Faust [première partie]

Johann Wolfgang von Goethe · Chapitre 6 sur 6

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Faust [première partie]

Fin de la Première Partie de la Tragédie de Faust[45].

FAUST.

Il faut absolument que tu vives.

MARGUERITE.

Justice de Dieu, je me suis abandonnée à toi.

MÉPHISTOPHÉLÈS à Faust.

Viens toi-même, ou je te laisse avec elle sous le couteau.

MARGUERITE.

Je suis à toi, Père céleste! Anges, déployez vos saintes armées, protégez-moi... Henri, tu me fais horreur!

MÉPHISTOPHÉLÈS.

Elle est jugée.

 

Faust—Reviens à toi. Un seul pas, et tu es libre...

Meph—... que de paroles inutiles! que de délais et d'incertitudes!

mes chevaux frissonnent, l'aube blanchit l'horizon.

 

VOIX d'en haut.

Elle est sauvée.

MÉPHISTOPHÉLÈS à Faust.

Ici! À moi!

(Il disparaît avec Faust.)

VOIX du fond, s'affaiblissant par degrés.

Henri! Henri!

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE DE LA TRAGÉDIE DE FAUST [45].

 

NOTES.

NOTES DE LA PRÉFACE.

[1]Cette traduction avait paru, pour la première fois, en 1825, dans la

collection des Œuvres dramatiques de J. W. Goethe, que publièrent alors

les libraires Sautelet et Cie. Encouragé par l'accueil bienveillant, mais trop

peu mérité, qu'elle reçut à cette époque du public allemand et de M. de

Goethe lui-même, l'auteur ne la réimprime aujourd'hui, qu'après l'avoir

revue d'un bout à l'autre avec tout le soin dont il est capable, et lui avoir fait

subir de nombreuses corrections. Ce nouveau travail, il est vrai, n'a servi,

malgré le scrupule qui y a présidé, ou plutôt à cause de ce scrupule, qu'à

lui mieux démontrer son impuissance. Mais au moins, s'il vient encore

d'échouer dans son entreprise, sa vanité seule en pourra souffrir il n'aura

manqué que de talent.

[2]Afin de donner une idée du système de versification adopté par le poète

dans la partie dramatique de Faust, nous avons fait exception à notre

règle, et traduit en vers toute une scène, celle intitulée Prologue dans le

ciel. Nous avons choisi de préférence cette scène-là, parce qu'elle se

trouve en dehors de l'ouvrage, et que les interlocuteurs sont eux-mêmes

en dehors de la sphère d'action des personnages qui figurent dans la

tragédie.

 

NOTES DU TEXTE.

[1] «Il y a des anges qui ont le soin et la direction des choses humaines.

Un de ceux-là est appelé Raphaël, le «second Gabriel et le troisième

Michel.» (Histoire du Docteur Fauste, Part. I, Chap. 17.)

[2] Ce qui a été publié de Faust, n'est effectivement qu'une première partie

du vaste drame, dont la vie de ce personnage, à partir de l'instant où il

engage son âme, devait faire le sujet; car, à la fin de la dernière scène, loin

de l'emporter aux enfers en l'emmenant avec lui, le Diable l'arrache ainsi,

au contraire, à la mort inévitable qu'il eût trouvée, s'il fût demeuré plus

long-temps dans le cachot de Marguerite. Néanmoins comme, d'une part,

en se décidant à continuer de vivre dans la compagnie de Méphistophélès,

le docteur Faust consomme sa perdition; et que, de l'autre, après avoir

inutilement attendu pendant quarante années la seconde partie de

l'ouvrage, le public commençait à en désespérer absolument, nous allions

effacer ce titre; quand, tout d'un coup, la publication de cette seconde

partie nous fût annoncée par l'auteur lui-même: l'effacer malgré cela, c'eût

été reculer devant l'espèce d'engagement qu'un tel titre nous faisait

prendre, et que nous aimions à contracter, de donner, un jour, un pendant

au présent volume; nous l'avons donc laissé subsister. Voici un extrait de

la lettre que M. de Goethe nous fit l'honneur de nous adresser à ce sujet,

le 4 avril 1827. Ayant, à cette époque, ouï dire qu'il se proposait de publier

incessamment une scène, jusque-là inédite, de Faust, nous l'avions prié

d'avoir la bonté de nous la communiquer, afin que nous pussions en

joindre la traduction à celle du reste de l'ouvrage: «Dans ce moment,»

