223.

On vend aussi au même lieu les Treillis d’Allemagne, et encore chez M. de la Riviere, rue des Bourdonnois[18].

 

[18] A la suite, on lit dans l’édit. de 1691, p. 25: «Au Cheval noir,

près la porte de Paris, il y a grand magasin de draperie.»—Les

treillis, selon Richelet, étoient «une sorte de grosse toile, dont

s’habillent, dit-il, les charretiers, les mariniers et autres gens

de cette manière, et dont on fait quelques sacs».

Les Etoffes de soyes, d’or et d’argent[19], sont[20] commercées par Messieurs Gautier[21] et Regnault, rue des Bourdonnois.

 

[19] Le milannois Furato avoit, sous Henri IV, importé à Paris, hôtel

de la Macque, rue de la Tixeranderie, l’art de faire ces étoffes

d’or, ce qui fut pour le royaume une épargne de plus de douze cents

mille écus par an, suivant Laffémas. (_Loc. citat._)

 

[20] «Amplement», édit. de 1691, p. 25.

 

[21] C’étoit le plus en vogue. On se ruinoit surtout chez lui—du

moins pour les étoffes—en corbeilles, ou, comme on disoit alors, en

«carreaux» de mariage: «l’utile et louable pratique, dit La Bruyère,

de perdre en frais de nôces le tiers de la dot qu’une femme apporte!

de commencer par s’appauvrir, de concert, par l’amas et

l’entassement de choses superflues, et de prendre déjà sur son fonds

de quoi payer Gautier, les meubles et la toilette.» Le marquis de la

Femme d’intrigue, de Dancourt, «dont le revenu est en fond de

crédit», assure (acte III, sc. X) qu’il se fait des rentes avec ce

qu’il achète, pour le revendre, dans cette boutique célèbre: «Il n’y

a point d’années, dit-il, … que je ne touche sept à huit cent

pistoles chez Gauthier, cela en étoffes.» Les gros gains de Gautier

étaient les noces de rois ou de princes, qu’il fournissoit tous. A

la fin de 1679 et au commencement de 1680, il eut, par exemple,

après le mariage du roi d’Espagne, celui du prince de Conti. Mme de

Sévigné écrivit alors à sa fille: «Gautier ne peut plus se plaindre,

il aura touché en nôces, cette année, plus d’un million.» Ce dont il

se plaignoit peut-être, c’étoit des lenteurs à payer que se

permettoit la marquise. Elle et sa fille achetoient beaucoup chez

lui, et payoient rarement. Il réclamoit, et il falloit lui écrire le

plus honnêtement du monde pour qu’il prît patience. (V. les

Lettres de Mme de Sévigné, édit. L. Hachette, t. III, 76 et 88;

VII, 438.)

Mr du Moütier rue Chanverrie à la ville de Hambourg tient magasin de petites Etoffes fabrique de Paris, et M. Brulé même rue, tient magasin de Taffetas et autres Etoffes de Tours et d’Avignon[22].

 

[22] Le taffetas d’Avignon, ou demi-armoisin, étoit le plus mince de

tous; celui de Tours, ou «petit gros de Tours», l’était un peu

moins.

Pour les Etoffes concernant le Theâtre et le Carnaval, voyez l’article des Passetemps et Menus Plaisirs[23].

 

[23] T. I, p. 269.

 

LINGES, POINTS ET DENTELLES DE FIL.

 

Messieurs Bourdet rue Troussevache, Moret rue du plat d’Etain, Thuisy rue du Coq[1], Thuiard rue Chanverrerie, Doujat, rue Dauphine à la ville de Bruxelle[2], etc., tiennent magasin de Toilles et de Dentelles.

 

[1] Il est seul nommé dans l’édit. de 1691, p. 25.

 

[2] Peut-être faut-il lire Boujat ou Bougeat, nom du marchand de

dentelles à qui l’on accusoit Richelet d’avoir dédié son _Recueil de

lettres_, vers ce temps-là. (_Sentim. crit. sur les Caract. de La

Bruyère_, p. 75-76.) Richelet, qui demeuroit rue des Boucheries (v.

t. I, p. 259), étoit presque son voisin.

Il y a un grand nombre de magasins pour les Points et Dentelles rue des Bourdonnois et rue saint Denis devant le Sepulcre[3].

 

[3] Dans l’édit. précédente, «la rue Betizy» est au nombre de celles

où «les points et dentelles se vendent en plusieurs boutiques et

magasins».—Il n’y a plus aujourd’hui de cet ancien commerce, dans

la rue des Bourdonnois, que des magasins de bonneterie et de toiles.

Il y a aussi plusieurs boutiques de Lingeres qui vendent des Dentelles et Garnitures de tête au Palais[4] sur le quay de Gesvres et sous les galeries des Innocens[5].

 

[4] Elles étoient les plus en renom. Corneille, dans sa pièce _la

Galerie du Palais_, jouée en 1634, n’a pas oublié les scènes pour la

lingère. Ce sont les 12, 13 et 14es du IVe acte. On joua plus tard,

à la Comédie italienne, une farce, la Lingère du Palais, où

Arlequin, dans une scène d’invectives avec la marchande, lui dit

entre autres choses: «Tais-toi, vendeuse de points d’Angleterre

faits à Paris.» Leur réputation étoit mauvaise. Sauval, t. I, p.

147, cite des statuts qui les assimilent aux filles.

 

[5] «Et sous les charniers du cimetière des Innocents.» Édit. de 1691,

p. 25. Le reste de l’art. est identique. Deux autres le précèdent,

qui manquent ici: «les marchands qui font les garnitures de rubans,

ont leurs boutiques dans les cours, salles et galeries du

Palais.—Le sieur Le Gras est un des plus renommez, sa boutique est

devant l’escalier de la Cour des Monnoyes.» Il s’appeloit Philippe

Le Gras, et nous avons vu, t. I, p. 238, qu’il comptoit parmi les

marchands les plus renommés de Paris. Après l’édit de mars 1700 sur

les objets de luxe, sa boutique, place Dauphine, en face de la Cour

des Monnoies, fut minutieusement visitée. (_Collect._ Delamarre, nº

21, 626, p. 70.)

Il y a aux Halles un marché franc pour les Toilles.

Plusieurs Marchands Lingers tiennent magasins de toutes sortes de Toilles à la place aux Chats.

Les Lingeres de la rue de la Lingerie, vendent toutes sortes de vieux linges, de lits, de tables, d’enfans, etc.

Il y a quelques Lingeres sur le Pont neuf qui vendent des Dentelles, et qui ont quelque fois de très bon linge de hazard.

 

DENTELLES, POINTS, BOUTONS, ET GALONS D’OR, D’ARGENT ET DE SOYE.

 

Messieurs Foissin et le Doux rue saint Denis[1], tiennent magasin de Dentelles et de Galons et de Boutons d’or, d’argent et de soye[2].

 

[1] Dans le curieux pasquil, la Révolte des passements, fait à

propos de l’Edit somptuaire du 27 novembre 1660, et que nous avons

publié, dans nos Variétés, t. I, p. 223, les Révoltés se

rassemblent rue Saint-Denis, au Vase d’or.

 

[2] Ces boutons de soie et d’autres étoffes, qui se substituoient aux

boutons d’argent ou d’or, amenèrent une grosse querelle entre les

boutonniers et les rubaniers. A Lyon, cinq cents des premiers

adressèrent des plaintes à l’intendant, le 26 avril 1695, contre les

seconds «qui font, disoient-ils, des boutons avec des rubans

d’étoffe d’or, d’argent et soie». (_Correspondance des Contrôleurs

généraux_, publiée par M. de Boislisle, t. I, nº 1426.) On leur

donna raison. V. la Correspondance administrative de Louis XIV, à

la même date, t. III.

Les Marchands en boutique qui font commerce de Points, Dentelles et Galons d’or et d’argent, sont pour la plûpart rue saint Honoré, depuis la Croix du Tiroir jusqu’à la rue de la Feronnerie[3].

 

[3] L’édit. de 1691, p. 25, diffère un peu: «les dentelles et galanz

d’or se vendent rue des Bourdonnois et rue Saint-Honoré, entre la

place aux Chats et les piliers des Halles.» La place aux Chats fut

remplacée par le cul-de-sac des Bourdonnois, qui existe encore.

Messieurs Boucher rue des Bourdonnois, et M. Payot devant l’Hotel de la Monnoye[4], en ont un grand assortiment.

 

[4] Il étoit alors dans la rue qui en a gardé le nom de rue de la

Monnoie.

Les Dentelles, Guipures[5] et Galons de soye, se vendent principalement sur le petit Pont[6] et rue au Fevre, où l’on vend aussi des Galons de livrées.

 

[5] Ces guipures, qu’il ne faut pas confondre avec celles

d’aujourd’hui qui ne sont que d’anciens passements de fil, étoient

une sorte de dentelle de soie qui venoit de Flandre ou d’Angleterre,

comme on le voit par le tarif du 18 avril 1667. Il en est parlé dans

l’_École des maris_, acte II, sc. 7.

 

[6] La boutique des trois Croissants étoit la principale de celles

des galons d’or et d’argent, «vendus à Petit-Pont», comme on disoit.

Auprès étoient de gros marchands d’étoffes, à la Croix d’or, _au

Bras d’or_, à la Tête d’Or, au Saint-Esprit, à l’Annonciation,

à l’Enfant Jésus, aux deux Anges. Toutes ces maisons furent

brûlées à l’incendie du Petit-Pont en 1718. V. le Mercure, avril

1718, p. 208-209.

Le Sieur Guidot rue des Filles Dieu qui travaille aux Galons d’or et d’argent, entreprend des fournitures et les passe à un mediocre gain[7].

 

[7] Il le pouvoit d’autant mieux que les ouvriers rubaniers et

passementiers, presque tous logés dans le misérable quartier du

faubourg Saint-Marceau, étoient de pauvres gens qu’on faisoit

travailler pour presque rien. La Reynie lui-même avoit conscience de

les mettre à la taxe: «Il n’a été, écrivoit-il à Colbert, le 2 août

1675, signifié aucune taxe à aucun artisan de Paris. J’ai même pris

soin, suivant vos ordres, de faire entendre et il y a longtemps, à

cette communauté de rubaniers, qui est très-nombreuse et

très-pauvre, qu’elle n’avoit qu’à continuer de vivre, comme elle

avoit accoutumé.» Cette lettre étoit motivée par un horrible

événement: un de ces rubaniers avoit tué quatre de ses enfants, et

l’on disoit qu’il y avoit été poussé par les poursuites des

collecteurs d’impôts. V., à ce sujet, la Lettre de Mme de Sévigné,

du 31 juillet 1675.

Entre les autres Ouvriers de Galons d’or et d’argent qui font beaucoup travailler, sont les Sieurs Mouzé rue de la Truanderie, Anduroy[8] rue Tictonne, Pelletier rue saint Denis près le grand Cerf[9], Merlier père et Merlier fils même rue près la fontaine du Ponceau, etc.

 

[8] Il faut lire Auduroy, nom qui fut longtemps en crédit dans le

commerce de Paris et d’Orléans.

 

[9] C’étoit une grande hôtellerie dont il sera reparlé, sur

l’emplacement de laquelle a été percé le passage du même nom.

 

MERCERIE ET QUINCAILLERIE.

