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Villiers de lisle Adam Auguste · Chapitre 1 sur 16

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Villiers de l Isle-Adam

L’Intersigne

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Villiers de l’Isle-Adam

L’Intersigne

© Numilog 2001

pour la présente édition

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PRÉSENTATION

Les fées se seraient penchées sur le berceau du petit Philippe Auguste de Villiers de l’Isle-Adam (1838-1889, que personne n’en aurait à l’époque été étonné, surtout pas ceux qui dès son plus jeune âge voyaient déjà en lui un écrivain de génie. Pourtant, il ne connaîtra pas la gloire annoncée. Descendant d’une grande famille aristocratique en partie ruinée par la Révolution, Villiers s’installe à Paris en 1859.

Il y fait la connaissance des poètes du Parnasse, de Catulle-Mendès en particulier, et participe à la Revue fantaisiste. Mais ses premiers textes, des poèmes et des pièces de théâtre (Elën, Morgane, ne rencontrent pas le succès escompté. En 1864, sa rencontre avec Mallarmé est décisive ; Villiers donnera en 1886 un drame symboliste exemplaire, Axël, commencé en 1872, ainsi que le conte de L’Ève future. Baudelaire, traducteur d’Edgar Poe, lui a fait quant à lui découvrir l’esthétique du conte terrible, dont les 4

 

Contes cruels, seul véritable succès de Villiers – avec les nouvelles de Tribulat Bonhomet (1887) –, trahissent l’influence en 1883. Il y dénonce, avec un humour teinté de pessimisme, les dérives du positivisme. Devenu à la même époque l’ami de Huysmans, il oppose au naturalisme un idéalisme très fin de siècle nourri de merveilleux. À l’instar de l’auteur d’À Rebours, Villiers s’élève contre l’idée de progrès, qui génère les pires avilissements. Croyant fervent, il exprime dans ses contes une réelle fascination pour le mysticisme.

Poète maudit à la carrière chaotique gouvernée par la misère et émaillée de tentatives malheureuses (il fit une éphémère carrière politique en se présentant aux élections municipales de 1881, Villiers aura vaincu l’ironie du sort qui fit de lui un marginal. D’échecs littéraires en désastres amoureux, il finira par épouser la mère de son fils quelques mois avant sa mort. Il demeure l’une des grandes figures de la fin du 5

XIX

e

siècle, l’un des maîtres du symbolisme et du fantastique.

L’Intersigne (1867)

Extrait des Contes cruels (1883, « L’Intersigne »

en est le texte en prose le plus ancien, écrit seize ans avant la parution du recueil. Villiers dédie cette histoire bretonne, inspirée de faits réels, à son oncle l’abbé Victor de Villiers de l’Isle-Adam. Subjugué par la traduction baudelairienne des contes fantastiques d’Edgar Allan Poe, – les Histoires extraordinaires (1856, – Villiers partage la malédiction de ces poètes comme leur foi inconditionnelle dans l’Idéal et la Beauté de tout art.

Son titre à lui seul est une énigme : le conte évoque le caractère surnaturel et déroutant de toute coïncidence.

Illustrant le thème du poète-médiateur décrit par Hugo dans Les Contemplations, et repris par Baudelaire dans « Les Correspondances », « L’Intersigne » est la preuve du talent à la fois 6

 

pluriel et tout à fait singulier de Villiers. Si la manière du récit comme sa leçon sont proches du travail d’Edgar Poe – qui énonce que seul un esprit ouvert et dégagé de tout peut envisager le caractère magique de toute réalité –, le fantastique suggère un mysticisme qui rappelle Barbey d’Aurevilly et son célèbre roman, Une histoire sans nom.

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À Monsieur l’abbé Victor de Villiers de l’Isle-Adam.

Attende, homo, quid fuisti ante ortum et quod eris usque ad occasum. Profecto fuit quod non eras.

