En Amour avec La Femme de Chambre dans les Etats Unis (Les Milliardaires Machos t. 2)

Chapitre Cinq

 

Le lendemain Pierce prit l’avion pour le Texas et il fallut encore

quatre jours avant que Céline le revoit. Non pas que ça lui déplaisait. Elle

avait besoin de passer du temps sans qu’il soit là, le temps de construire ses

défenses et d’accepter que Pierce n’était que son employeur et rien d’autre.

Comment avait-elle pu se leurrer ? L’homme était un milliardaire.

Pourquoi voudrait-il d’elle ? Les femmes comme elle étaient seulement

des jouets pour les hommes comme lui, des jouets avec lesquels ils jouent

un moment et qu’ils jettent quand ils commencent à s’ennuyer. Sophia,

d’autre part jouait dans sa catégorie. Elle avait beaucoup d’argent, Céline

en était sûre, et elle en a en tout cas l’attitude.

Elle, en revanche, n’avait rien. Comment pouvait-elle la

concurrencer ?

Ce soir, quand Pierce rentra à la maison Céline était prête pour lui.

Son cœur était enfermé dans un coffre en acier et rien de ce qu’il pourrait

dire ou faire n’aura d’impact sur elle. Elle garderait son visage neutre et

elle le saluerait avec un sourire professionnel. Aussi difficile que cela était,

pour le bien de Kylie et de sa propre santé mentale, elle séparerait de ses

émotions. Elle serait aussi cool que voulu, et elle sera l’employé modèle.

Ni plus ni moins.

C’était son plan.

Mais quand Pierce passa le pas de la porte avec le regard

d’abattement et de tristesse sur son visage anéanti, tous ses plans partirent

en fumée.

Choquée, elle se précipita à ses côtés. « Est-ce que tout va bien ? »

Demanda-t-elle, essayant de lire son visage. Qu’est-ce qui a bien pu se

passer pour qui est l’air aussi terrible ?

« J’ai besoin d’une minute, » dit-il et il laissa ses sacs tomber sur le

sol. Ses yeux se posèrent alors derrière elle, sur Kylie qui semblait avoir

senti que quelque chose clochait. Elle n’avait pas couru et sauté dans les

bras de son oncle Pierce. Elle se tenait là, ses doigts tortillant la ceinture

qui pendait à sa robe, ses yeux bleus énorme sur son visage de fée.

Pierce se redressa et se faisant, il prit une profonde inspiration et

regarda Céline.

À ce moment, elle savait. Aucun mot n’avaient été échangés entre

eux, mais l’angoisse dans ses yeux, l’extrême épuisement sur son visage,

étaient tout ce qu’il fallait. Le pire était arrivé. La douce et tendre Kylie

avait perdu sa mère.

Les lèvres de Céline tremblaient et même si elle ne l’avait jamais

rencontré, elle avait envie de fondre en larmes. Quand elle sentit son

visage commencé à s’effondrer, elle se mordit la lèvre et inspira lentement. Non, elle ne s’effondrera pas. Ce n’était pas son moment. C’était Pierce

qui avait perdu un être cher et plus que quiconque, Kylie.

« Que voulez-vous que je fasse ? » Murmura Céline en levant les

yeux vers le visage frappé par le deuil de Pierce.

« Prenez-la, » il a dit. « J’ai besoin de quelques minutes. Emmenez-

la dans sa chambre et je monterai dans quelques minutes. »

Céline hocha la tête, se dirigea vers Kylie et lui prit la main. « Viens,

ma chérie, » dit-elle d’une douce voix apaisante. « Oncle Pierce viendra te

voir dans ta chambre. Donnons-lui juste quelques minutes pour se poser un

peu. »

Kylie ne dit rien. Pendant un moment, elle continua à fixer Pierce

puis elle hocha la tête, son visage avait l’air beaucoup plus âgé que ses

quatre ans, et se tourna avec Céline et elles s’en allèrent.

Kylie Nichols était la petite fille la plus brave que Céline connaissait.

Comme un soldat miniature, elle était assise tranquillement, les mains

posées sur ses genoux comme quand Pierce lui avait dit qu’il devait aller

rendre visite à sa mère après avoir reçu un appel urgent de l’hôpital.

