Opération S.M.P.: Sauver Miss Pète-Burnes (French Edition)
Les références à des lieux réels ne…
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 10 parties.
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Les références à des lieux réels ne sont utilisées que pour servir
l’histoire.
Toute ressemblance avec des évènements ou des personnes serait
totalement fortuite, les protagonistes étant uniquement le produit de mon
imaginaire un peu dingue.
Ce livre comporte des scènes pouvant heurter la sensibilité des jeunes
lecteurs. Il est donc conseillé de ne pas le lire avant 18 ans.
Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article
L. 122-5, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinés à une utilisation collective » et d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source que « les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique, ou d’information », toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L. 122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Crédit Photo : Deposit Photos, Ana P Llorens
Design couverture : Audrey Notte.
© Ana P Llorens – 2022
Dépôt légal BNF : Décembre 2022
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This roman is gonna… Oups! Je m’égare…
Cette histoire va te mettre en immersion chez les esthéticiennes ! À ce titre, je tenais à faire un point sur les différents types d’épilation de maillot que tu peux demander… Ah non, non plus, c’est pas ça…
Tu vas entrer dans le monde un peu particulier des Sapeurs-Pompiers. Plus précisément, les spécialistes du SMP, anciennement appelé GRIMP. Alors, bien que les acronymes utilisés par ces professionnels du secours soient un peu relous, j’ai tenté de te faire un petit lexique… J’espère qu’il te facilitera la compréhension et surtout, que cela ne gênera pas ta lecture.
GRIMP : Groupe d’Intervention en Milieu Périlleux. Ancien nom donné à a spécialité.
SMP : nouveau nom ! Secours en Milieu Périlleux. Ouais, on est d’accord, ils se sont pas foulés…
CTD : Conseiller Technique Départemental : chef d’une spécialité des sapeurs-pompiers.
CAN : spécialité secours en canyon. Dépend de la spécialité SMP.
VSAV : Véhicule de Secours et d’Assistance aux Victimes. Bon, en vrai, c’est une ambulance rouge.
CODIS : Centre Opérationnel Départemental d’Incendie et de Secours. En gros, c’est LE lieu stratégique où sont reçus tous les appels au CTA (centre de traitement de l’alerte, le 18) et surtout où sont traités toutes les interventions de secours d’un département. Service qui centralise les messages et les ordres.
Chef de salle : c’est l’officier référent du CODIS. Il gère l’ensemble des moyens départementaux durant son temps de présence. Il est assisté par un adjoint, sous-officier.
CSP : Centre de Secours Principal. Une des plus grandes casernes du département capable d’assurer plusieurs départs en intervention, simultanés.
FPT : Fourgon Pompe Tonnes. Gros camion qui sert à éteindre les feux urbains.
EPSA : Échelle Pivotante Semi-Automatique. C’est LA grande échelle (celle sur laquelle grimpe LE pompier ultra canon, musclé et le corps luisant pour venir te sauver le derche…).
En transit : permet de dire, à la radio, que les moyens sont en route pour l’intervention. (Rien à voir, donc, avec le transit intestinal…)
SSSM : Service de Santé et de Secours Médical. Service de santé des Sapeurs-Pompiers. Il regroupe des infirmiers, médecins, psychologues… dont les missions sont variées, allant du soutien sanitaire, aux visites médicales, en passant, entre autres, par l’urgence pré hospitalière.
SSO : Soutien Sanitaire Opérationnel. Mission principale des SSSM qui consiste à évaluer les risques liés aux interventions, mettre en place des actions et ainsi éviter que les SP ne se blessent. Le SSO sert également à prendre en charge les SP blessés sur intervention.
ISP : Infirmiers de Sapeur-Pompier. Volontaires ou Professionnels.
MSP : Médecins de Sapeur-Pompier. Eux aussi peuvent être volontaires ou professionnels.
Agrée : Véhicule. Ambulance, camion, fourgon…
CDG : Chef De Groupe. Officier, lieutenant, dont la fonction est de commander 4 agrées.
CDC : Chef De Colonne. Capitaine, dont la fonction est de commander jusqu’à 4 goupes.
ANTARES : Réseau de télécommunication numérique français qui concourt aux missions de sécurité civile. C’est le réseau radio utilisé par les secouristes.
SAMU : Service d’Aide Médicale Urgente. Les gens qui répondent au téléphone quand tu fais le 15.
SMUR : Service Mobile d’Urgence et de Réanimation : c’est la voiture du SAMU qui se déplace sur les lieux d’un accident, d’un malaise… À l’intérieur, un ambulancier, un infirmier et un médecin.
EPI : Équipements de Protection Individuelle : tenue d’intervention, tenue de feu, tenue de grimp, de plongeurs, casques, baudriers, chaussures… Tout ce qui contribue à la sécurité et à la protection des hommes ( et des femmes of course !).
Dragon : Hélicoptère de la Sécurité Civile. Rouge et Jaune, il est armé d’un pilote (oui, c’est normal, j’avoue…) et d’un mécano, chargé de réparer, réviser la bête, mais aussi d’hélitreuiller les secouristes.
VLI : Véhicule Léger Infirmier. Un infirmier et parfois un conducteur. Le véhicule est équipé de matériel de soins d’urgences et de réanimation.
VLM : Véhicule Léger Médicalisé. Pareil que la VLI avec un médecin en plus.
Ouais, c’est pas simple, j’avoue. Je me suis perdue, souvent. Mais ce milieu est tellement passionnant…
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À tous ceux et celles qui, au quotidien, protègent nos vies au péril de la
leur. J’espère rendre hommage à votre bravoure.
Merci à vous de votre accueil et de vos nombreuses explications. Votre
passion est une inspiration.
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1.Kloé
Vous avez cinq minutes pour vous présenter…
Moi ? C’est Kloé. Klo, pour les intimes…
Veuve, divorcée, célibatarde[1] incurable, l’amour me fuit plus vite que je ne lui cours après !
Éternelle romantique, selon ma propre définition, je suis aussi une passionnée, tête en l’air, un tantinet miss cata à ses heures perdues. (Et parfois même, aux heures pas perdues).
J’entretiens une relation sérieuse et de longue durée avec Marco, vibro siliconé italien tellement vieux que je dois le mettre en charge tous les matins. En vérité, j’en ai bien plus, mais il reste mon préféré, ma valeur sûre.
Les coups d’un soir ? Très peu pour moi.
