William Clarck Mission 1 L'éminence bleue (French Edition)
Prologue
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Prologue
L’aiguille s’insinua délicatement dans la serrure, suivie de près par une autre. Elles levèrent chacune à leur tour les ressorts fixés sur les clavettes. En un instant, le pêne se décala, laissant la lourde porte d’entrée de l’établissement scolaire s’entrouvrir. Un garçon d’une quinzaine d’années s’y faufila et referma délicatement le battant. La lumière rouge de l’alarme clignotait au fond du hall. Le jeune homme s’en approcha rapidement, ses Converse noires martelant le carrelage clair. Un boîtier d’une dizaine de centimètres lui faisait face. À l’intérieur, un clavier numérique sous un écran à cristaux liquides. Le LED rouge clignotant semblait s’intensifier au-dessus de sa tête. Il brancha le câble micro-USB qu’il avait sorti de son sac et le raccorda à son téléphone avant de lancer une application.
De nombreux cryptogrammes défilèrent sous ses yeux, inscrivant chiffre à chiffre le code de l’alarme. À l’instant même où la sonnerie hurlante du dispositif de sécurité s’enclencha, le code complet avait été entré. Un long signal sonore se fit entendre dans les locaux, suivi d’un silence déconcertant. Le jeune homme nota avec attention le code qu’il venait de déchiffrer dans un dossier sécurisé de son iPhone, avant de ranger le matériel dans son sac et de grimper à l’étage. Il traversa des couloirs qu’il semblait connaître par cœur, jusqu’à une imposante porte en chêne placardée d’un écriteau annonçant le bureau du principal, un certain « Monsieur Bochelin ». Il tourna la clenche et la porte s’ouvrit. Le directeur de l’établissement n’avait même pas pris la peine de la verrouiller, n’imaginant pas ce qui pouvait se tramer la nuit dans son institution. Le jeune homme activa la lampe torche de son téléphone et se dirigea directement vers l’ordinateur posé sur l’immense bureau de verre. Il appuya sur une touche du clavier et l’écran s’illumina, exigeant un mot de passe. Le garçon prit place dans le fauteuil en cuir, releva les manches de son sweat bleu marine et entra une combinaison de touches qui ouvrit une fenêtre de commande noire aux écritures blanches. Ses doigts volèrent sur le clavier pendant deux minutes, se déplaçant à une vitesse impressionnante. Des lignes entières de code s’affichèrent les unes après les autres, puis l’écran devint totalement noir, avant d’afficher le bureau et la dizaine de dossiers qu’il contenait.
L’adolescent lança une recherche dans le disque de stockage interne de l’appareil et dénicha le dossier qu’il recherchait. Parmi les plus de 50 ans, 70 % enregistraient leurs identifiants personnels dans un document dissimulé dans les données de leur ordinateur. Une statistique qui se vérifia une fois encore lorsqu’il ouvrit le fichier, et qu’il trouva tous les codes que le principal détenait. Dans la liste interminable qui allait du code de déverrouillage du mobile au mot de passe du compte mail, il s’arrêta sur la combinaison à six chiffres qu’il convoitait. Comme pour le code de l’alarme, il le nota sur son Smartphone avant de se diriger vers un tableau situé sur le mur latéral gauche du bureau – une nature morte où une poire et une pomme s’ennuyaient dans un minuscule récipient en acajou. Ringard. Lorsqu’il le poussa vers la gauche, le tableau coulissa, laissant apparaître la porte d’un coffre-fort en acier blindé. Encore plus ringard.
L’adolescent composa sur le clavier la série des six chiffres qu’il venait de récupérer, puis tourna l’imposant bouton avant d’entendre le déclic qui annoncait l’ouverture. Il dirigea le flash de son téléphone vers l’intérieur. Une petite liasse de billets y reposait auprès de trois chéquiers et d’une carte bancaire au nom du lycée. Sur l’étagère du dessus, une boîte en plastique contenait ce qui intéressait davantage le jeune homme. Il la prit, puis la déposa sur le bureau. Dedans reposaient six iPod, plusieurs paires d’écouteurs, un casque Bluetooth dernière génération, une PlayStation portable, deux paquets de cigarettes ainsi qu’une tablette flambant neuve à la coque de protection rouge. Il appuya sur le bouton et découvrit que la batterie n’avait perdu que deux pour cent, ce qui le rassura. Personne n’avait réussi à pénétrer dans l’appareil, ou du moins ne l’avait utilisé depuis qu’on le lui avait confisqué deux jours auparavant. Il glissa l’iPad dans son sac à dos, puis reposa la boîte là où il l’avait trouvée, dans le coffre-fort. Il commença à refermer la porte, mais la rouvrit soudainement et se saisit de tout le matériel hi-tech, hormis les écouteurs à l’hygiène douteuse qu’il laissa au fond. Il fourra le tout dans son bagage et verrouilla la porte du coffre une bonne fois pour toutes. Il revint vers l’ordinateur, ferma la session et le mit en veille. Il sortit de son sac un paquet de lingettes désinfectantes dont il se servit pour effacer toutes les empreintes qu’il aurait pu laisser dans la pièce, en commençant par le clavier et la souris du PC. Il éteignit la lumière, ferma la porte du bureau et rejoignit tranquillement l’entrée du lycée dans le noir.
Arrivé en bas, il réactiva l’alarme avant de sortir par la porte cochère qu’il claqua, la serrure automatique se faisant immédiatement entendre. Il remit sa capuche tombée entre-temps, refit le lacet de sa chaussure droite, serra correctement les lanières de son Eastpak noir et s’engagea dans la rue.
Quelques secondes plus tard, il s’était fondu dans la nuit.
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