Bulletin du Comité de Madagascar — 2e année, no 3 (mars 1896)

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Bulletin

du

 

Comité

 

de Madagascar

 

2e ANNÉE – N° 3 – Mars 1896

 

Bibliothèque malgache / 25

LES ÉVÉNEMENTS

 

I. MADAGASCAR

 

JANVIER

9. – M. Laroche arrive à Tamatave, à bord du Yang-tsé. Le contre-amiral Bienaimé l’attendait au débarcadère et lui a sou-haité la bienvenue ; l’amiral était entouré des autorités militai-res et civiles, des membres de la mission, ainsi que du personnel administratif hova, son gouverneur Ramaniraka en tête.

Le cortège s’est dirigé entre deux haies de soldats vers la résidence, où M. Besson lui a présenté la colonie française.

Le soir, à cinq heures, tous les habitants européens de Ta-matave ont été reçus par M. Laroche, qui, dans une allocution fort applaudie, leur a recommandé l’union, le travail et les bons rapports avec les indigènes pour faciliter la tâche qu’il avait as-sumée.

Le lendemain il partait en filanzana pour Tananarive.

15. – Le journal le Madagascar est supprimé par un arrêté de l’amiral Bienaimé, sous prétexte qu’il aurait publié des arti-cles injurieux pour l’armée et l’administration, dans son n° du 9 janvier.

16. – Arrivée de M. Laroche à Tananarive.

17. – M. Laroche est reçu en audience par la reine de Ma-dagascar, qu’entouraient les principaux personnages de sa cour, les princes et princesses de la famille royale et les dames d’honneur. M. Laroche s’est exprimé en ces termes :

Madame,

Arrivé d’hier, je viens offrir mes hommages à la reine de Madagascar.

Je me félicite de vous être présenté par l’éminent général qui a su non seulement mériter toute votre considération, mais conquérir votre sympathie.

Ce sera l’honneur de ma vie d’avoir été choisi par le gou-vernement de la République française pour être le dépositaire de ses pouvoirs dans la grande île.

Fier de le représenter, je me sens plus heureux encore de la tâche qu’il m’a donnée à accomplir : affermir la paix, resserrer les liens d’amitié qui nous unissent à Votre Gracieuse Majesté, et, dans l’accord le plus sincère et le plus affectueux avec elle, réaliser au sein des peuples malgaches le large accroissement des productions et des richesses, la création de moyens de communications faciles et rapides, l’amélioration des conditions de la vie, le progrès moral, tous les progrès sociaux auxquels aspirent légitimement les nations du monde civilisé.

J’ai la plus entière confiance dans le succès de ma mission, parce que j’ai la plus entière confiance dans le concours pré-cieux que Votre Majesté m’accordera.

Ainsi, une ère de prospérité, de force et de grandeur jus-qu’ici inconnues, s’ouvrant pour Madagascar transfigurée, date-ra de votre règne ; et ce règne, rendu illustre, perpétuera sa trace profonde dans la mémoire de vos peuples.

Je prie Votre Majesté de vouloir bien me recevoir demain en audience privée pour signer la convention que le gouverne-ment de la République m’a chargé de lui présenter. Les deux pays ont intérêt à voir les relations entre eux perdre sans retard leur caractère d’incertitude et d’attente pour prendre solennel-lement le caractère définitif d’une union réglée, intime, frater-nelle.

La reine a répondu :

 

– 3 –

Monsieur le résident général, mes officiers et moi vous re-cevons avec grande sympathie et grands égards à l’occasion de votre venue dans mon palais.

Je salue votre arrivée en bonne santé dans la capitale.

Mon entrevue avec vous, représentant de la France, me rappelle le président de la République et son gouvernement.

Comment va-t-il ? J’espère qu’il est en bonne santé.

Je remercie le président et le gouvernement de la France de vous avoir désigné comme résident général à Madagascar pour veiller à la marche des affaires gouvernementales et contribuer par vos conseils au bonheur de mon royaume.

Vous pouvez compter avec confiance que tout sera fait pour mettre à profit vos sages conseils.

Je tiens, en outre, à vous faire savoir, monsieur le résident général, que mon peuple et moi avons la plus grande confiance dans l’avenir de progrès, de sagesse et de lumière que nous ou-vre votre arrivée ici.

18. – M. Laroche adresse au gouvernement la dépêche sui-vante :

Ce 18 janvier 1896, la reine de Madagascar, en son palais d’Argent, en présence du résident général de France et du pre-mier ministre de son royaume, a signé l’acte dont est ci-joint le texte original. Sa Majesté a conservé un exemplaire de ce texte.

Le résident général de France,

Signé : Hippolyte LAROCHE.

L’acte visé par la dépêche ci-dessus est ainsi conçu :

S. M. la reine de Madagascar,

Après avoir pris connaissance de la déclaration de prise de possession de l’île de Madagascar par le gouvernement de la République française, déclare accepter les conditions ci-après :

 

– 4 –

Art. 1er. – Le gouvernement de la République française sera représenté auprès de S. M. la reine de Madagascar par un rési-dent général.

Art. 2. – Le gouvernement de la République française re-présentera Madagascar dans toutes ses relations extérieures.

Le résident général sera chargé des rapports avec les agents des puissances étrangères ; les questions intéressant les étran-gers à Madagascar seront traitées par son entremise.

Les agents diplomatiques et consulaires de la France en pays étrangers seront chargés de la protection des sujets et des intérêts malgaches.

Art. 3. – Le gouvernement de la République française se réserve de maintenir à Madagascar les forces nécessaires à l’exercice de son autorité.

Art. 4. – Le résident général contrôlera l’administration in-térieure de l’île.

S. M. la reine de Madagascar s’engage à procéder aux ré-formes que le gouvernement français jugera utiles au dévelop-pement économique de l’île et au progrès de la civilisation.

Art. 5. – Le gouvernement de S. M. la reine de Madagascar s’interdit de contracter aucun emprunt sans l’autorisation du gouvernement de la République française.

19. – Dans une troisième entrevue, le résident général a remis à la reine une parure de diamants (valeur : 10.000 fr.), offerte par le gouvernement de la République. Le premier mi-nistre a reçu une bague à chaton en brillants.

20. – M. le colonel Marmier arrive à Tamatave, ayant effec-tué en cinq semaines la route de Tananarive à Tamatave par la route dite de Radama, déjà parcourue par M. d’Anthoüard, en juillet 1893.

25. – Arrivée du général Duchesne à Tamatave, d’où il re-part le jour même, à bord du Yang-tsé.

 

– 5 –

28. – M. Laroche télégraphie à M. le ministre des colonies que la situation est de tout point satisfaisante.

FÉVRIER

4. – Décret transportant un crédit de 760.000 francs du budget du ministère des affaires étrangères au budget du minis-tère des colonies.

Art. 1er. – Il est ouvert au ministère des colonies, au titre du chapitre 39 du budget de l’exercice de 1896, par voie de trans-port des sommes annulées ci-après, un crédit de 760.000 francs.

Art 2. – Est et demeure annulée sur les crédits ouverts au ministère des affaires étrangères, au titre du budget de l’exercice 1896, une somme totale de 760.000 francs se répar-tissant comme suit, savoir :

2e section. – Service des protectorats (3e partie).

Chap. 2. – Dépenses des résidences à Madagascar. . 533.000 fr. – 3. – Dépenses de la justice à Madagascar .............. 127.000 – 4. – Colonisation à Madagascar ............................. 100.000

Total égal .................................. 760.000 fr.

4. – Le conseil des ministres décide que le général Du-chesne sera reçu à Marseille, à son retour de Madagascar, avec le même cérémonial que celui qui a été suivi à l’égard du général Dodds à son retour du Dahomey.

8. – Le général Voyron télégraphie de Tamatave que, d’après les ordres donnés par M. Laroche, le paquebot partant de Tamatave le 19 février emmènera l’ex-premier ministre Rai-nilaiarivony, qui sera accompagné par le capitaine Lemole.

La situation générale est bonne ; les bandes des pillards de la côte Est sont énergiquement poursuivies.

 

– 6 –

11. – M. Berthelot adresse le télégramme suivant, aux am-bassadeurs de France à Londres, Berlin, Vienne, Saint-Pétersbourg, Rome, Madrid, Washington, et aux ministres à Copenhague, Stockholm et Lisbonne :

Paris, le 11 février 1896.

Je vous prie d’adresser, par écrit, au gouvernement auprès duquel vous êtes accrédité, la notification suivante.

M. BERTHELOT.

NOTIFICATION.

