ABC: Petits Contes

Jules Lemaître · Chapitre 4 sur 4

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ABC: Petits Contes

Chapitre II

Aussitôt Mme Escargot, tout attendrie, dit à son mari:

 

«Si nous l'adoptions?

 

—J'allais te le proposer,» répondit M. Escargot.

 

Et il sortit presque entièrement de sa maison pour embrasser son

nouveau fils.

 

En peu de temps, le petit escargot devint gros, gras et luisant.

 

Alors la mère Escargot dit au père Escargot:

 

«Mon ami, il faut marier notre fils. Il faut lui chercher une jolie fille

de notre monde, afin que nous ayons de beaux petits-enfants.

 

—J'allais te le proposer, répondit le mari. Mais à qui nous

adresser pour cela?

 

—De mon balcon vert, dit Mme Escargot, je vois le peuple des

fourmis...

 

le petit escargot devint gros, gras et luisant

 

Fourmi

 

II

«Le peuple des fourmis, dit Mme Escargot, est un peuple actif qui

va et vient sans cesse sur les routes de France et qui doit connaître

beaucoup de gens et être au courant de beaucoup de choses. Nous

allons demander aux fourmis si elles ne connaîtraient pas une jeune

fille digne d'épouser notre escargoton.

 

—J'allais te le proposer,» dit le père Escargot.

 

Et il descendit de son balcon avec sa femme pour interroger les

fourmis.

 

Les fourmis répondirent:

 

«Justement, nous avons ce qu'il vous faut. A quelques mètres

d'ici, dans le trou d'un vieux mur, vit une demoiselle Escargot de la

plus jolie coquille, dont on a dernièrement fait cuire les parents. La

pauvrette est toute seule au monde.

 

dans le trou d'un vieux mur vit une demoiselle Escargot

 

—Elle ne restera pas seule longtemps, s'écrièrent ensemble M.

et Mme Escargot. Allez, je vous prie, la demander en mariage pour

monsieur notre fils.»

 

Les fourmis se mirent en route et arrivèrent près du vieux mur où

l'orpheline pleurait ses parents qu'on avait fait cuire.

 

Elle fut si heureuse de la proposition, qu'elle accorda tout de

suite sa main, même sans le connaître, au fils adoptif des vieux

escargots, et qu'elle se mit en marche, en bavant de joie tout le long

du chemin.

 

Mais elle n'avançait pas vite. Alors les fourmis fabriquèrent avec

des brins d'herbe une chaise à porteur qu'elles chargèrent sur leurs

épaules. Et c'est ainsi que la pauvre orpheline arriva, après plusieurs

jours, au chou de ses beaux-parents et dans les bras de son fiancé.

les fourmis fabriquèrent une chaise à porteur

 

Gateau

 

On avait donné à deux enfants un gros gâteau et un petit, en leur

disant:

 

«Partagez!»

 

Les deux enfants étaient une petite fille de six ans et un petit

garçon de quatre ans.

 

«Tiens! dit la petite fille, prends ce joli petit gâteau. Moi, je

mangerai ce vilain gros.

 

—J'aime mieux le vilain gros, dit le petit garçon.

 

—Mais puisqu'il est vilain!

 

—Oui, mais il est gros!»

 

les enfants et le gâteau

Hirondelle

 

Tout le monde sait que les hirondelles s'en vont l'hiver dans les

pays chauds et ne reviennent qu'au printemps.

 

départ des

hirondelles

 

Pour faire ce long voyage, les mères hirondelles rassemblent

leurs petits autour d'elles. Mais une pauvre petite hirondelle, qui était

tombée du nid un jour de grand vent, boitait encore un peu et ne put

pas s'envoler avec ses frères et sœurs.

 

elle vit s'éloigner sa famille

 

Elle resta tristement au bord du toit, d'où elle vit s'éloigner sa

famille, et elle serait certainement morte de faim, de froid et de

chagrin, si les enfants de la maison ne l'avaient recueillie.

 

Ils la mirent dans une cage, à côté du poêle; ils la nourrirent de

mouches et de vers, si bien que l'hirondelle était en très bonne santé

et ne boitait plus du tout au retour du printemps.

 

Et quand les parents de l'hirondelle revinrent des pays chauds,

les enfants ouvrirent la cage. La petite hirondelle reconnut sa mère

et, avec des cris de joie, elle se jeta dans ses ailes.

