Les Rhezin De Lakohler

jean · Chapitre 1 sur 1

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Les Rhezin De Lakohler

Par Neal Barret Jr

LES RHEZIN DE LAKOHLER

Galaxie 46

 

J'avais oublié l'odeur. Et j'avais également oublié mes filtres olfactifs. A l'instant où j'ouvris la porte marquée HUM-OXY, la puanteur m'assaillit comme une lame de fond. Et, d'un seul coup, je retrouvai tout. Je n'avais pas été absent aussi longtemps !

Ils étaient là, tous. Il y en avait de toutes les formes, de toutes les tailles, de toutes les couleurs. Se bousculant, suant, se battant, serrant leurs fiches entre leurs mains moites, malades des suites de la piqûre. Eux aussi pensaient probablement que ça puait. Je ne frayai tant bien que mal mon chemin jusqu'au comptoir et franchis la porte interdite au public.

—« Eh ! Allez vous mettre au bout de la file... » fit la réceptionniste d'une voix revêche. « Oh ! pardon... » Son regard se posa sur mon insigne gris et rouge frappé du sigle T-12 et elle ajouta: « Vous désirez, monsieur ? »

—« Je m'appelle Steuberk, » répondis-je en m'efforçant de ne pas respirer. « Je dois remplacer un gars qui a été contaminé. Où suis-je ? Je veux dire : où suis-je censé officier ? »

Elle consulta une liste. « Oh... Mr Steuberk... Bureau 909. » Elle m'adressa un regard étrange. « Vous n'ayez pas de filtres olfactifs, Mr Steuberk ? »

—« Nan, » répliquai-je d'une voix étranglée. « Bas de viltres. Vous bouvez m'en brêter ? »

—« Non, je n'en ai pas mais je suis sûre que Miss Cress en a, C'est tout de suite à droite, Mr Steuberk. »

Ça allait beaucoup mieux dans le hall intérieur. Il y en avait encore une demi-douzaine devant chaque porte qui attendaient d'être reçus par les interrogateurs. Je repérai le bureau 909, m'y engouffrai et m'adossai, les jambes molles, contre le chambranle.

—« Des filtres, mademoiselle... des filtres. »

La fille assise à la table leva les yeux et plissa le front. Une lueur de compréhension se peignit sur ses traits ravissants. Elle déchira une pochette d'un coup d'ongle et me la tendit. Je me fourrai les filtres dans les narines et aspirai un grand coup. Ouf !

« Je me nomme Steuberk. Je dois remplacer... »

—« Mr Harris ? Mon nom est Leeta Cress. »

Elle avait de longues jambes, des cheveux d'un blond cendré et des yeux noirs. A en juger par ses paupières obliques, c'était probablement une hybride cythienne, catégorie figurante. Quant à ce qu'elle fabriquait en tant que secrétaire de grade T4, allez donc savoir !

« A votre disposition, Mr Steuberk... » Un de ses sourcils avait pris une forme circonflexe et dubitative.

—« Euh... oui... Eh bien, si nous commencions ? »

—« Quand vous voudrez. »

J'allai m'asseoir à mon bureau, perpendiculaire au sien, sortis une cigarette, l'allumai et fis un signe du menton à Miss Cress qui appuya sur un bouton et se pencha sur son interphone.

« Matricule K— 44806. Veuillez entrer, je vous prie. »

Je m'emparai du premier dossier de la pile posée devant moi vérifiai que le numéro concordait et ouvris la chemise. Elle ne contenait qu'un seul feuillet, l'historique préliminaire, formule GG4 qui était totalement vierge. J'adressai un regard étonné à Miss Cress qui haussa les épaules et soupira:

« Je sais ! Tous les employés T-l ont été évacués, eux aussi, Mr Steuberk. Nous sommes obli-gés de partir à zéro. »

—« Mais qu'ont eu tous ces gens ? » lui demandai-je avec curiosité. « Vous n'avez pas de pi-qûres, ici ? »

Elle hocha la tête. « C'est quelque chose qui se trouvait à bord du dernier navire et que la sec-tion médicale n'a pas détecté. La danse kripstienne, je crois. »

Je mordis ma cigarette. « La danse kripstienne, Miss Cress ? » Cela paraissait épouvantable. « Et quels en sont les effets ? »

Miss Cress rougit. « Mr Steuberk, je préférerais ne pas... »

Je l'interrompis d'un grand geste de la main. « Comme vous voudrez, Miss Cress. N'en parlons plus. »

Nous fûmes sauvés par un coup timide frappé à la porte. Miss Cress ouvrit le verrou télécom-mandé et ils entrèrent.