À la suite des difficultés survenues à Madagascar, dans l’exercice de son protectorat, le gouvernement de la République a été obligé d’intervenir militairement pour faire respecter ses droits et s’assurer des garanties pour l’avenir.

Il a été ainsi amené à faire occuper l’île par ses troupes et en prendre possession définitive.

J’ai l’ordre de mon gouvernement d’en donner notification au gouvernement de…

Les mêmes instructions ont été adressées par lettres à nos représentants à Constantinople, Rome, Bruxelles, La Haye, Athènes, etc.

11. – On télégraphie de Washington au Daily Messenger :

Le président Cleveland vient d’adresser au Congrès des États-Unis un message annonçant que le gouvernement français consent à mettre en liberté M. Waller.

La correspondance relative à l’arrestation du consul Waller a été également distribuée. Cette correspondance montre en premier lieu que l’ambassadeur des États-Unis à Paris a reçu des instructions pour accepter du gouvernement français la grâce et la mise en liberté de Waller, à la condition que l’affaire soit ainsi terminée entre les deux gouvernements et que les États-Unis n’introduisent pas de réclamation concernant

 

– 7 – l’arrestation, la condamnation et l’emprisonnement de Waller. Celui-ci aura néanmoins la faculté de demander des dommages-intérêts au gouvernement français pour les mauvais traitements qu’il aurait subis.

Le secrétaire d’État, M. Olney, dit, dans sa correspondance, que la culpabilité de Waller a été pleinement démontrée, et qu’il n’est pas de tribunal qui n’eût prononcé sa condamnation.

Le président Cleveland, dans son message, observe que cer-taines divergences existent dans les dépositions des témoins ; mais, après avoir examiné les faits et les circonstances de la cause avec impartialité, et surtout après avoir pris connaissance de la lettre de M. Waller, ainsi que des conclusions du secrétaire d’État, il ne reste au gouvernement des États-Unis d’autre alter-native que d’accepter l’offre du gouvernement français.

19. – Retour en France du prince Henri d’Orléans. Le prince Henri d’Orléans s’était embarqué au mois de juin 1894 pour Madagascar, qu’il avait traversé de Tamatave à Majunga ; de là il s’était rendu en Indo-Chine, où il a reconnu les sources de l’Iraouaddy.

20. – M. le ministre des colonies adresse au président de la République un rapport suivi d’un décret modifiant l’organisation de l’administration centrale du ministère des co-lonies.

Ce décret porte que les affaires intéressant Madagascar à la Réunion ressortiront au 3e bureau de la direction des affaires politiques et administratives. Le 3e bureau est, en outre, chargé des affaires commerciales et de celles relatives à la colonisation en ce qui concerne Madagascar et ses dépendances.

20. – RETOUR DU GÉNÉRAL DUCHESNE EN FRANCE. – Le gé-néral arrive à Marseille à bord du Yang-tsé. Il est reçu à son dé-barquement par le général Zurlinden, au nom du président de la République, par le préfet, le maire, le lieutenant-colonel Meu-nier, au nom du ministre de la guerre, par des délégations du

 

– 8 – conseil général, du conseil municipal, de divers fonctionnaires, par tous les officiers supérieurs de l’armée active et les officiers de l’armée territoriale, par M. Charles Roux, délégué par le Co-mité de Madagascar, le prince d’Arenberg, délégué par le Comi-té de l’Afrique française, etc., etc.

Le général, débarqué à 9 heures 45, a fait une marche triomphale à travers les principales rues de la ville, décorées de feuillages et d’arcs de triomphe.

Le soir une grande réception suivie de bal est donnée en son honneur dans les salons de la préfecture.

22. – Arrivée du général Duchesne à Paris. Il est reçu le même jour au palais de l’Élysée par le président de la Républi-que.

27. – Le conseil des ministres décide que l’ancien premier ministre, qui doit arriver en France le 9 mars, sera interné à Gé-ryville, en Algérie.

29. – M. Denys Cochin, député, dépose une proposition de loi tendant à la suppression de l’esclavage à Madagascar.

INFORMATIONS DIVERSES

5 février. – Sur la proposition du ministre de la guerre est promu au grade d’officier de la Légion d’honneur :

M. Ranchot (Achille), consul de France, détaché auprès de M. le général commandant en chef le corps expéditionnaire de Madagascar ; 13 ans de services hors d’Europe. Chevalier du 27 décembre 1894. Titres exceptionnels : a suivi les opérations du corps expéditionnaire et de la colonne de Tananarive ; a rendu des services importants pendant les négociations qui ont amené la reddition de la capitale et le désarmement des Hovas.

7. – Le ministre de la guerre adresse aux généraux com-mandant les corps d’armée une circulaire au sujet des sous-

 

– 9 – officiers de cavalerie proposés pour le grade de sous-lieutenant au titre du corps expéditionnaire de Madagascar. Cette circu-laire fixe les conditions d’examen de ces sous-officiers.

12. – Le ministre de la guerre adresse aux commandants de corps d’armée une circulaire relative à l’admission dans les hô-pitaux militaires des rapatriés de Madagascar et à la concession de secours à leurs familles.

20. – Le garde des sceaux promulgue un décret faisant ap-plication aux titulaires de la médaille commémorative de Mada-gascar des dispositions disciplinaires édictées par différents dé-crets concernant la Légion d’honneur et les médailles commé-moratives.

28. – MM. Fernand Pagès et Léon Boudouresque, publicis-tes, sont nommés officiers d’académie. Ont suivi l’expédition de Madagascar en qualité de correspondants attachés à l’état-major du corps expéditionnaire.

29. – L’Annamite venant de Madagascar, arrive à Mar-seille. Voici les noms des officiers qui ont débarqué : les capitai-nes de Colligny et Hamelin ; les médecins Moine, Lacreste, Cas-telli ; les pharmaciens Chambard et Contat ; MM. Loiseau, Ra-phel, Prevost, Villaume, officiers d’administration ; Bourdon, médecin ; Landrleux, sous-commissaire de la marine.

Soixante soldats de diverses armes ont été dirigés sur l’hôpital. Trois décès se sont produits pendant le trajet.

Deux cent cinq officiers et soldats débarquent le lendemain à Toulon.

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NÉCROLOGIE. – M. Guinet, contrôleur des douanes, cheva-lier de la Légion d’honneur, est mort à Vohémar, le 16 décembre dernier, à l’âge de 71 ans. Arrivé tout jeune dans l’Océan Indien comme maître maçon, M. Guinet avait habité successivement

 

– 10 –

Mayotte, Sainte-Marie et enfin Vohémar. Il comptait près de 50 ans de séjour à Madagascar ou dans les environs et était le doyen de tous les Européens de la grande île.

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NOMINATIONS ET PROMOTIONS MILITAIRES. – Par décision ministérielle du 29 janvier 1896 :

M. Trafford, capit. de cavalerie, breveté, hors cadre (Mada-gascar), est affecté au 5e rég. de dragons, comme capitaine commandant.

M. Martinie, capit. de cavalerie, hors cadre (Madagascar), est affecté au 8e rég. de hussards.

M. Waddington, lieut. de cavalerie, hors cadre (Madagas-car), est affecté au 4e rég. de chasseurs.

6 février. – Par décision ministérielle, les médecins-majors ou les médecins aide-majors dont les noms suivent, sont affec-tés :

M. Schmit, au 10e rég. d’art. – M. Debrée, à l’hôpital mili-taire de Villemanzy à Lyon. – M. Silice, au 94e rég. d’infant. – M. Darré, au 16e bat. de chass. à pied. – M. Bouchereau, au 105e rég. d’inf. – M. Prunièras, au 143e rég. d’inf. – M. Sabatier, au 22e rég. d’art. – M. Lairac, au 73e rég. d’art. – M. Creton, au 7e rég. de hussards. – M. Coste, au 81e rég. de même arme. – M. Vignier, au 28e rég. d’inf. – M. Claoué, au 122e rég. d’inf. – M. Julia, au 12e rég. d’inf.– M. Thooris, au 19e rég. de chass. à cheval. – M. Lehmann, au 29e rég. d’art. – M. Giorgi, au 24e bat. de chass. à pied. – M. Vidal, au 125e rég. de même arme. – M. Fournial, au 101e rég. d’inf. – M. Fournié, au 13e bat. de chas-seurs à pied.

11. – Les officiers ci-après, du bataillon stationné à Tama-tave, ont été affectés, savoir :

État-major : Chef de bataillon commandant, Delimoges ; – Capitaine adjudant-major, Durand ; – Lieutenant officier payeur, Dardaine.