 

les retrouvailles

Ibis

 

Dans la basse-cour d'un château se trouva, parmi toutes sortes

de volailles, un ibis rose.

 

Il avait été rapporté d'Égypte par le fils de la maison, qui était

grand voyageur.

 

Au commencement, on eut beaucoup d'égards pour ce noble

étranger. Aussitôt que l'ibis déployait ses ailes, les pigeons

roucoulaient:

 

«Oh! que c'est beau! On dirait des pêchers en fleur!»

 

l'ibis et la basse-cour

 

Les poules admiraient la courbe élégante de son bec. Les

canards, qui sont si bas sur pattes, regardaient avec envie les

longues jambes de l'ibis, qui semblaient peintes au ripolin rose.

 

l'Égypte

 

Flatté, l'ibis marchait de long en large. Il leur parlait de sa patrie

l'Égypte, du Nil, des autruches, des pyramides et des minarets du

Caire.

 

D'abord on l'avait écouté avec respect; mais peu à peu on trouva

qu'il racontait toujours la même chose.

 

Le dindon disait avec colère:

 

«Quel rabâcheur!»

 

la basse-cour en

colère

La pintade se moquait de son nez d'ivrogne, et un caneton

poussa l'impertinence jusqu'à lui demander combien les baguettes

qui lui servaient de jambes lui avaient coûté le centimètre.

 

il se tenait tout raide sur une patte

 

Alors le pauvre ibis rose se retira dans un coin. Et il se tenait tout

raide sur une patte, rêvant de son pays, du Nil, des pyramides et des

minarets.

 

Jouets

 

Un petit garçon de la ville, Robert, avait des jouets à mécanique,

très chers, qu'il fallait toujours remonter, qui se cassaient très

souvent et qui ne l'amusaient pas du tout.

 

les jouets de Robert

les jouets de Mathieu

 

Un jour, il rencontra un petit garçon de la campagne, Mathieu, à

qui ses parents ne donnaient pas de jouets, mais qui fabriquait lui-

même des sifflets, des canons ou des pompes avec du sureau, des

noyaux d'abricots et des pailles.

 

«Oh! que c'est joli et amusant! dit Robert. Apprends-moi

comment tu fais.»

 

Mathieu le lui apprit. Robert vendit à une vieille marchande de

bric-à-brac ses jouets mécaniques devenus inutiles, et, avec les

sous qu'il en retira, il acheta des gâteaux, que les deux enfants

mangèrent de grand appétit.

Kangourou

 

 

ils dépouillaient les arbres

du paradis

 

Du temps où les kangourous vivaient dans le paradis terrestre,

leurs pattes de devant étaient aussi longues que celles de derrière.

 

les autres bêtes en

colère

 

Mais, à cause de cette longueur de leurs pattes, les kangourous

étaient devenus extrêmement voleurs. Ils n'avaient qu'à étendre le

bras pour attraper les branches et cueillir les plus beaux fruits, qu'ils

enfouissaient ensuite dans la grande poche qu'ils portent sur le

ventre.

 

Ainsi ils dépouillaient les arbres du paradis.

 

Les autres bêtes, qui ne pouvaient pas en faire autant, se

plaignirent au bon Dieu.

 

Le bon Dieu fit venir devant lui les kangourous et, pour qu'il leur

fût plus difficile de voler les fruits, il leur raccourcit les pattes de

devant.

 

le bon Dieu

 

Depuis ce temps-là, les kangourous ont ces moignons que vous

voyez sur l'image, et la poche de leur ventre ne leur sert plus que

pour y cacher leurs petits.

 

les kangourous et

leurs nouvelles

pattes

 

Loup

 

Quand le loup eut mangé les six petits biquets, il se sentit le

ventre si lourd, qu'il alla faire un somme derrière le puits.

 

elle se mit à la

recherche du loup

 

Il avait oublié de manger le septième petit biquet, qui s'était

caché sous le lit. Aussi, quand la mère chèvre revint du marché avec

un panier au bras, ce fut ce petit biquet qui lui apprit que le loup avait

mangé ses six petits frères.

 

«Ah! mes enfants! mes chers enfants!» chevrotait la chèvre en

essuyant ses yeux avec un coin de son tablier.

 

Mais, retrouvant son courage, elle prit son dernier-né par la main

et se mit à la recherche du loup. Elle ne fut pas longtemps à le

trouver qui dormait sur ses deux oreilles derrière le puits et qui

ronflait de toutes ses forces.

