Petit traité des punitions et des récompenses à l'usage des maîtres et des parents

Petit Traité des Punitions & des Récompenses

Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. Les numéros des pages blanches n'ont pas été repris.

 

PETIT TRAITÉ

DES

PUNITIONS & DES RÉCOMPENSES

 

DU MÊME AUTEUR

Ouvrages couronnés par la Société pour l'instruction élémentaire, adoptés

pour les distributions de prix dans les écoles de la ville de Paris, admis par la Commission ministérielle des bibliothèques populaires et scolaires.

Format in-12:

Premières notions d'histoire naturelle. e 19 édition, nombreuses figures, cart. 3 fr. 00

Premières notions de cosmographie. e 5 édition, avec figures 1 fr. 50

Premières notions de géométrie. e 6édition, avec figures 1 fr. 50

Premières notions de physique et de météorologie. e 4 édition, avec figures 3 fr. 50

Menus propos sur les sciences. e 3 fr. 50 6 édition, avec figures

Simple discours sur la terre et sur l'homme (couronné par l'Académie française) 3 fr. 00

De l'instinct et de l'intelligence (couronné par l'Académie française; prix Montyon), illustré 2 fr. 00

Les étoiles filantes et les bolides 2 fr. 50

La science anecdotique. e 2 édition 1 fr. 00

Format in-8 o:

De l'instinct et de l'intelligence (couronné par l'Académie française; prix Montyon), illustré 3 fr. 50

Les infiniment petits, illustré 1 fr. 50

L'origine des êtres vivants, illustré 2 fr. 50

Tableaux géographiques, avec notice (Honoré d'une souscription du Ministère de l'Instruction publique.) 15 fr. 50

La notice seule, illustrée, cartonnée 1 fr. 50

Tableaux astronomiques, avec notice. Six tableaux 10 fr. 00

La notice seule, illustrée, cartonnée 1 fr. 00

 

PETIT TRAITÉ

DES PUNITIONS

ET DES RÉCOMPENSES

A L'USAGE DES MAITRES ET DES PARENTS

 

Par FÉLIX HÉMENT

Inspecteur général honoraire de l'Instruction publique

Lauréat de l'Institut

AVEC UNE LETTRE DE M. LEGOUVÉ, DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE

 

PARIS

GEORGES CARRÉ, ÉDITEUR

58, RUE SAINT-ANDRÉ-DES-ARTS

 

1890

 

A M. F HÉMENT

M C A ,

Vous me demandez quelques lignes à mettre en tête de votre petit Traité. Que voulez-vous que j'y ajoute? il est complet. On y sent l'œuvre d'un homme qui a beaucoup étudié les enfants, beaucoup réfléchi sur les enfants, beaucoup pratiqué les enfants, et, de plus, ce livre part de la main d'un pédagogue.

Tout au plus puis-je donc noter ici, quelques petits faits que m'a fournis mon expérience personnelle.

J'ai élevé mes deux enfants, et un peu mes trois petits-enfants, jamais je ne leur ai donné une chiquenaude, et pourtant, j'enregistre ici comme un titre dont je suis très fier, le mot que m'a dit un jour ma fille: «Tu nous aurais fait rentrer dans un trou de souris.»

Quelle était donc mon attitude vis-à-vis d'eux? Étais-je donc dur, sévère? Nullement. Toutes les occasions d'amusement je les saisissais, je les recherchais pour eux; j'étais le plus joueur de tous les pères avec eux, mais une fois que le devoir avait parlé, j'étais d'une fermeté inflexible.

Selon moi, la fermeté paternelle a sa source dans la tendresse. Je ne connais rien qui aille si bien ensemble que la familiarité et l'autorité. Un axiome célèbre dit: «Qui aime bien châtie bien.» C'est monstrueux. Bien aimer, c'est bien élever, et bien élever c'est corriger, c'est réprimer, c'est contenir, c'est prévenir; c'est punir, ce n'est pas châtier.

Le châtiment corporel a bien plus pour objet de satisfaire la colère de celui qui l'applique que de corriger le défaut de celui qui la subit. J'ai cependant vu une mère, la plus tendre des mères, faire couler le sang de son fils qu'elle adorait, et jamais je n'ai mieux compris ce qu'il y avait d'héroïque dans la tendresse, que le jour où j'ai vu les lèvres de cette mère toutes rouges du sang de son enfant. Elle lui avait mordu le doigt sans hésiter. Pourquoi? Parce qu'il avait mordu lui-même, lâchement et cruellement le doigt de son petit frère. La figure de cette mère et celle de cet enfant ne sortiront jamais de ma mémoire. Le bourreau avait la pâleur d'une martyre, son visage exprimait une douleur mille fois plus profonde que celle de son fils. Pour lui, il ne dit rien; il la regarda, il comprit et il se jeta à son cou.

En revanche, j'ai connu une jeune fille, à qui son père, dans un moment de colère, avait donné un soufflet quand elle avait déjà quinze ans, et qui m'a dit, quand elle en avait vingt-cinq: «Jamais je ne lui ai pardonné et je ne lui pardonnerai jamais.»

Enfin, troisième fait qui rentre directement dans votre théorie: L'amiral Jurien de la Gravière m'a dit que la discipline n'avait jamais été plus forte dans la marine, que depuis l'abolition des châtiments corporels.

Je m'arrête, mon cher Confrère et Ami, ayant voulu seulement mêler à votre solide et excellent ouvrage, quelques faits aussi frappants qui s'y rapportent, et surtout saisir l'occasion de témoigner tout haut de mes sentiments d'estime et de sympathie pour votre personne.

E. L .