Malheureusement, elle était partie avant qu’il n’arrive. Mais les

infirmières lui avaient dit que ça c’était passé paisiblement, comme si elle

s’était endormis pour un très long moment.

« Est-ce que maman est au paradis maintenant ? » Kylie demanda

dans un murmure à peine audible.

« Oui, » dit Pierce, ses yeux brillants d’émotion. « Les anges

prennent soin d’elle maintenant. »

Seulement alors les larmes de Kylie ne commencèrent à couler. Alors

que Pierce se mit à genoux sur le sol en face d’elle, il ouvrit ses bras. Elle

se glissa dans l’étreinte et posa sa tête sur ses épaules. Puis son petit corps

se secoua de sanglots.

Pierce la laissa pleurer tout en lui caressant doucement le dos et en lui

disant des paroles douces et réconfortantes dans son oreille. Il a fallu

plusieurs minutes avant que les pleurs s’apaisent et Kylie leva son visage

pour regarder dans les yeux de Pierce. « J’aurais aimé que maman reste

avec moi, » dit-elle dans un soupir, « mais je pense que papa avait plus

besoin d’elle. Je sais qu’ils sont ensemble maintenant. »

Lorsque Céline l’entendit prononcer ces mots, elle voulut la prendre

dans ses bras et pleurer. Quelle petite fille de quatre ans stoïque. Elle

agissait avec une maturité bien au-delà de son âge, gérant sa tragédie avec

un courage que de nombreux adultes n’auraient pas été en mesure d’avoir.

Cette nuit-là, Kylie dormit dans le lit de Céline, dans ses bras. Il n’y

avait pas moyen qu’elle la laisser dormir seule. Alors que l’enfant dormait, elle lui caressa les cheveux jusqu’à ce qu’elle, aussi, finisse par dériver dans

un sommeil sans rêves.

Quelques jours plus tard Pierce les envoya à New Haven dans son jet

privé où Kylie pu dire son dernier adieu. Pour son bien, ce fut une

cérémonie très privée avec seulement les proches parents et amis présents.

Elle passa toute la cérémonie assise sur les genoux de Céline, enveloppé

dans ses bras.

Quand ils retournèrent chez eux, ils étaient particulièrement

attentionnés avec Kylie, ne la laissant que peu de temps seule, mais lui

permettant d’avoir suffisamment d’espace faire son deuil. Même Sophia

s’efforça de lui être agréable, lui apportant des jouets et un livre sur les

anges. Mais, il fallut tout de même quelques jours avant de voir le premier

sourire apparaître sur le visage de Kylie et encore plus longtemps avant

d’entendre son rire. Il lui faudra beaucoup de temps avant de guérir, mais

Céline savait que son petit soldat y arriverait.

***

 

« J’aimerai un changement d’environnement pour Kylie. Depuis

l’enterrement, elle n’a pas quitté la maison. Elle a besoin de sortir, de respirer à nouveau. » Pierce croisa les bras sur sa poitrine et se pencha en

arrière contre le comptoir en marbre au milieu de la cuisine.

Il pensait à ça depuis un certain temps. Il voulait l’emmener dans un

endroit où elle pourrait jouer et rire à nouveau, quelque part qui ne lui

rappellera pas sa perte.

« Disney World ? » Céline posa son menton dans sa paume, tout en

le regardant. Aujourd’hui, elle avait renoncé à sa queue de cheval et avait

laissé ses cheveux noirs tomber doucement sur ses épaules.

Pierce y réfléchit puis secoua la tête. « Non, c’est un peu trop pour

elle, je pense. Un peu comme d’aller d’un extrême à l’autre, vous voyez ? »

« Et une croisière dans les Caraïbes ? Une de celle qui est faite pour

les enfants ? » Céline demanda avec une légère inclinaison de la tête. Elle

était si mignonne quand elle faisait ça.

Il plissa le front. « Hum, non. C’est un peu la même chose. » Il

desserra ses bras et les étira en grand pour détendre les nœuds dans le dos.