 

Le Bureau des Marchands Merciers, Jouailliers, Quincailliers-Grossiers, etc.[1], est dans la rue Quinquempoix.

 

[1] Cet et cætera n’est pas pour la forme. Les joailliers et les

quincailliers n’étoient pas, en effet, les seuls métiers qui

fissent, avec les merciers, proprement dits, partie du corps de la

Mercerie. Dix-sept autres en dépendoient aussi. Ce n’étoit pas le

premier des six corps, mais c’étoit le plus important. Voici, du

reste, quel en étoit l’ordre: la Draperie, l’Épicerie, la Mercerie,

la Pelleterie, la Bonneterie, l’Orfévrerie. Les libraires et les

marchands de vin, qui n’en étoient pas, mais venoient immédiatement

après, avoient des priviléges égaux: ils pouvoient être aussi

échevins et juges-consuls.

Les Maîtres et Gardes en charge de la Marchandise de Mercerie, Jouaillerie, etc., sont Messieurs Arlot grand Garde rue saint Germain, Perichon rue saint Honoré, l’Evesque rue des Bourdonnois, le Doux, Baroy, Testart et Sautereau rue saint Denis.

Les Marchands de Fer pour le commerce desquels il y aura un article à part, sont néanmoins du même corps.

La Mercerie en gros se fait par un grand nombre de Marchands qui ont des Boutiques et Magasins rue saint Denis, depuis la rue des Lombards jusqu’à la rue du petit Lion[2], entre lesquels Mrs Maillet aux trois Maillets[3], le Bray à la Gibecière, Bioche au Cheval d’or, Choisy à la Lune, Deplanc à la Boëte d’or, Nique au Cheval noir, Regnault aux trois Agneaux, Milochin, Sauvage, Marcadé[4], etc., ont un grand assortiment de Mercerie pour les Détailleurs.

 

[2] Liger, dans son Voyageur fidèle, p. 359, donne la même

indication.

 

[3] Son article est plus détaillé dans l’édit. de 1691, p. 21: «les

marchandises qui conviennent aux savoyards et colporteurs ambulans,

se vendent chez le S. Maillet, rue S. Denis, près le Sépulcre, à

l’enseigne des Trois-Maillets.»

 

[4] «Rue Saint-Denis, à la Rose-Blanche.» Édit. 1691, p. 21. Deux

lignes plus loin, il est encore question de lui: «le même M. Marcadé

et Messieurs Bellavoine, rue Saint-Denis, et Villaine, rue Bourlabé,

envoyent toutes sortes de marchandises de bijouteries dans les pays

estrangers.» Marcadé et Bellavoine étoient, comme nous l’avons

prouvé dans notre Notice sur lui, des proches parents du poëte

Regnard. C’est sans doute avec l’un d’eux qu’il commença ses

voyages, dont le premier, qu’il fit de très-bonne heure, ne fut pas

moins que jusqu’à Constantinople. Gelée, dont le nom viendra un peu

plus loin, et qui, on le verra, faisoit le commerce des marchandises

d’OutreMer, étoit aussi de sa famille. Monteil possédoit et a

souvent cité l’inventaire d’un Bellavoine, sans doute père de celui

qui figure ici. L’acte est de 1667.

M. du Moutier rue de la Chanverrie à la Ville d’Hambourg, tient magasin de toutes sortes de Rubans.

Autant en font Mrs le Clerc rue saint Denis aux Balances, et le Roy au Chevalier du Guet.

Il y a un grand magasin d’Evantailles chez M. Lambert derriere saint Leu et saint Gilles, où se fournissent la plus grande part des Détailleurs[5].

 

[5] «Les magasins d’éventails sont derrière Saint-Leu et Saint-Gilles,

au Grand-Navire, et en différents endroits de la rue Saint-Denis et

de la rue du Petit-Lion.» Édit. de 1691, p. 26.

M. le Leu rue du petit Lion, fait le même commerce[6].

 

[6] Les éventaillistes faisoient dans le corps des merciers une

communauté à part, de même que les tablettiers, avec lesquels ils

eurent même, en juin 1701, un procès assez vif pour une affaire de

privilége.

Mrs Gelée au Chevalier du Guet, et Guillery[7] rue de la Tabletterie, tiennent magasin de diverses marchandises d’outremer.

 

[7] Nous le retrouverons plus loin au chap. des «Marchandises des

gantiers et parfumeurs.»

Pour les Curiositez et Bijouteries qui sont commercées par divers Marchands du même corps, il faut recourir à l’article de ces sortes de Marchandises.

Les Bijouteries communes pour les Savoyards, Colporteurs[8] et autres, sont commercées par Madame la veuve Lagny au Cloître saint Jean de Latran.

 

[8] Presque tous étoient du Dauphiné ou de la Savoie. On les y

appeloit bizordi, et chez nous bisouart, à cause de leurs habits

de grosse étoffe bise.

Les Marchands de Soyes qui vendent en gros et en détail, sont au quartier de la rue saint Denis et de la rue Briboucher[9], par exemple, Mrs Vince[10], du Courroy, etc.

 

[9] Le peuple prononçoit et prononce encore ainsi le nom de la rue

Aubry-le-Boucher.

 

[10] C’est le même que nous avons vu tout-à-l’heure appelé De Vins au

chapitre des Étoffes.

Le Sieur Avalon qui demeure dans le Temple, tient magasin de petits Miroirs pour les Colporteurs[11].

 

[11] Le Temple, comme l’enclos de Saint-Jean de Latran, étant lieu de

franchise, les magasins où les colporteurs venoient s’y fournir,

pouvoient vendre à meilleur compte que partout ailleurs.

Les Coffres et Miroirs d’écaille tortue[12] se fabriquent rue saint Denis joignant le Coq croissant[13].

 

[12] Lisez «de tortue», correction des plus simples, et que Liger,

copiste de ce volume, n’a cependant pas faite pour le sien. A la

page 360 du Voyageur fidèle, il répète la faute.

 

[13] Le commerce des miroirs étoit alors le plus en vogue. Le

Sicilien, dont nous avons déjà cité la lettre, nous en donne la

raison: «les rubans, dit-il, les miroirs et les dentelles sont trois

choses sans lesquelles les françois ne peuvent pas vivre»; et un peu

plus loin: «ceux qui ne sont pas françois ne peuvent souffrir que

les hommes se peignent publiquement dans la rue, et que les dames

portent toujours un petit miroir à la main.»

Les Joyaux d’Orfeverie au tour, qui se vendent, par les Merciers du Palais, sont très proprement fabriquez par le Sieur Gorin, rue saint Louis de la Cité[14].

 

[14] «Rue Saint-Louis, quartier du Palais.» Édit. de 1691, p. 22.

Pour les autres ouvrages d’Orfeverie, de Pierreries et de Perles, qui se vendent par les Merciers Jouailliers, voyez l’article qui en traite.

Mademoiselle Richard près l’Echelle du Temple[15], fait et vend des Ecrans d’une beauté singulière.

 

[15] L’ancienne échelle patibulaire, marque de la haute justice des

Templiers. Elle étoit placée au coin des rues du Temple et des

Vieilles-Haudriettes. Quelques étourdis de la noblesse du Marais

l’avoient brûlée un soir d’hiver, en 1649, ce qui avoit inspiré à

Blot une amusante complainte qu’on peut lire dans le _Recueil

Maurepas_, et dont l’air fut longtemps célèbre.

David Laurent et David l’Escuyer qui apportent des Marchandises de Diepe[16], logent à Paris, rue Bourlabé au Lion d’or.

 

[16] C’est-à-dire toutes sortes d’objets d’ivoire et de corne

sculptés, ou faits au tour: «Dieppe, dit Piganiol, est peut-être le

lieu du monde où l’on travaille le mieux l’ivoire et la corne. On y

fait des ouvrages d’une délicatesse étonnante, et il n’y a guère de

gens plus adroits à manier le tour que les Dieppois.» _Nouveau

Voyage de France_, t. II, p. 332.

Les Sieurs Gaudet, le Clerc et du Val rue d’Arnetal[17], vendent en gros les Rubans étroits qu’on nomme nompareilles[18].

 

[17] Aujourd’hui la rue Grenetat, dont le nom n’est peut-être qu’une

altération de celui-ci.

 

[18] «Sorte de petit ruban fort étroit», dit en effet Richelet. On en

bordoit les galons ou galants:

 

Le beau galant de neige avec sa nompareille

 

que le Gros René du Dépit amoureux rend à Marinette, s’explique

ainsi.

Les Jouailliers forains de saint Claude[19] logent rue Bourlabé au Lion d’argent.

 

[19] Ces joailliers de Saint-Claude, dans le Jura, venoient vendre à

Paris les menus objets de buis fabriqués dans leurs montagnes: «les

ouvrages de buis, dit Hesseln, sont le principal commerce de

Saint-Claude. On y travaille fort bien en ce genre.» (_Dict. univ.

de la France_, t. VI, p. 45.)—Aujourd’hui la «joaillerie de

Saint-Claude» se vend et se fabrique aussi: rue Saint-Martin, rue

Folie-Méricourt, rue Turbigo, etc.

Les Jouailleries enfantines pour les Foires[20], se font et se vendent chez les Sieurs Prevost rue saint Martin devant la rue aux Ours, et Favre, rue saint Denis devant les Filles Dieu.

 

[20] On appeloit ainsi ces petits ménages d’enfants faits d’étain

commun ou de plomb, et aussi quelquefois d’argent. On sait combien

la petite Françoise d’Aubigné, élevée à la prison de Niort,

regardoit avec envie le ménage d’argent de la fille de son geôlier.

La veuve Caré même rue, et la veuve Poisson à la Pierre au lait[21], font commerce de cette sorte de Marchandises, et vendent d’ailleurs toutes les sortes de Boetes d’Allemagne peintes et en blanc, de Caffé et autres.

 

[21] Elle est seule nommée dans l’édit. précédente, p. 21: «la veuve

Poisson, marchande à la Pierre au Lait, tient magasin de toutes

sortes de boëttes d’Allemagne, de sapin et de bois blanc, peintes et

non peintes.» On en fait encore de pareilles dans la Forêt-Noire et

à Spa.

Il y a un magasin de Jartieres de soye rue d’Arnetal au Signe de la Croix[22].

 

[22] La renommée des jarretières de Paris étoit encore la même

soixante ans après, lorsque Voltaire écrivoit à Madame de Fontaine,

le 26 janvier 1758: «Madame Denis a cru qu’on ne pouvoit avoir une

jarretière bien faite sans la faire venir de Paris, à grands frais.»

Les bonnes Epingles et les fines Eguilles se vendent rue de la Huchette à l’Y[23], et près la Croix du Tiroir à la Coupe d’or.