Je les connaissais tous. J'avais travaillé au service d'assistance, à la commission des urgences immédiates et à l'office de réintégration depuis la fin de la guerre, c'est-à-dire depuis quinze ans. J'avais franchi un à un les degrés de l'échelle bureaucratique. Ayant commencé comme épouilleur P-2, j'avais atteint le poste de conseiller. J'avais transpiré, enfermé dans une combinaison brûlante, au fond des citernes de la section « coléoptères ». J'avais même débran-ché les tuyaux des Dormeurs ( quand j'étais T-3, naturellement). Je pensais que j'avais été assez longtemps sur la brèche pour avoir appris à ne pas mélanger les sentiments et le travail. Des sentiments, j'en avais, bien sûr. Nous en avons tous sinon nous ne serions pas là. Mais nous n'ignorions pas que notre rôle était d'aider les gens, pas de s'apitoyer sur eux, et l'on se rend vite compte que la pitié est une maladie extrêmement contagieuse.

Mais, en dépit de moi-même, j'éprouvai de la compassion pour les tristes créatures qui pénétrèrent dans la pièce. Il y en avait quatre: deux adultes et deux enfants. Officiellement c'était des Réfugiés Bipèdes Humanoïdes à Respiration Oxygénée. Officieusement, c'était quelque chose d'innommable.

Essayons de nous expliquer. Si les grenouilles étaient bleues, si les grenouilles bleues étaient couvertes de poils orange et si ces grenouilles bleues couvertes de poils orange étaient affligées de gale et pleines de pustules... Voilà le spectacle: des grenouilles bleues aux poils orange en train de faire leur mue sur le plancher de mon bureau.

Je décochai un coup d'œil à Miss Cress qui avala péniblement sa salive.

—« Vos noms, je vous prie. »

Le mâle fit un pas hésitant. Il était vêtu comme les autres d'une combinaison déteinte et rapiécée, tellement lavée et relavée qu'elle avait atteint les limites extrêmes de la résistance. Il était plié en deux. Ses épaules étaient affaissées et il avait la poitrine creuse. On aurait dit qu'il portait un invisible et pesant fardeau sur le dos. Tous étaient comme ça.

— « Rhézin c'est not'nom, m'dame. Moi j'suis Jud, elle ici c'est Sari et les chtiots, c'est Joak et Luti. »

Je me mordis les lèvres et baissai les yeux. J'avais reconnu l'accent dès qu'il avait ouvert la bouche. Ça n'allait pas être de la crème. Réexpédier sur son monde d'origine un réfugié ou une personne qui se trouve là par erreur n'est déjà pas tellement facile. La p1upart des gens à qui nous avions affaire n'auraient pas été là, justement, s'il avait existé une planète qu'ils pussent rejoindre. Mais ce n'était rien comparé à Jud Rhézin et à sa famille: des ouvriers itinérants — phénomène social antérieur à la guerre et dont il ne restait plus trace, des indésirables rejetés par tous et de partout. Dans le meilleur des cas, j'obtiendrais peut-être que Jud soit inscrit sur une liste de quota — à la toute dernière ligne — d'ici une vingtaine d'années.

—« Quelle est votre planète natale, Mr. Rhézin ? » lui demandai-je. Je savais que nous pour-rions tout aussi bien faire des papillotes avec le questionnaire. Le Corps des Travailleurs était déjà pléthorique et il n'existait guère de tâches décentes qu'un être vivant fût capable de rem-plir mieux ni même aussi économiquement qu'un robot. Et les quelques emplois qui restaient encore à pourvoir exigeaient un personnel autrement robuste que ne l'était la famille Rhézin. Il n'y avait qu'un seul espoir: trouver sa planète natale — à supposer qu'elle existât encore — et essayer de la renvoyer chez elle.

Jud Rhézin hésita un instant, contempla ses pieds et finit par dire:

—« Pour sûr qu'c'est sur Lakohler qu'on est nés, nous aut', sauf les p'tits. Ça fait un bon bout d'temps, pas vrai, Sari ? » La femme hocha solennellement la tête. Les deux enfants, pendus aux vêtements grisâtres de leur mère, examinaient la pièce en écarquillant les yeux.

Miss Cress vérifia l'orthographe et chercha « Lakohler » parmi les bandes. Quelques secondes plus tard, nous eûmes, compte tenu de l'imprécision phonétique et de l'indécision de la prononciation, quatorze possibilités dont neuf furent immédiatement éliminées car les planètes en question ne pouvaient convenir à des êtres respirant de l'oxygène. Sur « Kla-tohaire », il n'y avait pas de vie intelligente et « Latécoaire » avait été un bastion de l'Ennemi: à présent, ce n'était plus qu'un éclatant brasier qui se promenait quelque part du côté du bec du Cygne. Restaient donc trois mondes admissibles: Lacotère, Flacogère et Phagogaire. Miss Cress projeta des vues de ces trois planètes. Chaque fois, les Rhézin dirent catégoriquement non. Nous n'étions pas plus avancés.

—« Je présume que vous ne connaissez pas les coordonnées de Lakohler, Mr. Rhézin ? »

A cette question, l'ébahissement le plus complet se peignit sur la physionomie de Jud et de Sari.