J’ai donné pendant ma jeunesse. À l’époque j’étais « jeune et jolie », ce putain de magazine avait un succès fou et, surtout, je n’avais pas encore ces salopes de vergetures qui me striaient les cuisses et l’arrière-train, façon carte routière des années soixante-dix…
Je ne peux pas faire l’affront à mon égo – et au peu d’amour propre qu’il me reste – de les soumettre aux regards emplis de pitié et de dégoût des mâles bedonnants et pendouillants, à la recherche de l’amour éternel du
meilleur coup d’un soir, aussi bien gaulée que Claudia Chiffon[2] dans les années quatre-vingt-dix (et je parle bien de mille neuf cent quatre-vingt-dix, soit le siècle dernier, que dis-je… le millénaire dernier !). Horreur…
Malheur [3] !
Techniquement, je ne suis pas si dégueulasse que ça. Certes, je ne fais pas le poids face aux armées de pintades photoshopées et ultra filtrées qui s’affichent sur les couvertures de magazines, dans les clips à la télé et sur Insta. Je ne suis pas à gerber, mais ! je ne suis plus une jeune jouvencelle effarouchée depuis des lustres.
Vous voulez une preuve ? Les deux post ados jumeaux de vingt ans qui squattent mon appart quasiment tous les week-ends et ma cadette de dix-huit piges, en garde alternée !
Oui, mes gosses ont la vingtaine, et ?
Quel âge j’ai ? On ne vous a jamais dit qu’on ne demandait pas l’âge d’une femme ? Ça revient à lui demander de combien d’années elle est vieille ! Et je le sais, que je suis vieille, les ridules au coin des yeux et les bajoues sur mon visage ne mentent pas… Bon, OK… J’ai trente-six ans, je les ai eus super jeune. Mais quelle mytho…
En réalité, j’ai arrêté de compter à trente-six, ça me déprimait trop… Depuis, j’ai oublié combien d’autres se sont écoulées. Mais ce qui compte, au final, c’est que la ménopause ne m’a toujours pas rattrapée et que, dans ma tête, j’aurai éternellement dix-huit ans. Au moins, je peux conduire et picoler en toute légalité (pas en même temps, bien sûr !), d’où l’utilité d’avoir des enfants majeurs, et qui ont le permis, pour venir récupérer leur maman un peu trop éméchée dans un bar ou un restau. Après tout, je l’ai bien fait pour eux, les nombreuses fois où ils ont fait la fiesta avec leurs potes. J’étais tellement sollicitée que j’ai même failli ouvrir un compte Uber ! C’est dire.
Je collectionne les moments de honte, les rencards, tellement pourris que je me barre avant de me faire culbuter, et n’ai aucun animal de compagnie : je suis allergique aux poils, d’où mon métier. Je bosse comme esthéticienne, dans une franchise bien connue en France… Je fais figure de dinosaure au milieu de mes collègues blondasses peroxydées aux obus aussi énormes que ceux de la guerre 14 et aux ongles tellement longs (et tellement faux), que chaque fois qu’elles parlent je manque de me faire énucléer. J’ai bien dit énucléer… Pas enculer !
Bref, malgré la différence d’âge, elles sont toutes choupies et ne me font jamais sentir que je suis trop périmée. Sauf quand elles parlent d’influenceuses Insta qui vendent leurs pets de fouffe sous vide et autres serviettes hygiéniques usagées. Là, j’avoue, elles me perdent et je pense parfois à m’enfoncer des stylos dans les tympans pour ne plus jamais entendre des conneries comme celles-ci ! Et je peux vous assurer que les jours qui arrivent vont s’apparenter à une véritable torture…
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2.Kloé
Si seulement mes dents pouvaient être aussi blanches que mes jambes…
À l’occasion du mariage de la plus ancienne dans la boîte, en années d’expérience après moi, je suis conviée à la soirée/week-end d’enterrement de vie de jeune fille. Bon accessoirement, en tant qu’amie, je me suis retrouvée affublée du rôle de témoin. Un bonheur sans fin ! Ironie, quand tu me tiens.
De mon temps, #vieillepeau, on se faisait un restau avec chippendales, suivi d’une virée en boîte, la future mariée déguisée en princesse Pérave, et on rentrait complètement déchirées, à l’aube. De fait, je ne suis pas super motivée pour ce trip épique beuverie et frottage contre des corps ultra musclés mais, n’ayant pas mes morveux, qui sont en plein examens à la fac de Montpellier, et ma pisseuse chez son père, j’abdique et me retrouve embringuée par cette bande de… trop gentilles filles !
Point de méga fiesta en vue… En lieu et place, une randonnée dans le parc naturel régional du Haut-Languedoc, dans un coin paumé dont j’ai totalement oublié le nom, en plein soleil, histoire de bien cramer… Esthéticiennes, ça devrait savoir que, quand tu crapahutes sous cette chaleur et avec tant d’U.V. tu dois te tartiner de crème solaire indice 150, écran total absolu… Que nenni ! Les miss se trimballent en mini short à ras la salle de jeu, et pseudo débardeur s’apparentant davantage à des brassières XXS, le sourire aux lèvres, huilées de graisse à traire pour, je cite, « bronzer plus vite » !
— Les filles, vous devriez éviter, et vous mettre de l’écran total ! Je vous prête le mien si vous voulez, mon tube est neuf.
— Non, mais Klo, t’es trop vieille dans ta tête, des fois ! C’est l’occasion rêvée de prendre LE hâle d’été !
Ces espèces de couillonnes se foutent de ma gueule ouvertement. C’est pas méchant, mais parfois un peu relou. Patience, Klo, ce soir, c’est toi qui va te foutre de leur poire, si on ne finit pas aux urgences pour des brûlures du troisième degré, et ça, c’est moins sûr !
Bon, j’en ai bavé comme rarement. Le sport, chez moi, se limite à monter l’étage qui me sépare de ma chambre dans mon appart en duplex. Alors, mille mètres de dénivelé avec ma capacité pulmonaire s’apparentant à celle d’une limace cataleptique, ça pique sévère… J’ai avalé mes deux litres de flotte pour éviter de les porter en me délestant de deux kilos dans mon sac à dos… pour les caser direct dans ma vessie ! M’arrêter pisser tous les trois mètres, cul en visu directe pour les chasseurs alpins : check ! À cette altitude, point d’arbre pour te planquer tranquillou en train de vidanger… que de la caillase de compèt’ : trente centimètres de hauteur sur trente de large. Même pas de quoi cacher mes fesses flasques, mais de la végétation suffisamment haute pour te flageller les bourrelets et te filer des démangeaisons de folie sur le royal séant !