 

le loup dormait sur ses deux oreilles

 

«Attends, brigand! dit la mère chèvre; tu vas voir!»

 

Et, tirant de son panier un couteau de cuisine, d'un seul coup elle

fend le ventre du loup dans toute sa longueur, et les six petits

biquets sautent au cou de leur mère. Car le loup les avait avalés si

goulûment, qu'il n'avait pas pris le temps de les mâcher et qu'ils

étaient encore en vie.

La chèvre et les biquets rirent et pleurèrent ensemble un instant;

puis la mère dit:

 

«Ce n'est pas tout! Allez vite me chercher six grosses pierres. Je

vais les mettre à votre place dans le ventre du loup, et je lui

recoudrai la peau. Comme cela, il ne s'apercevra de rien à son

réveil.»

 

Quand tout fut terminé, la mère et les enfants allèrent se cacher,

pour voir ce que ferait le loup.

 

Au bout d'un moment, il se réveilla, se frotta les paupières, puis

se tâta le ventre.

 

«Comme il est dur! grogna-t-il. Sans doute je n'ai pas bien digéré.

Ah! je sais, j'ai oublié de boire.»

 

Et, se levant, il alla vers le puits. Dans son ventre, les six pierres

faisaient un bruit étrange.

 

«Je ne sais vraiment pas ce qui cogne comme cela dans mon

ventre!» dit le loup.

 

la chèvre et ses sept petits dansèrent autour du

puits

 

Et il se pencha pour boire.

 

Mais ce mouvement précipita les pierres l'une sur l'autre dans

l'estomac du loup, leur poids l'entraîna en avant, et le vieux brigand

tomba la tête en bas dans le fond du puits.

 

Alors la chèvre et ses sept petits dansèrent autour du puits une

ronde joyeuse.

 

Moineau

les moineaux venaient picorer les épis

 

Dans un champ de millet, les moineaux venaient picorer les épis.

Le chat du meunier les guettait depuis longtemps, sans réussir à les

attraper; car, aussitôt qu'il s'approchait, les oiseaux s'envolaient.

 

il prit désormais chaque épi pour une

patte de chat

 

«Je vous prendrai quand même, petits nigauds,» dit le chat en

méditant une ruse.

 

Il alla tremper une de ses pattes de devant dans le ruisseau, puis

il courut au moulin la plonger dans un tas de millet en grain, de façon

que les grains restèrent collés autour de sa patte mouillée.

 

«Ainsi, se dit-il, ma patte ressemblera à un gros épi de millet, et

les oiseaux s'y laisseront prendre.»

 

A cloche-pied, il gagne le champ de millet, s'y couche sur le dos

et lève la patte en l'air.

 

Les oiseaux la prirent pour un épi et se mirent à en picorer les

grains. Alors vite, avec l'autre patte, le chat les attrapa.

 

Bientôt les moineaux s'aperçurent du piège, et ils cherchèrent un

autre champ. Mais l'un d'eux, qui avait failli être mangé, en garda

une telle frayeur, qu'il prit désormais chaque épi pour une patte de

chat, et jura de ne plus manger que des fruits pendus aux branches

des arbres.

 

Neige

Quatre petites filles regardaient par la fenêtre la neige tomber.

Elles étaient nées en Orient, où il ne fait jamais très froid, et c'était la

première fois qu'elles voyaient de la neige.

 

ce sont les anges qui vident les

corbeilles

 

«Qu'est-ce que cela peut bien être? dit Léila, la plus petite.

 

—Je sais, répondit Cora. On fait le ménage au ciel, et c'est la

Sainte Vierge qui bat son lit de plumes.

 

—Pas du tout, déclara Myriam; ce ne sont pas des plumes, mais

des petits bouts de papier, et ce sont les anges qui vident les

corbeilles où le petit Jésus a jeté les lettres que les enfants lui

écrivent à Noël. Oui, oui, j'en suis sûre, je reconnais mon papier.

 

—Moi, dit Séphora la gourmande, je crois que c'est du sucre. Si

seulement on pouvait goûter!»

 

Mais Daniel, leur grand frère, qui avait tout entendu, se mit à rire:

 

«Ni sucre, ni lettres déchirées, ni plumes! C'est de la neige, de la

neige comme il y en a tous les ans en Europe, de la neige avec

laquelle on fait des boules de neige et un bonhomme de neige. Nous

en ferons un demain, si vous êtes sages.