« J’aimerai l’emmener dans un endroit différent mais je veux que ce soit un

changement plus doux d’environnement. Pas au rythme si rapide. »

Puis une pensée lui vint. Céline parlait avec une telle ferveur chaque

fois qu’elle mentionnait ses frères et sa mère. Peut-être qu’une semaine ou

deux en compagnie d’une famille aimante est le changement dont Kylie a

besoin ?

« Et pourquoi pas un voyage en Europe ? »

À ses mots les sourcils de Céline se levèrent et elle leva les yeux vers

lui avec un soupçon d’excitation dans ses yeux. « L’Europe ? » demanda-t-

elle « Si loin ? »

Pierce rit. « Un vol de sept heures ? Ce n’est pas si mal. Essayez

quatorze ou dix-huit heures. J’en ai fait beaucoup des comme ça. Ça c’est

loin. »

Il y avait une certaine distance dans les yeux de Céline. Il était clair

qu’elle pensait à la maison.

Pierce décida d’appuyer sur le point de la maison, afin de la

convaincre alors qu’elle semblait être dans une humeur nostalgique.

« Ameriez-vous aller rendre visite à votre famille ? »

Céline tourna ses yeux grands expressifs vers lui. « Êtes-vous sérieux

? » Sa voix était un murmure haletant, presque comme si elle avait peur de

prononcer les mots.

« Bien sûr. Vous parlez beaucoup de Marc et Sylvain c’est presque

comme si je les connaissais. Je serais ravi de les rencontrer. » Il souriait en

se dirigeant vers la table et tira une chaise. Il s’assit en face de Céline.

« Plus important encore, ce serait formidable pour Kylie. Être avec

d’autres enfants est probablement ce dont elle a besoin en ce moment. »

Céline commença à mordre sa lèvre inférieure avec ses dents. « Je ne

sais pas. J’adorerais vraiment rentrer à la maison pour une visite... mais les

garçons et Kylie ? Je ne suis pas trop sûre. Ils peuvent être un peu rudes. »

« Ne sous-estimez pas la profondeur de la compréhension que les

enfants peuvent montrer. Et même si ce sont des garçons, » dit-il avec un

petit rire, « ils peuvent avoir de la compassion. Hé, les garçons ne sont pas

si mal que ça. Je le sais. J’en étais un. »

À ce commentaire son visage se détendit et ses lèvres se

transformèrent en un sourire. Ses yeux bruns brillaient alors qu’elle le

regardait. « Vous m’avez convaincu. Je serais ravie d’emmener Kylie

rencontrer ma famille. »

Il fit un faux froncement de sourcils. « Et moi alors ? »

Céline éclata de rire. « Et vous aussi, Pierce. Je suis sûr qu’ils vont

tous vous adorez. »

***

 

« Donc voilà M. Pierce D’Amato. Bienvenue, Monsieur. »

Claire Santini pris ses mains dans les siennes, puis se mit sur la pointe

des pieds pour embrasser ses deux joues. C’était une petite femme aux

cheveux noirs corbeau attachés en un chignon au sommet de sa tête. Ses yeux noirs brillaient sur son visage rose et ses lèvres témoignent de

beaucoup de rires et de gaieté. Elle rappelait à Pierce un petit moineau

enjouée, pleine d’une énergie vivante qui ne pourrait jamais s’éteindre.

Elle contrastait avec sa fille. Elle était minuscule et un peu rondelette

avec des yeux noirs comme la nuit, alors que Céline était mince avec des

yeux bruns profonds dans lesquels un homme pouvait s’y perdre. Même si

elle était de taille moyenne, elle faisait au moins quatre ou cinq pouces de

plus que sa mère.

Lorsque Claire libéra ses mains Pierce regarda Céline qui se trouvait

au milieu de la modeste salle de séjour. « Alors, où sont les jeunes hommes

dont j’ai tellement entendu parler ? »

Elle leva les yeux au ciel. « Cachés je suis sûre, à attendre le bon

moment pour nous jouer un tour. » Mais ensuite, elle se mit à sourire et ses

yeux exprimaient de l’impatience. Elle posa ses doigts sur ses lèvres et alla

sur la pointe des pieds à la porte qui menait à la cuisine. Elle était

légèrement entrouverte et, sans avertissement, elle tendit un bras et revint

avec un garçon, qui hurlait de rire.

