Curiosités judiciaires et historiques du moyen âge. Procès contre les animaux
Chapitre 712
68: D. Martini Azpilcuetæ Navarri opera, t. II, consiliorum, lib. V, tit. De sententia excommunicationis, consiliorum, 52, nº 7, édition de Venise, 1601, p. 190.
69: Il est bon de remarquer que dès le seizième siècle, un moine espagnol de l’ordre de Saint-Benoît, Léonard Vair, dans son livre intitulé: De fascino libri tres, qu’il publia à Venise chez Alde, en 1459, avait critiqué très-vivement cet usage d’excommunier les animaux. Nous rapporterons le passage suivant d’après la traduction que Julien Boudon a faite de cet ouvrage, et qui a été imprimée à Paris, chez Nicolas Chesnau, en 1583: «Il y a abus, dit cet auteur, qui a cours en quelques endroicts, lequel mérite d’estre blâmé et supprimé. Car quand les villageois veulent chasser les sauterelles et autre dommageable vermine, ils choisissent un certain conjureur pour juge, devant lequel on constitue deux procureurs, l’un de la part du peuple et l’autre du costé de la vermine. Le procureur du peuple demande justice contre les sauterelles et chenilles, pour les chasser hors des champs; l’autre répond qu’il ne les faut point chasser. Enfin toutes cérémonies gardées, on donne sentence d’excommunication contre la vermine, si dans certain temps elle ne sort. Cette façon de faire est pleine de superstition et d’impiété; soit pour ce qu’on ne peut mener procès contre les animaux, qui n’ont aucune raison et comme ainsi soit qu’elles sont engendrées de la pourriture de la terre, elles sont sans aucun crime; soit pour ce qu’on pèche et blasphème griefvement quand on se moque de l’excommunication de l’Église, car de vouloir soubmettre les bestes brutes à l’excommunication, c’est tout de mesme que si quelqu’un voulait baptiser un chien ou une pierre.» (P. 315 et 316.) Perinde et enim est excommunicationi velle subjicere an si quis canem aut lapidem baptizaret. (P. 159 et 160 du texte latin.)
70: Au reste on avait abusé de l’excommunication dans bien d’autres circonstances auxquelles elle devait rester étrangère: ainsi «il est constant, dit un de nos plus célèbres jurisconsultes, qu’autrefois les officiaux excommuniaient les débiteurs lorsqu’ils ne satisfaisaient point leurs créanciers à jour préfix. Et quoique les canonistes crussent qu’il n’était pas permis de se soumettre par convention à la peine d’encourir les censures de l’Église, néanmoins le mauvais usage l’avait emporté sur la raison.» (M. le procureur général Dupin, Manuel du droit ecclésiastique français, p. 53.)
«L’excommunication, dit aussi M. Faustin Hélie (_Traité de l’instruction criminelle_, t. Ier, p. 385), était l’arme habituelle de l’Église: après avoir commencé par l’appliquer aux coupables, par en châtier les crimes, elle s’en servit pour la défense de ses intérêts, pour étendre ses pouvoirs; puis elle en frappa les magistrats qui résistaient à ses prétentions ou n’apportaient pas assez de zèle à les seconder. Cette mesure extraordinaire, qui jetait l’épouvante dans les populations, devint l’instrument le plus redoutable de la politique de Rome; mais elle fut à la fois la base la plus nécessaire de la justice ecclésiastique. Il est évident que cette justice, privée des peines temporelles, n’avait pas de sanction ni par conséquent de puissance réelle; ce n’est que par le prestige des peines spirituelles qu’elle acquit passagèrement une suprématie qui s’évanouit à mesure que ce prestige s’effaça. L’excommunication fit toute la force des cours d’Église; elles tombèrent avec elle.»
71: Histoire de Paris, t. VII, p. 267, note 1.
72: Nouveaux Voyages dans l’Amérique septentrionale, La Haye, 1703, t. Ier, p. 80.
73: Lisboa, 1706 à 1728. Cet extrait de la Nova Floresta, de Manoel Bernardes, a été reproduit dans une revue portugaise intitulée Jornal de Timon, p. 386 et suiv. Lisboa, 1858, numéros 11 et 12. Un de nos philologues les plus érudits et les plus expérimentés, M. Ferdinand Denis, conservateur à la bibliothèque Sainte-Geneviève, nous a communiqué cet ouvrage. Nous sommes heureux de saisir cette occasion pour le remercier de son extrême obligeance et de son bienveillant intérêt.
74: Horat., lib. I. Sat. I.
75: Prov. XXX, 25.
76: D. Hieron, in illud., Prov. VI, Vade ad formicam, etc.
77: Absalon Abbas apud Picinellum, in Mundo symbolico, lib. VIII, c. X.
78: Plin., lib. XI, 36, 2.
79: S. Hieron., in Vita Malchi.
80: Psalm. XXIII, 1.
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Émile Agnel