Dominique
Fin
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NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
Commencé en septembre 1859, DOMINIQUE ne fut achevé, après plusieurs remaniements, qu’au début de 1862 où il parut dans la Revue des Deux Mondes en trois parties ainsi divisées: première partie, chap. I-V, nº du 15 avril, pp. 777 à 825; deuxième partie, chap. VI-XI, nº du 1er mai, pp. 143 à 194; dernière partie, chap. XII-XVIIIdu 15 mai, pp. 384 à
445.
La première édition parut en janvier 1863 avec la collation suivante:
EUGÈNE FROMENTIN. DOMINIQUE. Paris, librairie de L. Hachette et Cie, boulevard Saint-Germain, nº 77 (Impr. Lahure et Cie), 1863, in-8º.
1 faux titre portant au verso la mention suivante: «Cet ouvrage a paru pour la première fois en 1862, dans la Revue des Deux Mondes»; 1 titre et 372 p. de texte. Couverture imprimée.
Édition originale imprimée sur papier de Hollande et non mise dans le commerce.
Il était tiré en même temps une édition in-18º sur papier ordinaire, mise en vente à 3 fr. 50, qui figure dans la Bibliographie de la France à la date du 3 janvier, alors que l’édition in-8º n’y a été enregistrée que le 31 janvier.
Ultérieurement cette édition a été comprise par l’éditeur dans la collection: Littérature contemporaine, romans et voyages, à 1 franc le volume.
Il y a des variantes assez nombreuses, quoique peu importantes (sauf en ce qui concerne la fin du chap. II que nous donnons plus loin), entre le texte primitif de la Revue des Deux Mondes et celui de l’édition originale.
L’on relève aussi quelques différences portant sur la ponctuation et la composition, entre l’édition in-8º et l’édition in-18º, notamment aux pages 49, 53, 59, 67, 115, 125 et 177.
Un grand nombre des exemplaires in-8º et in-18º de l’édition Hachette (de même d’ailleurs, que le texte de la Revue des Deux Mondes), contiennent à la page 177 la faute suivante qui a été reproduite dans les autres éditions, spécialement dans les éditions Plon et Crès, et dans celle du Livre Contemporain: chap. VIII, au lieu de Il sera pédant et censeur (p. 141, 12e ligne de notre édition), on lit: Il sera pédant et en sueur.
Il est, de même, deux fautes qu’on relève communément dans les éditions modernes: chap. XIII (p. 216, 10e ligne de notre édition), au lieu de parce qu’elle y voyait…, on lit: parce qu’elle voyait…; et chap. XIV (p. 245, 27e ligne de notre édition), au lieu de As-tu prévu ce qui l’attend, on lit: As-tu prévu ce qui t’attend.
Depuis 1876, DOMINIQUE est édité par la maison Plon.
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Voici la fin du chap. II telle qu’elle figure à la Revue des Deux Mondes (p. 799 du nº du 15 mai 1862), qu’il nous a paru intéressant de rapprocher du texte de notre édition qui est celui de l’édition originale (v. supra p. 40-42), parce qu’elle en diffère assez sensiblement:
«Pauvre Olivier!» dit Dominique en le voyant s’éloigner au galop de chasse dans la direction d’Orsel.
Quinze jours après, ce devait être au milieu de novembre, le facteur rural entra le matin, et remit à Dominique une lettre cachetée de noir. Dominique, en la lisant, devint très pâle; puis il passa sur la terrasse, en nous faisant signe de laisser les enfants au salon.
«Voici des nouvelles d’Olivier, dit-il; j’étais certain qu’il en viendrait là.»
Suit la lettre d’Olivier, qui est la même dans les différentes éditions.
Vers midi, la pluie se mit à tomber. Dominique se retira dans son cabinet, où je l’accompagnai. La lettre d’Olivier avait amèrement ravivé certains souvenirs qui n’attendaient qu’une circonstance décisive pour se répandre.
La fin, comme p. 42.