Bref… Le retour en descente n’a pas non plus été une partie de plaisir, mettant à rude épreuve mes genoux de quadra pré-arthroso-ménopausique. Une petite balade bucolique pleine de bonheur, me rappelant, avec violence, que je suis plus près de la lumière au bout du tunnel, que de mes premières galoches en 6 ème4 au collège de Trufignon-Les-Oies-Sauvages…
Après une bonne douche, confortablement installée – vautrée – dans le canapé ultra cosy de la maison louée pour le week-end, j’envisage, avec grande souffrance, la soirée en boîte de nuit, à me trémousser jusqu’au bout de la nuit. Si déjà je parviens à me déplacer jusqu’à la terrasse extérieure sans me péter un fémur, ce sera une victoire en soi.
— Du coup, les filles, on va où ce soir ?
— On reste ici !
Un peu de répit ! La soirée sera sûrement pour demain. Ça me laisse vingt-quatre heures pour me remettre de ce suicide musculaire.
À la lumière du soleil couchant, enfin arrivée sur le balcon avec vue sur la montagne, mes colocs de fin de semaine semblent scintiller comme des pommes d’amour et se tartinent de Biafine, chouinant de douleur au seul passage de la crème magique. Et je ne peux même pas me foutre d’elles ! Tout d’abord parce que je souffre le martyre à cause de cette rando à la con, mais surtout parce qu’elles me font de la peine. J’ai un cœur, tout de même !
L’apéro servi, j’hésite entre continuer à noyer mes douleurs dans l’eau minérale et m’achever avec un verre de vin qui m’enverra, direct, dans les bras de Morphée. Mes neurones sont en pleine étude physiologique et philosophique lorsque quelqu’un sonne au portail de la propriété, créant une véritable émulation parmi la basse-cour qui m’entoure : une vraie bande de pintades en rut… Sans doute le gars qui vient se désaper, je ne vois pas d’autre explication.
Ah non, une nénette habillée comme une travailleuse sociale du trottoir, traînant derrière elle des valises de VRP.
— Bonsoir, mesdemoiselles ! Ah ! et madame.
Non, mais elle se fout de moi, miss balluchon 2022 ? Je vais l’emplafonner, elle va voir si la vieille a perdu de sa jeunesse et de son allant. Merde, en fait, elle a raison, un verre de rouge et je n’ai même pas la force de l’envoyer chier. Tout fout l’camp, ma pauv’ Lucette !
— À l’intérieur, les filles !
Noélie, l’autre témoin de Julie, nous ordonne de rentrer… alors qu’il m’a fallu dix minutes pour trimballer ma carcasse jusqu’ici ! Mais quelle idée à la con de venir à cet enterrement de vie de jeune fille… C’est plus de mon âge, ces conneries ! Et je crains le pire pour demain !
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3.Kloé
J’essaye vraiment de voir le meilleur chez les gens. Mais bordel, certaines ne me facilitent vraiment pas la tâche !
— Mesdemoiselles, et madame, bien sûr, installez-vous autour de la table basse !
Non mais, qu’est-ce-que… Bordel de mon utérus ! C’est quoi ce délire ? Putain, une réunion Tuppergode !
T’en veux des dildo, vibros, anneaux péniens, stimulateurs clitoridiens, lubrifiants et menottes ? La parfaite panoplie de la meuf célibataire et désespérée ! On dirait les trois tiroirs de mon dressing, dédiés à ma collec’ privée !
Oui, je suis une célibatarde désespérée qui s’assume, et qui garantit même, son plaisir perso ! Je fais partie des gens qui prônent, comme un mantra, que je ne suis jamais mieux servi que par moi-même ! Surtout à mon âge, et avec mon corps qui a subi trois grossesses dont une avec des jumeaux… Bref !
— Qui connaît déjà ces produits ?
Ah, cool, je ne suis pas la seule ! On est… deux, à lever la main !
Seulement deux ? Ma collègue de solitude déballe tout son sachoir [4] telle une vendeuse de sexshop, pendant que les autres, qui nous entourent, ont les yeux tellement écarquillés qu’elles vont se retrouver avec des trous à la place des orbites.
— Et vous, madame, vous connaissez quoi ?
Merde, ma main est toujours en l’air. Je suis piégée. Réfléchie, Klo ! Face à leurs mines effarées, je me débine…
— Je peux aller faire pipi ?
— Euh, oui, bien sûr. Vous ne connaissez donc pas ces produits ?
Mentir c’est mal, mais je préfère aller griller en enfer plutôt que d’affronter les regards désapprobateurs de mes collègues de boulot. Hors de question que je passe pour une espèce de nympho de la bite en plastique. NO WAY !!! Je veux bien assumer mon célibat, mais certainement pas afficher mon absence de sexualité.
Après m’être désincarcérée du sofa, finalement trop mou, non sans souffrir comme une tarée, je me dirige vers les chiottes, faire semblant d’uriner… J’en profite pour envoyer un message à mes ados, en pleines révisions, et prendre de leurs nouvelles.
Lorsque je reviens au salon, Miss Tuppergode s’impatiente.
— On vous attendait, Mad…
— Bon, si tu dis encore une fois « madame » je te dézingue, c’est clair ? Oui, je suis la plus vieille, c’est pas une raison pour me le balancer toutes les trente secondes, je le sais déjà. Et non, je ne suis pas la mère de la future
mariée [5].
Sans rien ajouter, elle saisit le premier gode, modèle en silicone vert fluo à dix vitesses de vibration et à sens de rotation modifiable, un petit bijou d’efficacité, paraît-il. Elle fait sa présentation, pro, face à mes collègues que je découvre, coincées de la raie ! C’est tout de même étonnant, elles sont toutes jeunes, branchées, curieuses et plutôt du genre à s’habiller ultra léger et surtout, ultra court… Je les imaginais plutôt désinhibées et à l’aise avec ça. À moins, qu’elles aussi, jouent le jeu de la pucelle effarouchée… Mais je n’y crois pas une seule seconde. Je pense qu’en fait, elles ont toutes des plans culs à se mettre sous la couenne et ne sont donc, pas encore, à l’étape du « si personne ne le fait pour toi, fais le toi-même ». Autrement dit, le moment où tu réalises que, veuve ou divorcée, tu es trop vieille pour attirer un truc masculin baisable voire, tout juste potable, mais pas assez pour ne plus avoir la grotte qui te démange. Je suis un dinosaure…
Miss Masturbator 2022 poursuit son apologie du silicone parkinsonien et je flippe un peu, soudain, en réalisant que je les reconnais presque tous ! Je suis probablement aussi cramoisie qu’un poivron prêt à pourrir mais ne lâche rien, quasi imperturbable. De toute façon, vu le teint rougeâtre qu’elles arborent toutes, je peux aussi jouer la carte de la brûlure de la peau, suite à notre escapade de la journée.