« Marc, qu’est-ce que tu as là ? » Elle demanda, tout en tirant un

énorme pistolet à eau de ses mains. « Vous alliez nous arroser, vilain

garçon. Tu es si méchant. » Elle déposa le jouet sur le sol. « Vient vilain garçon. Fait un câlin à ta sœur. » Elle enroula ses bras autour de lui et

embrassa le haut de sa tête.

« Beurk, bisous. C’est dégoûtant. Ce n’est pas bon. » Marc se

détacha de son étreinte, mais ses yeux sombres brillants indiquait qu’il

aimait l’attention.

« Marc, pas comme ça, mon petit. On se tient bien. » Claire secoua la

tête et lui lança un regard sévère. « Maintenant, va chercher ton frère. Dit-

lui d’arrêter de se cacher. »

Sylvain avait manifestement tout écouté, parce qu’aux paroles de sa

mère, il sortit de derrière la porte puis entra dans la salle de séjour. Avec ses

grands yeux bruns et les cheveux noirs, il était comme une version

masculine de Céline. Plus calme que son frère, ou peut-être voulant

paraître plus mature, il s’approcha de sa sœur avec un petit sourire qui

s’élargit en un grand sourire. Évidemment, il était incapable de contenir sa

joie de revoir sa sœur.

« Sylvain », cria Céline. « Comme tu as grandi. » Elle lui donna le

même traitement qu’elle avait donné à Marc, le serrant fort dans ses bras,

mais il était presque aussi grand qu’elle donc elle a fini par l’embrasser sur

la joue. Contrairement à son frère, il ne montra aucune objection.

Puis Céline alla jusqu’à l’endroit où se cachait Kylie, derrière Pierce.

« Vient, chérie. Ne soit pas timide. » Elle prit la main de la fillette. Et doucement l’amena devant. « Les garçons, voici Kylie. Venez lui dire

bonjour. »

Kylie se cramponnait à Céline avec une main et mit le pouce de sa

main libre dans sa bouche. Elle leva les yeux vers les garçons, avec

d’énormes yeux fatigués.

Marc sourit et lui fit un signe de main rapide. « Salut, » dit-il puis il

mit ses mains dans ses poches.

Sylvain, lui prit une approche différente. Il a dû voir vu l’incertitude

de Kylie à être dans une maison étrange avec trois étrangers qui parlaient

bizarrement. Il s’accroupit et la regarda dans les yeux. Avec un sourire, il

tendit la main. « Ravi de vous rencontrer, Mademoiselle Kylie. »

Pendant un instant, elle hésita puis, ne lâchant pas Céline de sa main

gauche, elle sortit son pouce de sa bouche et tendit la main droite à Sylvain.

Il la prit, le pouce humide et tout, et lui serra la main. « Je sais que nous

serons de bons amis, » dit-il.

Kylie ne dit rien mais elle hocha lentement la tête et remit son pouce

dans sa bouche.

Claire devait avoir vu que l’enfant était épuisée parce qu’elle clapa

ses mains et se mit à chasser les garçons hors de la salle. « Il est temps de

se reposer maintenant. Les voyageurs sont très fatigués. »

Ses paroles déclenchèrent un sentiment de lassitude chez Pierce et si

il se sentait si fatigué, il pouvait imaginer à quel point les autres l’étaient, et

surtout Kylie qui n’avait pas l’habitude des vols de plusieurs heures. Même

si elle avait dormi la plupart du voyage, elle n’avait probablement pas

dormi aussi profondément que dans son propre lit.

Ce qui empirait les choses, était qu’il était maintenant le milieu de la

nuit au Massachusetts, alors qu’il était le début de la journée en France. Il

faudrait au moins vingt-quatre heures pour que leurs horloges biologiques

se règlent.

Après un repas léger Claire les mit au lit, Céline et Kylie partageant la

chambre de Céline et Pierce occupant la chambre de Marc.