« Dans quel secteur se trouve Lakohler ? A quel système appartient-elle ? Quelles sont les étoiles voisines ? »

Rien... Je me tournai vers Miss Cress: « Peut-être s'agit-il d'un monde non catalogué ? »

Miss Cress se mordilla songeusement les phalanges, puis elle secoua la tête. « C'est peut-être un nom très vieux, Mr. Steuberk. Ou très nouveau. »

—« Oui. Lakohler a-t-elle une autre désignation, Jud ? Est-ce que vous l'appelez autrement ? »

Jud regarda sa femme. « Ma foué, non. Rien qu'Lakohler... Pas plus. »

Entre temps, Miss Cress avait communiqué une téléreproduction des photos de la famille Rhézin à la section anthropologique. Nouveau coup d'épée dans l'eau: ni leur race ni leur planète n'étaient répertoriées. Cela n'avait d'ailleurs rien d'exceptionnel. On avait dressé la carte d'un quart de la galaxie à peu près et la moitié de la région relevée était encore sauvage. Je jetai un coup d'œil à ma montre. Nous piétinions et j'avais encore beaucoup de monde à re-cevoir.

Jud Rhézin continuait d’être une véritable mine d'informations. Son étoile natale était « pas mal grosse et jaune, pour sûr » — je l'aurais deviné ! Quant aux constellations vues de Lakohler, c'était un spectacle « esstra ». Nous étions bien partis !

—« Mr. Steuberk... »

Je me retournai. Miss Cress me désignait ses épaules. Je haussai les sourcils. C'étaient indiscutablement de fort jolies épaules mais je n'avais pas l'impression que c'était cela qui la préoccupait pour l'instant.

« L'étiquette, Mr. Steuberk... Son dossard. »

—« Oh ! » J'avais complètement oublié le dossard d'identification que portaient les réfugiés. J'examinai celui de Jud et regardai Miss Cress en frissonnant d'horreur.

—« Gomal, » murmurai-je, et Miss Cress regarda ailleurs.

« Je ne pensais pas que quelqu'un ait quitté Gomal, » dis-je à Jud Rhézin.

Il secoua la tête. « J'crois ben qu'y en a pas eu des masses. La grosse chance ça été pour nous, pour sûr. »

J'étais bien de son avis: je savais ce qui c'était passé sur Gomal.

—« Que faisiez-vous sur cette planète, Jud ? »

—« On cueillait des fleurs de Skibi, c'est-y pas vrai, Sari ? Ces ch'tites fleurs roses esstra... » Il poussa un soupir nostalgique.

—« Et avant Gomal ? »

Il me répondit aussitôt: « Fredrickson II. Pour ramasser des banapommes. Bon sang, y f'sait sacrément chaud. Sacré boulot, pour sûr. »

Nous commencions quand même à gagner du terrain. Lentement mais nous avancions. Jud Rhézin se rappelait avoir travaillé sur Trev, sur Eynthion, sur Psyché, sur Vix, sur Ornsburg, sur Gryphon et sur encore deux bonnes douzaines d'autres planètes.

Les Rhézin avaient apparemment visité plus de mondes qu'un amiral de la flotte !

Quand il m'eut cité quelque chose comme dix-huit noms, je commençai à m'inquiéter. Tous ces voyages représentaient pas mal de temps et je savais que les transports au long cours ne se hâtaient pas quand ils convoyaient un chargement humain en animation suspendue. Même si Jud n'avait passé qu'un jour ou deux sur chacune de ces planètes, il...

Je l'interrompis pour lui demander à brûle-pourpoint: « Mr. Rhézin, quelle est exactement vo-tre longévité ? »

Il me regarda d'un air abasourdi.

« Bon... Formulons la question autrement : combien de temps l'individu moyen... euh... combien de temps vit la majorité des gens sur Lakohler ? »

Il s'épanouit : cette fois, il avait compris.

—« Oh... Neuf cents ans, mille ans, pour sûr. »

Je sursautai. « Quoi ? »

Miss Cress se grignota à nouveau les phalanges tandis que ses sourcils s'arquaient.

—« En années standard, Mr. Rhézin ? Vous savez ce qu'est l'année standard, n'est-ce pas ? »

—« Dame oui. Dans les quatre cents ans, c'est-y pas vrai ? »

—« Oui, » fis-je d'une voix lente. « C'est bien cela. »

—« Alors, quel âge avez-vous, Mr Rhéxin ? » s'enquit Leeta Cress.

—« Ma foué, à peu près cinq cents ans, » lâcha-t-il en se tournant vers sa femme. Il sourit et ajouta: « J'suis ben plus vieux qu'Sari. C'est pas qu'ca lui fasse plaisir qu'on dise son âge... V'savez comment qu'elles sont les bonnes femmes, hein, m'dame. »

J'inspirai une bonne bouffée d'air. Somme toute, ce n'était pas impossible. Il existait à travers l'Union un certain nombre de races douées d'une remarquable longévité, quoique je n'eusse jamais entendu parler d'humanoïdes ayant dépassé deux cents ou deux cent cinquante ans. Néanmoins, ce n'était pas totalement absurde

—« Vous êtes sûr qu'il s'agit de cinq cents ans calculés en années standard, Mr Rhézin ? Vous n'employez pas un autre calendrier ? »

—« Sûr et certain. Cinq cents, pas moins. »

Je l'examinai à nouveau. Non... Ce n'était pas impossible.