 

– 11 –

Compagnie : 1re compagnie : capitaine Tref ; lieutenants Roy et Robin ; sous-lieutenant Bézard ; – 2e compagnie : capi-taine Ruben ; lieutenants Gagnepain et Cornu ; sous-lieutenant Argaud ; – Suite : capitaines Lacarrière et Fournier ; lieutenants Trousselle, Fénes, Maroix ; sous-lieutenants Gautier et Collot.

Les officiers du département de la guerre dont les noms suivent sont maintenus dans les états-majors et services du corps expéditionnaire.

Service d’état-major. – MM. Tatin, capitaine ; Jaubert, ar-chiviste.

Service des étapes. – MM. Bailloud, colonel ; Reibell, capi-taine ; Venot et Degoutte, lieutenants.

Service de l’artillerie. – À Tananarive : MM. Silvestre, commandant ; O’Neill, Huguet, Lizon, Vignier, lieutenants ; Mi-chon, Charlois et Penard, gardes. – À Majunga : Seguin, capi-taine ; Pierson et Maingold, gardes. – À Tamatave : Oursin, garde.

Service du génie. – Direction : MM. Marinier, colonel-commandant ; Gondard, capitaine ; Pastorel, adjoint. – Chefferie de Tananarive : Legrand, chef de bataillon ; Cré, No-guette, Girod, Dorand, capitaine ; Conrad, Vausterne, Durand, Pradal, Thoyer, adjoints. – Chefferie de Majunga : Godfrin, ca-pitaine ; Refroigney, lieutenant ; Lubin, Lnmboley, Fonvielle, adjoints. – Compagnies du génie : Cambone, Ferrand, Digne, capitaines ; Serra, Thomas, Falou, Andrieu, Jubelin, Féréon, lieutenants.

Services administratifs. – Direction de Tananarive : Thoumayou, intendant ; Latapie, officier d’administration sous-intendant à Tananarive ; Godin, Huguin, sous-intendants ; Chausson, adjoint ; Colas, Larrey (Henry), Morin, Ruffé, Rupp, Daudé, Gonce, officiers d’administration. – Sous-intendance à Majunga : Adam, adjoint ; Kornmann, Raptel, Agert, Levavas-senr, Dumont, officiers d’administration ; Thénard, officier de l’habillement et du campement. – Sous-intendance à Tama-tave : Bordes-Pagès, sous-intendant ; Peron, Millot, Greffier, Cornier, officiers d’administration.

 

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Service de santé. – Direction à Tananarive : Fluteau, mé-decin principal, directeur ; Beigneux, médecin-major ; Gen-dronneau, officier d’administration. – Hôpitaux à Tananarive : Bourdon, Fabre, Kaufmann, Prieur, médecins-majors ; Michel, médecin de 1re classe de la marine ; Benoît, Chabrut, aides-majors ; Pauleau, Nauta, pharmaciens ; Provent, Desselle, La-bère, Savoie, officiers d’administration. – Hôpital à Majunga : Gorsse, médecin-chef ; Malinas, Bischoff, Lejeune, Ferrand, Vielle, Cros, médecins ; Jegou, Courtot, pharmaciens ; Guyon, Loyer, Chiappe, Durand, officiers d’administration. – Peseur de médicaments à Tamatave : Destrem, officier d’administration. – Corps de troupes : Bechard, Pichon, médecins ; 2e bat. du rég. d’Algérie ; Delahousse, Pouy, 3e bat. d’Algérie ; les médecins de la marine : Martel, Fortoul, Duguet, 13e de marine ; Feraud, Ri-gault, Casanova, Andiat, Millon, Micholet, régiment colonial.

Service vétérinaire. – À Tananarive : Lentéric, Choleau, vétérinaires. – À Majunga : Barroux, vétérinaire. – À Tamatave : Charron, Catoir, vétérinaires.

Prévôté. – À Tananarive : Gaudelette, chef d’escad. ; Her-qué, capitaine.

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LÉGION D’HONNEUR (Ministère de la guerre). – 30 jan-vier. – Par décret, M. Metzinger (Léon-Frédéric-Hubert), géné-ral de division commandant la 1re brigade du corps expédition-naire de Madagascar, est élevé à la dignité de grand-officier dans la Légion d’honneur ; 34 ans de services, 15 campagnes, 1 citation. Commandeur du 26 décembre 1894. Titres exception-nels.

Par décret en date du même jour, sont promus au grade d’officier dans la Légion d’honneur, MM. :

Infanterie. – À la suite du 75e rég. d’inf. Rapine du Nozet de Saint-Marie (Antoine-Oscar), chef de bataillon ; 29 ans de services, 7 campagnes.

 

– 13 –

Vétérinaires militaires. – Lentéric (Julien-Eugène-Jacques), vétérinaire principal de 2e classe, hors cadre ; 34 ans de services, 2 campagnes.

Service de santé. – Fabre (Henri-Étienne-Jean-Joseph), médecin-major de 1re classe, hors cadre, au corps expédition-naire de Madagascar ; 26 ans de services, 13 campagnes. – Dan-tin (Dominique-Bertrand-Émile), médecin-major de 1re classe, hors cadre, au corps expéditionnaire de Madagascar ; 30 ans de services, 5 campagnes. – Chambard (Gaston-Léopold-Émile), pharmacien-major de 1re classe, hors cadre, au corps expédi-tionnaire de Madagascar ; 31 ans de services, 14 campagnes.

Par décret en date du même jour, sont nommés au grade de chevalier de la Légion d’honneur, MM. :

Service d’état-major. – Peyronel (Gustave-Jacques), capi-taine au 38e rég. d’artillerie (suite), détaché au service géogra-phique du corps expéditionnaire. – Doyen (René-Louis), capi-taine d’infanterie, hors cadre, officier d’ordonnance de M. le général de division Cailliot, membre du conseil supérieur de la guerre.

Archivistes des bureaux de l’état-major. – Mongin (Mar-tin), archiviste de 1re classe, hors cadre, employé à l’état-major du corps expéditionnaire.

Infanterie. – À la suite du 65e rég. Blandin (Amédée-Francisque-Oméga), capitaine. – À la suite du 74e rég. Pollachi (Joseph-Marie), lieutenant. – À la suite du 143e rég. Tardieu (Adolphe-Pierre-Victorin), capitaine. – 163e rég. Aubert (Étienne-Ferdinand), lieutenant. – 4e bat. de chass. à pied. De Bouvier (Louis-Marie-Léon-Marc), capitaine. – À la suite du 22e bat. de chass. à pied. Delanney (Emmanuel-Hippolyle), capi-taine. – Rég. d’Algérie. Pradal (François-Félix), capitaine ; Zai-gue (Joseph-Marie-Gabriel), lieutenant ; Bonvalot (Étienne), lieutenant ; Abdallah ben boud Jemah, lieutenant ; Djellal Kad-dour Benni Loud, lieutenant ; Amar ben Saïd, lieutenant ; Mo-hamed ben Ali, sous-lieutenant ; Mohammed ou Amar, sous-lieutenant.

 

– 14 –

Cavalerie. – 1er rég. de chass. d’Afrique. De Veye (Gérard-Marie-Charles-Henri), lieutenant ; Covillion (Pierre-Marie-Joseph-Maurice), lieutenant.

Vétérinaires militaires. – Barascud (Alphonse-Clément), vétérinaire en 1er, hors cadre ; Mariaud (Louis-HIppolyte-Casimir, vétérinaire en 1er, hors cadre ; Coulon (Pierre-Dauphin), vétérinaire en 1er, hors cadre.

Artillerie. – 38e rég. Les capitaines Chaton (Augustin), Bo-vet (Arthur-Gontran-Eugène), De Carmejane de Pierredon (Charles-Marie-Jules-Stéphane). – État-major partic. Martin (Jean-Baptiste), contrôleur d’armes de 3e classe (service de l’artillerie et des étapes) ; Creuset (André), ouvrier d’état de 1re classe.

Train des équipages militaires. – 18e escad. Fritel (Char-les), capitaine. – 30e escad. Violland (Auguste-Émile), capi-taine ; Alessandri (Albert-Raoul), lieutenant.

Génie. – 2e rég. Les capitaines Ferrand (Léon-Jean) ; Zobel (Charles-Aloyse-Georges) ; Digue (Louis-Thiébaud-François-Vincent). – État-major partic. Adrian (Auguste-Louis), capi-taine ; Durel (Edmond-Constant-Victor), adjoint de 3e classe.