La maison de Céline était un petit bungalow soigné dans le petit

village de Thomery, qui se trouvait juste à l’extérieur d’Avon, la plus

grande ville la plus proche. Quant à Paris, ils avaient parcouru près d’une

heure à partir de l’aéroport Charles De Gaulle pour arriver ici. Ça avait été

un long voyage, mais pour Pierce ça en valait la peine.

Ici, dans ce village, loin de l’agitation de la ville, il savait que Kylie

trouverait du réconfort. Allongé dans le lit à écouter les oiseaux siffler dans

les branches qui pendaient par la fenêtre, il pouvait l’imaginer courir à

travers les prairies verdoyante avec les garçons ou ramasser des fleurs qui

bordaient les sentiers sinueux qu’ils avaient vu en arrivant ici. Partout où vous regardiez, il y avait des fleurs. Des jardins fleuris devant les petites

maisons, et Pierce pouvait sentir la fierté des habitants dans leur belle petite

ville.

Il sourit de contentement. Il avait hâte de profiter de ce séjour

paisible de détente dans ce village endormi.

L’après-midi suivante, alors qu’ils avaient complètement récupérés du

voyage, Céline décida de montrer à Pierce et Kylie dans sa ville natale. Ils

se lancèrent dans une visite à pied du village qui leur prit deux heures. Ils

s’arrêtèrent pour parler au boucher qui était en train de suspendre une

guirlande de saucisses dans la vitrine, puis ils allèrent à la boutique d’une

couturière qui était assise à la fenêtre fredonnant tout en travaillant sur ce

qui ressemblait à une robe de mariée. Quand elle vit Céline elle laissa

tomber son ouvrage, frappa dans ses mains puis courut à l’extérieur pour la

saluer. Céline obtenu la même réaction au bureau de poste, à la pharmacie

et à la petite bibliothèque, qu’elle lui avait dit être comme sa deuxième

maison. Il était évident qu’elle était connue et aimée dans sa communauté.

Ils continuèrent, appréciant l’air frais et la lumière du soleil, jusqu’à

ce qu’ils arrivent à l’épicerie locale désormais exploitée par le vieux

professeur de piano de Céline. Grand, mince et fluet, il ressemblait à un

phasme portant des lunettes. Il embrassa Céline et Kylie sur leurs joues.

Quand il se tourna vers Pierce, il fit involontairement un pas en arrière,

mais l’homme lui tendit la main en guise de salutation.

« Bonjour, » dit-il, lorgnant Pierce d’un air soupçonneux.

« Bonjour, » répondit Pierce et mais avec une certaine réservation.

Pourquoi est-ce qu’il le regardait comme ça?

L’homme se tourna vers Céline et commença une conversation

animée en français dont Pierce ne comprit que deux mots, fiancé et

mariage.

Lorsque les mots sortirent de la bouche de l'homme un regard étrange

passa sur le visage de Céline. Elle se mordit la lèvre et regarda le sol. Il

était évident que tout ce qu'il avait dit la bouleversait. Quand elle leva

finalement la tête, son expression sereine était partie et ses yeux bruns

affichaient d’une colère indubitable.

Elle répondit au commentaire de l'homme, d’un ton cassant. Elle

hocha la tête et dit au revoir, puis elle afficha un sourire sur son visage et se

tourna vers Kylie et Pierce.

« Je suppose que vous deux devez avoir faim maintenant. Pourquoi

ne pas retourner à la maison ? »

Ils marchèrent en silence pendant quelques minutes, Céline semblant

perdu dans ses pensées, quand Pierce décida de la questionner sur son

changement de comportement. Elle était passée de joyeuse et pétillante à calme et sombre en l’espace de quelques minutes, à cause d’une

conversation qu’elle avait eu avec son ancien professeur. Il y avait de toute

évidence quelque chose qui la tracassait car elle continuait de se mordre la

lèvre inférieure et fronçait les sourcils. Elle ne se rendait probablement

même pas compte qu'elle faisait ça.

« Tout va comme vous voulez ? » Demanda-t-il. « Ce gars vous a

évidemment énervé. Voulez-vous en parler ? » Elle le regarda, puis, une

expression de surprise se lut sur son visage. Sa question a dû la tirer de sa

rêverie. « Je ... » Elle secoua la tête et détourna les yeux, et Pierce pouvait

jurer qu’il avait vu le reflet de larmes dans ses yeux.