Je griffonnai quelques mots sur un bout de papier que je tendis à Miss Cress puis rédigeai une seconde note à l'intention des Rhézin. L'adorable petit nez de ma secrétaire se plissa mais je feignis de ne pas remarquer sa moue.

—« Mr Rhézin, » dis-je en tendant la note à Jud, « vous allez passer dans ce bureau avec votre famille. Là, on vous dira œ que vous devez faire. Mais je vais vous demander encore autre chose. Je veux que vous retourniez au Camp avec Mrs. Rhézin et que vous me dressiez la liste de toutes les planètes sur lesquelles vous avez travaillé en commençant par... oui... par Korby, la dernière que vous m'avez citée. Croyez-vous que vous y arriverez ? »

Il se gratta le crâne et passa une longue main palmée sur sa figure. « Ma foué, j'vais faire mon possible. C'est qu'j'ai été dans un tas d'endroits, pour sûr. »

— « Vous nous rendriez un grand service, Mr Rhézin, si vous pouviez nous dire le nom de la première planète sur laquelle vous vous êtes rendu après avoir quitté Lakohler. Vous ne vous en souvenez pas, n'est-ce pas ? »

—« Ben non. Ça va pas être facile. »

—« Faites de votre mieux et revenez demain matin à la même heure. »

Il acquiesça et disparut, sa progéniture velue sur les talons. Je jetai un coup d'œil en direction de Leeta Cress. Elle secouait lentement la tête comme si c'était moi le petit garçon qui avait écrit les choses sales sur le tableau noir.

—« Cela ne se fait pas, Mr. Steuberk, » dit-elle sur un ton cassant.

—« Vraiment ? Vous avez envoyé mon message par le tube pneumatique, n'est-ce pas ? »

—« Oui. Mais cela ne me plaît pas. On ne peut pas faire tout un remue-ménage pour un seul cas. D'ailleurs, vous savez qu'ils subiront un examen médical. »

—« Bien sûr... Dans huit mois ! Je tiens à ce que l'examen ait lieu tout de suite. »

Elle soupira. « Parfaitement, Mr Steuberk, mais Mr Harris ne s'y serait pas pris de cette manière.»

Je la regardai de travers. « Mr Harris a la Carie Galopante, Miss Cress. »

—« La danse kripstienne, Mr Steuberk, » répliqua-t-elle avec hauteur.

Je réglai une douzaine d'autres cas sans histoire, puis ce fut l'heure de fermer la boutique et je demandai à Leeta Cress si elle ne voyait pas d'inconvénient à dîner avec moi. Du coup, bang ! Elle m'envoya sur les roses. Je dînai donc seul et bus quelques verres. Les Rhézin ne me sor-taient pas de l'esprit. Je songeai qu'il faudrait suggérer le lendemain à la Recherche de vérifier ses archives au cas où, on ne sait jamais, les coordonnées de Lakohler se trouveraient quelque part. Moi aussi, j'avais travaillé à la Recherche: une fois, nous avions égaré un système tout entier. Il avait glissé derrière une armoire de classement.

En attendant, j'avais quelque chose d'autre en tête — ce n'est pas à Miss Cress que je fais allu-sion. Je hélai un taxi et me fis conduire en ville, au Stellarium. Il était tard et je pensais qu'il y avait bien peu de chances pour qu'un des gros cerveaux l'utilisât à une heure pareille. Je m'installai devant le grand panneau et enclenchai la touche vue générale. La lumière s'atténua et le panorama de la galaxie se dessina sur le plafond sphérique. Avant de quitter le bureau, j'avais noté les planètes que Rhézin nous avait déjà indiquées. Je pris mon carnet et appuyai sur les boutons correspondants. J'actionnai la commande plan rapproché et la galaxie parut se précipiter sur moi.

J'avais maintenant sous les yeux approximativement le quart de l’immense lentille centrée sur l'Union. Tout était brillant et bien défini jusqu'au bord où les constellations s'estompaient aux endroits où nous n'avions pas été mais dont nous pouvions quand même dresser le relevé. Au-delà s'étalait une plage vaguement lumineuse correspondant à l'idée que je ne sais qui se faisait du centre galactique.

Les planètes qui m'intéressaient étaient représentées par de gros points rouges. Je les reliai par une mince ligne blanche correspondant à la chronologie des migrations des Rhézin, plaçai un écran tri-dimensionnel devant mes yeux et poussai le grossissement au maximum.