nous répondit-il, «il ne sera rien ajouté à la première partie de Faust, que

vous avez eu' l'obligeance de traduire; «elle restera absolument telle

qu'elle est. Le nouveau drame que j'ai annoncé, sous le titre d'Hélène, est

un intermède appartenant à la seconde partie; et cette seconde partie est

complètement différente de la première, soit pour le plan, soit pour

l'exécution, soit enfin pour le lieu de la scène, qui est placé dans des

régions plus élevées. Elle n'est point encore terminée; et c'est comme

échantillon seulement, que je publie l'intermède d'Hélène, lequel doit y

entrer plus tard. La presque totalité de cet intermède est écrite en vers

ïambiques, et autres vers employés par les anciens, dont il n'y a pas trace

dans la première partie de Faust. Vous vous convaincrez vous-même,

quand vous le lirez, qu'il ne peut en aucune façon se rattacher à la

première partie, et que M. Motte nuirait au succès de sa publication, s'il

voulait essayer de l'y joindre. Mais si, après l'avoir lu, vous le trouvez

assez de votre goût, pour avoir envie de le traduire; s'il inspire, en outre,

quelque artiste, qui se sente le talent comme le désir d'en crayonner les

diverses situations; et si, enfin, de son côté, M. Motte ne répugne pas à

publier ce nouvel ouvrage: je vous garantis qu'il pourra se suffire à lui-

même. Car, ainsi que je l'ai déjà dit, et que vous le verrez bientôt par vos

yeux, il forme un tout complet et a une étendue convenable, etc.»

[3] Macroscome paraît signifier univers, littéralement grand monde.

[4] Il s'agit sans doute ici de l'une de ces épidémies, connues sous le nom

de pestes noires, qui ravagèrent l'Europe à diverses reprises dans le

moyen âge.

[5] Jargon d'alchimie.

[6] La Clef de Salomon est un livre de magie attribué à ce prince, qui était

grand sorcier au dire des Orientaux. Ce livre est en effet la Clef de l'art

magique; on y trouve, dans le plus grand détail, les formules et cérémonies

les plus efficaces pour évoquer ou pour conjurer le Démon.

[7] «Le docteur Fauste demanda au Diable comme il s'appelait, quel était

son nom. Le Diable lui répondit qu'il «s'appelait Méphostophilis.» (Histoire

du Docteur Fauste, Part. I, Chap. 7.)

[8] Figure cabalistique.

[9] La création des insectes et de tous les animaux réputés impurs est

attribuée au Diable, et ils lui sont entièrement assujettis, comme on peut le

voir par le morceau suivant, extrait de l'Histoire du Docteur Fauste: «Les

Diables dirent: Après la faute des hommes ont été créés les insectes, afin

que ce fût pour la punition et honte des hommes; et nous autres, nous

pouvons faire venir force insectes. Lors apparurent au Docteur Fauste

toutes «sortes de tels insectes, comme des fourmis, lézards, mouches

bovines, grillons, sauterelles et autres. Toute la maison se trouva pleine de

cette vermine. Il était fort en colère contre tout cela, transporté et hors de

son sens; car, entre autres tels reptiles et insectes, il y en avait qui le

piquaient, comme fourmis, et le mordaient. Les bergails le piquaient, les

mouches lui couraient sur le visage, les puces le mordaient, les taons ou

bourdons lui volaient autour, tant qu'il en était tout étonné, les poux le

tourmentaient en la tête et au col, les araignées lui filaient de haut en bas,

les chenilles le rongeaient, les guêpes l'attaquaient. Enfin il fût partout

blessé de cette vermine; tellement qu'on pouvait dire qu'il n'était encore

qu'un jeune Diable, de ne se pouvoir défendre de ces bestions.» (Histoire

du Docteur Fauste, Part. II, Chap. 7.)

[10] «Fauste prit un couteau pointu, se piqua une veine en la main

gauche, reçut son sang sur une tuile, y mit des charbons tout

chauds, et écrivit son pacte avec le Diable.» (Ibid., Part. I, Chap. 8

et 9.)

[11] Petit monde, ou mieux, abrégé du monde, monde en

miniature.

[12] Vous serez comme Dieu, sachant le bien et le mal. (Genèse,

Chap. III, Vers. 5.)

[13] Montagne aux environs de Goettingue, la plus haute de la

chaîne du Harz.