 

—Quel dommage que ce ne soit pas du sucre!» soupira Séphora

en passant sa langue sur la vitre.

 

Oreille

 

Quand Noé eut rassemblé les animaux devant l'arche, il se dit:

«Toutes ces bêtes vont sûrement se disputer et se mordre les

oreilles. Il serait donc prudent de leur enlever les oreilles avant leur

entrée dans l'arche. On les leur rendra à la sortie.»

 

l'arrivée des animaux dans l'arche

 

Il fit installer un vestiaire et donna l'ordre à ses fils d'y ranger les

oreilles, à mesure que les bêtes se présenteraient.

 

Le premier fut le chameau; puis vint le cheval, puis la vache, puis

le chien, le mouton, le cochon, le chat, l'éléphant, le lapin, et enfin

l'âne. Et tous, comme Noé l'avait commandé, ôtèrent leurs oreilles,

et tous reçurent en échange un numéro de vestiaire, attaché à un

cordon qu'ils passèrent autour de leur cou.

 

Grâce à ces précautions, la paix régna dans l'arche pendant les

quarante jours que dura le déluge.

 

Le quarante et unième jour, Noé dit aux animaux:

 

«Voilà le beau temps revenu. Je vais vous rendre vos oreilles, et

vous pourrez retourner chez vous.»

 

Alors, l'une après l'autre, toutes les bêtes passèrent au vestiaire,

et elles reçurent leurs oreilles en échange du numéro.

 

Le chameau arriva l'avant-dernier. Il ne restait plus que deux

paires d'oreilles: les siennes, très grandes, et celles de l'âne, toutes

petites.

 

Mais avant que le bon chameau pût montrer son numéro, l'âne lui

passa entre les jambes et se mit à brailler:

 

le chameau

 

«Monsieur Noé! monsieur Noé! donnez-moi mes oreilles. C'est

cette grande paire-là. Je suis très pressé!»

 

l'âne

Le père Noé était si fatigué, qu'il ne fit pas attention au faux

numéro que lui remit l'âne sournois.

 

«Tu me casses la tête! Tiens, voilà ton bien, décampe!»

 

Et Noé donna les superbes oreilles du chameau à l'âne, qui

s'enfuit en pétaradant de joie.

 

Quand le chameau ouvrit enfin ses babines pour réclamer son

dû, il n'y avait plus dans le vestiaire que les oreilles de l'âne, dont il

dut se contenter.

 

Et voilà pourquoi le chameau, qui est une bête de grande taille, a

des oreilles si courtes, tandis que l'âne, qui est beaucoup plus petit,

en a de si longues.

 

Pois

 

Il y avait une fois un prince qui voulait se marier.

 

Le roi alla ouvrir lui-même

 

Il voulait épouser une princesse, mais aucune de celles qu'on lui

présenta ne lui parut assez princesse.

 

Or, un jour d'orage, on sonna à la grille du château.

 

Le roi alla ouvrir lui-même, et il trouva devant la grille une jeune

fille dont les vêtements étaient trempés, les cheveux défaits et les

souliers couverts de boue.

 

Elle avait presque l'air d'une mendiante. Mais, quand le roi lui

demanda qui elle était, elle répondit qu'elle était une princesse.

Le roi la fit entrer au château.

 

«Nous allons bien voir si c'est une princesse,» pensa la reine.

 

Elle ordonna aux servantes de préparer un lit pour la jeune fille,

mais de mettre un pois sous les vingt matelas qui composaient ce lit.

 

Le lendemain, la reine demanda à la jeune fille comment elle

avait dormi.

 

«Très mal, répondit-elle. Il y avait je ne sais quoi de dur et de

rond dans mon lit; j'en ai des bleus sur tout le corps.

 

—Quel bonheur! pensa le prince, qui avait écouté derrière la

porte. Pour avoir la peau si fine, il faut bien que ce soit une véritable

princesse.»

 

Et tout de suite il lui demanda sa main.

 

elle dormit sur vingt matelas

 

Queue

 

Une famille de rats habitait dans une cave remplie de

marchandises.

 

Les rats s'y trouvaient fort bien, car il y avait beaucoup de choses

bonnes à manger, surtout du savon et de la chandelle.

Il y avait aussi des tonneaux et des barils. On ne savait pas ce

qu'ils contenaient. Mais un jour la mère Rat découvrit un tonneau

dont la bonde était partie. Elle flaira, puis elle plongea sa queue

dans le trou et la retira pour goûter.