J'avais maintenant un aperçu en relief des pérégrinations de la famille Rhézin — et je n'étais pas plus ayancé pour cela. Si ces voyages avaient une logique, leur élément directeur était en rapport avec la saison de la cueillette des noix de zidze ou de je ne sais quelle autre saleté et cela n'apparaissait pas sur la coupole du Stellarium.

Avant de me coucher, j'appelai un type que je connaissais à la section médicale pour lui demander quels étaient les symptômes de la danse kripstienne. Il dormait et je fus bien accueilli ! Mais j'eus quand même ma réponse.

Cette fois, je n'avais pas oublié mes filtres olfactifs. Deux choses m'attendaient au bureau: Miss Cress et un message téléphonique. Elle me tendit le numéro avec un sourire tout miel — on aurait dit Lucrèce Borgia présentant une coupe à quelqu'un.

C'était Zack Miles, de la section médicale, qui voulait que je le rappelle. Sur l'écran se dessina une sorte de visage de basset fatigué au sourire sardonique.

—« Vous avez été rétrogradé, Steuberk ? » fit-il joyeusement. « Je n'en suis pas surpris. »

—« Non, » lui répondis-je. « Je fais un remplacement. Toute la section est atteinte de... » Je captai le regard de Leeta Cress. « ...enfin, elle est victime de la nouvelle épidémie. »

—« Ouais, » fit-il avec un sourire graveleux, « je sois au courant. J'ai passé toute la matinée à la Biologie pour essayer de l'attraper. »

Miss Cress ouvrit la bouche et s'enfuit en courant.

—« Dites donc, » reprit Zack, vos bonshommes... »

—« Oui, alors ? »

Il haussa les épaules. « Il est encore trop tôt pour que je vous donne une réponse précise. Mais il est très possible qu'ils ne vous aient pas raconté de bobards. Je n'ai eu que le temps d'effectuer un contrôle préliminaire. Pouvez vous me les expédier ? »

Je le lui promis.

—« Est-ce que Jud Rhézin est vraiment âgé de cinq cents ans ? »

Zack fit une grimace. « Disons qu'il a le corps d'un homme de cinquante ans pas très en forme. Si son espérance de vie est d'un millénaire comme il le prétend, cela reste dans les normes. »

—« Mais vous n'en êtes pas certain, n'est-ce pas ? »

—« Non, » fit-il patiemment, « parce que je n'ai pas terminé les tests. Mais... mais c'est proba-ble. Et j'imagine que ses « gosses », si je peux me permettre cette expression, ont respectivement quatre-vingts et cent ans. Quant à la femme, elle garde le silence sur son âge mais elle a dans les quatre cent cinquante ans. Dites moi, Steub, cette planète, Lakohler... où se trouve-t-elle ? »

—« C'est un endroit terrible. »

On y vit mille ans et toutes les filles ont la danse kripstienne. »

Il resta encore une seconde à me dévisager d'un œil tout à la fois égrillard et rêveur avant de raccrocher. Quand je me retournai, Miss Cress était debout dans l'encadrement de la porte. Je lui souris gauchement.

—« Il faudra bien vous accommoder de moi, Miss Cress. Harris a toujours... »

Elle se boucha vivement les oreilles. J'eus le sentiment que ce ne serait pas encore ce soir que nous dînerions de compagnie.

Les Rhézin se présentèrent vers quatre heures. Ils n'avaient guère que six heures de retard. Les yeux de Jud étaient encore plus las et plus injectés de sang que d'habitude. Sari n'avait pas l'air en meilleure forme. Ils s'approchèrent dans une envolée de cheveux orange.

— « Eh bien, Jud, comment vous en êtes-vous tiré ? » Il hocha dubitativement la tête et me tendit la liste.

—« Escusez le retard. Mais on a fait de tout not'cœur, Sari et moi, pour tâcher de se rappeler toutes les places où on a été. La nuit entière qu'on y a passé, pour sûr. »

—« Oh ! ce n'était pas nécessaire, Jud. Nous... »

Je m'arrêtai net. J'avais jeté un coup d'œil sur la liste. D'une écriture en pattes d'araignée, Jud avait laborieusement noté en ordre inverse chacune des planètes qu'il avait visitées avec, en regard, la date approximative de son séjour et, dans la plupart des cas, le type de cueillette qu'il avait effectuée.

Mais ce n'était pas cela qui me sidérait. La liste comportait plus de deux cent cinquante noms. Je serrai très fort la feuille entre mes doigts.

—« Etes-vous certain de vous être rendu sur. toutes ces planètes, Jud ? Vous n'en avez pas ra-jouté ? »

Ces paroles semblèrent le vexer. « Bon sang, non. Sûr que j'sais où c'est qu'on a été, des fois ! »

Je levai la main dans un geste d'apaisement.

—« Je vous crois, Jud. »

Derechef, je contemplai la liste. Le dernier nom était Yuvor.

« Voilà enfin quelque chose. Miss Cress, cherchez donc Yuvor dans les archives. Vous êtes sûr que c'est la première planète sur laquelle vous vous êtes rendu en quittant Lakohler, Jud ? »

Les yeux de Rhézin s'élargirent et il hocha énergiquement la tête tandis que des cheveux orange essaimaient aux quatre coins de la pièce.