 

[23] C’est là, en effet, que se vendoient les «aiguilles de Paris»,

dont Gros René, «avec tant de fanfare», donna un demi-cent à

Marinette. Cette maison de l’Y existe encore, avec la fameuse lettre

figurée en fer au milieu des balcons du premier étage. C’étoit une

enseigne en rébus, comme il y en avoit tant: «les grègues, ou

culottes à la grecque, dit Aimé Martin, dans une note sur la Fable

15 du livre III de La Fontaine, s’attachoient avec un nœud de ruban

nommé un lie-grègue, qui a longtemps servi d’enseigne aux

merciers, avec cette légende-rébus: à l’Y.» Plusieurs marchands

avoient pris cette enseigne, entre autres un marchand d’épingles du

Petit-Pont, dont la boutique fut brûlée par l’incendie de 1718, mais

c’est le mercier de la rue de la Huchette qui la rendit le plus

célèbre, il est parlé de sa boutique et de sa marchandise dans

l’introuvable petit poëme scarronnesque du chevalier de Loutaud,

Plaidoyez d’Ajax et d’Ulysse… 1653, in-12, p. 28:

 

J’avois aiguilles de Paris

De l’Y grec dedans la Huchette,

Où j’en fais toujours mon emplette.

 

V. sur la maison où se trouve cette boutique célèbre l’abbé Le

Beuf, édit. Cocheris, t. III, p. 61.

Le Sieur Langlois rue saint Sauveur au Fer à cheval, fait des Buscs et Bois d’Evantails[24] d’une grande propreté[25].

 

[24] «Les buscs et bois d’éventail curieux.» Édit. de 1691, p. 23.

 

[25] Les buscs, si nécessaires pour les hauts et roides corsages que

les femmes portoient alors, se façonnoient en ivoire ou en bois. Mme

de Villedieu en a fait le sujet d’une galanterie assez leste,

imprimée à la suite de son poëme le plus rare, _le Carousel de

Monseigneur le Dauphin_. 1672, in-12, p. 14:

 

Qu’il est heureux de tous costez

Le joly bois que vous portez, etc.

Les Marchands qui font les Garnitures de Rubans, et qui vendent les Coiffes, Fichus et autres Ajustemens des femmes, ont pour la pluspart leurs boutiques au Palais, et quelques uns devant saint Mederic, rue saint Antoine[26], et ailleurs.

 

[26] Les broderies du faubourg Saint-Antoine étoient déjà célèbres en

1660. (_Variétés hist. et litt._, t. I, p. 240.)

Pour les Gands, voyez l’article des Gantiers Parfumeurs.

Pour le Papier, l’Encre, la Cire d’Espagne, les Ecritoires, etc., voyez l’article des Papetiers, Cartonniers, etc.

Pour les Masques et Ornemens de Balets, voyez l’article des Passetemps et Menus-Plaisirs.

Entre les Quincailliers-Grossiers qui fournissent les Détailleurs, sont Mrs Bioche au Cheval d’or, Gabeüil au bon Pasteur, Moreau à la Teste d’or[27], et Menedrieux au saint Esprit rue saint Denis.

 

[27] «Marceau et Nedrigan, rue Saint-Denis.» Édit. de 1691, p. 23. A

la suite, on lit encore: «Il y a aussi un magasin de quincaillerie

rue des Deux-Boules, chez un charon.»

Il y a d’ailleurs plusieurs boutiques et magasins bien fournis de Quincailleries[28] à l’entrée du quay de la Mégisserie[29].

 

[28] «Qui font ensemble le gros et le détail.» Édit. de 1691, p. 23.

 

[29] Dans la partie qui s’appeloit plus spécialement quai de la

Ferraille, non-seulement à cause de ces quincailliers, mais parce

qu’il étoit encombré de petits marchands qui, sur le pavé même, y

étaloient leurs ferrailles. Ils y restèrent jusqu’à l’époque du

premier Empire. Piis résuma dans ce distique l’arrêté de police qui

les fit déguerpir:

 

Enjoignons aux vieux ferailleurs

De vendre leur vieux fer ailleurs.

 

MARCHANDISES DE PAPETIERS, CARTIERS ET CARTONNIERS.

 

Entre les Marchands Papetiers qui font en gros le commerce de Papiers et qui ont de grands magasins, sont, Mrs du Puis rue saint Jacques, Godart et Cousin rue des deux Boules, Melun Cloitre saint Jacques de la Boucherie, Nourry rue des trois Mores[1], etc.

 

[1] Cette rue peu connue alloit de la rue Trousse-Vache à celle des

Lombards. Elle devoit son nom à l’enseigne d’un cabaret où M. de

Roquelaure mena un soir Henri IV. (_Histor._ de Tallemant, édit. P.

Paris, t. IV, p. 14 et 16.)

M. Beaumont Cartier du Roy, demeure près la place des Victoires[2], et M. Mathas[3] Cartier de Monsieur, près S. Roch.

 

[2] «Les sieurs Beaumont, rue Neuve-des-Petits-Champs, et Langlade,

rue Platrière, font encore de très-bonnes cartes à jouer.» Édit. de

1691, p. 60.—Sauval, t. I, p. 109, parle de cet Anglade ou

Langlade, à propos de la rue du quartier Saint-Roch, à laquelle on

croyoit qu’il avoit donné son nom: «Jean Anglade, dit-il, maître

cartier à Paris, qui met pour devise sur l’enveloppe de ses cartes:

 

Jean Anglade je me nomme,

Et vous prie de jouer et n’offenser personne.»

 

Les fabriques de cartes étoient moins importantes à Paris qu’à

Rouen, où toute l’Europe et l’Amérique s’en fournissoient.

(Archives curieuses, 2e série, t. XII, p. 230.) A la suite de la

révocation de l’Édit, les cartiers rouennais, la plupart

protestants, ayant émigré, leur industrie baissa beaucoup.

(_Segraisiana_, p. 40-41.) Il resta ceux de Paris, et ceux de Thiers

en Auvergne, célèbres depuis plus d’un siècle. Montaigne, en 1588,

visita la fabrique de Palmier, qui l’emportoit sur tous les autres.

(V. son Voyage, édition in-12, t. II, p. 598.)

 

[3] Avant l’art. de Beaumont et Langlade, on trouve dans l’édit.

précédente: «le sieur Ouynel, cartier du Roi, demeure près des

Bâtons-Royaux.» Ensuite vient Mathan, et non Mathas, comme ici.

M. de la Bourde rue Bourlabé, vend les Cartons dorez pour les Reliquaires, et Mrs Culambourgt rue d’Escosse, Boissiere rue de Versailles[4], la Ruelle rue saint Victor, vendent celuy qui sert aux Relieurs, et d’autres pour differens usages.

 

[4] L’adresse de ces deux derniers est indiquée dans l’édit. de 1691:

«près le Puits-Certain», qui étoit, en effet, situé à peu de

distance de la rue d’Écosse et de la rue de Versailles.

Le même la Ruelle fait grand commerce de Boetes de Carte[5], et d’Estuis de Manchons et de Chapeaux.

 

[5] C’est ce que nous appelons «cartons de bureau». La préfecture de

police, avant l’incendie de 1871, en possédoit de très-anciens, ceux

entre autres qui contenoient les pièces du procès de Cartouche. Ils

avoient été vendus par les papetiers des environs du Palais: Picard,

à la Vertu; Gorgeret, à la Grande Vertu. Quand Guyot prit

l’enseigne: à la Petite Vertu, ce fut par concurrence à celles-ci,

qui n’étoient, au reste, qu’un rébus, comme l’Y de tout-à-l’heure.

La Vertu s’y figuroit pour un V voyelle, c’est-à-dire un U, peint

en vert.

Les Ecritoires de corne sont fabriquées en gros par les Marchands rue Betizy et rue des deux Boules à l’Empereur, sur le quay neuf à la Renommée, et rue saint Denis au grand Charlemagne[6].

 

[6] Cet article est différent dans l’édit. de 1691, p. 22: «les

écritoires de corne sont fabriquez par les sieurs Langlois frères,

rue Bourlabé.» Ces sortes d’encriers, en usage encore dans notre

enfance, servoient surtout aux écoliers. J.-J. Rousseau n’en eut

cependant jamais d’autres. L’abbé de Tersan possédoit celui dont il

se servoit à la fin de sa vie. Les écritoires à la mode étoient

toujours «façon d’ébène», comme du temps de Loret, t. I, p. 244.

Les Dames Futeau, Gamet, Morand, la Bussière et quelques autres[7] qui logent aux environs de saint Hilaire, achetent et vendent toutes sortes de vieux Papiers et Parchemins.

 

[7] Toutes ces femmes, d’après l’édit. précédente, p. 60, formoient, à

ce qu’il paroît, une sorte de Société. Quelques lignes plus loin que

leur article s’en trouve un, qui complète celui qui le précède ici.

Les mêmes marchands de la rue Bétizy, de la rue des Deux-Boules,

etc., y sont indiqués pour la vente en gros, aux marchands, de la

cire d’Espagne. On l’appeloit aussi «cire des Indes», suivant

l’_histoire des Drogues_ par Pomet, liv. VII. Son nom de cire,

soi-disant importée d’Espagne, où, par parenthèse, on ne s’en

servoit pas, paroît lui être venu de ce que le premier livre qui en

ait parlé étoit d’un Espagnol. C’est le _Traité sur les aromates et

les simples_ publié en 1563 par Garcias de Orta.

A la Reigle d’or, place aux Chats près saint Innocent, on trouve un grand assortiment de Papiers reiglez pour la Musique[8].

 

[8] Plusieurs manuscrits de musique à la Bibliothèque du Conservatoire

portent l’adresse de «La Reigle d’or».

A l’Image saint François, rue saint André du coté du pont saint Michel, il y a un Papetier renommé pour la bonne Encre[9], pour les Canifs fins et pour les Plumes taillées.

 

[9] On trouve la recette de «cette bonne encre», que le père de Mme

Dacier avoit soigneusement transcrite, dans les _Mélanges de la

Société des Bibliophiles_, 1850, in-18, p. 342. Nous ignorons le nom

de son inventeur et l’époque de l’invention, mais peut-être étoit-ce

la même que «l’encre nouvelle», dont la marchande qui en faisoit

commerce «sur le pont», figure, en 1622, parmi les commères des

Caquets de l’accouchée. V. notre édit., p. 60.

 

OUVRAGES ET COMMERCE DE BONNETIERS.

 

Le Bureau des Marchands Bonnetiers, Bastiers, etc., est au Cloitre saint Jacques de la Boucherie.

Les Maîtres et Gardes en charge des Marchands Bonnetiers sont Messieurs Besnard rue saint Denis, Jeson le jeune au coin du Marché neuf, Lory et Courcelle à la Halle, et Vaze rue saint Denis.

Entre les Marchands Bonnetiers qui tiennent magasin et font commerce en gros, sont lesdits Sieurs Besnard, Lory et Vaze, et encore Mrs Chastelain Chevalier du Guet, Mignot rue de la Savonnerie, de la Croix et le Comte, rue S. Denis, Banche sous les Pilliers des Halles.

Entre les Marchands Bonnetiers tenans boutiques, qui font un fort grand détail, sont Mrs Perdrigeon aux quatre Vents près saint Denis de la Chartre[1], Naü à la Place Royale près la Croix du Tiroir, du Four aux quatre Vents à petit Pont[2], de Lorme rue saint Antoine, et le Roux au Cerf volant Pont Notre Dame.

 

[1] Il est célèbre depuis les Précieuses ridicules, scène X, où

Mascarille demandant à Madelon: «le ruban est-il bien choisi?»

Madelon lui répond: «Furieusement bien. C’est Perdrigeon tout pur.»

Loret se sert de la même expression dans sa Gazette du 3 février

1663. Il figure comme le plus fameux vendeur de rubans dans la

Révolte des passements. (V. nos Variétés, t. I, p.