Qu’est-ce que cet homme avait bien pu dire pour la bouleverser à ce

point ? « Céline, dites-moi, » exhorta-t-il. « Y a-t-il quelque chose que je

puisse faire ? »

Elle prit une profonde inspiration et lui fit un petit sourire courageux.

Puis elle secoua la tête. « Merci de demander, mais non... il n’y a rien que

vous puissiez faire. »

Ne voulant pas insister, il continua à marcher à côté d’elle. Puis il

sentit une main douce sur son bras.

« Peut-être... que si je parlais à quelqu’un, ça pourrait aider. » Sa voix

était douce, hésitante, et il y avait un soupçon de supplication dans ses

yeux. « Pouvons-nous parler plus tard ? »

« Bien sûr, » dit-il, cherchant dans ses yeux pour un indice de ce qui

avait pu causer elle une telle angoisse. Cela avait-il un rapport avec sa

famille ? Était-ce quelque que l’argent pouvait arranger ? Si oui, il en avait

beaucoup. Pour une raison qu’il ne pouvait pas expliquer, il se sentait

protecteur envers elle, presque comme si elle était ... à lui.

Plus tard dans la soirée après un repas de salade, poisson cuit au four,

de pain et de Camembert, Pierce quitta Kylie avec les garçons et se dirigea

avec Céline vers un ruisseau qui se trouvait dans le voisinage. Ils s’assirent

sur l’herbe tendre du rivage et Céline, de sa voix basse et tamisée,

commença à parler.

« C’est très difficile de parler de ce sujet et je suis désolée de vous

accabler," dit-elle avec un sourire triste, « mais je pense que mon

comportement précédemment nécessite quelques explications. »

Elle regarda ses mains, puis lui. « J’ai été fiancée une fois, au fils de

l’homme que vous venez de rencontrer. L’épicier. »

Pierce sentit son cœur se précipiter dans sa poitrine. C’était comme si

elle lui avait dit qu’elle était sur le point de mourir, sa réaction était aussi

violente. Pourquoi ses paroles l’avait-il affecté comme ça ? Il ne la

connaissait que depuis moins de deux mois. Pourtant, ses paroles lui

avaient porté une véritable secousse.

« Nous étions ensemble au lycée et nous avons fini par aller dans la

même université à Paris. En dernière année nous nous sommes mis en

couple. » Elle semblait éviter délibérément les yeux, regardant le sol où

elle tirait distraitement des brins d’herbe. « Nous avions prévu de nous

marier après avoir obtenu notre diplôme mais ensuite il décida que nous

devrions attendre de finir nos maîtrises. »

Elle poussa un soupir puis leva son visage, la tension se voyait dans

ses lèvres raidies. Elle déglutit. « J’ai attendu. Il voulait obtenir son MBA

à l’INSEAD. Il savait qu’un diplôme d’école de commerce en France lui

ouvrirait des portes. Il ne voulait pas fonder une famille pour le moment,

alors je l’ai soutenu dans sa décision. » Elle haussa les épaules. « Je

voulais aussi faire ma maîtrise donc je pensais qu’on ferait nos études en

même temps, et que nous marierions ensuite. Encore une année ou deux

n’avait pas d’importance, n’est-ce pas ? »

Pierce ne dit rien, sentant que tout ce qu’elle voulait faire pour le

moment était de parler. Elle avait besoin de sortir ce qui la dérangeait.

Elle eut un rire amer. « Le problème était qu’il est retourné à Paris,

mais je suis allé aux États-Unis. Je voulais faire partie d’un excellent

programme de psychologie donc j’ai appliqué à Harvard et ait été accepté.

Ce fut le début de la fin. » Elle fit glisser ses jambes, passa ses bras autour

d’elles et posa son menton sur ses genoux. « Je suis revenue à la maison à Noël, portant toujours ma bague de fiançailles, » dit-elle la voix brisée,

« tout ça pour apprendre qu’il allait être père dans deux mois. »

C’était donc ça. Le bâtard l’avait trompée. Pas étonnant qu'elle ne

voulait pas en parler. Puis Pierce fronça les sourcils. Alors pourquoi son

père parle à Céline d'un ton qui fait paraître que c’est elle qui était une faute

? Quelque chose clôchait.

