Grippe aviaire, Sras : vivre avec les nouveaux risques infectieux
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Equilibre hôte-parasite et évolution
La description des maladies infectieuses peut produire une conception un
peu naïve des interrelations entre êtres vivants. En effet, les maladies
infectieuses ne sont qu’un aspect mineur de ces relations et celles-ci, au sein
de leur écosystème, tendent toujours vers un équilibre. Cet équilibre est
cependant toujours fragile et susceptible d’être perturbé. L’exemple le
mieux décrit de l’évolution des relations entre un hôte et son parasite est
celui de la myxomatose. Dans ce modèle d’infection virale du lapin, le virus
importé en Australie a été initialement accompagné d’une mortalité de près
de 100 %, avec une contagiosité extrême. Puis la maladie a évolué au cours
du temps, contagiosité et mortalité diminuant toutes deux. Cette évolution
est le fruit d’une double adaptation des populations animales et virales.
Certains lapins qui ont survécu ou n’ont pas été contaminés avaient un fond
génétique permettant une meilleure réponse au virus. Les virus les moins
virulents ont été sélectionnés. En effet, les formes donnant une infection
moins foudroyante sont dotées d’un meilleur potentiel de contagiosité ;
elles ont donc fini par prendre le dessus sur celles qui étaient les plus
mortelles. Ainsi, à long terme, l’intérêt d’un micro-organisme n’est pas
de tuer ses hôtes, mais de les ménager suffisamment pour que sa
transmission soit assurée. Certaines théories affirment que le destin naturel
d’un micro-organisme est de commencer de façon agressive, en causant une
infection mortelle, puis d’évoluer en devenant presque inoffensif pour
finalement déterminer des infections chroniques. Nous rencontrons
d’ailleurs chez l’être humain quelques exemples d’évolution compatibles
avec cette théorie. En effet, quand un agent pathogène est introduit dans une
nouvelle population humaine, il entraîne souvent au départ des épidémies
d’infections aiguës sévères, avant, quelques années après, de provoquer des infections plus modérées (comme pour la rougeole) ou plus chronique
(comme pour la syphilis).
Les associations entre êtres vivants sont extrêmement complexes. Elles
ont été classées, en ce qui concerne l’homme et les micro-organismes,
en trois catégories schématiques :
– la symbiose, selon laquelle deux êtres bénéficient tous deux de leur
activité mutuelle. C’est le cas de certaines bactéries dans le tube
digestif, la bouche et le vagin. Ainsi, la bactérie Lactobacillus
équilibre la flore, ce qui permet de conserver une certaine acidité à la
surface de la muqueuse digestive et vaginale, et gêne l’implantation de
bactéries étrangères. Ces bactéries ont une action positive pour leurs
hôtes, quoiqu’elles se nourrissent à leurs dépens. Elles sont d’ailleurs
utilisées (probiotiques) dans l’élevage comme complément alimentaire
du bétail et, chez l’homme, comme correcteur des troubles digestifs
(avec des effets controversés) ;
– les microorganismes dits « commensaux » (parce qu’ils « mangent » à la
même table), qui ont apparemment une activité neutre. Dans l’état des
connaissances, ils ne présentent pour nous aucun inconvénient et ne nous
rendent aucun service. Il est vraisemblable que cette situation soit en réalité
beaucoup plus rare que nous ne le pensions, et témoigne généralement de
notre ignorance ;
– les parasites, qui vivent aux dépens de leurs hôtes et n’ont pour lui que
des inconvénients. Il faut toutefois se garder de trop simplifier les choses.
Les parasites peuvent jouer un rôle défavorable dans l’immédiat en créant
une maladie infectieuse, mais celle-ci peut s’avérer favorable à long terme
chez le patient infecté ou même chez l’espèce infectée (en l’occurrence,
l’homme). Ainsi la vaccination contre la variole a-t-elle été la conséquence
de l’observation du fait que les bergers infectés par un virus bovin (la vaccine), et devenus malades, devenaient résistants à la variole par
immunisation croisée, ce qui avait pour effet de transformer l’inconvénient
d’une maladie bénigne en avantage. Plus complexe encore est la relation
entre les vers intestinaux et leurs hôtes. Ces vers, afin d’empêcher la
réaction immunitaire de leur hôte, entraînent la sécrétion d’une hormone
immunitaire dite de la tolérance. Celle ci protège contre l’asthme et l’on
constate ainsi une augmentation de la fréquence de l’asthme dans les
populations protégées contre ces parasitoses. La qualification des rapports
entre les micro-organismes et leurs hôtes est ainsi un domaine complexe et
difficile que l’on regarde avec de moins en moins de naïveté.
Par ailleurs, dans le rapport entre les micro-organismes et l’homme, le
nombre de bactéries pénétrant en une seule fois joue chez leur hôte un rôle
considérable (cela s’appelle l’inoculum). Certaines bactéries, en effet,
même isolées, sont capables de provoquer une maladie ; pour d’autres
1 000, 10 000 voire 100 000 micro-organismes sont nécessaires.
Enfin, concernant les rapports entre les hôtes et les bactéries, toutes sortes
d’éléments sont susceptibles d’intervenir. Certaines défaillances de l’hôte,
parfois mineures, sont susceptibles de permettre la genèse d’une maladie.