235.)—En 1692, il est encore nommé dans la farce italienne

d’_Arlequin-Phaéton_, acte II, sc. V, et mis bien audessus des

médiocres marchands. Dans le _Procès-verbal de visites pour les

marchandises de luxe_, en 1700, nous trouvons, p. 65, un Jean

Perdrigeon, qui doit être ou lui, ou son fils. En 1711, cette

fameuse boutique existoit encore, avec le nom qui en avoit fait la

chalandise. Le Cabinet des Médailles possède un jeton de mercier,

qui porte cette date, avec le nom de J. Perdrigeon.

 

[2] Variante de l’édit. précédente: «à la Place-Royale, près la Croix

du Tiroir, et aux Quatre-Vents, au bout du pont Notre-Dame, il y a

de gros magasins de bas de soie, de laine, de cotton, etc.» A la

suite: «les bas de toile se font par des chaussetiers, près la porte

Dauphine.»—Nous lisons dans le Menagiana, t. III, p. 99, une

amusante anecdote sur le bonnetier des Quatre-Vents, et un docteur:

«M. Peaucelier, y est-il dit, du collége des Cholets, achetoit une

paire de bas aux Quatre-Vents. Le marchand lui en donna de

plusieurs sortes, qu’il ne trouva pas à sa fantaisie. Ils n’étoient

pas assez forts, ni assez épais. Donnez-m’en, dit-il, qui soient de

matière continue, et non pas de matière discrète. Le tour

d’expression est d’un véritable docteur.»

Il y a au Fauxbourg saint Marcel un grand nombre d’Ouvriers pour les Bas drapez.

Il se fait aussi des Bas drapez[3] de Laine de Cigovie[4] et de diverses autres sortes de Laine et de Soye, chez plusieurs Manufacturiers du Fauxbourg saint Antoine[5], de la Cour du Palais, Porte saint Marcel, saint Victor, saint Denis, saint Martin, et Fauxbourg saint Germain, qui travaillent au metier dont les Jurez sont Mrs Martin à la Villeneuve, Tonnelier rue Darnetal, Largilliere[6] même rue, Vaudin rue…

 

[3] On appeloit «bas drapés» ceux dont on épaississoit la laine, en la

tirant légèrement avec le chardon à bonnetier.

 

[4] Ségovie. Les meilleures laines pour les draps fins se tirèrent

longtemps de cette ville d’Espagne.

 

[5] Le 9 janvier 1683, par arrêt du Conseil d’État, permission avoit

été donnée au sieur Corrozet d’établir, au faubourg Saint-Antoine,

vingt métiers «pour faire travailler en bas et autres ouvrages de

soie au métier». Il étoit neveu de Hindret, qui, en 1656, avoit

fondé une manufacture pareille au château de Madrid.

 

[6] Il étoit parent du célèbre peintre, qui n’avoit, du reste, dans sa

famille toute parisienne, que des passementiers, des boutonniers,

des chapeliers. V. Jal, Dict. crit. à son nom.

Leur Bureau est rue des Canettes; ceux qui en font le plus grand commerce en gros et en détail sont Mrs Mirebeau, Guyart, et Josse Cour neuve du Palais, et Boucher Fauxbourg saint Marcel.

 

MARCHANDISES DES GANTIERS ET PARFUMEURS.

 

Il y a près les Peres de l’Oratoire rue saint Honoré, et dans la rue de l’Arbre sec, des Marchands qui vendent des Gands de Rome[1], de Grenoble[2], de Blois[3], d’Eslan, de Chamois et diverses autres sortes de la meilleure fabrique.

 

[1] On savoit déjà combien ils étoient en vogue dès le temps de la

Fronde, par quelques lettres de Poussin à M. de Chanteloup, qui le

chargeoit de lui en acheter. Un sien ami, «connoisseur en matière de

gants», faisoit l’emplette, et, lui, faisoit le paquet et l’envoi:

«Il y en a une douzaine, écrit-il, le 7 octobre 1646, la moitié pour

les hommes, et la moitié pour les femmes. Ils ont coûté une demi

pistole la paire, ce qui fait dix huit écus pour le tout.» Le 18

octobre 1649, autre achat, mais cette fois de gants parfumés à la

frangipane. Poussin s’en est fourni, pour M. de Chanteloup, chez la

signora Maddalena, «femme fameuse pour les parfums».

 

[2] Leur réputation commençoit. Sous Louis XV, elle s’étoit beaucoup

étendue: «les étrangers, dit l’abbé Jaubert, dans son _Dict. des

Arts et Métiers_, t. II, p. 313, les préfèrent à ceux d’Italie et

d’Espagne.» Pour ces derniers, il en étoit ainsi déjà sous Louis

XIII, même de la part des Espagnols. Pendant que nous recherchions

leurs gants, ils ne vouloient que des nôtres. Il existe aux

Archives, dans la partie qui vient de Simancas, une lettre de Dona

Ines Henrique de Sandobal, datée de Madrid et adressée au duc de

Monteleone à Paris, par laquelle demande lui est faite de douze

paires de gants pareils à celui qu’elle lui envoie pour modèle. Il y

est joint encore. C’est un gant de peau blanche, cousu à la diable,

comme tous les gants parisiens de ce temps-là, mais d’une très-jolie

coupe, avec son revers retombant du poignet sur la main, et les

petits rubans et les fines rosettes de couleur incarnat qui

s’entrelacent sur ce revers.

 

[3] Ils étoient de peau de chevreau bien choisie, et mieux cousus que

ceux de Grenoble et de Paris, «à l’angloise», dit l’abbé Jaubert,

car c’étoit autrefois un proverbe que, pour qu’un gant fût bon et

bien fait, il falloit que trois royaumes y contribuassent:

«l’Espagne, pour en préparer la peau, la France, pour le tailler, et

l’Angleterre, pour le coudre.» C’est la souplesse des gants

espagnols qui avoit donné lieu au proverbe, aujourd’hui mutilé:

«souple comme un gant d’Espagne.» (Francion, 1663, in-12, p. 63.)

Il étoit de mode, sous Louis XIII, «de présenter aux dames après la

collation des bassins de gants d’Espagne». Tallemant, Édit. P.

Paris, t. IV, p. 209.

Il y a d’ailleurs des Marchands Gantiers en divers quartiers de Paris qui sont bien assortis, par exemple, Mrs Remy devant saint Mederic, en réputation pour les bons Gands de peau de cerf, Arsan près l’Abbaye S. Germain, Richard rue S. Denis au petit S. Jean renommé pour les Gands de Cuir de Poules[4], et Richard rue Galande au Grand Roy qui fait grand commerce de Gands de Daim et façon de Daim.

 

[4] On appeloit «cuir de poule» l’épiderme de la peau du chevreau. Il

falloit, pour l’enlever, une délicatesse extrême qui ne se trouvoit

que chez les ouvriers de Rome et de Paris. Ces gants étoient d’une

telle finesse qu’on en faisoit tenir une paire dans une coquille de

noix. Les gants de Vendôme, dont il devroit être parlé ici, car ils

étoient depuis longtemps célèbres, avoient la même réputation de

finesse et de souplesse. Ils ne sont pas oubliés dans le petit poëme

si curieux publié en 1588, Le Gan de Jean Godard, reproduit dans

nos Variétés, t. V, p. 180-181:

 

Il est temps de parler des gans blancs de Vendosme,

Qui sont si délicats que bien souventes fois

L’ouvrier les enferme en des coques de noix;

On en parle aussi tant que leur ville gantière

Reçoit presque de là sa renommée entière.

Mesdames de France rue de la Limace, et Charpy quay des Orfèvres, tiennent magasins de Gands de Rome, de Grenoble et de Blois.

Les Parfumeurs qui font grand commerce de Poudre[5] et de Savonnettes[6], sont au bout du Pont saint Michel, à l’entrée de la rue de la Harpe, à l’entrée de la rue d’Hurepoix, au bout du Pont au Change, à l’entrée de la rue de Gesvres et rue Bourlabé près la Trinité.

 

[5] La mode de la poudre, comme on voit, ne s’étoit jamais perdue

depuis Louis XIII. La plus célèbre, «la poudre à la maréchale»,

datoit même à peu près de ce moment. Elle devoit son nom à l’une des

femmes curieuses que nous avons vues plus haut: «le nom de _poudre à

la maréchalle_, lisons-nous dans l’avertissement du _Parfumeur

françois_, n’a été donné que parce que Madame la maréchalle d’Aumont

se divertissoit à la faire.»

 

[6] C’est d’Italie qu’on faisoit venir les plus renommées: «les

meilleures savonnettes sont celles de Boulogne (Bologne).»

(Richelet, Dictionnaire.)—On en trouve la recette dans le

Nouveau Recueil des Secrets et Curiositez de l’académicien Lemery,

p. 133.

Le Sieur Bailly rue du petit Lion près la rue Pavée, vend des Savonnettes legères qu’il dit être de crême de savon, et meilleures que les Savonnettes ordinaires.

Le Sieur Adam Courier du Cabinet du Roy pour l’Italie, apporte souvent des Essences de Rome, de Gennes, et de Nice[7]; il demeure chez M. Crevon Marchand devant la barrière saint Honoré[8].

 

[7] «Ces essences, ajoute Liger (Voyageur fidèle, p. 376), sont bien

plus spiritueuses que celles de France, et par conséquent bien plus

estimées.» On étoit, lorsqu’il parloit ainsi, à la veille de la

Régence, qui fut l’époque des parfums violents. Louis XIV n’en avoit

voulu que des plus modérés, dont il faisoit même assez peu d’usage,

au grand étonnement du Sicilien, dont nous vous avons cité la

lettre. Il suffisoit de papiers trop parfumés pour lui porter à la

tête. (_Journal de la Santé_, p. 284.) Plus jeune, il veilloit

lui-même à la confection des odeurs qu’il pouvoit supporter. C’est

le gantier Martial, valet de chambre de Monsieur, que l’on connoît

par la grotesque confusion que la comtesse d’Escarbagnas fait de lui

avec le poëte Martial, qui les composoit devant lui: «le plus grand

des monarques, dit l’avertissement du Parfumeur françois, s’est

plu à voir souvent le sieur Martial composer dans son cabinet les

odeurs qu’il portoit sur sa sacrée personne.»

 

[8] C’est-à-dire la barrière des Sergents, dont nous avons parlé.

M. Guilleri rue de la Tabletterie, fait venir de Portugal la véritable Eau de Cordouë[9].

 

[9] Cette eau de Cordoue, qui vient du Portugal, ne donne qu’une

médiocre confiance dans le savoir de Blegny, pour peu qu’il fût

apothicaire comme il étoit géographe.

L’Eau de Fleurs d’Oranges et les Essences pour les cheveux et pour le Tabac[10], sont apportées et commercées par les Provençaux au cul de sac saint Germain l’Auxerrois[11].

 

[10] «Les essences fortes et douces à tabac et à cheveux, les vins de

liqueurs, les fromages de Roquefort, les eaux de fleurs d’oranges de

Cette, etc., se vendent en gros en différents magasins du cul de sac

des Provençaux, etc.» Édit. de 1691, p. 32.—Pour les cheveux ou

perruques, c’est l’essence de jasmin qui étoit la préférée; et, pour

le tabac, c’étoit déjà la civette, mais frelatée par un procédé que

Lémery indique dans son Nouv. Recueil des Curiositez, p. 122.