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Les éditions de luxe de DOMINIQUE sont les suivantes:
EUGÈNE FROMENTIN. DOMINIQUE. Paris, Le Livre Contemporain, 1905, in-8º.
1 faux titre; 1 frontispice; 1 titre imprimé en rouge et noir; 1 f. pour la dédicace à George Sand; 333 p. de texte; 1 f. pour l’achevé d’imprimer. Couverture bleue imprimée en or.
Édition ornée d’un frontispice et de 37 paysages en vignettes ou culs-de-lampe, dessinés et gravés à l’eau-forte par Gustave Leheutre, et tirée à 117 exemplaires sur papier vergé d’Arches non mis dans le commerce.
Les eaux-fortes ont été tirées chez Eugène Delâtre, et le texte imprimé chez Plon-Nourrit et Cie.
EUGÈNE FROMENTIN. DOMINIQUE. Paris, L. Conard, 17, boulevard de la Madeleine, 1906, in-8º. Couverture imprimée.
Édition ornée d’un frontispice gravé à l’eau-forte en couleurs, imprimée à l’Imprimerie Nationale et tirée à 225 exemplaires, savoir: 200 ex. sur papier de Rives (30 fr.), et 25 ex. sur japon ancien (60 fr.).
Fait partie de Cinq confessions d’amour.
EUGÈNE FROMENTIN. DOMINIQUE. Édition suivie de plusieurs lettres de l’auteur et ornée d’un portrait gravé sur bois par P.-E. Vibert. Paris, Georges Crès et Cie, Les Maîtres du Livre, 3, place de la Sorbonne, 3, (Evreux, Impr. de Paul Hérissey), MCMXII, petit in-8º.
1 faux titre avec, au verso, le nº de l’exemplaire et la nature du papier; 1 portrait; 1 titre; 1 f. pour la dédicace à George Sand; 1 second faux titre; 388 p. de texte; 2 fac-similés hors texte du manuscrit de l’auteur; 1 f. pour la justification du tirage. Couverture imprimée.
Sixième volume de la collection Les Maîtres du Livre, tiré à 839 exemplaires, soit: 3 ex. sur vieux japon impérial numérotés de 1 à 3 (40 fr.); 5 ex. sur chine, numérotés de 4 à 8 (30 fr.); 46 ex. sur japon impérial (dont 6 hors commerce), numérotés de 9 à 48 et de 49 à 54 (20 fr.); et 785 ex. sur papier d’Arches (dont 40 hors commerce), numérotés de 55 à 804 et de 805 à 839 (7 fr. 50).
Cette édition, dont le texte contient de nombreuses fautes, comprend (pp. 373 à 388) six lettres extraites d’une correspondance échangée entre E. Fromentin et George Sand, et relatives à la conception de DOMINIQUE.
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Les variantes qu’on relève entre le texte de la Revue des Deux Mondes et celui de la première édition de DOMINIQUE, ont pour origine les conseils que George Sand avaient donnés à Fromentin pendant le séjour que celui-ci fit à Nohant en juin 1862, c’est-à-dire entre la publication des deux versions.
L’on trouve d’ailleurs dans les Correspondance et Fragments inédits de Fromentin (recueillis par M. P. Blanchon, Plon, 1912, 1 vol. in-18º), les notes prises par l’auteur sous la dictée de George Sand qui lui avait suggéré certains changements à faire à son roman.
Fromentin tint compte de quelques-unes de ces indications, notamment de celles qui concernent la fin du chap. II (v. la première version que nous donnons plus haut), la promenade au bois de Boulogne (p. 165 de notre édition), l’allusion à Mauprat dans la course à cheval avec Madeleine (ibid., p. 277). George Sand avait en outre conseillé d’introduire un avant-dernier chapitre où Dominique aurait, à son retour de Nièvres, expliqué à Augustin les sentiments qui l’animaient à l’égard de Madeleine perdue pour lui, et où l’on aurait vu apparaître celle qui devait devenir Mme de Bray. Le chapitre xviii serait alors devenu le chapitre xix, avec quelques adjonctions relatives à la guérison de Dominique. Fromentin n’obéit pas à cette suggestion et ce chapitre ne fut pas écrit.