Intendance militaire. – Les sous-Intendants militaires Meyer (Léon) ; Huguin (Jules-Marie-Joseph).

Officiers d’administration. – Bur. de l’intend. milit. Perrot (Henri). – Subsistances milit. Rupp (Charles).

Service de santé. – Lacaze (Clément-Désiré), médecin aide-major de 2e classe ; Pauleau (Joseph-Émile-Gabriel), pharmacien-major de 2e classe.

Officiers d’administration des hôpitaux militaires. – Guyonnet (Augustin) ; Bailly (Jean-Joseph-Léopold).

– Par décret en date du même jour, sont nommés au grade de chevalier dans la Légion d’Honneur, MM. :

Service de la trésorerie et des postes. – Lafont (Stéphane-Auguste-Fernand), payeur adjoint de 2e classe.

Aumôniers militaires. – Le Père Dupuy, aumônier ; l’abbé Brusley des Varannes (Georges-Prudent-Marie), aumônier ; Sabatier (Gabriel-Thimotée), pasteur.

 

– 15 –

MÉDAILLE MILITAIRE. – Par décret en date du 30 janvier 1896, la médaille militaire est conférée aux sieurs :

Infanterie. – À la suite du 161e rég. Brivot (Louis-Étienne), sergent-major. – 200e rég. Lunel (Léon-Didier), adjudant ; Pé-rarnaud (Antoine), adjudant ; Pech (Barthélémy-Sébastien), sergent-major ; Claverie (Pierre-Auguste), sergent ; Mayer (Georges), sergent. – 40e bat. de chass. à pied, Bousquet (Eu-gène), adjudant ; Montaudoin (Émile-Hippolyte), chef armu-rier ; Berthomier (Thomas), sergent-major. – Rég. d’Algérie. Les adjudants Front (Jean), Tailhardat (Jules-Jean) ; les ser-gents-majors Travers (Jacques-Philippe), Bregier (Paul-Joseph-Léon) ; les sergents Mohamed ould Abdallah ben Cadour, De-chiche (Youcef ben Ali), Amar ben M’ahmed, Abdelkader ould Salah, Saïdani (Mouloud ben Mouloud), Saïdi Ahmed Bensli-mane, Brochet (Ferdinand-Jean-François), Crausaz (Marc-Arthur), Grandjean (Philippe), Martin (Lucien-Vivian), Isnard (Joseph-Lucien), Allègre (Auguste-Louis) ; les caporaux Seddick ben el hadj Ahmed, Cammisar (Jean-Baptiste-André-Jules), Bouzid ben Charef, Sterki (Joseph) ; Salah ben Amar, clairon ; les soldats Rechrache (Ahmed), Chérif ben Mohamed, Ali ben M’ahmed, Abdallah ben Amor, Mohamed Bouchakour, Melli (Jacob), Biet (Eléonor), Renard (François), Ahmed ben M’Barck, Cot (Pierre).

Secrétaires d’état-major et du recrutement. – 14e sect. Thuet (François-Joseph), sergent.

Cavalerie. – 1er rég. de chass. d’Afrique. Collas (Jules-Étienne), maréchal des logis.

Gendarmerie. – 19e lég. Perret (Jean-Georges), gendarme.

Gendarmerie coloniale. – Comp. de la Réunion. Artigue (Bertrand), maréchal des logis ; Jullia (Jean), maréchal des lo-gis ; Filsjean (Jules-Victor), brigadier ; les gendarmes Rigouste (Auguste), Delon (Grégoire), Fabri (Mathieu), Chaton (Alfred), Gaston (Baptistin-Adolphe), Jamois (Émile-Théodore), Rouvei-roly (Émile), Canton (Pierre-Henri-Siméon), Thiébaux (Pierre-Émile).

 

– 16 –

Artillerie. – 38e rég. Les maréchaux des logis Ridard (Jo-seph-Marie), Debourgneuf (Gabriel-Charles), Bougeard (Au-guste-René-Marie), Castéran (Marie-Antoine) ; Petit (Auguste-Émile), chef artificier.

Train des équipages militaires. – 30e escad. Avril (Pol-Émile), adjudant ; Buisson (Louis-Philippe), maréchal des lo-gis ; Fleury (Théodore-Cyrille), maréchal des logis.

Génie. – 2e rég. Chapon (Édouard-Désiré), sergent-major ; Gilquin (Pierre-Paul), sergent ; Demantin (Henri-Auguste), ser-gent.

Commis et ouvriers militaires d’administration. – 30e sect. Guilhouret (Pierre), sergent ; Copitet (Louis-Victor), ser-gent.

 

II. LA RÉUNION

 

JANVIER

6. – M. Georges Richard, maire de Saint-Denis, revient de la Grande-Comore avec 212 travailleurs engagés par lui dans cette île, au nom du syndicat des agriculteurs de la Réunion.

7. – Le Conseil municipal de Saint-Benoît vote 2.000 fr. de subvention aux représentants de la colonie.

21. – La Vie dyonisienne, revue hebdomadaire, publie son premier numéro. La Vie dyonisienne se tient en dehors des questions politiques.

23. – M. Soinoury, trésorier-payeur, appelé en France pour déposer dans l’affaire Dupas, s’embarque au port de la Pointe.

29. – La Chambre de commerce de Saint-Denis, réunie pour délibérer sur le nouvel itinéraire des Messageries mariti-mes, émet le vœu suivant :

 

– 17 –

« Que la Réunion soit prise réellement comme tête de li-gne, c’est-à-dire soit désormais le premier point de départ et le dernier point d’arrivée des paquebots des Messageries mariti-mes. »

29. – L’emploi de trésorier particulier à Saint-Paul est sup-primé.

31. – Le Conseil général est convoqué en session extraordi-naire pour le mardi 4 février, à l’effet de délibérer sur la ques-tion d’une subvention de 75.000 francs à accorder pour l’établissement d’un câble devant relier Tamatave, la Réunion et Maurice. La durée de cette session est fixée à trois jours.

PERSONNEL

(MADAGASCAR ET RÉUNION)

Ramaniraka, nouveau gouverneur de Tamatave, prend possession de son poste le 4 janvier.

Rafanoharana, ancien gouverneur de Fianarantsoa, est ré-tabli dans le poste de gouverneur général du Betsileo.

5 février. – M. de Latard de Pierrefeu, juge-président du tribunal de première instance de Majunga, est nommé conseil-ler à la Cour d’appel de la Guadeloupe, en remplacement de M. Cahuzac, précédemment nommé conseiller à la Cour d’appel de Tananarive.

M. Gamon, juge suppléant au tribunal de Tamatave, est nommé juge-président du tribunal de Majunga, en remplace-ment de M. de Latard de Pierrefeu.

Juge de paix de 1re classe à Tananarive, M. Morché, juge de paix à Lorient ;

Greffier de la justice de paix de Tananarive, M. Serph, juge de paix aux Marquises.

 

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8. – M. Marmier, ancien greffier du tribunal de Tamatave, est nommé greffier du tribunal de première instance de Tanana-rive, en remplacement de M. Portet, maintenu sur sa demande au Sénégal.

8. – M. Murat, conseiller à la Cour d’appel de la Réunion, est nommé président de la même Cour, en remplacement de M. Sourd, précédemment nommé président de la Cour d’appel de Tananarive.

M. Gamin du Tremblay, président du tribunal de Saint-Pierre (Réunion), est nommé conseiller à la Cour d’appel de Saint-Denis, en remplacement de M. Murat.

M. Reval, juge d’instruction près le tribunal de Saint-Pierre, est nommé président de ce même tribunal.

M. Ollivier, substitut chargé des fonctions du ministère pu-blic près le tribunal de Saint-Louis (Sénégal), est nommé juge d’instruction près le tribunal de Saint-Pierre.

11. – Sont nommés :

Juge de paix de 3e classe à Tamatave, M. Louit, juge de paix à Bourail (Nouvelle-Calédonie) ; – Juge de paix de 2e classe à Majunga M. Mansencal, avocat, juge suppléant au tribunal de Poitiers.

13. – M. Lacascade (Théodore), gouverneur de 2e classe des colonies (Mayotte), est admis à faire valoir ses droits à une pen-sion de retraite à compter du 1er septembre 1896.

M. Froger (Ernest-Emmanuel), gouverneur de 3e classe des colonies (Diego-Suarez et dépendances), est admis à faire valoir ses droits à une pension de retraite à compter du 1er octobre 1896.