 

«Quelle chance! s'écria-t-elle, c'est du sirop de groseille. Vite,

mes petits, venez vous régaler!»

 

elle laissa pendre sa queue

 

Mais les ratons glissaient sur le ventre du tonneau et ne

pouvaient arriver au sommet. Restés en bas, ils pleuraient de dépit

et de gourmandise.

 

Alors la mère Rat eut une idée. Elle alla de nouveau plonger sa

queue dans le trou; puis, quand sa queue fut bien imbibée de sirop,

elle courut au bord du tonneau et, se retournant, elle la laissa

pendre.

 

Les ratons, en se haussant sur les pattes de derrière, purent

l'atteindre, et chacun à son tour lécha le bout de la queue, comme si

c'était un sucre d'orge.

 

Vingt fois, cent fois, la mère Rat alla de la bonde au bord du

tonneau. En quelques jours il fut à moitié vide, et la queue de la

mère Rat n'était plus assez longue pour tremper dans ce qui restait

de sirop.

 

Mais un peu plus loin il y avait un autre baril qui était à moitié

défoncé.

 

«Ce sera encore plus commode,» se dit la mère Rat.

 

Et, sans prendre la précaution de flairer, elle plongea sa queue

au fond du tonneau.

 

Mais, quand elle voulut la retirer, elle poussa un cri de douleur.

Sa queue ne venait pas, sa queue était collée, sa queue s'était

enfoncée dans un tonneau de glu.

sa queue était collée

 

Rossignol

 

L'empereur de Chine avait dans son jardin un rossignol qui

s'appelait Bulbul et qui était son ami.

 

Bulbul venait manger dans sa main, et, la nuit, quand l'empereur

ne pouvait pas dormir, Bulbul chantait si bien, que l'empereur oubliait

tous les soucis de son métier.

 

Mais un jour son ministre lui dit:

 

«Je connais un rossignol qui chante aussi le jour et qui a un bien

beau plumage.»

 

Et il apporta à l'empereur un oiseau peint de brillantes couleurs et

que l'on remontait avec une clef pour le faire chanter.

 

il apporta à l'empereur un oiseau peint

 

Et l'empereur trouva le nouveau rossignol si joli, et il écoutait si

souvent sa chanson, qu'il oublia son Bulbul. Et Bulbul serait mort de

faim si la petite fille de la cuisinière ne l'avait adopté.

 

Mais, à force de remonter le rossignol mécanique, la clef cassa,

et l'oiseau cessa de chanter.

 

Personne ne put le raccommoder, et l'empereur devint si triste,

qu'il tomba gravement malade.

Mais, une nuit qu'il était près de mourir, il entendit soudain à côté

de son lit une voix si mélodieuse, qu'il se sentit revenir à la vie.

 

C'était Bulbul qui chantait. Et Bulbul chanta jusqu'à ce que

l'empereur fût complètement guéri.

 

«Oh! Bulbul, dit l'empereur, ton plumage est moins joli, et tu ne

chantes pas tout le temps comme l'autre; mais tu es un ami, et tu

viens quand on a besoin de toi.»

 

Et l'empereur reconnaissant commanda pour Bulbul une cage

d'or et une petite couronne de diamants.

 

bulbul

 

Sapin

 

Il y avait un petit sapin qui rêvait d'être mât de navire afin de

voyager et de voir le monde.

 

Quand il fut grand, on l'abattit, on le dépouilla de son écorce, et il

devint, selon son vœu, grand mât sur une frégate.

 

un petit sapin rêvait d'être mât de navire

 

Mais il s'ennuyait à cause de la longueur et de la monotonie des

traversées.

«Ah! disait-il, comme il faisait bon dans ma forêt natale! J'avais

de la mousse à mes pieds et quelquefois des nids dans mes

branches; et les petits enfants ramassaient mes aiguilles, et souvent

ils dansaient des rondes en chantant autour de mon tronc. Et

maintenant je suis tout sec, tout nu et tout seul. Ah! si j'avais su! Si

seulement j'avais pu être mât de cocagne!»

 

Et il soupira si fort, que tous les cordages en craquèrent.

 

Mais à ce moment un vol d'hirondelles passa au-dessus de la

mer.

 

Elles venaient des pays du Nord et s'en allaient en Égypte.