Nadège, la présentatrice des godes façon Valérie de Télé-boutique-
achat[6], se montre hyper pro, vantant les mérites de toutes ces teubs en plastique et de leurs options incalculables. Les filles se les passent de main en main, commentant sur la douceur de la chose ou les vibrations ultra puissantes des bestioles. On se croirait dans une partouze géante d’amputations de Barbie et Ken… C’est presque flippant.
Souhaitant me fondre dans le moule (et non pas LA moule), je feins de m’extasier face à ces pures beautés de technologie dédiées au plaisir féminin. Mais là où je manque mourir de rire, c’est face à la mine déconfite et quasi horrifiée de Sophie, la sœur de la future mariée, poufiasse ultra friquée mariée à un certain « De-quelque-chose », tellement coincée que je devine le manche à balai qui dépasse de son cul.
Toucher le Black Mamba de presque cinquante centimètres au garrot pour huit de diamètre, la plonge dans une sorte de crise d’hystérie effrayante, ce qui oblige Julie, la promise, à la sortir manu militari sur la terrasse avec, à la clé, une bonne gifle dans sa tronche, histoire de la calmer un peu. De toute façon, si elle avait continué à hurler façon poule qui pond, c’est moi qui lui aurais décroché une droite : quand la meuf a déjà quatre gosses à vingt-six ans, qu’elle ne me dise pas qu’elle ne s’est pas fait ramoner la tuyauterie dans tous les sens ! Faut pas non plus nous prendre
pour des pigeons de trois jours[7]. Surtout que je sais, de source sûre, qu’elle se donne cet air de vierge effarouchée depuis son union avec le bobo qui la tringle en chaussettes. Auparavant, la blondasse avait le feu au cul, se faisait culbuter par tout ce qui avait une paire de testicules et faisait même des plans à plusieurs…
Bref, troisième, je crois, verre de vin – j’ai une fâcheuse tendance à arrêter de compter dès que ça m’arrange – je me sens à l’aise. Trop, sans
doute… Parce que quand la Valoch [8] nous sort LE Satisfyer, mes yeux s’illuminent !
J’en ai lu, des trucs, sur ce joujou magique censé t’envoyer au huitième ciel en moins de trente secondes et j’avoue, je ne sais pas pourquoi, je n’ai jamais sauté le pas. Ce n’est pas la honte – je n’en ai pas – qui m’a empêchée de l’acheter ! Juste le prix et me dire que, si la chose ne tient pas ses engagements, j’aurais quand même sacrément les boules… que lui n’a pas !
Comme une camée en manque, je me jette sur l’engin, classe, doux, beau… En lieu et place des oreilles de lapin habituelles que l’on retrouve chez le Rabbit classique (bien que, parfois, ils y foutent un bec de dauphin), un trou assez large pour entourer tout clito qui se respecte (sauf, peut-être, celui de notre patronne dont nous savons qu’il mesure trente-quatre millimètres. C’est plutôt un petit cornichon à ce stade là… j’espère pour elle qu’il n’en a pas aussi le goût. Comment on sait un truc pareil ? Elle se l’ai fait mesurer et nous sommes tombés sur les papiers de son examen médical qui étaient « rangés » parmi une énorme liasse de documents nécessaires à la gestion de la boutique… Limite exhib’ la meuf, quand même, non ?)
Bref, je réalise que mon comportement n’est peut-être pas tout à fait adapté lorsque je capte le silence qui m’entoure : même la musique s’est arrêtée ! Et me voilà, prise en flag’ de reluquage du missile, les yeux pleins d’étoiles, telle une gamine devant les cadeaux au pied du sapin à Noël, avec, enfin, LA licorne qu’elle a attendue toute sa vie.
— Klo, tu vas bien ?
— Oui, c’est juste que c’est… surprenant !
Mytho, que je suis…
Après un sourire contrit, je repose la chose sur la table, déjà bien décidée à me l’offrir, ce soir, et à le tester discrétos sous la douche, dès la fin de la sauterie. Je plane déjà à cette idée. Oui, mon nouveau futur pote est Waterproof, et, s’il est à la hauteur de ce que l’on dit, Marco va probablement, enfin, se faire détrôner et passer les prochaines années dans le tiroir du bas. Il a tellement donné de son caoutchouc que, s’il existait un EHPAD pour sextoys, je l’y enverrais en reconnaissance de ses longues nuits de bons et loyaux services.
Le moment, tant attendu, par moi en tout cas, des commandes de fin de démonstration, arrive et je saute sur l’occase pour m’offrir le vibro magique
qui va m’emmener sur Neptune incessamment [9] sous peu, excitée comme une nympho.
Lorsque je tends mon bon de commande à la Valoch, elle me regarde, interloquée et ose même me balancer :
— Pour un premier achat, il serait peut-être plus judicieux de commencer par un modèle plus… conventionnel, enfin, je dis ça pour vous !
Après avoir regardé que personne ne pouvait nous entendre, protégée par la cohue et l’émulation générale, je me lâche, peut-être un peu trop.
— Écoute moi bien, grosse, si tu fais encore une allusion à mon côté dinosaure, je te déboîte la mâchoire. J’ai trois tiroirs complets de ces merveilles chez moi, j’aurais même pu faire la présentation à ta place. Et je pense même que je pourrais t’en apprendre, alors sois mignonne, tu prends ma commande, tu me files mon nouveau pote et tu passes ma carte bleue sans autre commentaire ! Clur ?
J’y suis, sans doute, allée un peu fort. Mais ras le boule qu’on me recrache à la tronche, une fois de plus, que je suis trop vieille. Je le sais déjà, alors faites-moi pas chier. Fuck les conasses. Et sans le K !
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4.Kloé
Il y a des regards qui te font perdre le fil… l’aiguille, le bouton et la robe.