14. – M. Homberg (André), inspecteur des finances, est nommé directeur des finances à Madagascar.

 

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20. – M. Besson, vice-consul, actuellement vice-résident à Fianarantsoa, est nommé résident de 2e classe.

M. Ferrand, vice-consul, actuellement chargé d’agence de résidence, est nommé résident de 3e classe.

M. Frédéric Estèbe, vice-résident de 2e classe, est nommé vice-résident de 1re classe.

20. – M. Dossaignes, substitut à Saint-Denis (Réunion), est nommé procureur de la République à Saint-Pierre, en rempla-cement de M. Larrouy, précédemment nommé procureur à Ma-junga.

M. Saunois de Chevert, lieutenant de juge à Pondichéry, est nommé substitut à Saint-Denis.

20. – M. Couve, substitut à Saint-Pierre (Réunion), est nommé juge d’instruction à la Basse-Terre (Guadeloupe).

M. Cursal, ancien avoué, est nommé substitut à Saint-Pierre (Réunion).

25. – M. Pradon, ancien sous-préfet, est nommé résident de 1re classe.

M. Faucon, lieutenant de vaisseau, est nommé résident de 2e classe.

 

III. MAURICE

 

JANVIER

11. – Le nouveau conseil municipal tient sa première séance.

12. – Le journal la Croix et les Annales de l’Union catholi-que fusionnent en un nouvel organe, qui prend pour titre : Croix du dimanche et Annales de l’Union catholique de l’île Maurice. Le premier numéro de ce journal paraît le 12 janvier.

 

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Des élections au conseil législatif ont eu lieu du 14 janvier au 7 février. Le nombre des électeurs s’est élevé de 5.139 en 1895 à 6.468 en 1896, suivant la progression suivante :

Port-Louis 2 327 2 671

Pamplemousses 362 562

Riv. du Rempart 208 182

Flacq 317 399

Grand-Port 583 620

Savane 242 427

Riv. noire 140 152

Plaines Wilhems 770 1 215

Moka 210 240

5 159 6 468

Les élections se font sur la réforme de la direction de l’enseignement. La majeure partie des candidats, dont M. W. Newton, chef du parti libéral, sont opposés à la création d’un directeur de l’instruction publique proposée par le gouver-nement.

 

UN MONUMENT À MADAGASCAR

 

Le Comité de Madagascar a pris, le 13 mars, l’initiative d’ouvrir une souscription publique, pour élever un monument à Madagascar en l’honneur des soldats et marins du corps expédi-tionnaire morts pendant la campagne.

M. le Président du Conseil, MM. les Ministres de la guerre, de la marine et des colonies, ont bien voulu donner leur adhé-sion et leur patronage à cette œuvre patriotique.

Le Comité se propose de demander également le patronage du général Duchesne, des généraux de Torcy, Metzinger et Voyron, de l’amiral Bienaimé, du résident général de France à Madagascar et du gouverneur de la Réunion.

 

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Lorsque l’ensemble de ces concours aura été réuni, le Co-mité ouvrira la souscription à Paris, dans les départements, à Madagascar et à la Réunion, et fera connaître par une note dé-taillée les lieux et locaux de souscription, ainsi que les garanties dont il tient essentiellement à s’entourer, pour qu’aucun des versements ne soit détourné de sa véritable destination.

 

LES VŒUX DE MADAGASCAR

 

Depuis six mois que Tananarive est en notre pouvoir, per-sonne ne peut dire ce que la France compte faire à Madagascar. Le gouvernement attend, pour se prononcer, les rapports de M. Laroche, à qui les pouvoirs les plus étendus ont été accordés. Le gouvernement eût pu abroger cette période d’attente en arrê-tant, dès la fin de novembre, le programme général de notre action à Madagascar ; pour arrêter ce programme, il eût trouvé facilement à Paris les éléments d’information dont il avait be-soin. M. Laroche serait alors parti pour Madagascar, muni d’instructions précises, et la mise en valeur de l’île serait dès maintenant commencée.

Cependant, nous apprenons de toutes parts que les capita-listes, qui, au lendemain de la prise de Tananarive, étaient dis-posés à créer des sociétés pour l’exploitation de l’île, gardent leurs capitaux ; ils voudraient, au préalable, savoir quel sera le régime des douanes et celui des concessions. Les administra-teurs ne sont pas sans inquiétude sur les conséquences proba-bles de l’abolition immédiate de l’esclavage et la suppression de la corvée, que demande le Parlement ; enfin ceux qui pensent qu’on ne peut faire de bonne politique sans de bonnes finances, se demandent avec effroi si l’on n’étendra pas aux principales localités de l’île le régime municipal qu’un décret vient d’établir à Antsirane, à Nossi-Bé et à Sainte-Marie,

Le Comité de Madagascar ne se reconnaît pas le droit de tracer leur devoir aux pouvoirs publics ; le rôle de donneur de conseils ne convient pas à qui n’a point de responsabilité. Il a

 

– 22 – pensé toutefois qu’il se devait à lui-même et qu’il devait à ses membres de formuler une appréciation sur les trois ou quatre questions principales, qui sont aujourd’hui à l’ordre du jour. Le conseil s’est réuni à cet effet le 13 mars et, à l’unanimité, il a adopté les vœux suivants :

1° EN CE QUI CONCERNE L’ESCLAVAGE.

Attendu que le Parlement est saisi d’un projet de loi ten-dant à l’abolition immédiate de l’esclavage à Madagascar ;

Considérant qu’il ne peut y avoir qu’une voix en France pour réclamer cette abolition ; mais que la suppression de l’esclavage ne peut s’effectuer du jour au lendemain sans ména-gements, d’autant plus que l’esclavage revêt dans l’île un carac-tère doux et familial ; que la majeure partie des esclaves vit en dehors de toute surveillance et ne fournit au maître qu’une re-devance peu onéreuse ; que les colons atteints par l’âge sont à la charge de leurs maîtres, qui ne les laissent pas dans le besoin ;

Que la suppression immédiate aurait pour conséquences non moins immédiates :

1° De ruiner les propriétaires, auxquels on enlèverait sans compensation leur principale richesse ;

2° De réduire à la misère les libérés eux-mêmes, qui se trouveraient sans avoir et sans soutien ;

3° De mettre à la charge de la colonie les vieillards et les in-firmes, que leurs maîtres ne nourriraient plus, et que leurs fa-milles ne pourraient pas encore entretenir ;

Que, si la suppression de l’esclavage doit être réalisée dans un esprit philanthropique, il serait inhumain et barbare d’imposer brusquement un état nouveau ; que cet état créerait une agitation politique et sociale dans l’île entière ; que des dé-sordres éclateraient sous leurs formes les plus multiples ; que nous serions obligés d’entretenir des forces trois ou quatre fois plus nombreuses que celles qui sont nécessaires à l’exercice normal de notre autorité ; que les colons déjà établis émigre-raient sans esprit de retour ; qu’ainsi tous les sacrifices consen-tis par la métropole seraient anéantis ;

 

– 23 –

Par ces motifs,

Le Comité de Madagascar émet le vœu que le gouverne-ment prenne des mesures préparatoires à l’abolition de l’esclavage, notamment en empêchant la traite, déjà supprimée en principe par le gouvernement hova, en 1877, et d’ailleurs fort restreinte et localisée sur quelques points de la côte occidentale, en interdisant la vente des esclaves dans l’intérieur de l’île, en accordant à chaque esclave la faculté de se libérer moyennant finances, en prenant enfin des dispositions telles que l’esclavage aura complètement disparu de Madagascar dans un délai aussi rapproché que possible.

2° EN CE QUI CONCERNE LA CORVÉE.

Attendu que le Parlement est saisi d’un projet de loi ten-dant à la suppression de la corvée à Madagascar ;

Considérant que la corvée malgache ou fanampouane constitue en principe une institution regrettable, mais ancienne, qu’il serait dans la pratique impossible de supprimer brusque-ment ; qu’elle est en usage dans toutes les tribus de l’île pour l’exécution des services publics, et notamment des travaux re-connus nécessaires à la collectivité ; qu’elle n’est due par les mêmes individus qu’à de lointains intervalles et dans des condi-tions déterminées ; qu’elle ne se distingue en rien quant à ses origines et à ses principes de la prestation française ;

Que si les Hovas ont eu le tort d’en dénaturer le caractère par un emploi arbitraire et pour la satisfaction d’intérêts privés, ces abus seuls doivent être supprimés ;

Le Comité de Madagascar émet le vœu que, conformément aux principes qui sont encore appliqués en France, la corvée malgache soit maintenue, en lui restituant son caractère d’utilité publique, en la soumettant à des règles fixes et irréprochables, et en l’appliquant à des travaux dont l’indigène lui-même pour-ra profiter.