 

Elles descendirent sur le navire et se posèrent sur le mât,

qu'elles couvrirent presque entièrement de leurs ailes. Le mât

entendit même leurs petits cœurs battre, et leurs plumes qui le

frôlaient faisaient comme un bruissement de feuilles.

 

Il écoutait ce qu'elles disaient entre elles. Elles parlaient

justement de son pays, d'où elles venaient. Et le pauvre sapin se

sentit si heureux, qu'il s'endormit en se figurant qu'on l'avait ramené

dans sa forêt.

 

des hirondelles se posèrent sur le mât

 

Tortue

Jean, Pierre et Paul étaient allés aux courses avec leurs parents.

Ils avaient vu courir des chevaux, et cela les avait beaucoup

amusés.

 

Rentrés à la maison, Jean dit à ses frères:

 

«Si nous faisions courir, nous aussi?

 

—Mais nous n'avons pas de chevaux, répondit Pierre.

 

—Qu'est-ce que cela fait? Nous avons chacun une tortue, et des

tortues peuvent tout aussi bien courir que des chevaux; plus

lentement, voilà tout.»

 

les tortues et leurs jockeys

 

Chaque enfant alla donc chercher sa tortue. Puis ils choisirent

trois beaux escargots, qui seraient les jockeys.

 

Jean apporta sa boîte à couleurs, et il peignit à chaque escargot

une casaque différente, une jaune, une rouge, une verte.

 

Il voulut aussi leur fabriquer des casquettes. Mais les escargots

dirent: «Non, merci,» et rentrèrent leurs cornes.

 

Les trois enfants préparèrent une piste dans le jardin, avec des

poteaux au bout, et une tribune avec des roses et des œillets, qui

figuraient les dames élégantes.

 

Puis ils alignèrent leurs trois tortues montées par les trois

escargots, et Jean donna le signal du départ.

 

Mais, hélas! aucune des trois tortues ne bougea.

 

Alors Pierre courut chercher son tambour, et Paul chatouilla la

queue des tortues avec des brindilles.

 

Les tortues se décidèrent enfin à partir. Mais, au lieu d'aller droit

devant elles, elles allaient à droite ou à gauche, et la tortue de Paul revint même en arrière.

 

Alors Jean eut une idée:

 

«Si nous mettions des salades au lieu de poteaux!»

 

Et vite, au bout de la piste, les enfants plantèrent trois belles

salades.

 

Quand les tortues virent cette appétissante verdure, elles se

mirent en marche toutes seules, et celle de Jean avança si

rapidement que son jockey, je veux dire son escargot, roula à terre.

 

Elle arriva la première au but; et, pour sa récompense, on lui

donna à manger les poteaux, je veux dire les salades, et même les

roses et les œillets de la tribune, qui figuraient les dames élégantes.

 

la tortue mange les poteaux

 

Univers

 

C'est un bien grand mot et une bien grande chose aussi; car cela

veut dire le monde entier.

 

Mais cela peut signifier aussi l'endroit où l'on vit, où l'on a ses

habitudes et où l'on est heureux.

 

Ainsi, la salle à manger est l'univers de la mouche.

 

L'étang est l'univers du poisson.

La prairie est l'univers de la vache.

 

La forêt est l'univers du lapin.

 

Le village ou la ville est votre univers à vous, mes enfants; et,

quand vous serez grands, ce sera la France entière, avec ses mers,

ses îles, ses colonies, et tout ce que vous saurez voir, et tout ce que

vous saurez comprendre.

 

la France

 

Violettes

 

Vous savez, mes enfants, que les violettes sont l'emblème de la

modestie. Car elles poussent dans les bois obscurs, à l'ombre

d'autres plantes; et même elles cachent leur visage délicat derrière

leurs grandes feuilles vertes, comme font les jeunes filles timides

derrière leur éventail.

 

la vieille fée des bois et la violette

 

Or, un jour, un poète se promena dans une forêt où il y avait

beaucoup de violettes qui embaumaient l'air délicieusement.

 

Grisé par ce parfum, il fit des vers en l'honneur de l'humble fleur

des bois, et il les récita tout haut.

A ses pieds, une violette l'entendit. Elle crut qu'il ne parlait que

pour elle, et de se savoir ainsi chantée par un poète, cela lui fit

oublier toute modestie.

 

Elle allongea son cou derrière ses feuilles, tourna vaniteusement

sa tête à gauche et à droite, et se mira avec complaisance dans une

grosse goutte de rosée qui était restée pendue à un brin d'herbe.