—« Non, m'sieur. Vous comprenez point ! »

Je me grattai la joue avec lassitude.

—« Qu'est-ce que je ne comprends pas, Mr Rhézin ? »

—« C'est comme je vous l'avons dit. On a fait de not’mieux mais on s'a endormi avant que de finir. »

Je restai muet pendant une bonne minute, considérant tour à tour - Jud et Miss Cress. - Cette dernière avait indéniablement repris du poil de la bête.

—« Très bien, Jud, » dis-je enfin de ma voix la plus calme. « Très bien. Retournez au camp et terminez cette liste. Vous reviendrez ensuite. »

Il m'adressa un large sourire et toute la troupe hirsute s'en fut en traînant les pieds tandis que je me prenais la tête entre les mains.

Je consultai ma montre. Il était cinq heures.

« Miss Cress... ? »

Elle eut, un exquis hochement de tête.

—« Non, Mr. Steuberk. »

Je résistai à la tentation dé me ruer au Stellarium pour étudier les nouvelles planètes. Il fallait que j'attende que Jud ait terminé sa liste. Mais l'achèverait-il ? Au lieu de dîner, j'allai au bar. Je pris deux verres. Trois... Mais n'insistons pas.

Le lendemain matin, quand j'entrai au bureau, Miss Cress me dévisagea tristement. « Vous n'avez pas du tout l'air dans votre assiette, Mr Steuberk.

—« Bouclez-la, Miss Cress. »

Elle fit mine de ne pas avoir entendu. « Ils vous attendent, Mr Steuberk. »

Je levai les yeux. Il y avait quelque chose d'inquiétant dans son ton.

—« Qui ça ? Les petits hommes roses ? »

—« Non, Mr Steuberk. Les Rhézin. Et le Dr. Zack Miles. »

J'allumai une cigarette d'une main tremblante. « O.K. Allons-y et qu'on en finisse. »

La famille Rhézin fit son entrée, suivie de Zack qui étudia Leeta d'un regard lascif et appuyé, puis se pencha sur mon bureau.

—« Vous n'avez pas du tout l'air dans votre assiette, Steub. »

—« Je sais. On m'en a déjà ,informé. »

- Sa physionomie s'épanouit. « Sacré veinard ! Vous n'allez pas me dire que vous avez attrapé la... »

— « C'est une simple gueule de bois. Bon... Qu'avez-vous trouvé ? »

Il haussa les épaules. « Eh bien, c'est vrai. Ce sont effectivement des êtres doués d'une extraordinaire longévité. J'ai emprunté un dateur au carbone à la section physique et j'ai testé un échantillon cellulaire: Leurs tissus se renouvellent à peu près tous les soixante-quinze ans. »

Je tiquai. « Un dateur au carbone ? Je croyais.. »

Il secoua la tête. « Bien entendu, la radioactivité décelable est... »

—« Je vous fais grâce des détails. Je vous crois sur parole. Et en dehors de cela, avez-vous découvert autre chose ? »

Il hésita. « Peut-être. Je ne sais pas trop. L'encéphalogramme des gosses fait apparaître une sorte de drôle de petite ligne qui se tortille. Elle n'existe pas chez les adultes. »

—« Une drôle de petite ligne qui se tortille, » répétai-je d'une voix acerbe. « Etes-vous certain d'être médecin, Zack ? »

Zack n'était pas susceptible. Il enchaîna:

—« J'ignore ce que c'est. Tout ce que je sais, c'est qu'elle se manifeste chez les enfants et pas chez les parents. J'aimerais pouvoir vous dire que vous avez contribué à faire faire des progrès gigantesques à la gérontologie mais je ne le peux malheureusement pas. Nous les avons exa-minés sous toutes les coutures. Ils sont vieux, d'accord. L'ennui, c'est que je ne sais absolument pas pourquoi. »

Je me tournai vers Jud.

—« Alors, Mr Rhézin, est-ce que vous avez complété cette liste ? »

Il s'avança en traînant les pieds et me la tendit. « Ma foué oui, m'sieur. J'avions quasiment fait éclater ma tête tellement j'avions réfléchi. »

Il ricana et lança un coup de coude à sa femme. Il n'y avait guère qu'une vingtaine de planètes de plus. Je m'arrêtai sur le nom de la dernière.

—« Crohznar. C'est bien cela, Jud ? Le premier monde sur lequel vous avez travaillé après avoir quitté Lakohler ? »

Il eut un geste d'acquiescement.