 

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3° EN CE QUI CONCERNE LES DOUANES.

Les commerçants et industriels français se plaignent de tous côtés de ne pas savoir à quels droits de douane ils vont être assujettis pour l’entrée de leurs marchandises à Madagascar. Continueront-ils, comme par le passé, à payer 10 p. 100 des droits ? Leurs produits entreront-ils en franchise ? Établira-t-on enfin des droits différents pour les produits français et les pro-duits étrangers, et quelle sera l’échelle adoptée ?

Autant de questions qui sont encore sans réponse.

Dans l’intérêt du commerce français et du budget de Ma-dagascar, il conviendrait, tout en favorisant le plus possible l’entrée et l’emploi des produits français, de ne pas frapper de droits prohibitifs les produits étrangers. Dans l’état actuel du commerce de Madagascar et étant connues les habitudes des indigènes, des mesures douanières seraient insuffisantes à subs-tituer brusquement nos cotonnades, qui sont le principal ali-ment du commerce, aux cotonnades d’Angleterre et d’Amérique. Les maisons de commerce françaises elles-mêmes insistent pour qu’on ne bouleverse pas brutalement les habitu-des commerciales et qu’on ménage une transition pour permet-tre aux produits français d’être progressivement connus des in-digènes et adoptés par eux.

En conséquence, le Comité de Madagascar émet le vœu qu’un tarif plus favorable que le tarif général des douanes soit appliqué à Madagascar.

4° EN CE QUI CONCERNE L’ORGANISATION MUNICIPALE.

Attendu que, par décret en date du 18 janvier, M. le Minis-tre des colonies a érigé en communes les établissements de Die-go-Suarez, Nossi-Bé et Sainte-Marie de Madagascar ; mais que toutefois il a stipulé qu’un arrêté ultérieur déterminerait la composition des conseils municipaux de ces communes ;

Considérant que ces trois établissements ne justifient pas d’une population française suffisamment nombreuse pour dé-terminer, dès à présent, leur érection en municipalité ;

 

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Que nos institutions ne sauraient convenir aux populations indigènes ;

Qu’une première municipalité créée à Nossi-Bé, en 1887, donna lieu à tant d’abus et à un tel gaspillage financier, qu’elle fut supprimée l’année suivante sur la demande même des élus et des habitants ;

Que ces abus se répéteront infailliblement si des pouvoirs analogues à ceux de nos municipalités françaises sont accordés aux nouvelles communes de Madagascar ;

Pour ces motifs,

Le Comité de Madagascar, sans contester aux colons et aux commerçants le droit d’exercer un contrôle sur les affaires municipales ;

Sans demander le retrait du décret du 18 janvier,

Appelle l’attention de M. le Ministre des colonies sur l’arrêté qui doit déterminer la composition des conseils munici-paux des communes dont s’agit,

Émet le vœu que cette composition soit telle qu’elle assure la seule défense des intérêts généraux.

L’ensemble de ces vœux prouve que le Comité de Madagas-car est d’avis de procéder par étapes dans l’organisation et la colonisation de la grande île, où toute révolution sociale et commerciale aurait les plus fâcheuses conséquences sur nos finances et l’avenir de la colonie. Il espère que ses désirs qui sont ceux de la majeure partie des Français ayant habité Mada-gascar, recevront du public l’accueil qui est dû à toute politique qui s’inspire, non du sentiment mais de nécessités gouverne-mentales.

*

* *

P. S. – Nous apprenons, au dernier moment, que le gou-vernement a l’intention d’appliquer à Madagascar le tarif géné-ral des douanes. Les produits français entreraient en franchise dans l’île ; par contre, les produits étrangers seraient frappés de droits qui, pour quelques-uns, atteindraient jusqu’à 75 p. 100.

 

– 26 –

Nous craignons fort que ces mesures n’aient pour consé-quence d’anéantir toutes les petites maisons de commerce qui existent à Madagascar, et, dans ce nombre, toutes les maisons françaises. Ces maisons ne peuvent vivre que sous la condition d’écouler également des produits étrangers. Le nouveau régime amènera leur disparition.

 

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ÉTUDE

 

SUR LA CULTURE

DU CAFÉIER DE LIBÉRIA

 

CHAPITRE I. – ORIGINE DU CAFÉIER ET DU CAFÉ.

 

L’origine du caféier est douteuse ; certains auteurs la font remonter à la plus haute antiquité. Le premier centre connu est la haute Éthiopie, dont les habitants font, de temps immémo-rial, usage de l’infusion du café. Le caféier passa ensuite en Ara-bie, où il commença à être réellement cultivé vers l’an 1400. Il fut transporté de là en Perse et dans les contrées voisines, puis son usage s’implanta dans la Turquie d’Europe.

Son introduction en Angleterre remonte à 1652, et, en France à quelques années après. Il était alors exploité par des levantins, qui fondèrent les premiers établissements publics où on débitait du café. Marseille eut le premier « café ». Les an-ciens ouvrages sur le caféier donnent à cette plante le nom de « Bon », c’est probablement pourquoi les premiers habitants de La Réunion donnaient à leur produit celui d’ « Excellent Bon ».

De Marseille, l’usage du café se répandit peu à peu en France, mais fut longtemps discuté, les gens ne lui accordant qu’une faveur relative. Cependant des établissements spéciaux se créèrent un peu partout et les occasions de réunion qu’ils of-fraient dans des salons confortables, firent décider la mode, af-fluer bientôt la clientèle et, naturellement, servirent beaucoup la cause du café.

Les cafés « Procope » et « de la Régence », à Paris, datent des premiers temps de cette mode et existent encore.

Introduction dans nos colonies. – Quand l’usage du café fut établi au point de devenir un besoin réel, des Européens

 

– 28 – s’aperçurent que les Arabes monopolisaient à grand profit la production et le commerce de cette denrée.

Ils résolurent de se procurer des plants ou des semences et de tenter ainsi l’exploitation dans leurs colonies.

Les Arabes, de leur côté, étaient jaloux de leur monopole et, non seulement défendaient avec sévérité l’exportation des plantes, mais encore préparaient les graines de façon à les ren-dre impropres à la germination.

Cette assertion est fort douteuse ; les Arabes ne voulaient pas perdre leur monopole, mais quant aux grains qu’ils ven-daient secs, ils étaient, du seul fait de la parfaite dessiccation, impropres à la semence, sans autre combinaison de leur part. Un Français réussit le premier à se procurer des graines ; mais, comme il les mit en terre en France, il ne réussit pas.

Plus tard, un Hollandais en transporta à Batavia. Ce café eut de très bons résultats et de là partirent les plants ou les se-mences pour les diverses colonies.

Chacun connaît le dévouement dont fit preuve un officier de vaisseau qui fut chargé, en 1723, d’introduire le premier plant aux Antilles et dont le vaisseau fut surpris en cours de voyage par la tempête et le manque d’eau. Cet officier, dont le nom mérite de passer à la postérité, n’hésita pas, au prix d’atroces souffrances, à partager avec son précieux arbrisseau, la maigre ration d’eau qu’il recevait par jour. Il se nommait Des Clieux et mourut pauvre et ignoré en 1775.

Ce caféier fut débarqué à la Martinique en assez piteux état ; mais à force de soins, il fut sauvé et fournit les graines qui devaient plus tard enrichir la Martinique. La culture se propa-gea rapidement à la Guadeloupe et aux îles avoisinantes.

On s’y livrait déjà avec succès dans la Guyane hollandaise et aussi aux environs de Cayenne, où la semence avait été intro-duite par un ancien forçat évadé, qui avait sollicité sa grâce et l’autorisation de rentrer en territoire français en échange de cette précieuse importation dans laquelle il risquait sa vie. Il réussit et obtint l’une et l’autre.

 

– 29 –

Du caféier. – Cet arbre, qui peut atteindre en Arabie jus-qu’à 12 mètres d’élévation sur un tronc maximum de quinze centimètres de diamètre, ne dépasse que rarement sept à huit mètres dans nos colonies. Il appartient à la famille des Rubia-cées, à feuilles simples et opposées et portant les fleurs aux ais-selles des feuilles.

La racine est pivotante, fibreuse, et s’enfonce perpendicu-lairement en terre.

Les branches sont opposées par deux et placées de façon qu’une paire croise l’autre. Le bois est ployant et pas dur.

