Essai sur l'éducation des aveugles

Valentin Haüy · Chapitre 20 sur 29

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Essai sur l'éducation des aveugles

ODE Sur l'Institution des Enfans-Aveugles.

ODE

S l'Institution des E -

A .

 

Descends des Cieux, douce Harmonie,

Et viens te placer dans mes vers;

Accours, & soutiens mon génie,

Pour former d'innocens concerts.

Aimable Dieu de la Lumière,

Guide mes pas dans la carrière

Qui conduit au sacré Vallon;

Daigne m'en applanir la route.

Ma muse, hélas! ne voyant goutte,

Tremble en approchant l'Hélicon.

Le sort condamnoit notre vie

A la stérile oisiveté;

Mais la bienfaisante Industrie

Nous rend à la Société:

Les différens métiers utiles,

Qu'elle fait nous rendre faciles,

Désormais vont nous soulager.

Nous renaissons à l'espérance;

Et notre pénible existence

Devient un fardeau plus léger.

La savante Typographie

Qui vint enrichir les François,

Immortalisa le génie

Des autres Arts, & leurs succès.

Sans yeux, grace aux décrets suprêmes,

Par elle nous pourrons, nous-mêmes,

Transmettre à la postérité

Les lumières des plus Grands Hommes,

La gloire du siècle où nous sommes,

Et l'adorable vérité.

Les Grecs, en chef-d'œuvres fertiles,

Jadis au mortel étonné

Ont produit des maîtres habiles

Devant qui l'on s'est prosterné;

Mais du tems de ces Personnages,

A la fois éclairés & sages,

Le Muet a-t-il su parler?

Et, chaque objet rendu palpable,

L'Aveugle s'est-il vu capable

De lire, écrire & calculer?

Quoique la sublime Nature

A jamais se voile à nos yeux,

Nous nous figurons la structure

De la Terre, & même des Cieux.

Des Fleuves nous savons la source;

Des Astres nous comptons la course,

Et passons successivement

D'Europe dans le Nouveau-Monde,

Grace à la main qui nous seconde

Et qui nous guide prudemment.

Mes chers Compagnons d'infortune,

Comme moi, bénissez les jours

Qui de notre douleur commune

Commencent d'adoucir le cours;

Et toi, Muse, en rendant hommage

Aux vertus qui sont l'apanage

De tous nos zélés Protecteurs,

Dis que notre reconnoissance,

Pour égaler leur bienfaisance,

A jamais vivra dans nos cœurs.

Par H , Aveugle, Pensionnaire de la Maison Philantropique

de Paris.