Dans une lettre à George Sand du 9 novembre 1862, Fromentin s’excuse, d’ailleurs, de n’avoir pu faire à son oeuvre les changements convenus.
Le 9 janvier 1863, il lui annonce l’envoi d’un exemplaire de DOMINIQUE, «de format in-8º, papier propre, que le brochage de cette édition de cérémonie», non encore fini, l’empêche de faire parvenir à son amie.
DOMINIQUE paraît officiellement en librairie le 10 janvier 1863. Et le 27 janvier, Fromentin écrit à George Sand en lui disant que s’il ne lui a pas envoyé l’exemplaire annoncé, c’est qu’il y a relevé des fautes énormes, des corrections faites à l’imprimerie, après le bon à tirer, par un correcteur scrupuleux qui s’était permis de substituer des non-sens à certaines hardiesses…, et qu’il a fallu tout arrêter et introduire des cartons. Il explique qu’il a lâché tels quels quelques exemplaires de librairie, mais qu’il en reçoit à la minute même de plus propres dont le premier va être adressé à Nohant.
Nous trouvons là l’explication des fautes relevées sur un certain nombre d’exemplaires de l’édition originale, même de l’édition in-octavo. Ce qui semble plus singulier, c’est de voir les mêmes fautes reparaître dans les éditions ultérieures, et à plus forte raison, dans les éditions de luxe.
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Dans quelle mesure DOMINIQUE est-il une autobiographie? C’est ce qu’il est facile de savoir par les Lettres de jeunesse de Fromentin (Plon, 1912, 1 vol. in-18º), et par les notes si intéressantes dont M. Pierre Blanchon les a reliées entre elles.
En ce qui touche les lieux, nous y apprenons d’abord que pour les Trembles, Fromentin a pris comme modèle de sa description en partie la maison de campagne que ses parents avaient aux portes de La Rochelle, à Saint-Maurice; toutefois, certains traits, l’aspect du paysage, les grands horizons voilés, sont empruntés à la propriété que des amis de sa famille, les Seignette, avaient tout à côté, à Vaugoin.
Ormesson, la petite ville basse, hérissée de clochers d’église…, dévote, attristée, vieillotte, oubliée dans un fond de province, c’est La Rochelle, telle qu’elle existait au commencement du siècle dernier.
Les personnages. Dans Augustin, M. Louis Gillet (_Revue de Paris_, du 1er août 1905) voit un jeune professeur du lycée, Bardant, dont l’influence avait été grande sur ses élèves. Pour M. Louis Audiat (_Revue des Charentes_, 30 septembre 1905), c’est un mélange de Léopold Delayant, qui fut le maître de Fromentin à La Rochelle et s’intéressa beaucoup à ses débuts, et aussi de son grand ami, Émile Beltrémieux.
Le modèle d’Olivier d’Orsel est un des camarades de collège d’Eugène, Léon Mouliade, fils d’un propriétaire de Fontenay-le-Comte. La finesse de sa nature, la distinction de ses manières, sa mise recherchée et l’air de dandysme répandu sur toute sa personne, avaient infiniment plu à Fromentin qui entretint avec lui des relations longtemps suivies, bien qu’assez espacées.
Quant à Madeleine, qui ne s’appelait pas Madeleine, elle était la fille de la veuve d’un capitaine au long cours, voisine de campagne de la famille Fromentin. De sang créole par sa mère, elle était très brune, avec un teint mat et une peau blanche. Gaie, enjouée, spirituelle plus qu’intelligente, et assez coquette, elle se prêtait facilement au sentiment très vif qui attirait vers elle son compagnon de jeunesse, encore bien qu’elle eût quatre ans de plus que lui. En octobre 1836, Madeleine épousait un jeune homme de vingt-deux ans—elle en avait dix-sept—attaché à l’administration des contributions directes, mais qui devait par la suite acheter une charge d’agent de change à La Rochelle.