Le lendemain, une barre en travers de la tête, je suis en mode enfant sauvage, cheveux hirsutes et haleine de poney à décoller la moquette. Il n’est que… ah merde, il est déjà onze heures et on est censés partir dans quinze minutes…
Rapide escapade sous la douche, toujours sans mon nouveau pote, qui était en rade de batterie hier soir, histoire d’enlever l’odeur persistante de sueur, mêlée à des relents de cuisine mexicaine, et de vomi.
J’ai à peine le temps de poser un pied dans le salon que je suis embarquée par la joyeuse bande de coincées de l’arrière-train pour une nouvelle activité de ce trip EVJF à la con. Il n’y a qu’une seule personne qui sache où l’on va et la totalité de l’emploi du temps du week-end, j’ai nommé Sophie, la sœur hyper relou de la future mariée. Vu la journée d’hier, je me demande ce qu’elle nous a encore concocté. Je crains le pire.
Assise sur la banquette arrière, paraît qu’à mon âge la conduite c’est dangereux – bande de pétasses – je m’endors sur l’épaule d’une de mes collègues, elle-même déversant sa bave sur ma tête. Glamour, quand tu nous tiens ! Bercée par les nombreux virages, je sombre comme une merde. Mais le réveil est plutôt brutal : au pied d’une falaise d’au moins trois cents mètres de haut – je suis marseillaise, pardonnez ma légère tendance à l’exagération – je manque m’étouffer, voire convulser, en comprenant qu’ici, c’est escalade et compagnie ! Encore un truc pour sportifs invétérés, soit, un truc pas pour moi. Je vais la dégommer, miss « je baise pas », avec son stock d’activités merdiques.
— Tadam !
Ça, c’est le seul mot qu’elle a le temps de sortir avant que je ne me mette à angoisser à mort. D’abord, je suis aussi sportive qu’un cachalot échoué
sur une plage de Catalonie occidentale[10], ensuite, je n’aime pas grimper et, pour finir, j’ai le vertige ! La totale.
— Je vous attends ici ! Je vais me mettre à l’ombre de ce joli arbre avec une serviette et un peu de crème ! Vous en avez pour combien de temps ?
— Non ! S’il te plaît Klo, tu viens ! Me laisse pas toute seule, j’ai le vertige.
Moi aussi, putain ! Et je déteste me ridiculiser ! Mais les yeux de cocker de Josie, ma collègue la plus déjantée, me collent un méga sentiment de culpabilité. Si ce bout de femme d’un mètre cinquante les bras levés sur un tabouret peut le faire, alors… moi aussi, sans doute, non ?
— T’es relou, Josie !
— Tu sais qu’à ton âge, on parle pas comme ça !
— Arrêtez de me gonfler avec mon âge ! Je m’en balezo de la bienséance et des conventions. Mais ça me soûle un peu que vous me rappeliez constamment que je suis la plus vieille !
— Zen ma poule ! Si on te charrie avec ça, c’est parce que c’est toi, qui passes ton temps à en parler ! Si on te trouvait vieille, tu ne serais pas là ! Et tu le sais. Surtout que, concrètement, tu ne les fais pas tes cinquante balais !
— Josie, je vais couper ta corde, quand tu seras suspendue dans le vide !
— Détends-toi du string, ma poule !
Non, je n’ai pas cinquante ans. Et c’est peut-être un fait avéré, que je les gave avec notre différence d’âge. Si j’assume ma connerie et mon côté spontané, j’éprouve quelques difficultés avec ma transformation physique quadra. Et surtout physique au sens littéral du terme à savoir : douleurs des articulations, augmentation du temps de récupération post-fiesta et étirement des bras à l’infini pour lire mes textos… Je pense même, très sérieusement, à augmenter la taille des lettres sur ce putain d’écran de téléphone, c’est dire à quel point je suis désespérée.
Bras dessus-dessous, nous avançons en suivant le reste de la basse-cour. Trente-deux degrés, ça commence déjà à bien cartonner, et je ne suis pas persuadée que l’heure soit la mieux choisie pour pratiquer quelque activité sportive que ce soit.
Point positif de notre balade de la veille ? Elles se jettent toutes sur ma crème solaire, par peur de finir transformées en écrevisses géantes. Point négatif ? Il n’y en a presque plus assez pour moi.
Après dix minutes interminables de marche avec réverbération du macadam (tu ajoutes une bonne dizaine de degrés qui remontent du goudron), nous parvenons, enfin, à un parking bondé sur lequel sont
stationnés plusieurs vans de baroudeurs un peu babs [11].
Sophie se poste à proximité de l’un d’eux et s’écrie, joyeuse, en mode princesse Disney sous amphétamines :
— Je vous présente Lolo, notre guide de la journée.
Mon regard est attiré par une paire de fesses de l’espace qui s’active dans le coffre du camping-car avant que le gars ne se tourne pour nous faire face.
Sans déc’, ça existe des avions de chasse pareils, dans la réalité ? Sérieusement, j’ai un gars comme ça dans ma vie, je lui colle des autocollants partout : « chasse gardée, si tu fous tes pattes dessus, meuf, t’es morte » ! Ou alors, je le séquestre dans ma cave ! Il doit se faire draguer H24 par tout ce qui a une paire de nibards ! Et sans doute, aussi, par ce qui a une paire de cojones… Ça ne fait aucun doute.
Alors que le fameux Lolo nous explique les consignes de sécurité, il me semble, mes pupilles sont happées par la beauté sauvage du mâle se tenant face à nous.
Brun, ses cheveux ondulés sont en bordel sans nom, quelques mèches sauvages retombant sur ses yeux noirs en amande, surmontés de longs cils donnant une intensité sans pareille à son regard. Sa bouche épaisse offre un sourire ravageur sur des dents blanches dont il doit, sans aucun doute, prendre grand soin. Son visage offre des traits virils et une mâchoire carrée anguleuse, recouverte d’une barbe de quelques jours.
Le débardeur qu’il a revêtu laisse apparaître une musculature très sympa : bien présente sans être imposante mais magnifiquement dessinée. Ses mains… C’est franchement très con, mais je peux flasher sur les mains d’un gars ! Et, dans le cas présent, le bipède de sexe masculin présente des mains ultra sexy : viriles, elles sont grandes et abîmées. Pas des mains de pianiste aux doigts longilignes, non ! Des mains de travailleur, de gars qui fouille dans le cambouis, monte des murs, fait du ciment et creuse des tranchées.
J’aurais pu tomber amoureuse de ce mec dans la seconde s’il n’avait pas… trente piges à tout péter ! Et vu la parade nuptiale entamée par les dindasses m’entourant, je doute qu’il m’aurait remarquée, de toute façon.