 

[11] C’est de Grasse qu’il en venoit surtout. Antoine Artaud,

«marchand parfumeur», en faisoit là un très-grand commerce. On a son

adresse gravée en bois par Papillon. Le plus en vogue des parfumeurs

de Lyon, Jean Chabert, dont la boutique se trouvoit sur la place des

Terreaux, avoit pris pour enseigne: «au Jardin de Provence». On a

son portrait gravé avec cette indication.

On trouve en détail de bonne Eau de Fleur d’Oranges à l’Orangerie rue de l’Arbre sec, et à la Devise Royale, sur le quay de Nesle près la rue de Guenegaud.

On vend au même lieu les fines Essences pour les Tabacs, les Eaux odoriférantes d’Anges[12] et de Mille fleurs[13], les Cassolettes philosophiques, le Lait d’Amarante qui parfume les chambres sans blesser les vaporeux, les Essences d’ambre, de musc, etc.

 

[12] Lémery a donné aussi, p. 131, la recette de cette eau, dont la

gomme odorante, appelée Benjoin, l’iris et les clous de girofle

étoient la base.

 

[13] C’étoit moins un parfum qu’un remède. On la devoit à la comtesse

de Daillon, et la préparation en fut longtemps faite par le médecin

Defougerais—le Défonandrès de Molière.—Plus tard, on en tira une

sorte de panacée, que recommande une brochure, aujourd’hui rare,

publiée à Lyon, en 1706: Traité de l’Eau de Mille fleurs.

Le Sieur Joubert[14] qui demeure au Soulier d’or, rue des vieilles Estuves près la Croix du Tiroir, est un Colporteur qui donne à très grand marché des sortes de Poudres et de Savonnettes communes.

 

[14] Peut-être faut-il lire Jobert. Il y eut, en effet, un peu plus

tard, un parfumeur de ce nom, rue de la Croix-des-Petits-Champs, qui

étoit célèbre pour sa «pommade au pot-pourri». Papillon a gravé son

adresse.

 

PELLETTERIE ET FOURRURES.

 

Le Bureau des Marchands Pelletiers et Fourreurs qui sont des six Corps des Marchands[1], est rue de la Tabletterie ou des Fourreurs[2].

 

[1] Nous l’avons dit plus haut, c’étoit le troisième des six.

 

[2] La rue des Fourreurs, étant la prolongation de la rue de la

Tabletterie, du côté de la rue de la Ferronnerie, où elle débouchoit

au carrefour de la place aux Chats, on les confondoit souvent l’une

avec l’autre.

Les Maitres et Gardes en Charge de la Marchandise de Pelletterie, sont Messieurs le Grand rue saint Antoine, Maillard rue saint Mederic, Lepreux, Ferrat, Hemins et Maçon rue de la Tabletterie ou des Fourreurs.

Les Marchands qui font grand commerce et qui tiennent magasins de peaux, sont Messieurs Goblet, Vendretin, Mole et Julien même rue; Denis, rue saint Honoré; Gorge rue saint Denis[3]; Loger Pont saint Michel, Charniette rue saint Martin, etc.[4]

 

[3] C’est le même qui, plus bas, est nommé Georges.

 

[4] «On trouve dans ces endroits, dit Liger, p. 379, de très-beaux

manchons pour hommes et pour femmes et des plus à la mode… On y

vend aussi de très-belles aumusses à petit gris.» Il ajoute un mot

sur «les palatines travaillées proprement, composées de peaux

d’animaux, tant étrangers que du pays». Madame, princesse

Palatine, mère du Régent, les avoit mises à la mode. Elles ont

gardé son nom. Elle en porte une de la plus belle hermine sur son

portrait peint par Largillière, qui est aujourd’hui au musée de

Genève.—Liger, en parlant des manchons, auroit pu dire qu’il s’en

tenoit au Temple une foire très-courue à la fin d’octobre. (V.

Palaprat, t. II, 2e part., p. 20, et le Journal de Collé, t. I, p.

 

121.)

 

Les boutiques des Marchands Pelletiers qui font le détail sont pour la plupart près l’aport de Paris, rue du Crucifix saint Jacques de la Boucherie, et rue de la Juifferie aux environs de la Magdelaine[5].

 

[5] En la Cité.

On tire par le Messager de Niort des Peaux de Chevres et de Mouton passées en Chamois en huille[6].

 

[6] L’édit. de 1691, p. 37, contient sur l’article des peaux de Niort,

qui sont encore célèbres aujourd’hui, un détail plus clair: «On

fabrique à Niort, en Poitou, des peaux de chèvres et de moutons

passées en chamois, en huile et en détrempe.» Un autre article suit:

«les peaux imperméables à l’eau et à l’air se vendent rue du Four,

faubourg Saint-Germain, au coin de la rue des Canettes.»

Le Sieur Rosnel au Plat d’Etain[7] à l’entrée de la rue saint Denis fait grand débit de toutes sortes de Peaux, et vend des Calçons et Chaussons de vray et de faux Chamois[8].

 

[7] «Près la porte de Paris.» Édit. 1691, p. 37. C’est porte

Saint-Denis qu’il faut lire. Le Plat d’étain en étoit tout proche.

 

[8] L’édit. précédente ajoutoit: «et de chèvre passée en huile».

Le Sieur l’Evêque Güaisnier[9] rue de la Coustellerie fait grand commerce de Peaux de Chagrin.

 

[9] Richelet dans son Dictionnaire donne une définition intéressante

du «gainier» de son temps: «ouvrier, dit-il, qui fait des gaînes, et

qui avec du veau, du maroquin ou du chagrin, couvre des cassettes,

des coutelières, étuis, écritoires et autres pareilles choses qu’il

figure (enjolive) avec des fers.»

M. Santeuil[10] rue Bourlabé, tient magasin de Vaches de Roussy[11], de Levant, de Peaux de Castors[12] et de diverses autres Peaux étrangeres.

 

[10] Il étoit de la famille du poëte, une des plus importantes du

commerce parisien, et qui avoit même eu quelques-uns des siens dans

l’échevinage.

 

[11] On prononçoit ainsi Russie. Ces cuirs russes servoient depuis

Louis XIII à faire les bottes à la mode. On les imitoit à Paris,

mais imparfaitement. Richelet explique le procédé dans son

Dictionn., t. I, p. 427, et ajoute: «M. Mérigo, l’un des plus

habiles tanneurs de Paris, m’a dit ce que j’avance ici de la vache

de Roussy.»

 

[12] Notre compagnie du Canada ou de la Nouvelle-France en avoit le

privilége, mais à la condition expresse de ne les tirer que de nos

colonies pour les débiter en France. (_Correspond. des Contrôleurs

généraux_, nº 174.) Sous Louis XIII, cette compagnie, dont le

mercier Nicolas Libert étoit un des directeurs et associés, avoit

une manufacture de ces chapeaux dans l’enclos de la Trinité, rue

Saint-Denis. V. la réimpression faite pour l’Académie des

Bibliophiles, en 1867, d’un «arrêt de 1634 pour les chapeaux de

castor».

M. George rue saint Denis près la fontaine la Reine, fait commerce de Peaux de Lapin, de Lievres et autres pour les Chapeliers.

M. Toupault rue Quinquempoix fait le même commerce, et vend diverses sortes de Peaux pour les Fourreurs.

Les Marchands Foureurs qui font le détail des Manchons des Hermines[13], et generalement des Marchandises de Fourures, sont pour la plupart dans la rue des Foureurs près sainte Opportune et dans la rue de la vieille Bouclerie[14].

 

[13] «Peaux en poils.» Édit. précédente, p. 37.—L’hermine ne servoit

pas seulement aux vêtements des avocats. On en faisoit aussi des

pelisses. Voilà pourquoi, jouant sur le nom de Pelisson, Somaize,

dans le Dictionnaire des Précieuses, l’appelle Herminius.

 

[14] On lit, à la suite, dans l’édit. de 1691: «Il y a beaucoup de

corroyeurs au faubourg Saint-Marcel, aux environs de la rivière des

Gobelins, rue Maubuée et cloître Saint-Jacques de la Boucherie.» On

sait que les corroyeurs n’ont pas encore quitté les bords de la

rivière des Gobelins.

Il y en a d’ailleurs quelques autres rue de Gesvres, sur le quay neuf et rue saint Antoine.

Pour les Peaux de Buffles, voyez l’article des Armes et Bagages de Guerre.

Pour les Vaches de Roussy et Maroquins façon de Levant, voyez l’article des Bureaux publics.

 

OUVRAGES ET MARCHANDISES DE CHEVEUX.

 

Monsieur Binet qui fait les perruques du Roy[1], demeure rue des Petits Champs, M. le Grain qui fait celles de Monsieur, est logé au Palais Royal dans la Cour des cuisines.

 

[1] Ces perruques, dont la forme fut longtemps en vogue, s’appeloient,

à cause de lui, des binettes, ou perruques-binettes, comme dit

Salgues dans un curieux chapitre de son livre: Paris, 1813, in-8,

p. 352. Le mot se conserva dans le peuple, qui, de la perruque,

finit par l’appliquer à la tête. Le mot tintamarresque «une binette»

vient de là.—Le Roi avoit tout un cabinet de perruques, séparé de

sa chambre par la salle du Conseil, et qu’on appeloit soit cabinet

des perruques, soit cabinet des Termes. Il étoit, en effet, garni

tout autour de Termes ayant chacun une perruque sur la tête. Les

formes varioient suivant que le Roi alloit à la chasse, recevoit les

ambassadeurs, ou restoit dans ses appartements. Binet, qui avoit

soin de cette singulière collection, quittoit rarement la Cour. Il

comptoit parmi les cent cinq personnes, distribuées en cinq tables,

qui avoient droit de manger chez le Roi, et qui, à ce titre, comme

nous l’avons vu dans le manuscrit que possédoit Techener: _État et

menu des dépenses pour 1705_, recevoient chacune un chapon. La

consommation de cheveux choisis qu’exigeoient les perruques royales

étoit considérable. Binet n’y épargnoit rien: «Je pélerois,

disoit-il, toutes les têtes du Royaume, pour parer celle de Sa

Majesté.» Son fils François Binet eut en survivance sa charge de

premier barbier, et sa fille épousa, en 1720, le fils de Quentin, un

des barbiers ordinaires. (Mercure, mai 1720, p. 172.) C’est

Quentin qui, avec Binet, avoit la garde des perruques du Roi, et lui

donnoit celle du lever plus courte que les ordinaires.

Le Bureau des deux cens Barbiers, Baigneurs, Etuvistes et Perruquiers de Paris[2], est sur le quay des Augustins au coin de la rue Git-le-cœur.

 

[2] Cette corporation des deux cents barbiers de Paris avoit été créée

le 14 décembre 1673, par déclaration royale, en exécution d’un édit

du mois de mars précédent. En décembre 1691, au moment où ce _Livre

commode_, déjà imprimé sans doute, étoit sur le point de paroître,

le nombre des barbiers avoit été augmenté de cent, et, deux mois

après, il le fut encore de cinquante; enfin, en 1701, cent nouvelles

places héréditaires furent créées.

Les Prévots Sindics de cette Communauté, sont Messieurs Broussin rue de Bussy, Petit rue de la Verrerie, Boudet rue saint Loüis près le Palais, du Chemin rue Montmartre, Caquet rue Dauphine, et Daubons sous l’Orloge du Palais.