Sa confusion devait être évidente parce que Céline commença à parler

de nouveau et cette fois elle offrait une explication.

« Monsieur Girard savait qu’après ma maîtrise, je suis retourné en

Amérique pour faire mon doctorat parce que je ne voulais pas être en

contact avec Gilles, à cause des souvenirs et de la pensée de ce qui aurait pu

être. » Elle commença à mordre de nouveau sa lèvre. « Il est en colère

parce que... » Elle fit une pause et prit une longue respiration, « parce que

Gilles veut qu’on se remette ensemble et je ne veux pas. »

Quoi ?

« Attendez un peu. Vous m’avez perdu. » Pierce leva la main. « Il

veut que vous reveniez avec lui ? Qu’en est-il de l’autre femme ? Qu’en

est-il de l'enfant ? »

Céline secoua la tête. « C’est bien le problème. Il ne cesse de dire

que c’était un accident. » Elle eut un rire remplit d’incrédulité. « Pourtant,

il l’a épousé et ils se sont installés ici, à Thomery. »

« Et donc vous êtes parti. »

Céline hocha la tête. « Il le fallait. »

Pierce se leva et enleva l’herbe du derrière de son pantalon. Cette

histoire devenait encore plus confuse. « Je ne comprends toujours pas.

Vous avez dit qu’il voulait revenir avec vous. »

Elle rit sèchement. « Oui. Amusant, n’est-ce pas ? » Puis elle secoua

la tête. « Lui et sa femme ont divorcé il y a un an et il me traque depuis ce

temps. »

Fripouille. « Maintenant, il veut que vous vous remettiez avec lui ? »

Elle hocha la tête. « Maintenant, il veut se remettre avec moi. »

Pendant un moment, Pierce était silencieux. Ce gars avait un de ces

culots. Il sentait que s’il avait l’occasion, il aurait frappé ce Gilles dans les

tripes. Même si ce n’était pas ses affaires, il était énervé par la situation.

Plus que ça, il réalisa avec choc qu’il était inquiet. Que faire si Céline

avait encore des sentiments pour ce gars ? Que faire s’il essayait de se

s’insinuer de nouveau dans sa vie ? Que diable ferait-il ?

Il passa ses doigts dans ses cheveux et regarda l’eau. Les choses

devenaient vraiment compliquées. Il pensait avoir bien fait en choisissant

la ville natale de Céline pour leurs vacances, mais il avait marché tout droit

dans un nid de guêpes.

Il se tourna pour lui faire face. « Alors qu’est-ce que le père de ce

type a à voir avec tout cela ? D’où se permet-il de vous attaquer à ce sujet

? »

« Monsieur Girard a toujours voulu qu’on se marie. J’étais son élève

préférée. Il veut que j’envisage de recommencer ma relation avec Gilles. »

Elle haussa les épaules. « Il pense à bien. »

« Ouais, c’est ça. » La réponse de Pierce était froide. « Il a besoin de

se mêler de ses propres affaires et de ne pas vous forcer à quelque chose

que vous ne voulez pas faire. » Il la regarda alors qu’il disait ces mots.

Était-ce vraiment quelque chose qu’elle ne veut pas faire ? Ou a-t-elle

encore un faible pour son ex ?

Comme si elle avait lu dans ses pensées, Céline se leva et jeta les

brins d’herbe avec lesquels elle jouait dans l’eau tourbillonnante. « Il

commence à faire froid ici. Je pense que nous ferions mieux de revenir à la

maison. »

Eh bien, ce fut une fin effective à la conversation. Il semblait qu’il

avait touché un nerf très sensible. Pierce regarda Céline, essayant de

mesurer ses sentiments mais elle s’était déjà retournée, protégeant ainsi

efficacement son visage de son regard. Elle se dirigea vers la rive, le

laissant à suivre.

La réaction de Céline n’était pas un bon signe et maintenant il était

inquiet. Très inquiet.

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