 

«Ah! disait-elle, que je suis jolie et que je sens bon! Je dois être

plus jolie que les autres fleurs, et mon parfum doit être plus agréable

que tous les autres parfums de la forêt, puisque c'est sur moi seule

que le poète a fait des vers.»

 

Mais à ce moment passa la vieille fée des bois qui est la

surveillante des fleurs.

 

Avec sa baguette, elle donna une tape sur la joue de la violette.

 

«Petite impudente! dit-elle, rentrez sous votre feuille, et pour

vous punir de votre vanité, je vous enlève votre parfum.»

 

Violette fut désolée. Elle pleura tant, qu'une jeune fée, qui venait

en promenade de ce côté, eut pitié d'elle.

 

«Pauvre petite, dit-elle, je ne peux plus te rendre ton parfum;

mais, puisque tu as tant de chagrin, je fais de tes larmes des pétales

plus clairs, des pétales mauves; et du moins, si tu n'es pas odorante,

tu seras plus jolie.»

 

Et, ayant dit, la fée changea la violette des bois en une violette

de Parme.

 

Et voilà pourquoi les violettes de Parme n'ont pas de parfum.

 

la violette pleura

Xavier

 

Le petit Xavier dit à ses petits camarades, Maurice et Jean:

 

«Jouons! Je serai le cocher, Maurice sera le cheval, et Jean sera

le chien qui aboie après la voiture.»

 

Maurice fit très bien le cheval. Il hennissait, levait les pieds très

haut et paraissait s'amuser beaucoup.

 

Alors Xavier dit:

 

«Je voudrais être le cheval.

 

—Comme tu voudras,» dit le petit Maurice.

 

Le petit Jean, qui faisait toujours le chien, aboyait de toutes ses

forces, courait à droite et à gauche, et semblait très content.

 

Alors Xavier dit:

 

«Je voudrais être le chien.»

 

Xavier Maurice et Jean

 

Mais sa mère, qui regardait jouer les trois enfants, dit à Xavier:

 

«Je crois bien que tu voudrais être à la fois le cocher, le cheval et

le chien.

 

—Oh ! oui, dit Xavier.

 

—Mais on ne peut pas être tout. Il faut choisir.

 

—C'est bien ennuyeux.»

Yvonne

 

Yvonne était une petite fille qui ne pouvait pas se tenir tranquille

à table. Elle gigotait, elle se penchait à droite, à gauche, en avant,

en arrière; elle descendait de sa chaise pour jouer avec le chien

Médor, ou elle prenait la chatte Minouche sur ses genoux.

 

Sa mère la grondait, son père la punissait, mais Yvonne ne se

corrigeait pas.

 

Un jour, c'était un dimanche, il y avait un très bon déjeuner, une

crème au chocolat et beaucoup de gâteaux.

 

Yvonne avait promis d'être sage, parce qu'elle ne voulait pas être

privée de dessert.

 

Au commencement, tout alla bien. Mais peu à peu la petite fille

fut reprise par sa mauvaise habitude: elle se balança sur sa chaise,

en avant et en arrière, tandis que le chien Médor et la chatte

Minouche la regardaient avec un air de dire:

 

«Prends garde! prends garde! Nous connaissons quelqu'un qui

va tomber.»

 

Et en effet, tout à coup, elle perdit l'équilibre. Elle voulut se retenir

à la table; elle se cramponna à la nappe, et patatras! Tout se

renversa sur elle et sur sa chaise, tout, les plats, les bouteilles, les

verres, les fourchettes et la crème. Elle eut mal aux bras et aux

jambes, et on dut l'emporter dans son lit.

 

Médor et Minouche se lamentèrent d'abord, puis ils se

consolèrent en mangeant sous la table la crème et les gâteaux.

Médor et Minouche mangèrent la crème et les gâteaux

 

Zéro

 

Dans la vie, quand on n'est bon à rien, les autres vous appellent

un «zéro».

 

Appliquez-vous donc à bien apprendre votre alphabet et à lire

ces contes, et je vous jure qu'on ne dira jamais de vous:

 

«La petite Marie? Le petit Jean? Oh! c'est un zéro.»

 

«La petite Marie? Le petit Jean? Oh! c'est un zéro.»

 

40840.—TOURS, IMPRIMERIE MAME

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Jules Lemaître

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