« Dame oui, ma foué. C’était esstra. J'y avions cueilli des boutons de gushi, des gros, et... »

Je me levai. « Parfait. Miss Cress ? »

—« Vous voulez que je cherche Crohznar dans les archives, Mr Steuberk ? »

—« Non, je veux que vous commandiez un taxi qui nous conduira au Stellarium. Un taxi très spacieux ! »

Elle se rembrunit. « Oh, nous ne pouvons pas quitter le bureau comme ça, Mr Steuberk. Nous... »

Je l'interrompis brutalement: « Venez-vous ou ne venez-vous pas, Miss Cress ? Le Dr. Miles pense que je peux m'effondrer d'une minute à l'autre. Savez-vous ce qu'il croit que j'ai, Miss Cress ? »

Elle pâlit et se cacha le visage dans les mains.

—« Bien. Allons-y. »

Nous voir grimper à la queue leu leu les marches du Stellarium, Zack, Leeta Cress, moi et les Rhézin en cours de mue devait être, quelque chose d'assez extraordinaire. J'installai tout mon monde et demandai à Zack de me dicter les noms des planètes inscrites sur la liste. Certes, j'aurais pu me borner à Crohznar mais je voulais obtenir, si la chose était possible, l'itinéraire complet qui avait conduit les Rhézin de ce monde à Gomal où ils avaient été récupérés. J'appuyai à nouveau sur la touche plan rapproché et un concert de oh ! et de ah ! s'échappa de la bouche de la famille Rhézin.

Je pris l'écran tridimensionnel et accentuai le grossissement. Toutes les planètes étaient là, de Gomal à Crohznar. L'image était un peu plus claire à présent mais pas beaucoup. La migration des Rhézin ne présentait aucune logique. Ils étaient allés là où il y avait du travail et les lignes blanches formaient un lacis embrouillé couvrant la moitié de l'Union. Néanmoins, on pouvait discerner une dérive générale, encore que bien imprécise, allant du secteur II, où était située Crohznar, vers Gomal.

Je fis venir Jud au tableau de commande, lui expliquai de mon mieux la situation et lui collai un tridi devant les yeux:

—« Oh ! Esstra ! » s’écria-t-il.

—« Oui, c'est formidable. Maintenant, faites bien attention, Jud. Je vous ai montré Crohznar et vous pouvez voir la route que vous avez suivie jusqu'à Gomal. Vous avez effectué des étapes moyennes tout au long du chemin. Il est donc raisonnable de penser que la distance séparant Lakohler de Crohznar est probablement égale à celle d'une quelconque de ces étapes. Est-ce que vous reconnaissez quelque chose ?

—« Non, m'sieur, » fit-il tristement.

—« Rien du tout ? »

—« Non, m'sieur, » répéta-t-il. . Sauf que c'est tout plein de lumières esstra. »

Je me frappai le front. « Attendez, Jud. » Je manœuvrai les commandes. Les constellations telles qu'on les voyait depuis Crohznar apparurent sur la coupole.

—« Et maintenant, Jud ? Voi1à l'aspect qu'avaient les étoiles sur la première planète où vous avez travaillé après avoir quitté Lakohler. Y trouvez-vous quelque chose de familier ? »

Il hocha mélancoliquement la tête. Je le débarrassai de l'écran tridimensionnel et me tournai vers Zack et Leeta Cress qui haussèrent les épaules dans un geste d'impuissance.

J'allumai une cigarette et me penchai vers Jud. « Réflèchissez bien, Mr Rhézin. Vous rappelez-vous combien de temps il vous a fallu pour aller de Lakohler à Grohznar ? Est-ce que quelqu'un parmi les Dormeurs qui se trouvaient avec vous dans le transport a fait allusion à la durée du voyage, en temps standard ou en temps réel ? Je sais que cela ne date pas d'aujourd'hui mais essayez quand même de vous en souvenir. »

« Il se gratta le crâne et me décocha un regard singulier.

« Qu'y a-t-il, Jud ? »

—« Ma foué, m'sieur, c'est que j'pouvions point vous dire le temps qu'y faut. J'savions point comment j'pourrions. »

Je fronçai les sourcils.

—« Pourquoi donc ? »

—« Ben, m'sieur, c'est qu'on n'a pas fait le voyage en Long Sommeil pour aller de Lakohler à c't'endroit. »

Je poussai un long soupir et demandai, sarcastique:

—« Alors, comment vous y êtes-vous pris ? Vous avez utilisé une balançoire ? »

Il se mit à rire avec innocence.

—« Ma foué non, m'sieur. On est allé à c'te place par vite-pensée tous les deux, avec Sari. »

Je sentis mes cheveux se hérisser sur ma nuque.

—« Vite-pensée ? »

—« Ouais, m'sieur. La cueillette, elle marchait pas fort sur Lakohler. On était jeunes à c't'épo-que. Deux cents ans, c'est tout. Alors on a vite-pensé pour trouver une jolie place où qu'c'est qu'y aurait de l'ouvrage. En zig zag, qu'on a été, par-ci, par-là. »

Ce fut Zack qui rompit le silence qui avait suivi la déclaration de Rhézin.