C’est à ce moment qu’Eugène Fromentin eut nettement conscience de son amour pour Madeleine. Pendant quatre ou cinq ans, il vécut de ce sentiment exclusif qui absorba toutes les forces de sa jeunesse et de son talent. Il la cherchait partout où il pouvait la rencontrer, à la promenade, au théâtre, dans le monde. Pendant les absences de son mari, maussade et bourru, et qui semble ne pas l’avoir rendue heureuse, elle recevait Eugène chez elle, trouvant surtout dans cette intrigue une distraction à l’existence monotone qu’elle menait. Malgré ces imprudences, il est difficile d’admettre qu’il y ait eu entre eux autre chose que des conversations passionnées et un commerce purement sentimental.
«Au cours de l’été 1838, Eugène Fromentin était parvenu aux termes de ses humanités. La distribution des prix fut pour lui l’occasion de la scène qui est racontée dans DOMINIQUE avec un accent de sincérité auquel il n’est pas permis de se tromper.»
En novembre 1839, Fromentin partit pour Paris où il devait faire son droit. Il revient à Saint-Maurice aux vacances, et il retrouve Madeleine. Il s’efforce de lutter contre sa passion qui l’a repris tout entier. Mais l’affection profonde qu’il avait vouée à la jeune femme persistait toujours, malgré les efforts réunis de tous, mari, parents et amis, pour amener une rupture.
Et cela dura jusqu’en 1844 où Madeleine dont la santé était depuis longtemps précaire, vint subir à Paris une grave opération dont elle mourut le 4 juillet. Elle avait un peu plus de vingt-sept ans et laissait trois jeunes enfants.
Sous le choc terrible qu’il reçoit de cette mort, Fromentin envisage sa retraite dans un couvent. Sa douleur s’épanche dans les lettres qu’il envoie à ses amis, de Meudon où il s’est réfugié. Ses années d’enfance lui refluent à l’esprit et au coeur.
«Tout mon passé m’a traversé la mémoire, écrit-il, depuis mes lointaines rêveries dans mon allée verte de Saint-Maurice… Puis le souvenir incessant de ma pauvre amie s’est emparé de moi pour ne plus me quitter. En quelques secondes, j’ai remonté le cours des sept années passées ensemble. Enfin je l’ai revue morte…
«Je pense à toi qui dors là-bas sous l’herbe mouillée du cimetière, pauvre tête si belle, aux yeux si doux, au teint si blanc, aux cheveux si noirs…»
Et voici DOMINIQUE qui apparaît, à quinze ans de distance: «Amie, ma divine et sainte amie, je veux et vais écrire notre histoire commune, depuis le premier jour jusqu’au dernier. Et chaque fois qu’un souvenir effacé luira subitement dans ma mémoire, chaque fois qu’un mot plus tendre et plus ému jaillira de mon coeur, ce seront autant de marques pour moi que tu m’entends et que tu m’assistes…»
Celle qui fut Madeleine est enterrée dans le cimetière de Saint-Maurice, non loin du tombeau d’Eugène Fromentin. Elle reçoit de temps en temps la visite des fervents de DOMINIQUE, car il est impossible à tous ceux qui l’ont goûtée d’oublier la figure idéale de charme, de jeune gravité et d’ardente tendresse de Madeleine de Nièvres.
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CETTE ÉDITION DE DOMINIQUE
PRÉPARÉE PAR LES SOINS DE G.-J. PLACE
A ÉTÉ ACHEVÉE D’IMPRIMER
PAR PROTAT FRÈRES A MACON
LE 24 OCTOBRE 1920
CENTENAIRE DE LA NAISSANCE
D’EUGÈNE FROMENTIN
Vous avez terminé Dominique
Eugène Fromentin