Entre ceux qui sont renommez pour faire les Perruques de bon air, sont Messieurs Pascal quay de Nesle[3], Pelé rue saint André, du Pont et des Noyers rue de Richelieu, Jordanis rue d’Orléans, l’Abbé rue des Petits Champs, d’Angerville près le Palais Royal, Vincent quay des Augustins, etc.

 

[3] «Le sieur Pascal, au coin de la rue de Guenegaud, est fort renommé

pour les perruques.» Édit. 1691, p. 26.

Messieurs de la Roze[4] et du Bois sont renommez pour les petites Perruques servant aux Ecclésiastiques.

 

[4] «M. De la Roze, à l’entrée de la rue Saint-André, est renommé pour

les perruques abbatiales.» Édit. 1691, p. 63.

Messieurs Pelé et Vincent ci-devant désignez font aussi commerce de Cheveux en gros et en détail[5].

 

[5] Ces marchands de cheveux avoient des coupeurs qu’ils envoyoient en

Normandie, en Flandre, en Hollande, etc., d’où ils leur rapportoient

à la fois, six, huit ou dix livres de cheveux, qui devoient avoir au

moins vingt-quatre à vingt-cinq pouces de long. Les meilleurs

venoient toujours du Nord. C’étoit ensuite la Normandie qui en

fournissoit le plus. Le prix varioit de quatre francs la livre pour

les cheveux communs, jusqu’à cinquante écus pour les blonds

argentés, qui étoient les plus recherchés. V. sur tout cela,

Jaubert, Dictionn. des Arts et Métiers, t. III, p. 436-437.

Autant en font Messieurs du Mont, Potiquet et Rossignol sous la galerie des Innocens, et encore Mesdames Lançois rue d’Orléans et Danteuil rue Tirechappe.

Le Sieur Thomé Clerc de la Communauté des deux cens Barbiers, demeure en leur Bureau, c’est à luy qu’il faut s’adresser pour les privileges qui sont à vendre ou à loüer[6].

 

[6] On a lu dans l’Introduction, t. I, p. xli, comment les privilèges,

quels qu’ils fussent, se louoient.

Entre les Coiffeuses qui sont fort employées, sont Mesdemoiselles Canilliat place du Palais Royal, Poitier près les Quinze Vingts, le Brun au Palais, de Gomberville rue des bons Enfans, et d’Angerville devant le Palais Royal[7].

 

[7] «On fait des calottes de toile jaune et de serge à mettre sous les

perruques, chez un calotier, qui a sa boutique sous la porte de la

cour neuve du Palais. Les calottes ordinaires se trouvent sur le

quay de l’Horloge du Palais.» Édit. précéd., p. 26. A l’époque de la

Terreur, le commerce des cheveux se faisoit sur ce même quai, où

l’on n’avoit vu jusqu’alors que «les perruquiers en vieux». Il

s’alimentoit des chevelures des condamnés de la Conciergerie. Le

nombre en fut si grand qu’à un moment le prix des cheveux en baissa!

Aujourd’hui le bureau de placement des garçons coiffeurs est sur le

quai des Orfèvres.

 

COMMERCE DES VERRIERS.

 

Le Bureau des Marchands Verriers[1] est au Renard rue saint Denis, où l’on décharge toutes les Marchandises de leur commerce.

 

[1] Dans l’édition de 1691, p. 30, il est dit que les verriers de ce

bureau étoient seulement ceux «qui font des ouvrages de feugère»,

c’est-à-dire de fougère. On sait que le verre ne se faisoit alors

qu’avec la potasse extraite des cendres de cette plante. De là, les

métaphores des poëtes sur le vin qui pétille ou qui rit dans «la

fougère», comme disent Chaulieu et Boileau.

Le Sieur Trincart rue de la Verrerie, l’Hoste porte saint Germain, Aubry près la Comedie Françoise, et le Grand rue saint Denis, ont un grand assortiment de Marchandises de Cristal, de Fayence et de Porcelaine[2].

 

[2] Dans l’édition de 1691, p. 30, ils ne sont tous trois mentionnés

que pour ce dernier article: «Ils tiennent, y est-il dit, magasin de

porcelaine.»

Le Sieur Rose rue Darnetal fait le plus grand commerce de Bouteilles couvertes[3], de Verres de tables, de Cloches de Jardins, de Vaisseaux chimiques, etc. Il fait des fournitures en gros et à bon compte aux détailleurs[4].

 

[3] C’est-à-dire entourées d’osier.

 

[4] Son article est un peu différent dans l’édition de 1691, p. 30.

Après la mention du bureau des verriers, il y est dit: «Ce qu’on ne

trouve pas dans ce bureau, peut être recouvert et acheté en gros, à

bon compte, dans les magasins du sieur Rose, verrier, rue d’Arnetal

(Grenetat), etc.»

On trouve des Bouteilles de Cristal taillées pour la poche chez le Sieur le Grand le Jeune, et de Guerre Verriers, rue saint Denis[5], le Quin Emailleur, rue saint Martin[6], Gilbert Lapidaire, rue sainte Croix de la Cité[7], et le Seür aussi Lapidaire, rue saint Denis près le Sepulcre.

 

[5] Ils sont indiqués, dans l’édition de 1691, p. 30, comme «verriers

faisant grand négoce de bouteilles de poche à bouchons de verre». A

la suite, viennent «Grancire, rue de la Coutellerie, et Ancelin, au

cul de sac Saint-Sauveur», qui ne se retrouvent pas ici.

 

[6] Il étoit de la famille de l’orfèvre Lequin, que nous trouverons à

la fin du chap. suivant.

 

[7] L’édition de 1691, p. 30, le place «sur le Quai-Neuf, au Berceau

d’or».

Il y a une Fayancerie à saint Cloud[8] où l’on peut faire exécuter tels modèles que l’on veut.

 

[8] On en connoît les principaux ouvriers à cette époque: Trou, le

potier, et Chicanneau père et fils. Ils fabriquoient une faïence à

émail stannifère, en camaïeu bleu, le plus souvent. Leur faïencerie

avoit assez d’importance pour que la duchesse de Bourgogne la

visitât, en 1709, le 3 sept. Les Chicanneau ajoutèrent à la

fabrication de la faïence celle de la porcelaine, «façon des Indes»,

dont ils se disoient inventeurs. A la fin de 1696, ils adressèrent,

comme tels, un placet à l’intendant de Paris. (_Correspond. des

Contrôleurs généraux_, nº 1342.) Lister (chap. V) admira fort leurs

porcelaines. V. aussi J. Marryat, Hist. des Poteries, etc., trad.

franç., t. II, p. 212.

M. de Saint Estienne Maitre de la Fayencerie de Rouen, a trouvé le secret de la Fayence violette tachetée, et de faire en France de la Porcelaine semblable à celle des Indes[9].

 

[9] Dans l’édition de 1691, p. 30, il n’est mentionné que pour la

porcelaine qu’il a «le secret de faire en France».—Il fabriquoit

bien réellement tout à la fois de la faïence et de la porcelaine, et

cela, par privilége, avec d’autres concessionnaires, depuis 1644. Le

30 juin 1694, M. d’Ormesson envoya un rapport au contrôleur général

sur l’état de cette fabrique et sur le renouvellement de son

privilége. Comme on vouloit que Saint-Etienne livrât son secret pour

que la fabrication fût continuée par les Invalides, et comme il

refusa, ce renouvellement n’eut pas lieu. Le privilége obtenu en

1673 pour la porcelaine, «façon de Chine», fut seul continué pour

vingt ans encore, mais à condition qu’au bout de ce temps le secret

de fabrication seroit livré au public. (_Correspond. des Contrôleurs

généraux_, nº 1342.)

Les Fayences de Nevers arrivent sur le quay de la Tournelle près la porte saint Bernard[10].

 

[10] Ces faïences de Nevers, qui avoient leurs collectionneurs, comme

on le voit par quelques vers de Sénecé dans ses Épigrammes (1717,

in-12, p. 224), se fabriquoient depuis longtemps déjà, et en dernier

lieu, sous la direction d’un nommé Castelnau.

M. Perrot Maitre de la Verrerie d’Orléans[11], a trouvé le secret de contrefaire l’Agathe et la Porcelaine avec le Verre et les Emaux. Il a pareillement trouvé le secret du Rouge des Anciens, et celuy de jetter le Verre en moulle pour faire des bas reliefs et autres ornemens. Il a son Bureau à Paris sur le quay de l’Orloge à la Couronne d’or.

 

[11] Bernard Perrot étoit neveu de Castelnau que nous venons de voir à

la faïencerie de Nevers. Dès le mois de décembre 1655, il avoit

obtenu le privilége de la verrerie royale d’Orléans et de celle de

Fay-aux-Loges, qui en étoit la succursale, à six lieues de là sur le

canal. En 1666, autre brevet délivré à Perrot en faveur d’une

découverte fort importante pour l’exploitation de sa verrerie: il

tiroit d’une pierre «qui abonde en France»,—la houille

certainement—un combustible moins cher que le charbon. En 1688,

ayant perfectionné la fabrication du verre, «soit colorié, soit en

relief», et aussi «le coulage des métaux à table creuse, avec des

figures», un privilége nouveau lui fut encore accordé. Il le garda,

ainsi que les deux autres, jusqu’à sa mort, en 1710, malgré les

concurrents qui firent faire sur ses fabriques une enquête, en

février 1692, dont le résultat tourna pour lui. Deux de ses parents,

peut-être ses neveux, Jean Perrot et Jacques Jourdan lui succédèrent

avec un renouvellement de privilége en date du 2 août 1710, où il

étoit dit que les ouvrages de Perrot «égalent en beauté et en

qualité les porcelaines». La rue près des remparts Saint-Euverte, où

Perrot avoit sa verrerie à Orléans, s’appelle encore aujourd’hui

rue des Bouteilles.

M. Massolat Maitre de la Verrerie de Rizancourt[12], a son Bureau à Paris rue du Four près la Foire saint Germain chez le Sieur Feloix Huissier[13].

 

[12] Paul de Masselai, et non Massolat. Il avoit été un des

concurrents de Perrot, et, n’ayant pu lui faire perdre le privilége

de la verrerie d’Orléans, il étoit allé en établir une à Rizaucourt,

au fond de la Champagne.

 

[13] L’édition de 1691, p. 30, ajoute «au Châtelet».

Pour le Verre blanc et le Verre des Vitriers, voyez l’article fait exprès.

Pour les Glaces, voyez l’article des marchandises de Miroitiers[14].

 

[14] On trouve dans l’édit. de 1691, au chap. «du Commerce du verre,

etc»., p. 30, les indications suivantes qui manquent ici: «le verre

blanc pour les mignatures et autres tableaux, se vend chez un

vitrier qui demeure rue aux Ours, devant l’image de la Vierge, et

chez un autre qui demeure vieille rue du Temple, au coin de la rue

de Bercy.»

On dit que M. de la Motte de qui on a veü à la Foire, il y a quelques années de si beaux ouvrages d’Emaux et de Verre façon d’Agathe et de Porcelaine, va faire un établissement à Paris, en vertu d’un Privilege du grand Sceau[15].