—« Steub... Est-ce qu'il essaye de dire ce que je présume qu'il essaye de dire ? »

Je secouai affirmativement la tête. « Il pense que Sari et lui ont quitté Lakohler en se télé-portant. » Ma voix avait un timbre quelque peu métallique.

—« Ridicule ! » s'exclama Zack. Mais il y avait une ombre d'inquiétude dans son ton railleur. « S'ils avaient des facultés parapsychologiques manifestes ou latentes, les tests l'auraient décelé. Peut-être en ont-ils eu mais je vous flanque mon billet qu'ils n'en ont plus à l'heure qu'il est. »

Jud intervint:

« C'est de la vite-pensée que vous causez, m'sieur ? Ma foué, sûr que vous êtes dans le vrai. On l'a plus. C'est fini parce qu'on est vieux. Mais quand on l'avait, sûr et certain qu'on s'en étions bien servi, » ajouta-t-il en riant.

Lentement, je me tournai vers Zack.

—« Ces... ces petites lignes qui se tortillent ? »

Il avala sa salive avec difficulté et murmura: « Oui... »

—« Jud, pourquoi ne nous en avez-vous pas parlé plus tôt ? »

—« Vous m'avez pas d'mandé, m'sieur. Vous m'avions point causé de vite-pensée. Vous voulions juste savoir où c'est qu'est Lakohler. »

—« S'jl dit vrai, » fis-je, « et j'aimerais pouvoir croire qu'il ne dit pas vrai, autant renoncer tout de suite à trouver Lakohler. Il ne sait pas où elle est. »

—« Que voulez-vous dire ? » demanda Zack.

—« S'il a vite-p... s'il s'est téléporté au hasard, il ne peut savoir à quoi ressemble Lakohler vue d'une certaine distance. Il connaît seulement l'aspect que présente le ciel de ce monde. »

—« Oh ! sûr que je reconnaîtrais not'monde quand je le verrons, M'sieur.

C'en était trop. Je m'exclamai: « Alors, vous avez menti sur toute la ligne ! Vous ne pourriez pas le reconnaître ! »

—« Ma foué, vous nous comprenez pas, m'sieur. On sentirait où est not'monde même en le voyant point. C'est ben forcé pour pouvoir le r'trouver. Mais c'est plus possible. J'ons usé toute notre vite-pensée mais jamais j'oublierons. Ça reste toujours dans vot'tête, même si vous pou-vez rien faire. J'savions point où c'est qu'est Lakohler, pour sûr, mais si j'la r'voyons un jour, j'la r'connaîtrons bien, ma foué. »

Nous nous regardâmes, Zack, Leeta et moi. Personne ne dit mot.

Jud reprit la parole: « Vous pourriez pas, des fois, éclairer davantage cette chose que j'jette un coup d'œil ? Ça m'ferait joliment plaisir d'la r'voir. »

Je me penchai sur les commandes et poussai la magnification.

Pendant deux minutes, Jud promena le viseur de balayage d'un bout à l'autre de la coupole. Enfin, il eut un sourire épanoui.

—« Viens voir, Sari ! La v'la! C'est esstra vu d'ici ! »

Je me redressai. Il me saisit par le bras.

—« Ici, qu'elle est. Juste 1à ! Elle est pas mal changée, comme ça, mais pour sûr que c'est elle. Vous voyez ? C'te sorte de drôle d'étoile toute brouillée sous c’te grande-là... »

Je regardai et un frisson me parcourut de la plante des pieds à la racine des cheveux.

—« C'est... c'est celle-là, Jud ? »

—« Dame oui, pour sûr ! »

Je désignai 1'objet qu'il me montrait à Zack et à Leeta en souriant stupidement .

—« Voilà, » murmurai-je.

—« Mr Steuberk.. »

—« Oui, Miss Cress ? »

—« Maintenant... »

—« Quoi, maintenant ? »

—« Maintenant, » répéta-t-elle. « maintenant, je veux bien que vous me l'offriez, ce verre, Mr Steuberk. »

Je ne sais pas ce que sont devenus les Rhézin de Lakobler. Je ne suis pas censé le savoir. Mais je sais une chose: c'est qu'il n’y a pas de fleurs de gushi à cueillir sur le territoire du quartier général de la Sécurité de l'Union. Je suppose donc qu'ils doivent s'occuper d'autre chose. J'imagine que Jud et Sari ont dû être bombardés de questions. Et je parierais à dix contre un qu'ils ont été bien incapables de répondre à une seule d'entre elles. Peut-être apprendrons-nous quelque chose quand les petits Rhézin auront atteint l'âge adulte d'ici une centaine d'années. Bien sur, pour moi, il sera trop tard mais mes petits enfants, qui seront aussi ceux de Leeta, sauront peut-être quelque chose.

Parfois, quand j'y repense, j'éclate de rire. Songer que ces culs-terreux, ces galeux, ces pauvres minables sont réellement venus en vite-pensant de cette drôle d'étoile toute brouillée... la galaxie d'Andromède !

Vous avez terminé Les Rhezin De Lakohler

jean

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