Postea, de vili materia factus, in utero marris de sanguine menstruali nutritus, tunica tua fuit pellis secundina. Deinde, in vilissimo panno involutus, progressus es ad nos, – sic indutus et ornatus ! Et non memor es quæ sit origo tua. Nihil est aliud homo quam sperma foetidum, saccus stercorum, cibus vermium. Scientia, sapientia, ratio, sine Deo sicut nubes transeunt.

Post hominem vermis ; post vermem foetor et horror. Sic, in non hominem, vertitur omnis homo Cur carnem tuam adornas et impinguas quam, post paucos dies, vermes devoraturi sunt in sepulchro, animam, veto, tuam non adornas, – quæ Deo et Angelis ejus præsentenda est in coelis !

SAINT BERNARD

(Méditations, t. II,

Bollandistes (Préparation au Jugement dernier.

Un soir d’hiver qu’entre gens de pensée nous prenions le thé, autour d’un bon feu, chez l’un de nos amis, le baron Xavier de la V* (un pâle jeune homme que d’assez longues fatigues militaires, subies, très jeune encore, en Afrique, avaient rendu d’une débilité de tempérament et d’une sauvagerie de 8

 

moeurs peu communes, la conversation tomba sur un sujet des plus sombres : il était question de la nature de ces coïncidences extraordinaires, stupéfiantes, mystérieuses, qui surviennent dans l’existence de quelques personnes.

– Voici une histoire, nous dit-il, que je n’accompagnerai d’aucun commentaire. Elle est véridique. Peut-être la trouverez-vous impressionnante.

Nous allumâmes des cigarettes et nous écoutâmes le récit suivant :

– En 1876, au solstice de l’automne, vers ce temps où le nombre, toujours croissant, des inhumations accomplies à la légère, – beaucoup trop précipitées enfin, – commençait à révolter la Bourgeoisie parisienne et à la plonger dans les alarmes, un certain soir, sur les huit heures, à l’issue d’une séance de spiritisme des plus curieuses, je me sentis, en rentrant chez moi, sous l’influence de ce spleen héréditaire 9

 

dont la noire obsession déjoue et réduit à néant les efforts de la Faculté.

C’est en vain qu’à l’instigation doctorale j’ai dû, maintes fois, m’enivrer du breuvage d’Avicenne ; en vain me suis-je assimilé, sous toutes formules, des quintaux de fer et, foulant aux pieds tous les plaisirs, ai-je fait descendre, nouveau Robert d’Arbrissel, le vif-argent de mes ardentes passions jusqu’à la température des Samoyèdes , rien n’a prévalu ! –Allons ! Il paraît, décidément, que je suis un personnage taciturne et morose ! Mais il faut aussi que, sous une apparence nerveuse, je sois, comme on dit, bâti à chaud et à sable, pour me trouver encore à même, après tant de soins, de pouvoir contempler les étoiles.

Ce soir-là donc, une fois dans ma chambre, en allumant un cigare aux bougies de la glace, je m’aperçus que j’étais mortellement pâle ! et je m’ensevelis dans un ample fauteuil, vieux meuble en velours grenat capitonné où le vol des heures, sous 10

 

mes longues songeries, me semble moins lourd.

L’accès de spleen devenait pénible jusqu’au malaise, jusqu’à l’accablement ! Et, jugeant impossible d’en secouer les ombres par aucune distraction mondaine, – surtout au milieu des horribles soucis de la capitale, – je résolus, par essai, de m’éloigner de Paris, d’aller prendre un peu de nature au loin, de me livrer à de vifs exercices, à quelques salubres parties de chasse, par exemple, pour tenter de diversifier.

À peine cette pensée me fut-elle venue, à l’instant même où je me décidai pour cette ligne de conduite, le nom d’un vieil ami, oublié depuis des années, l’abbé Maucombe, me passa dans l’esprit.

– L’abbé Maucombe !. dis-je, à voix basse.

Ma dernière entrevue avec le savant prêtre datait du moment de son départ pour un long pèlerinage en Palestine. La nouvelle de son retour m’était parvenue autrefois. Il habitait l’humble presbytère d’un petit village en Basse-Bretagne.

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