Ainsi, le fait de prendre des médicaments diminuant l’acidité gastrique (ces
médicaments sont des plus communs et constituent les classes
médicamenteuses les plus prescrites) augmente le risque d’infection par les
bactéries contaminantes par voie digestive. En effet, la plupart des bactéries
sont détruites par l’acidité gastrique et n’arrivent à passer la barrière de
l’estomac que grâce à un nombre important d’individus. Le fait de diminuer
l’acidité de l’estomac facilitera les infections avec un nombre de bactéries
plus faible (en particulier le choléra). Les personnes prenant des pansements
gastriques ont donc un risque plus important de contracter des maladies transmises par l’eau et devront être plus précautionneuses, en particulier en
cas de déplacement dans une zone tropicale.
Pendant la seconde moitié du e XX siècle, les maladies infectieuses étaient en
régression et on a pu les croire en voie de disparition. Cette illusion était
due au fait que la proportion de morts par maladie infectieuse a diminué de
façon régulière dans les pays développés. Elle méconnaissait toutefois le
potentiel de multiplication et d’adaptation des micro-organismes qui nous
environnent. Il était fallacieux de penser que nous pouvions constituer un
îlot de pays riches inaccessible aux micro-organismes des pays plus
pauvres. Un des éléments majeurs de la compréhension des maladies
infectieuses est que, pour les micro-organismes, les hommes ne constituent
qu’une seule et même espèce et que toute épidémie survenant dans
n’importe quel endroit du monde est susceptible de toucher tous les êtres
humains de la planète. Nous sommes ainsi contraints à une solidarité inter-
humaine, d’autant que les déplacements des hommes sur la planète vont
s’accélérant.
Au début du e XXI siècle, un tiers de l’humanité meurt de maladies
infectieuses, tandis que de nouvelles maladies ne cessent d’apparaître ; il
nous faut donc conserver une vigilance de tous les instants.
Les maladies infectieuses n’ont reculé qu’extrêmement récemment, du fait
de l’action conjuguée de trois découvertes :
1. La vaccination, qui permet d’immuniser l’homme contre un micro-
organisme présentant pour lui un danger.
2. L’hygiène, qui, après la découverte des microbes, a défini des stratégies
pour les empêcher de rentrer en contact avec nous quand ils sont dangereux.
3. L’usage des médicaments anti-infectieux.
OceanofPDF.com La définition des maladies infectieuses émergentes
Le concept de maladies infectieuses émergentes a été créé par l’Institut de
médecine, aux Etats-Unis, en 1994. Elles sont définies comme les maladies,
apparues récemment, témoignant d’une augmentation récente, ou causées
par un micro-organisme jusqu’alors inconnu (ou non identifié). Cette
définition est complexe et correspond à des situations très diverses.
Certaines de ces maladies sont dues à des micro-organismes que nous
n’étions pas capables jusqu’alors d’identifier du fait d’outils moins
efficaces. Les outils moléculaires ont en effet permis un progrès
considérable des connaissances. Parfois, ces maladies sont nées un peu
artificiellement après que l’on eut constaté qu’une maladie considérée
comme étant homogène était due à plusieurs micro-organismes différents.
Dans d’autres cas, encore, comme celui du choléra en Amérique du Sud, où
elle était peu connue et développée, la maladie a brutalement explosé. Dans
d’autres, enfin, comme pour le SIDA, nous sommes en présence de la
mutation du virus d’un singe, qui a permis à un micro-organisme de
s’adapter et de se transmettre à l’homme sur une échelle importante. Quoi
qu’il en soit, cette définition des pathogènes émergents et des infections
émergentes a permis de prendre acte du fait que nous ne nous situions plus
dans la perspective d’une diminution graduelle et définitive des maladies
infectieuses, et de mobiliser la société en conséquence. Ceci a mis en
lumière que la lutte contre les maladies infectieuses devait être permanente,
qu’il n’était pas possible, compte tenu des connaissances actuelles,
d’obtenir une victoire définitive, et qu’il faudrait se contenter d’une série de
victoires partielles. Ce constat a permis de relancer les réflexions sur la
vaccination, l’hygiène et la prévention des maladies infectieuses en général.
Plus encore, il doit conduire à une prise en compte du risque infectieux chez l’homme à l’échelle planétaire par la mutualisation des moyens de
prévention et de traitement, y compris dans une perspective purement
égoïste, car les maladies infectieuses font partie de notre avenir potentiel
commun.
Des progrès techniques considérables ont cependant été faits. Dans le cas
du virus du syndrome de détresse respiratoire (SARS), il a fallu moins de 6
mois pour que le virus fût cultivé et identifié, et ses gènes entièrement
décodés. Un modèle expérimental d’infection a été réalisé (pour préparer un
vaccin), des tests diagnostiques ont été mis en place, et des médicaments
testés. La brièveté du délai écoulé entre l’identification d’une maladie, celle
de son agent causal, et la mise en place de l’ensemble des éléments de la
réponse à cette maladie est unique dans l’histoire de l’humanité. En ce qui
concerne le virus du SIDA, les progrès ont également été très rapides : 20
années ont suffi pour identifier le micro-organisme, les techniques de
diagnostic et les médicaments permettant de le traiter ; mais le vaccin et la
prévention dans les pays les plus démunis restent insuffisants et l’épidémie
n’est pas contrôlée. Ceci montre que les éléments de lutte contre les
maladies infectieuses sont liés non seulement aux connaissances
scientifiques, mais aussi à l’action politique et sociale, qui seule peut
permettre le contrôle des maladies contagieuses.
MODE D’ENTRÉE ET DE SORTIE
DES MICRO-ORGANISMES CHEZ L’HOMME