 

[15] Il obtint ce privilége, mais ce faillit être au préjudice de

Bernard Perrot, dont, comme Masselai, ce La Mothe étoit le

concurrent. Ce fut sur ses instances que le contrôleur général

écrivit, le 29 février 1692, à l’intendant d’Orléans, M. de Creil,

pour savoir où en étoit la faïencerie-vitrerie privilégiée de

Perrot, le sieur De La Mothe, disoit la lettre, demandant, lui

aussi, un privilége «pour fabriquer avec une matière vitrifiée, dont

il a le secret, des ouvrages en façon de porcelaine, d’agathe, de

jaspe, de lapis». La réponse de M. de Creil fut, à ce qu’il paroît,

favorable, car si La Mothe eut son privilége, Perrot garda le sien.

 

COMMERCE DE DIVERSES MATIERES METALLIQUES, ET OUVRAGES DE COUTELLIERS, TAILLANDIERS, ETC.

 

Messieurs Hébert cul de sac de la rue Quinquempoix, Presty et Alain rue Neuve saint Mederic, et Coquart rue Simon le Franc, font commerce d’Etain et de Plomb d’Angleterre[1].

 

[1] L’édit. de 1691, au lieu d’Hébert, nomme Duval. Son magasin y est

indiqué «au cloître Saint-Thomas du Louvre».

Le Fer blanc est négocié en gros par Messieurs le Doux rue Jean de l’Epine, Fontaine rue des Lombards, et Frezan rue de la Vannerie[2].

 

[2] «Au bout de la rue de la Vannerie.» Édit. précéd., p. 22. Le fer

blanc ne se fabriquoit en France que depuis Colbert, qui en avoit

établi la première fabrique à Beaumont-la-Ferrière dans le

Nivernois. Il avoit dû pour cela faire appel aux ferblantiers

allemands. (_Correspond. administrat. de Louis XIV_, t. III, p.

 

740.)

 

Il y a plusieurs magasins de Cuivre et de Leton, rue Quinquempoix.

Les Bateurs d’or qui vendent l’or en feuilles et en coquilles, sont établis en différens quartiers de Paris, par exemple, rue du Cimetiere saint Nicolas des Champs, rue saint Jacques, rue de Gesvres, rue saint Denis, etc.

Les Tireurs d’or qui vendent l’or et l’argent trait et filé, sont pour la plupart rue saint Denis[3] au dessus de saint Jacques de l’Hopital[4].

 

[3] «Aux environs de la rue Mauconseil.» Édit. de 1691, p. 23.

 

[4] «Cet or et cet argent tirés, ajoute Liger, p. 394, s’emploient

pour les broderies, les galons et les boutons qui se débitent pour

les habits.»

Pour l’Or et l’Argent en lingots et grenaille, voyez l’article fait exprès.

Pour le Plomb en balles et en graine, voyez l’article des Armes et Bagages de Guerre et de Chasse.

Le Sieur Guilloüet Taillandier et Ferblantier, à l’entrée de la rue de Gesvres, a un particulier talent pour les plus beaux Ouvrages de Fer blanc et de Leton planez[5].

 

[5] «PLANER, c’est unir la besogne à force de petits coups de

marteau». (Richelet, Dictionn.)—A la suite de l’art. sur le sieur

Guillouet, on lit dans l’édit. de 1691, p. 111: «Le sieur Jo et

quelques autres potiers d’étain, près la porte Saint-Marcel, vendent

des grandes et petites seringues bien faites et à juste prix.»—La

vaisselle d’étain se travailloit avec le plus grand soin. On y étoit

parvenu à donner au métal la consistance et le brillant de l’argent.

V. Loret, t. II, p. 427-428; et Faugère, _Voyage de deux

Hollandois, à Paris_, p. 276.

Pour les Arcs et Ressorts qui sont ouvrages de Taillandier, voyez l’article des Chevaux et Equipages.

Entre les Couteliers renommez pour les Couteaux et les Cizeaux sont le Maitre de l’Eglise rue saint Martin, et le Maitre du Coutelas rue de la Coutelerie, qui a un talent particulier pour les Lames de couteaux de tables qui se montent sur des manches d’argent[6].

 

[6] Dans l’édition de 1691, p. 59, il n’est recommandé que pour les

rasoirs. Le coutelier «du Trèfle», rue de la Coutellerie, qui ne se

retrouve plus ici, est indiqué à la même page, comme étant «renommé

pour les couteaux».—Ce trèfle étoit à la fois l’enseigne et la

marque de ce coutelier en renom. Nous l’avons vu souvent sur des

couteaux des derniers siècles. Toute marque—et chaque

coutelier-fabricant avoit la sienne—étoit une propriété qu’aucun

autre ne devoit prendre ni contrefaire. (_Lettres patentes sur le

règlement des ouvrages de quincaillerie et de coutellerie de la

ville de Thiers_, 24 déc. 1743, art. 2.) Suivant Clicquot-Blervache,

Considérat. sur les Compagnies, Sociétés et Maîtrises, p. 165, on

offrit jusqu’à 22,000 livres de la marque que Palme, de Thiers,

mettoit à ses couteaux: «C’étoit, dit-il, la plus accréditée.»

Entre les Couteliers en réputation pour bien faire et bien repasser les Lancettes, sont les Sieurs Surmont au tiers-point[7] rue saint Julien le Pauvre, et Touyaret au Verre couronné rue de la Coutellerie[8].

 

[7] Le tiers-point est un outil triangulaire, qui sert surtout aux

bourreliers. Louvel, qui l’avoit été, assassina le duc de Berry avec

un tiers-point.

 

[8] Dans l’édition de 1691, p. 59, il est mentionné avec son enseigne,

pour la même spécialité des lancettes, mais n’est pas nommé.

L’acier crud est commercé par les Marchands de Fer, et les Instrumens de Moulins pour les Dents, par les Quincailliers, qui vendent d’ailleurs toutes les Marchandises foraines de Coutellerie.

Le Maitre de la Coupe rue Troussevache, est distingué pour les Instrumens de Chirurgie.

On peut par les Messagers de Moulins et de Langres tirer de bons Cizeaux[9]; et par celuy de Caen, de Couteaux de poche d’une propreté et d’une bonté singulière.

 

[9] Les couteaux de Langres étoient au moins aussi renommés que ses

ciseaux. Les voleurs leur avoient même fait une réputation sinistre:

le couteau pour eux étoit un lingre; et, pour assassiner, ils

disoient lingrer. Diderot, on le sait, étoit fils d’un coutelier

de Langres.

On fait de très bons Canifs à la Masse et au Pistolet, rue de la Coutellerie[10].

 

[10] Dans l’édition de 1691, p. 59, c’est «le coutelier de l’Antonnoir

(_sic_), rue aux Ours», qui est recommandé pour les canifs.

Le Sieur le Quin Orfèvre, rue de la Fromagerie[11], fabrique les Instrumens d’argent servant aux Chirurgiens.

 

[11] C’est le grand-père du tragédien Le Kain, dont le vrai nom

n’étoit ni celui qu’il prenoit, ni celui qu’on lui donne ici. Il

s’appeloit Caïn. Son acte de naissance, reproduit par Jal, à ce nom,

dans son Dictionnaire critique, nous le donne comme né le 3 avril

1729, de Henri Caïn, «marchand orfèvre, rue de la Fromagerie»,

lequel, ajouterons-nous, avoit succédé à son père dans la même

boutique. Pour Caïn, on prononçoit Quin, et même Le Quin, comme on

le voit ici. Le nom que prit Lekain, en se mettant au théâtre, fut

un compromis entre les deux formes.

Le Sieur Landrieux Gaisnier près le Palais, fait très proprement les Etuis servant aux ouvrages de Coutellerie.

 

DOMESTIQUES ET OUVRIERS.

 

Le Bureau d’adresse pour les Maitres qui cherchent des Serviteurs, et pour les Serviteurs qui cherchent des Maitres, est au Marché Neuf devant saint Germain le vieil.

Il y a un particulier Bureau d’adresse à la Grève pour les Cuisiniers et Garçons de cabaret.

Les Nourrices et Servantes à louer se trouvent en des Bureaux de Recommanderesses[1], rue de la Vannerie[2], et rue du Crucifix saint Jacques[3].

 

[1] V. notre Introduction, p. x.—Dans une pièce de la fin du XVIe

siècle que M. de Montaiglon a jointe à ses anciennes poésies, t. I:

Chambrière à louer à tout faire, se trouve, p. 90, un passage

curieux sur ces premiers bureaux de placement des servantes:

 

Pourtant me vient à souvenir

Que chez les recommanderesses

Est le lieu où sont les addresses

Pour trouver servantes à louer…

 

[2] Le bureau des servantes y étoit si connu, qu’au XIVe siècle on

l’appeloit moins rue de la Vannerie que rue des Commanderesses ou

des Recommanderesses. Il en étoit de même de la rue de la

Coutellerie, où se trouvoit un bureau pareil. (_Registres crimin._

du Châtelet 1389-1392, t. I, p. 37.)

 

[3] Quand une servante avoit mérité une punition publique, c’est

devant le bureau des Recommanderesses qu’on la lui infligeoit pour

l’exemple. En 1576, une chambrière ayant eu un enfant du clerc de la

maison où elle servoit, et l’ayant exposé la nuit à une porte

voisine, fut condamnée au fouet par sentence du Châtelet, le 24

octobre, et c’est devant la maison des Recommanderesses qu’elle fut

fouettée. (Bouchel, Bibliothèque, au mot Exposés.)

Plusieurs Laquais cherchant maitres, et qu’on peut même louer par jour[4], se tiennent tous les matins sur les degrez de la vieille Cour et près la petite porte du Palais.

 

[4] Liger, qui donne aussi ce détail, p. 403, le relève ainsi: «l’on

voit qu’on peut, dans l’occasion, se faire suivre à Paris, et se

donner l’air d’homme à laquais, sans qu’il en coûte beaucoup.»

Les Garçons de Métier trouvent des embauches ou adresses de boutiques[5] aux lieux ci-après, à sçavoir: pour les Marchands, au Bureau de la rue Quinquempoix; pour les Verriers, rue saint Denis au Renard; pour les Drapiers, au Bureau rue des Déchargeurs; pour les Chirurgiens, chez les Couteliers travaillant aux lancettes, et encore aux Ecoles de Chirurgie rue des Cordeliers; pour les Apoticaires à la Lamproye rue de la Huchette, et encore au Bureau, cloitre sainte Opportune; pour les Droguistes Epiciers, au même Bureau; pour les Fourbisseurs au Bureau rue de la Pelleterie; pour les Gantiers et Chapeliers, même rue; pour les Tourneurs Tablettiers, rue de la Savonnerie; pour les Tanneurs, au fauxbourg saint Marcel; pour les Fondeurs, près saint Nicolas des Champs; pour les Orfèvres, en leur Bureau et Chapelle rue S. Germain l’Auxerrois, et encore chez le Petit père cour du Palais; pour les Patissiers, rue de la Poterie; pour les Teinturiers, rue de la Tannerie; pour les Bonnetiers, au Bureau cloitre S. Jacques de la Boucherie; pour les Peintres, Doreurs et Sculpteurs, aux Filles Penitentes de la rue saint Denis tous les Dimanches au matin[6]; et pour les Menuisiers, rue des Ecouffes.