[14] Il faut croire que Rippach et monsieur Jean sont deux noms

en l'air, dont Frosch se sert pour dérouter Méphistophélès et se

moquer de lui.

[15] Il y a dans l'Histoire du Docteur Fauste un chapitre intitulé:

Comment les hôtes du Docteur se veulent couper le nez. Dans ce

chapitre se retrouve l'idée première et plusieurs détails de la

scène de M. de Goethe.

[16] Le nom allemand est Meerkatze, sorte de singe à longue

queue. La traduction littérale serait Chat-de-mer, mais n'offrirait

aucun sens en français.

[17] N'y aurait-il pas dans cette phrase une intention satyrique

contre l'Allemagne, où, comme de ce côté-ci du Rhin, mais plus

fréquemment encore, il arrive qu'on passe pour sublime à force

d'être obscur?

[18] Le jour de la colère, ce jour réduira le siècle en cendre.

(Office des morts.)

[19] Lors donc que le juge s'assiéra, tout ce qui est caché

apparaîtra, rien ne demeurera sans vengeance. (Office des

morts.)

[20] Que dirai-je alors, misérable Quel protecteur invoquerai-je,

quand à peine le juste est en sécurité? (Ibid.)

[21] Que dirai-je alors, misérable? (Ibid.)

[22] Petit village, au pied du Brocken, faisant partie du comté de

Wernigerode, dans la Saxe inférieure.

[23] Le Brocken est la crête qui sépare le Harz supérieur du Harz

inférieur; son élévation, au-dessus du niveau de la mer, est de

trois mille deux cents pieds environ.

[24] J'ai substitué ce nom à celui d'Urian, comme plus connu.

D'ailleurs j'y étais, en quelque façon, autorisé par l'Histoire du

Docteur Fauste, où Bélial est donné pour chef aux bandes

infernales.

[25] Le Blocksberg est la plus haute cime du Brocken; aussi

l'appelle-t-on souvent le grand Brocken.

[26] Ceci s'adresse sans doute aux philosophes, poètes et beaux-

esprits, qui vont être tournés en ridicule dans l'intermède suivant.

[27] Mieding était un chef de troupe au théâtre de Weimar.

[28] Allusion aux querelles d'Oberon et de Titania, dans le Songe

d'une nuit d'été de Shakespeare. M. de Goethe semble avoir eu

en vue cette comédie, dans le titre et dans plusieurs détails de

son intermède.

[29] Puck est un des personnages fantastiques, qui figurent dans

le Songe d'une nuit d'été; c'est un Esprit à la suite d'Oberon,

exécutant ses volontés et le divertissant par ses bouffonneries.

[30] Ariel est un petit Génie aérien aux ordres du magicien

Prospero, dans la Tempête de Shakespeare.

[31] Critique des poèmes dans le genre vaporeux, à la mode en

Allemagne.

[32] Peut-être le petit couple s'adresse-t-il à Wieland. Au moins,

ce qu'il dit nous paraît s'appliquer merveilleusement à l'Oberon de

ce poète, imitateur un peu terrestre du divin Arioste.

[33] Schiller ayant composé une ode fort belle, où il exprimait de

poétiques regrets sur la disparition de la mythologie riante des

Grecs, il y eut à ce propos grande rumeur parmi les théologiens

allemands; prenant l'ode au sérieux, ces messieurs se fâchèrent

tout de bon et crièrent à l'impiété. C'est à ce petit poème, intitulé

les Dieux de la Grèce, que M. de Goethe fait allusion dans cet

endroit.

[34] En Allemagne, comme en tout pays, il existe une classe de

gens qui s'arroge exclusivement le sceptre de la critique, et juge

en dernier ressort les ouvrages de littérature. Lorsqu'ils

s'attaquent à un grand écrivain, ils n'osent l'aborder de front, mais

ergotent sur chacune de ses phrases, pour tuer le colosse à

coups d'épingles, s'il se peut. Quelques-uns de ces puristes se

mirent, un jour, à refondre les ouvrages de Schiller et ceux de M.

de Goethe, en les purgeant de tout ce qu'ils appelaient solécisme,

et y substituant des tournures selon eux plus grammaticales.

Néanmoins, on lit encore les originaux de préférence.

[35] Xenien était le titre d'un recueil d'épigrammes, publié par

Schiller et M. de Goethe, où tout ce qu'il y avait d'auteurs

allemands connus était passé en revue et moqué. La scène des

Xénies était placée dans l'enfer.