Et, en plus, jamais je ne me permettrais de me mettre à poil devant la Rolls Royce des mecs ! Ce serait un outrage à ma considération personnelle. Je n’ai rien contre les cougars, je ne juge jamais (sauf exception), mais je n’ai aucun attribut de cet animal.
En attendant, j’ai trouvé une occupation pour ma journée : mater du petit jeune et admirer le cirque des filles qui m’accompagnent ! Je sens que je vais me fendre la gueule ; seulement au figuré, enfin, j’espère.
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5.Kloé
Sea, sex and sun : la plage est trop loin, on se contentera du soleil.
Donc, n’ayant rien écouté au speech du moniteur, je marche derrière la
cohue comme un agneau [12] de Panurge, me contentant de mimer tout ce qu’elles font. J’enfile un baudrier, un casque et récupère mes lunettes de soleil dans mon sac. Une fois en place, je peux laisser libre cours à mon
reluquage en bonnet difforme [13], planquée derrière les verres polarisés.
C’est reparti pour de la rando… Mais on a changé de guide, celui-ci
ayant pris la relève de BG number one[14] au pied du van. Je vais finir par les maudire sur les dix prochaines générations. Je crois que je n’aurais jamais fait autant de sport de toute ma vie.
Au pied d’une falaise, j’avise les trucs en ferraille plantés dans la roche et qui servent de marches. Le long des poignées et de ces escaliers improvisés, court un filin d’acier, attaché à des crochets plantés, eux aussi, à même la roche. Discrètement, je me penche vers Josie, que je chope en plein flag’ de matage pas vraiment modéré, afin de lui poser une question.
— On devait pas faire de l’escalade ?
— Non, c’est une via ferrata, il l’a expliqué, mais tu devais encore être perdue dans tes pensées, coquine !
— Oui, mes enfants me manquent…
Mon dieu que je n’ai jamais eu aussi honte de mentir. J’avoue, utiliser mes gosses, c’est moche. Ultra moche. Mais ma cops’ est tout sauf discrète. Si j’avais avoué avoir bavé intérieurement sur l’étalon juvénile, toute l’assemblée en aurait immédiatement été informée. Et ça, c’est hors de question. J’aime vraiment beaucoup Josie. Mais son manque de réserve, pour ne pas dire son absence totale de discrétion, est une plaie.
Non, je ne suis pas du genre mesurée non plus. Mais elle, elle bat des records et se surpasse chaque jour. C’est ahurissant.
— Passe derrière moi et fais pareil !
La garce s’engage sur cette saloperie à la suite des autres, me laissant en plan, toute seule… Bon, ben, feu !
La seule chose qu’elle m’a lâchée, c’est qu’une fois sur le merdier, les deux mousquetons ne doivent pas être défaits simultanément. Voilà ! Démerde-toi avec ça. Notre guide étant parti et se trouvant à la tête du cheptel, j’hésite à me foutre dans ce bourbier. Ça pue clairement, ce truc, et je commence vraiment à me maudire de n’avoir rien écouté. Couillonne !
Fébrile, je prends le premier mousqueton et l’accroche sur le filin avant de faire pareil avec le deuxième. Un pied sur la première marche, une main me stoppe net.
— Attends ! Je vais te réexpliquer.
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6.Kloé
Bonjour, en chantier, je m’appelle Teuse[15]…
BG number one[16] is back !
— Tu avais l’air un peu à l’ouest, quand j’ai expliqué.
— Désolée, je pensais à mes gosses et je n’ai pas été attentive.
Même mensonge joue encore[17]…
— Pas de souci, moi c’est Lolo, et toi ?
— Kloé.
— Très bien. Kloé, le principe de la via ferrata, c’est de progresser sur la roche en sécurité, en restant, en permanence, longé sur le filin en acier. Au bout de tes deux longes, tu as deux mousquetons qui ne doivent pas être ouverts en même temps. Au fur et à mesure que tu progresses, tu dois détacher un des mousquetons pour le rattacher après l’obstacle et faire la même chose avec le deuxième. Il faut que tu comprennes que c’est ce qui te permet d’avancer en étant sécure. OK ?
— OK. Merci.
— Vas-y, je reste derrière toi.
— N’en profite pas pour reluquer mon cul !
— Pourquoi je ne le ferais pas ? De toute façon, je ne risque rien, tu ne peux pas me tuer avant que nous ayons touché la terre ferme, c’est moi qui assure ta quiétude !
— Non, ce sont les deux bouts de corde avec lesquels je pourrais, aussi, t’étrangler.
Alors qu’en ce qui me concerne, je suis sérieuse, lui, il se marre ! C’est une étrange sensation que de parvenir à faire rire un homme. Ça fait des années que ça n’a pas été le cas. Habituellement, ils se cassent en courant dès que j’ouvre la bouche. La faute à mon franc-parler et à mon langage un poil trop fleuri et poétique pour le commun des mortels. C’est, à mon sens, le gros souci des hommes : ils veulent une chaudière à gaz dans leur plumard, ultra bonnasse et sexy à souhait, genre une coquine cochonne, mais qui, limite, devrait être vierge quand ils la rencontrent et, surtout, qu’elle chasse le naturel en société ! Une parfaite petite femme de maison, belle et bien sous tous rapports, pour faire bien à leur bras et ne pas leur faire honte, mais une fois la porte fermée, elle doit être performante sans trop, sinon ça leur file des complexes.
Et après, on dit que ce sont les femmes qui sont compliquées… Quel foutage de gueule… Revenons à nos boutons !
Je progresse tant bien que mal contre cette paroi abrupte en prenant le soin de ne jamais regarder en bas… On monte, toujours plus, tantôt en vertical, tantôt en diagonale et j’avoue avoir un peu perdu la notion de temps et d’espace. J’y mets toute mon énergie, mais la chaleur des rayons du soleil lèche dangereusement ma peau claire et je commence à suer comme une cochonne au tournebroche ! Bien que je ne regarde pas en bas, je sais que nous nous élevons et mon cerveau commence à carburer à plein régime. Je suis retenue par les longes mais, dans la mesure où elles ne sont pas sous tension, je ne me sens pas vraiment en sécurité.
— Hey, ça va ?
Sortie de mes pensées lugubres par le moniteur pour colo qui m’accompagne, je plonge dans son regard sombre qui me rassure instantanément.
— Oui, niquel !