 

[5] Ces adresses imprimées, et souvent enjolivées de dessins gravés,

que se faisoient faire tous les marchands, ont eu leur mention plus

haut à propos de celles qu’illustra Papillon. Quelques-uns les

faisoient frapper en jetons. Nous en avons vu une de ce genre, en

cuivre rouge et de forme octogone, portant, d’un côté: un chiffre

entrelacé, avec la légende PIERRE. BIZET. MARCHAND. MIROITIER, et la

date de 1703, à l’exergue; de l’autre: une console drapée d’un tapis

fleurdelisé, un miroir carré surmonté d’une pendule; au fond, un

manteau retroussé, et, pour légende: AV MAGAZIN. ROYAL. RUE ST.

MARTAIN.

 

[6] Ces filles pénitentes étoient les religieuses de Sainte-Catherine,

dont il est parlé dans l’Introduction, p. ix-x. L’Académie des

peintres avoit, au commencement du règne, loué, rue des Déchargeurs,

le second étage d’une maison qui leur appartenoit et s’y étoit

reconstituée. Elle y resta deux ans, puis alla s’établir au Louvre.

Tout lien ne fut pas rompu entre elle et les religieuses de la rue

Saint-Denis, qui se firent ses «recommanderesses», chaque dimanche,

pour les jeunes gens qui voudroient y être admis comme élèves.

Les Cordonniers, Serruriers, Menuisiers, Tonneliers, Arquebusiers, Rotisseurs et autres, s’embauchent par eux mêmes en se présentant dans les boutiques.

Les Maçons, Manœuvres, Limousins, etc., s’assemblent à la Grève[7] tous les matins des jours ouvrables depuis quatre jusqu’à six heures, où l’on va prendre ceux dont on a besoin pour les atteliers.

 

[7] Ils y étoient tout près de la rue de la Mortellerie—aujourd’hui

de l’Hôtel de Ville—où ils habitoient, et habitent encore en grand

nombre, et qui devoit son premier nom à ces «mortelliers» ou maçons.

Ils se tiennent à présent un peu plus haut que la Grève, sur la

petite place qui se trouve entre la rue et le pont Louis-Philippe.

Les Revendeuses, Blanchisseuses, Ravaudeuses, etc., se melent de placer presque toutes les Servantes.

 

VÉRIFICATIONS ET RAPPORTS DE JUREZ.

 

Monsieur Rainsant Medecin Juré du Parlement[1], demeure Isle Notre Dame, et M. du Tertre Chirurgien Juré de la même Cour[2] rue du Jardinet. Madame Maillard y fait la fonction de Sage femme Jurée, et demeure près le Palais.

 

[1] Fils du savant médecin-numismatiste Rainssant, mort deux ans

auparavant.

 

[2] Il a été nommé plus haut, t. I, p. 157, au chapitre des opérations

chirurgicales.

Messieurs Chauvel et Moreau Jurez Medecins du Chatelet demeurent, sçavoir, le premier rue saint Severin, et le deuxième rue de la Verrerie[3].

 

[3] «M. Arlot, médecin juré du grand Conseil, demeure rue du Four,

près la Croix du Tiroir.» Édit. 1691, p. 39. Il a aussi été nommé

plus haut.

Les Jurez Chirurgiens du Chatelet sont Messieurs Auguy près la Magdelaine, Helot rue de la Calandre, le Dran quay de l’Orloge, et Clerambourg rue saint Germain l’Auxerrois.

Le Livre de M. de Blegny contenant la Doctrine et les formules des Rapports de Chirurgie[4] se vend chez la veuve Nion.

 

[4] Voici le vrai titre du livre de Blegny, qu’il abrège ici et rend

ainsi plus clair: _la Doctrine des rapports, fondée sur les maximes

d’usage, et sur la disposition des nouvelles ordonnances_. 1684,

in-12.

Madame Bureau et Mademoiselle sa fille Jurées Sages-femmes du Chatelet, demeurent rue saint Germain l’Auxerrois.

M. Dozier reconnu pour le plus expert Genealogiste[5], demeure au carrefour des trois Maries[6].

 

[5] Charles d’Hozier, fils de Pierre, qui avoit commencé la célébrité

du nom. Il fut, comme lui, juge d’armes de la noblesse de France.

 

[6] Son adresse étoit ainsi donnée l’année précédente, p. 40:

«Monsieur d’Hozier, qui demeure au cloître

Saint-Germain-l’Auxerrois, chez Monsieur Desvieux, greffier du

Conseil…»

M. de Lonchamps au bout du Pont au Change du côté du Chatelet s’occupe pareillement à dresser et vérifier les arbres généalogiques.

Les Maitres Ecrivains Jurez nommez et employez pour la vérification des écritures et signatures contestées en Justice, ont leur Chambre chez M. des Planches[7], à présent Sindic en charge de leur Communauté, rue et devant le petit saint Antoine, tous peuvent être appellez à cette fonction, mais les plus ordinairement employez ce sont ceux des Anciens qui y sont occupez depuis longtemps; comme Messieurs du Houx à l’Hotel des Ursins, le Comte rue saint Jacques, Lesgret rue du gros Chênet, et de Blegny rue saint André, etc.

 

[7] Il a été nommé déjà plus haut.

M. de Blegny fils de l’Ecrivain[8] à l’entrée de la rue saint André, est ordinairement nommé par Nosseigneurs de Parlement pour les Calculs et verification de Comptes.

 

[8] Il a été parlé plus haut d’un de ses livres de première éducation.

M. Barême aussi Aritméticien[9], devant le Pont Neuf au coin de la rue Dauphine[10], est occupé au même employ à la Chambre des Comptes[11].

 

[9] François Barrême, dont le nom est encore si populaire. Son _Livre

des Comptes faits_, auquel il doit cette popularité, avoit paru pour

la première fois en 1670, avec une dédicace à Colbert. En voici le

titre complet: «_le Livre des Comptes faits, où, sans avoir appris

l’arithmétique, on y fait toutes sortes de comptes et

multiplications les plus difficiles, quand il y auroit même des

grandes fractions. Livre très-facile, et d’une grande utilité._»

Barrême mourut en 1703.

 

[10] Il donne ainsi son adresse en tête de ses livres: BARRÊME,

_arithméticien, demeurant au bout du Pont-Neuf, rue Dauphine,

enseigne briefvement l’arithmétique_.

 

[11] «Il y a plusieurs écrivains déchiffreurs, qui ont leurs bureaux

au Palais.» Édit. 1691, p. 41.

M. Penon fauxbourg saint Antoine près l’Abbaye, dresse et verifie les Arpentages[12].

 

[12] «M. Caron, rue Saint-Antoine, devant l’hôtel de Beauvais, est

renommé pour l’arpentage.» Ibid.

Les Jurez Bourgeois Expers pour le Toisé, Visite, et Estimation des ouvrages dependantes de l’Architecture, ont leur Bureau à l’entrée de la rue de la Verrerie, et sont compris dans les deux colonnes suivantes[13]:

 

[13] Ils avoient été créés au mois de mai 1690, sous le titre

d’experts jurés pour les bâtiments, et ne formoient qu’une

communauté avec les entrepreneurs.

 

Expers Bourgeois[14].

 

[14] Cette liste est plus complète ici que dans l’édit. précédente,

surtout pour les adresses, qui y manquent pour la plupart. L’auteur

s’en excuse par quelques lignes curieuses sur la création alors

toute récente de ces experts: «Il y a, dit-il, p. 40, des Jurez

bourgeois de nouvelle création pour le toisé, visite et estimation

des bâtiments de la ville, fauxbourg, prévosté et vicomté de Paris,

qui sont au nombre de cinquante ci-après dénommez, mais qui ont si

nouvellement financé qu’on n’a pu encore recouvrer les adresses que

d’un petit nombre d’entre eux; au besoin, il sera facile d’apprendre

la demeure des autres par la liste qui sera apposée au Châtelet

après la prestation du serment, après laquelle ils doivent être

divisez en deux colonnes comme ci-après.»

Simon Lambert, quay de Nesle.

Gabriel le Duc[15], rue saint Denis.

 

[15] Fils ou neveu de l’un des architectes qui avoient travaillé au

Val-de-Grâce. Il avoit lui-même construit aux Petits-Pères la partie

des bâtiments où se trouvoit la bibliothèque.

Nicolas de l’Epine[16], rue de Clery.

 

[16] Reçu de l’Académie d’architecture, en 1699. Nous trouverons plus

loin son père Pierre-Nicolas de l’Épine parmi les entrepreneurs.

Jacques Mazières, rue Neuve des Petits Champs[17].

 

[17] Il avoit fait beaucoup bâtir dans la rue Neuve-des-Petits-Champs,

où nous le voyons logé. C’est à lui et à Lulli qu’on en devoit les

premières maisons dans la partie qui longeoit le versant

septentrional de la butte Saint-Roch. Nous le trouverons plus bas,

avec Le Maistre qui suit, parmi les grands maçons.

Pierre le Maistre, aux Invalides[18].

 

[18] Il fut au nombre des entrepreneurs de la place Vendôme et il y

vint loger. Nous l’y trouvons en 1702.

Jean Boullier de Bourges, rue Montmartre.

Rolland le Proüst, rue Bardubec.

Michel de Mezerets, rue de la Verrerie.

Isaac Meusnier, rue S. Martin.

François Pageois, rue S. Bon.

François Doucet[19], rue S. Bon.

 

[19] L’Almanach royal de 1702, p. 113, lui donne son vrai nom:

Doussot.

François le Clerc, rue de Grenelle, quartier saint Eustache.

Claude Alexandre Voullau, rue Montmorency.

Louis Couvers[20], rue Chapon.

 

[20] Il faut lire Convers, comme dans l’_Almanach royal_.

Charles Mollet[21], rue Champfleury.

 

[21] Nous l’avons déjà vu plus haut au chapitre Jardinages, ainsi que

Michel Le Bouteux, qui suit.

Michel le Bouteux, rue de la Magdelaine, fauxbourg saint Honoré.

Charles François Person[22], place du Palais Royal.

 

[22] Lisez Poerson, qu’on prononçoit Person. C’est l’assez médiocre

peintre Charles-François Poerson, qui fut professeur à l’Académie de

peinture, en 1695, et directeur de notre école de Rome, en 1704.

Nous le trouvons avec Mazière, nommé tout-à-l’heure, dans une

expertise d’art assez délicate pour un différend soulevé entre le

riche amateur Crozat et Boule. (_Archives de l’Art françois_, t. IV,

p. 332.)

Jacques Piretoüy, vieille rue du Temple.

Jean François Gobin, rue de la Parcheminerie.

André Perravet[23], rue des Prouvaires.

 

[23] Lisez Perrault.

Jean Baillif, rue Levêque, quartier saint Roch.

Baudouin Paul Lourdet, rue S. Thomas du Louvre.

Nicolas le Juge, rue du Gindre, fauxbourg saint Germain.

 

Expers-Entrepreneurs.

Bernard Menessier, rue des Roziers[24].

 

[24] «Près l’hôpital Saint-Gervais», ajoute l’_Almanach royal_ de

1702. Nous le trouverons plus bas parmi les trésoriers alternatifs

des bâtiments.

Jean Richer, rue saint Martin.

Jacques de la Joue[25], rue sainte Avoye.

 

[25] Il eut un fils qui fut reçu de l’Académie d’architecture, en