[36] Hennings était une des victimes immolées dans les Xénies.

[37] Le Musagète paraît être le rédacteur d'un journal d'alors, qui

avait pour titre les Muses et les Grâces.

[38] Le Génie du temps était le titre d'un autre journal, rédigé par

Hennings, où M. de Goethe était toujours fort maltraité.

[39] Ce couplet semble dirigé contre Nicolaï, à cause d'un Voyage

en Europe, où celui-ci rechercha avec soin et dénonça à l'opinion

publique les hommes par lui soupçonnés d'appartenir à la société

de Jésus, légèrement quelquefois.

[40] Là commence une série de philosophes, des différentes

sectes qui partagent l'Allemagne et ont de tout temps partagé le

monde. Nous ne nommerons point les individus, de peur de nous

tromper; et d'ailleurs, les plaisanteries portant sur les doctrines

plus encore que sur les hommes, elles gagneraient peu de chose

à devenir personnelles.

[41] Dans le couplet allemand la pointe consiste en un jeu de

mots, que nous n'avons pu conserver. Teufel, diable, et Zweyfel,

doute, se prononçant de même, le sceptique se trouve bien en

enfer, non pas seulement, comme nous l'avons dit, parce que le

doute sied au Diable, mais parce qu'ils riment ensemble.

[42] Ce que nous venons de dire au sujet des philosophes, peut

également s'appliquer aux gens désignés dans ce quatrain et

dans les suivants. Ils parlent assez clairement d'eux-mêmes.

[43] Cette scène est la seule de tout l'ouvrage original, qui ne soit

pas versifiée; il serait difficile d'en donner la raison. Peut-être est-

ce pour qu'il ne soit pas dit que Faust ait manqué d'une des

formes possibles de style.

Tous les différents genres de vers ayant été employés (sauf les

vers blancs, qui, appartenant à l'antiquité, ne convenaient point au

sujet), il fallait bien, en effet, que la prose eût son tour et trouvât

sa place.

[44] Littéralement, la baguette est rompue. Il est d'usage en

Allemagne, lorsqu'on va mener un criminel au supplice, de rompre

une baguette noire, et de la lui jeter au visage.

[45] Voyez plus haut la note 2.

FIN DES NOTES.

TABLE DES ILLUSTRATIONS

Pl. 1 Portrait de Goethe

Pl. 2 ...De temps en temps j'aime à voir le vieux père,...

Pl. 3 Pauvre crâne vide qu'on veut lui dire avec ton grincement hideux!

Pl. 4 Faust--Heureux qui peut conserver espérance de surnager sur cet océan d'erreurs!...

Pl. 5 Il grogne et n'ose vous aborder: Il se couche sur le ventre il remue la queue ...

Pl. 6 Méph: Pourquoi tout ce vacarme? Que demande monsieur? Qu'y a-t-il pour son service?

Pl. 7 Meph: ...Ce que vous avez de mieux à faire, c'est de jurer sur la parole du maître...

Pl. 8--Au feu à l'aide, l'enfer s'allume. ...—Sorcellerie! jetez vous sur lui... son affaire ne sera pas longue.

Pl. 9 Faust.—Ma belle Demoiselle oserais-je vous offrir mon bras et vous reconduire chez vous?

Pl. 10 Meph:—Il est bien hardi à moi de m'introduire aussi brusquement chez ces dames, je leur en demande un million de pardons.

Pl. 11 Sans lui l'existence / N'est qu'un lourd fardeau / N'est qu'un tombeau / Dans son absence.

Pl. 12 Meph... Pousse... oh!... Meph... Voilà mon rustaud apprivoisé.

Pl. 13 Meph... Il nous faut gagner promptement au large.

Pl. 14 Marg... Malheureuse! Ah! si je pouvais me soustraire aux pensées qui se succèdent en tumulte dans mon âme...

Pl. 15 Meph:—Nous sommes encore loin du terme de notre course.

Pl. 16 Meph—Laisse cet objet, on ne se trouve jamais bien de le regarder... tu as bien entendu raconter l'histoire de Méduse?

Pl. 17 Faust—que vois-je remuer autour de ce gibet? ... ils vont et viennent, ils se baissent et se relèvent.

Pl. 18 Faust—Reviens à toi. Un seul pas, et tu es libre...

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