Mytho…
— Alors pourquoi n’avances-tu plus depuis au moins cinq bonnes minutes et pourquoi tes ongles s’incrustent-ils dans la paroi ?
Sourire contrit de circonstances… Excuses chuchotées, malaise, quand je réalise où je suis et que je ne peux plus faire demi-tour !
— J’ai peur. Dans mes neurones, c’est le merdier : élaboration de tous les scénarios possibles. Les marches cèdent sous mon poids, je tombe, les mousquetons glissent le long du filin en acier jusqu’à se retrouver bloqués à l’obstacle le plus proche, mais la violence du choc arrache l’ensemble des pitons et mes longes cèdent, se décrochant de mon baudrier parti en fumée !
— Spielberg n’a qu’à bien se tenir !
— Je rêve ou t’es en train de te foutre de moi ?
— Tu ne rêves pas ! Il ne peut rien t’arriver. Au pire, ton pied glisse, mais tu seras retenue, je te le promets.
— C’est pas suffisant !
— Quoi donc ?
— La promesse du beau gosse premier de la classe. Je ne suis pas une gamine de vingt kilos que tu gardes d’habitude en colo ! Soixante-dix bombes, ça tombe plus vite que vingt ! Et ça fait plus de dégâts.
— Si tu continues à stresser comme ça, et à raconter autant de conneries, j’aurais ton pédigré complet dans moins de cinq minutes ! Et dire que la règle de conduite des hommes bien élevés nous empêchent de demander l’âge d’une femme ! Toi, tu balances ton poids avant le reste des infos !
— Trente-six.
— Quoi ?
— J’ai trente-six ans.
— Enchanté, moi c’est trente-cinq.
Hein ? Qu’est-ce qu’il raconte… Face à mon air de daurade desséchée, il s’explique.
— Tu me balances ton âge comme si tu présentais, j’en fais autant ! On est à égalité. Mais si tu pouvais éviter de balancer des infos gênantes, ça m’arrangerait.
Il sourit toujours, ce con ! Tu vas pas le garder longtemps, mon gars !
— Promis, tu n’auras pas la date de mon dernier frottis, ni de ma dernière coloscopie.
Je reprends ma progression, lorsque je l’entends rire aux éclats ! Mais qu’est-ce qui ne va pas chez ce mec ? Quoi que je dise, il se marre. Et ça commence à me gonfler sérieusement.
— On t’a déjà dit que t’es complètement cinglée ?
— Mes gosses et mes amies. Les hommes eux, en général, dans leur grande classe, se barrent sans jamais plus donner signe de vie !
— Tu m’étonnes !
— Je te demande pardon ?
— Non, ce n’est pas la peine.
— Non, je t’invitais à développer ton propos.
— Disons que tu es un peu flippante ! Marrante, mais flippante. Pour la plupart des hommes, j’entends.
— Ouais, je sais, le monde n’était pas prêt à un truc dans mon genre.
— C’est plutôt agréable, ça change des femmes qui passent leur temps à surjouer et à cacher leurs défauts derrière les conventions sociales.
— Sache que je ne considère pas mon franc-parler comme un défaut, bien au contraire.
— Même si tu es toujours célibataire ?
— Comment tu le sais ?
— Je l’ignorais, mais maintenant, j’en suis sûr !
— Et ?
— Rien. Juste, c’est triste.
— Si jamais tu envisages une reconversion, un jour, oublie la psychologie !
— Pourquoi ?
— Parce qu’on ne peut pas dire que tu sois doué pour remonter le moral des gens…
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7.Lorenzo
Stephen Hawking avait commencé une thèse sur « pourquoi les femmes font la gueule » mais finalement, la gravité quantique c’était plus simple.
Lorsqu’elle m’a appelé, j’ai d’abord voulu éviter de lui répondre. Sophie est une emmerdeuse de première et, bien que mariée depuis plusieurs années, et mère de deux tournées de jumeaux, elle continue à me tanner pour la culbuter. Ce que je refuse, encore et toujours. Fallait pas te maquer.
Mais si je suis honnête, même célibataire, je ne voudrais plus d’elle dans ma vie. Notre histoire était vraiment sympa, très belle et je suis rapidement tombé amoureux de cette fille parfaite en tous points. Magnifique, son corps était d’une beauté renversante, tout comme son caractère. Adorable, tendre, rigolote, attachante. Mais lorsqu’on a emménagé ensemble, elle s’est transformée en un dragon hystérique : jalouse et possessive, il devenait difficile de pratiquer mon activité professionnelle et tous les loisirs qui faisaient de moi ce que je suis. La nature, les dangers, l’adrénaline, c’est mon kiff.
Alors, peu à peu, mes sentiments pour elle se sont étiolés jusqu’à disparaître, plutôt rapidement, d’ailleurs. Le jour où je l’ai quittée, j’ai eu droit à une scène mémorable ! C’était mon appart, mais c’est moi qui suis parti. Elle me tenait en cage et je ne pouvais pas vivre ainsi. Elle a continué à me suivre et à me surveiller, m’appelant constamment et me faisant des scandales devant mes potes. Alors, je suis sorti avec une fille, sous ses yeux, juste pour lui faire comprendre que moi, j’étais passée à autre chose. Elle a fait pareil, mais elle, elle a fini par épouser sa roue de secours, quand moi j’ai quitté cette fille dont j’ai même oublié le prénom. En même temps, on s’était dit que c’était purement sexuel, qu’il n’y aurait rien de plus.
Et depuis, elle me contacte régulièrement pour remettre le couvert. Je plains son mari. Je ne sais pas si elle le trompe avec d’autres mais, moi, elle ne m’aura pas. Déjà parce que je ne fais pas dans la femme mariée, mais surtout parce que, la revoir, serait lui donner un peu d’espoir et risquer de me faire harceler à nouveau. Et vu l’enfer qu’elle m’a fait vivre, je m’y refuse.
Mais je ne sais pas pourquoi mon instinct m’a fait écouter son message cette fois.
Salut Lolo, voilà, je suis en week-end dans le coin pour
l’enterrement de vie de jeune fille de ma petite sœur et je
voulais lui offrir une virée en via ferrata. On est une
dizaine, ce serait possible pour toi ? Rappelle-moi.
Merci ! Je t’embrasse.
Le dernier mot est en trop pour moi, mais bon… J’ai toujours bien aimé sa sœur. Adorable. Enfin, je crois. Maintenant, je me méfie des filles trop parfaites en apparence. Un truc pareil, ça te pète à la gueule sans que tu ne l’aies vu venir.