Les branches et le tronc sont couverts d’une écorce fine et grisâtre. L’épiderme est blanc, l’enveloppe cellulaire vert clair. Le caféier vit de vingt à trente ans, quelquefois quarante : les plus vieux donnent les meilleurs fruits.

L’arbre est toujours couvert de feuilles d’un beau vert, qui se rapprochent beaucoup du laurier dit « d’Espagne », mais à nervures profondes, avec des glandes en dessous ; n’ont d’autre arome que l’arome général de la verdure.

C’est à l’aisselle de ces feuilles, et à presque toutes, que sor-tent les fleurs, qui ne subsistent guère que pendant deux ou trois jours, laissant après elles les fruits noués.

Elles répandent une odeur suave, et l’aspect d’une planta-tion en fleurs est des plus réjouissant pour la vue. Leur couleur blanche tranche en effet avec beaucoup de bonheur sur le vert foncé des feuilles et l’arbre semble comme décoré à dessein par une main habile.

Les fleurs du caféier sont hermaphrodites.

L’arbre donne cette illusion d’être constamment en fleurs, car il porte toujours à la fois des fleurs, des fruits verts et des fruits mûrs. Cependant l’observation établit que cette illusion se réalise en deux saisons, l’une au printemps, l’autre à l’automne, mais que les floraisons se prolongent longtemps. La première saison est celle qui donne le plus de résultats.

Il se passe environ un an entre l’épanouissement de la fleur et la maturité du fruit qui lui succède.

 

– 30 –

La maturation s’effectue difficilement et capricieusement parce que les fruits sont très serrés entre eux à l’aisselle des feuilles ; aussi trouve-t-on dans l’ensemble d’un groupe de fruits tous les degrés de formation du vert au rouge foncé, qui indique que le fruit est bon à récolter. Il est alors de la grosseur d’une cerise ordinaire et se compose de deux fèves convexes d’un côté et plates de l’autre. Dans le fruit elles sont naturellement l’une contre l’autre sur le côté plat séparées par une enveloppe légère.

Autour de ces deux fèves est une pulpe plus ou moins épaisse, de couleur blanchâtre, de saveur un peu douce, mais peu agréable.

Il arrive quelquefois que les travailleurs en mangent, c’est là, en dehors de l’inconvénient pour le planteur qui doit y veil-ler, un danger pour le consommateur, car l’abus donne la dysen-terie et peut même causer la mort.

Cette pulpe prend une saveur plus agréable lorsqu’elle est desséchée, au point que les colons appellent « café en cerise » et qu’ils emploient pour les semis.

La pulpe est recouverte d’une peau mince dont la couleur varie avec les périodes de la maturation.

Il arrive quelquefois qu’un fruit ne contient qu’une graine, l’autre étant avortée par la pression exercée par les fruits voi-sins.

Le grain de café varie quant à sa forme, à sa couleur et à sa saveur, suivant les contrées de production. Ses deux semences ou grains sont formées d’une substance très dure, qui varie du jaune au gris vert ou presque blanc.

 

CHAPITRE II. – CULTURE DU CAFÉIER « LIBÉRIA ».

 

Avant d’entrer au fond de cette question, il convient d’essayer de déraciner un préjugé établi chez la plupart des nouveaux colons et bien souvent chez les anciens, qui s’obstinent à vouloir trouver aux colonies ce qu’ils appellent « de la bonne terre ». Ils désignent généralement sous ce nom

 

– 31 – la terre noire qui leur rappelle le plus celle des potagers ou des jardins de France, sans se rendre bien compte que cette terre est artificielle et aussi qu’elle ne saurait convenir à toutes les plan-tes.

Toutes les terres sont bonnes, le talent du cultivateur est de les employer aux seules cultures qui y peuvent prospérer.

Nous avons un exemple frappant de cette obstination à Madagascar. Les colons ayant remarqué que les girofliers pros-péraient et donnaient un produit de choix dans l’île de Sainte-Marie, dont le sol est composé d’argile sablonneuse, de sable argileux, ou de sable, ou d’argile, ont tenté de planter des giro-fliers sur la Grande Île et en bonne terre ; ils ont eu des arbres magnifiques en végétation et pas un fruit. De là au décourage-ment, il n’y avait qu’un pas, qui a été rapidement franchi.

Le caféier est une plante rustique à laquelle tous les ter-rains conviennent, surtout les terrains pauvres, pierreux, pour-vu que ses racines puissent s’étendre dans le sol. Il est ami de l’eau, se plaît sur les pentes arrosées par des pluies fréquentes ou par des irrigations, mais ne saurait croître dans un marais, ni en plaine trop humide. Une bonne terre poussera à la végéta-tion, mais le fruit sera de qualité très inférieure. Cela tient à ce que le café s’imprègne facilement de toutes les odeurs et princi-palement de celles que dégage le sol.

Les plantations devront être établies sur des pentes en bonne exposition, les caféiers plantés en quinconces, à une dis-tance minimum de quatre mètres les uns des autres en tous sens.

Trop de soleil nuit à la bonne maturation, parce que la grande chaleur dessèche la pulpe du fruit plutôt qu’elle ne le mûrit. On obtient alors ce que les paysans nomment en France des échaudés.

Pour remédier à cet inconvénient, il est sage d’abriter les caféiers, au moins pendant leur jeune âge, par des arbres à l’ombrage léger. Celui qui donne le meilleur résultat est sans contredit le « bois noir », appelé par les Anglais « jamais mort ». Les feuilles, semblables à celles de l’acacia, donnent un

 

– 32 – excellent abri que le planteur doit régler à son gré. Cet arbre se prête à toutes les mutilations et semble y puiser des forces.

Les feuilles tombent au meilleur moment, alors que les fruits, ayant acquis leur développement, ne craignent plus l’atrophie et peuvent supporter le soleil ; elles font un excellent engrais et le bois lui-même est bon au chauffage et très propre à la fabrication du charbon.

En entourant sa plantation d’un double rang de bois noir, qui pousse avec une très grande rapidité, en en répandant suffi-samment pour abriter les jeunes caféiers de la trop grande cha-leur, le colon aura réalisé un triple but :

1° Il aura mis sa plantation à l’abri des coups de vent (pas des cyclones auxquels rien ne résiste) et des ardeurs du soleil ;

2° Il se sera procuré un bon combustible qui lui sera très utile plus tard ;

3° Par les feuilles, il renouvellera constamment la couche d’humus nécessaire.

Mise en terre. – Le caféier se sème de deux façons : à de-meure ou en pépinière. À cet effet, on divise le fruit en cerise, c’est-à-dire dont la pulpe est à peine ridée par la sécheresse, en deux parties contenant chacune un grain. Il suffit d’un peu d’habitude pour ne pas blesser les semences en les séparant.

La plantation à demeure est de beaucoup préférable, car le caféier continue à croître là où il a germé, sans avoir à souffrir plus ou moins de la transplantation et du changement du sol. Ce genre de plantation n’est praticable qu’en terrain profond, où le pivot du caféier, qui atteint et dépasse souvent 1m,50, peut faci-lement pénétrer sans rencontrer d’obstacle.

À cet effet, on trace d’abord sa plantation, puis à l’endroit indiqué pour chaque caféier, on creuse un trou d’un mètre au moins en tous sens et on crible la terre de façon à la débarrasser des racines ou débris végétaux qui attireraient des vers très nui-sibles au caféier et friands de ses racines. Cette opération termi-née, on réintègre la terre avec les pierres, sans trop la presser, et on sème, au centre du trou et à la surface deux ou trois grains,

 

– 33 – enveloppés ou non de leur pulpe flétrie, on place un jalon pour reconnaître exactement la place et on les recouvre d’abord d’une très légère couche de terre et d’une autre couche de paille ou de feuilles pour les abriter du soleil.

Les Arabes rendent leur terrain pierreux artificiellement en mettant d’assez grosses pierres autour de leur plante sans gêner le pivot. Ces pierres se désagrègent peu à peu et donnent à l’arbre la chaux dont il est gourmand.

On arrose un peu si les pluies ne suffisent pas.

La germination est assez longue et ne se produit guère avant six semaines, souvent beaucoup plus, si les semences sont anciennes.

À un an, le petit plant a déjà plusieurs feuilles et il est facile au planteur de faire son choix parmi ceux qui ont réussi au pied de chaque jalon. Il laisse le plus vigoureux et arrache les autres qu’il replante au besoin à la place de ceux qui n’auraient pas levé.

La plantation en pépinière est seulement utile dans le pays où le sol peu profond ne permettrait pas au pivot de se dévelop-per. En effet, arrivé à une couche rocheuse ou de tuf trop com-pact, il ne pourrait s’enfoncer ; mais continuant cependant sa croissance, il s’enroulerait sur lui-même, deviendrait la proie des vers ou nourrirait mal la plante, qui ne tarderait pas à dépé-rir d’abord, pour mourir ensuite, quelque soin qu’y prenne le planteur. Mais la nature est une mère accommodante dont on a quelquefois raison par l’observation et la science.

Le colon a, en effet, un moyen simple de remédier au peu de profondeur de son sol en transformant le caféier, arbre à ra-cines pivotantes, en une plante à racines traçantes demandant peu de profondeur et étayant peut-être mieux le pied dans les pays à coup de vent.

Le semis en pépinière s’impose alors parce qu’il est le plus pratique pour la transplantation. La pépinière s’établit en ter-rain très maigre et à portée du champ destiné à la plantation. La bonne terre ne réussit pas et beaucoup de grains s’y perdent en fermentant.

 

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On espacera les semences de quelques 30 centimètres envi-ron, on les couvrira d’une légère couche de terre et de paille et on entretiendra une légère humidité par des arrosages quoti-diens, de préférence le soir.

Trop d’eau noie le café et enlève aux plants toute leur force. Ce serait donc une erreur de choisir un terrain trop humide ou d’exagérer les arrosements.

Après deux ans, il faut songer à la transplantation. Les pra-ticiens assurent que la saison la plus propice à cette opération est l’hiver de chaque colonie, parce que c’est l’époque de repos de la sève. Le terrain sera préparé comme pour la plantation à demeure, les jeunes plants enlevés avec leur motte, autant que possible, seront transportés avec précaution à leur place défini-tive, et, au moment de la mise en terre, le planteur ou un homme de confiance procédera à la destruction du pivot en le taillant en bec de flûte avec un instrument très tranchant, de façon à ne pas faire des plaies déchiquetées.

Le colon ne doit pas ignorer que le bois du caféier se casse très facilement et que chaque branche cassée par accident doit être aussitôt taillée avec soin et très proprement. Il faut aussi arrêter les écoulements de sève qui fatigueraient l’arbre en fai-sant sur les coupures fraîches des applications d’argile.

Quand le pivot est coupé, il ne s’agit plus que de mettre le plant en terre, et cette opération ne demande pas plus de soin que la transplantation de la plante la plus rustique. On tasse la terre avec le pied autour du plant et il n’y a plus qu’à le laisser venir : la plantation est terminée.

C’est alors que commencera la période des sacrifices.

Tant que le colon se sera occupé de ses semis et de la transplantation, il aura trouvé naturelles toutes ses dépenses. En sera-t-il de même après, quand, ses caféiers mis en terre, il se verra contraint d’entretenir un personnel seulement employé, ou à peu près, à faire la propreté, là est la grosse question qui a fait échouer beaucoup de plantations très bien commencées. Le caféier pousse partout, mais ne peut supporter les herbes qui le privent d’air et le gênent dans sa végétation. Il veut un sol pau-

 

– 35 – vre, mais en est jaloux, il le veut seul ou sans gêneurs près de lui.

Les herbes doivent être arrachées à la main ou par un grat-tage léger, car le café venant sur des pentes, il faut tâcher d’y conserver la couche d’humus que les grandes pluies entraîne-raient bien vite. Après avoir bien nettoyé, on laisse les herbes en couche sur le sol et au pied des caféiers. Par ce moyen, on ob-tient de l’engrais et on gêne la pousse des jeunes herbes qui sont étouffées en partie.

Une plantation bien entretenue, en état constant de pro-preté, commencera à donner des fleurs et quelques fruits après un an de mise en terre définitive.

Il y a donc un minimum de trois ans et demi de la semence au fruit. Une plantation mal tenue ou envahie par les herbes rapportera plus tard et donnera de mauvais fruits ; beaucoup d’arbres périront.

Ce n’est pas alors le sol qu’il faudra accuser, l’arbre ne sera non plus pour rien dans ce mauvais résultat, qui sera tout entier imputable au peu de soins du planteur, bien sévèrement puni d’ailleurs de sa négligence.

Choix des semences. – Le choix des semences a aussi beau-coup préoccupé les planteurs. Tous leurs soins doivent porter à choisir de belles graines, en bon état de fraîcheur et ayant mûri sur l’arbre.

Les graines tombées naturellement sont bien inférieures aux fruits récoltés et soignés pour la plantation. Il est bien inu-tile de se préoccuper de la recherche de telle ou telle espèce de café. C’est là une grosse illusion dont les planteurs expérimentés ne sont plus victimes.

Le café prend le goût du terroir quoiqu’on y fasse. Le Moka planté à la Réunion se transforme en « Bourbon » au bout de peu de temps, et on ne produira pas plus de Moka à la Réunion que de Bourbon aux Antilles ; de même les plants de vigne amé-ricains transplantés de la Gironde dans l’Aude ou dans l’Hérault

 

– 36 – produisent du vin de Narbonne ou de Cette aux environs de ces villes.

L’important est donc de chercher des semences dans le pays de production le plus voisin, de façon à les avoir fraîches et de prendre ses plants, si on veut aller plus vite, chez son plus proche voisin, de façon à ne pas les faire souffrir par un long voyage inutile quant aux produits définitifs. La semence qui semble donner les meilleurs résultats par sa rusticité est actuel-lement celle du caféier dit « Libéria ».

On en trouve facilement dans toutes les colonies, tant de la Côte occidentale d’Afrique, bien à portée du berceau, qu’à la Réunion ou à Sainte-Marie de Madagascar, où cette culture a donné de bons résultats.

Il est donc inutile au futur planteur de s’acharner à étudier les quelque vingt-cinq sortes de café connues, il ne récoltera pas ce qu’il aura semé, mais bien un café spécial, propre au sol de la contrée et on peut même dire de la plantation qu’il établira.

Soins aux caféiers. – Le caféier, en dehors de la question de propreté, ne demandera plus aucun soin, sauf l’ablation des rejetons gourmands qui fatigueraient inutilement l’arbre.

Il est d’usage dans presque toutes les colonies d’arrêter la croissance des arbres à une certaine hauteur, en coupant la tête de la tige principale. Cette opération s’appelle « l’étêtement ».

Les colons en signalent les avantages dans la facilité de la récolte et aussi dans la plus grande résistance qu’offre un arbre moins haut aux coups de vent.

Les inconvénients sont autrement graves.

Le premier est que l’arbre s’accommode mal de ces blessu-res successives, la carie ne tarde pas à gagner le tronc et à le faire périr.

Un autre inconvénient est que le café produit est d’une qualité inférieure. Le caféier ainsi étêté multiplie les rejetons de ses branches latérales, ceux-ci finissent par se gêner entre eux et le fruit manquant d’air et trop à l’ombre mûrit dans de mauvai-ses conditions.

 

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Les branches inférieures, surtout dans les pays pluvieux, souffrent des vapeurs qui se dégagent de la terre par l’effet du soleil, qui luit entre les grains, et ces branches ne tardent pas à communiquer leur mauvaise santé à l’arbre tout entier, qui suc-combe à ces traitements au-dessus de ses forces.

Les planteurs déjà établis pourront faire une expérience concluante en récoltant à part une certaine quantité de café, des branches inférieures ou des branches supérieures. Ils se convaincront de ce qui vient d’être dit au simple aspect des grains secs et encore mieux à la dégustation. Tandis que le pre-mier donnera une liqueur amère avec goût végétal très marqué, le second présentera un résultat bien plus riche en arome, qui sera de beaucoup la « fine fleur » de l’exploitation.

Le café dit « moka » qui se récolte en Arabie, provient d’arbres livrés à eux-mêmes quant à la végétation, mais soignés avec beaucoup d’attention, quant à la propreté et à l’irrigation des plantations.

Les Arabes d’ailleurs sont passés maîtres en l’art de drainer ou d’irriguer les terres et nous donnent le bon exemple chaque jour en Algérie, où on peut voir des jardins arrosés artificielle-ment avec une science parfaite, notamment aux environs de Tlemcen et de Sidi-Bel-Abbès.

En conséquence, le planteur devra bien réfléchir aux conséquences et peser le pour et le contre avant de mutiler ses caféiers, et s’il désire avoir un produit de choix, crû classé, il devra bien se garder de cette malheureuse opération.

(À suivre.)

 

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