N'ayant rien de prévu l’après-midi, je lui ai envoyé un texto avec les tarifs, le lieu et l’heure de rendez-vous. Mais j’ai réquisitionné Vincent, mon collègue et ami, pour m’accompagner.
Et me voilà, seul à côté de mon van, le matos prêt et l’angoisse au bide, mon pote étant parti soulager sa vessie. La cohue de femelles s’approche dans une cacophonie digne d’une basse-cour. Ça piaille et ça chahute. Un groupe de nénettes, c’est toujours un peu chiant. Elles ont peur de se péter la manucure et de se défriser le chignon. Surtout les esthéticiennes, si ma cliente n’a pas changé de boulot.
Les dix filles au cul de mon camion, j’explique les consignes de sécurité, ultra importantes, mais avise que la dernière du groupe ne colle pas du tout au reste de ses congénères. Coiffée à l’arrache, pas de traces de faux ongles, pas de maquillage à outrance et carrément perchée, il est clair qu’elle n’écoute que dalle, visiblement perdue dans ses pensées. Elle ne va pas me faciliter la tâche, la brunette. C’est un manque de respect, de ne pas écouter les gens qui parlent. Mais en fait, je crois qu’aucune n’écoute réellement ce que je raconte. Elles me regardent toutes avec des yeux de merlans frits, comme toujours : je suis plutôt beau gosse. Non, ce n’est pas prétentieux, mais quand tu claques des doigts et que les filles te tombent dans les bras, ce n’est certainement pas parce que tu as le physique de Mr Bean.
Lorsque Vincent revient, je lui donne la charge de la tête du groupe, je prendrai la fin. Je classe les filles par ordre afin qu’elles se suivent. En premières, Sophie et sa sœur, les autres, je m’en tamponne. Mais au moins, je serai loin et elle ne pourra pas me gaver avec ces allusions salaces et déplacées.
Vincent amène les filles au pied de la via et c’est mon tour d’aller soulager ma vessie avant les deux heures qui nous attendent. Ensuite, on sera bloqués. Charge à lui de leur expliquer d’aller pisser avant de commencer. Alors que j’approche du départ du parcours, la paroi a commencé à se remplir des piailleuses qui entonnent déjà les premières plaintes. Vince va me tuer, de l’avoir laissé seul avec la tête des chieuses.
Seule la brune se trouve en bas, ses deux mousquetons dans les mains, emmerdée comme une poule avec un canif, toujours perchée.
Tremblante, elle place le premier mousqueton puis le deuxième et s’apprête à entamer la montée, le pied sur la première marche. Je ne peux clairement pas la laisser s’embarquer là-dedans, sans refaire un rappel des consignes.
— Attends ! Je vais te réexpliquer.
Visiblement soulagée, elle enlève ses lunettes de soleil pour essuyer la fine pellicule de sueur sur l’arête de son nez et je découvre ses magnifiques prunelles vertes. Elle est plutôt pas mal comme femme, quand son visage se détend !
Elle s’excuse de son inattention, ce que j’apprécie : les gens qui reconnaissent leurs torts, ça court pas les murs, et je reprends mon monologue bien rôdé.
Après lui avoir répété les principes de bases, elle s’élance seule, pas franchement pleine d’assurance, mais elle avance, sans bruit, après m’avoir conseillé, de façon assez spontanée, et plutôt désopilante, de ne pas reluquer son cul. Erreur fatale, Brunette, si tu ne veux pas qu’on reluque ton derche, n’en parle pas !
Il s’écoule un long moment pendant lequel seul le chant des cigales perturbe le silence qui nous entoure. Je sens qu’elle n’est pas à l’aise et pas vraiment à ce qu’elle fait. Du coup, elle rame un peu et le reste du groupe nous a largués, il y a déjà un bon moment.
Soudain, elle se stoppe, en plein milieu d’une ligne de crête, les doigts sur le rebord de la roche, les pieds posés sur l’échelle, le regard… dans le vide de la caillasse. Voulant éviter de la faire sursauter, je patiente. Mais ça commence à cogner sévère et plus nous restons immobiles, plus nous passerons de temps sous le soleil qui tabasse grave aujourd’hui. Au bout de cinq minutes, je me décide à la sortir de sa torpeur.
— Hey, ça va ?
— Oui, niquel.
Mais quelle mytho… Elle est aussi coincée que Yolande, l’ex complètement tarée de Vincent qui ne voulait pas de sexe avant le mariage. Le queutard n’a pas résisté longtemps et est allé planter sa sardine dans la tente la plus proche, mais ce ne fut pas une réussite. En même temps, il les choisit bien chiantes. Il a des critères qui me laissent perplexe. Il veut une meuf canon mais classe qui se transforme en baraque à frites une fois au plumard. L’apologie de l’hypocrisie. Certes, personne ne veut d’une femme scandaleuse qui te fout la honte et qui ne sait pas se tenir en société… Mais aucun être humain n’est fait pour être les deux extrêmes !
— Alors pourquoi n’avances-tu pas depuis au moins cinq bonnes minutes et pourquoi tes ongles s’incrustent-ils dans la paroi ?
Elle bredouille des excuses vaguement compréhensibles et semble très mal à l’aise. J’ai mal évalué ma cliente. Je ne pensais pas que ce serait si compliqué. En même temps, à aucun moment, elle ne m’a dit ce qu’elle est en train de m’expliquer. Elle est simplement tétanisée. Et elle a une imagination plus que prolixe ! Elle se fait un scénario digne de Spielberg, ce que je ne manque pas de lui répondre et qui me vaut les foudres de la miss. De rage, elle a repris sa progression, lentement, mais sûrement ! Allant même jusqu’à m’avouer qu’elle me trouve beau gosse et me sortir… son poids !
Je vois bien que cette femme n’est pas comme les autres ! Elle sort tout ce qui lui passe par la tête ! Absolument tout, n’hésitant pas à me clouer le bec en évoquant un frottis vaginal et une éventuelle coloscopie. Et comme elle le dit si bien, le monde actuel, hypocrite et égocentrique, n’est pas prêt à « un truc dans son genre ».
Elle est un peu barrée et carrément sans filtre, mais elle est juste… authentique. Et ça fait du bien de voir qu’il existe encore des personnes comme elle. Reste à savoir si c’est son angoisse qui la rend ainsi, ou si c’est cent pour cent naturel.