Initiation à la langue amazighe (Maroc)
Le 26 juin 2003, une convention cadre…
Introduction
Le 26 juin 2003, une convention cadre de partenariat est signée entre le Ministère de l’Education Nationale et de la Jeunesse (MENJ) et l’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM). Son objectif consiste à « mettre en place des programmes communs en vue de l’intégration de la langue et de la culture amazighes aux curricula et aux programmes scolaires au niveau des établissements d’enseignement relevant du secteur de l’éducation nationale, et à œuvrer à leur application et à leur développement» (article 1).
Cette convention vient corroborer les orientations générales relatives à l’introduction de l’amazighe dans le système éducatif marocain, déclinées dans le Discours Royal d’Ajdir le 17 octobre 2001 et dans le Dahir portant sa création, ainsi que dans la Charte Nationale de l’Education et de la Formation.
Avec la décision du MENJ et de l’IRCAM de commencer l’enseignement de la langue amazighe à partir de septembre 2003
dans 317 écoles (relevant de toutes les délégations provinciales et préfectorales du MENJ) dans une première étape, une formation en amazighe au profit des enseignants appelés à assurer cet enseignement a été programmée. L’IRCAM a pris en charge cette formation conformément à l’alinéa 4 de l’article 1 de la convention qui stipule qu’il faut «assurer la formation fondamentale et continue aux cadres pédagogiques et éducatifs chargés de l’enseignement de l’amazighe». Plusieurs modules étaient au programme de la formation dont le module langue. La réalisation de ce module a été confiée au Centre de l’Aménagement Linguistique (CAL) relevant de l’IRCAM.
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Le présent ouvrage1 comporte le programme qui a été préparé et dispensé par les chercheurs du CAL lors de deux sessions de formation en amazighe : la première au profit de 75
inspecteurs du primaire les 30 juin et 1er juillet 2003, la seconde, du 11 au 18 juillet 2003, au profit des mêmes superviseurs et de 1090
enseignants. Etant donné l’effectif élevé des bénéficiaires pendant la deuxième session de la formation, le ministère a affecté ces derniers dans 8 centres répartis sur l’ensemble du territoire marocain, dont deux ont été pris en charge par les chercheurs du CAL (centres de Rabat et d’Agadir).
La publication de cette brochure s’explique par l’impératif de fournir aux professeurs de l’amazighe en premier (et à toute personne qui s’intéresse à l’amazighe) un outil d’initiation à l’écriture en tifinaghe (alphabet et règles d’orthographe) et à la grammaire de l’amazighe.
Le document présente une description succincte et simplifiée des éléments de base de la phonologie et de la morphosyntaxe de l’amazighe. Il livre également une description de la situation sociolinguistique de l’amazighe au Maroc. L’ouvrage n’est donc pas un manuel mais une introduction à la grammaire de l’amazighe standard dont l’objectif est d’expliciter les règles de la langue, sachant que la formation était destinée aux professeurs amazighophones ayant déjà une connaissance implicite des règles grammaticales de leur langue.
Les exemples, en graphie tifinaghe, sont suivis de la traduction libre en français. Ils appartiennent à différentes variétés de l’amazighe marocain. En conséquence, le lecteur n’a pas à s’étonner de ne pas toujours se reconnaître dans certaines réalisations; celles-ci appartenant à d’autres géolectes. Cette initiation s’inscrit dans la perspective d’une langue amazighe commune à construire sur la durée.
1- Une première version de ce travail, initialement intitulée Enseignement de l’amazighe. Juillet 2003, a été envoyée à toutes les académies comme programme de la formation des formateurs en amazighe.
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1. Situation sociolinguistique
de l’amazighe Cette partie inaugurale brosse, à grands traits, le tableau de la situation sociolinguistique au Maroc. Après une description succincte de la situation telle qu'elle a prévalu avant la création de l'IRCAM, nous abordons la question relative au statut de la langue amazighe.
1.1. Etat des lieux
Le Maroc, à l’instar des autres pays du Maghreb, connaît une situation sociolinguistique où le contact des langues est omniprésent.
En effet, son trait singulier est la présence de quatre langues nationales (amazighe (Am), arabe dialectal (ADM), arabe standard (AS) et arabe marocain moderne (AMM), dont l’une est officielle (AS), et de deux langues étrangères (français et espagnol). Ces diverses langues occupent des fonctions sociolinguistiques distinctes.
L'amazighe se répartit en trois variétés régionales avec le tarifite au Nord, le tamazighte au Maroc central et au Sud-Est et le tachelhite au Sud-Ouest et dans le Haut-Atlas. Cette langue était exclusivement réservée au domaine familial ou informel entre pairs du même groupe. Près de 50% (Boukous, 1995) de la population marocaine est amazighophone, parmi lesquels trois quarts sont bilingues amazighe-arabe marocain (Youssi, 1989). Ce bilinguisme, conditionné par des facteurs socio-économiques, n’est parfois que transitionnel chez les jeunes citadins amazighophones, dont le bilinguisme arabe-amazighe débouche souvent sur un monolinguisme au profit de l’arabe dialectal. Ceci marginalise encore davantage l'amazighe qui jouit d’un statut plutôt médiocre même au sein de la communauté dont il relève (Boukous, 1981, 1995 ; Gravel, 1979).
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Toutes ces langues sont, sinon réellement, du moins virtuellement présentes dans l’univers socioculturel du Marocain. Depuis peu, exactement depuis le 17 octobre 2001, un changement lié au statut de la langue amazighe a eu lieu.
1.2. Statut de la langue amazighe Au Maroc, le processus de légitimation des langues «maternelles»
et plus particulièrement de l'amazighe a débuté véritablement en 1994 avec le Discours Royal du 20 août. Le Roi Hassan II y déclare, en effet, qu’il convient d’envisager l’introduction dans les programmes scolaires de l’apprentissage des dialectes. Suite à ces premières directives royales, la Charte Nationale d’Education et Formation, élaborée en octobre 1999 dans le cadre de la réforme de l’enseignement et validée par le Roi Mohammed VI, a intégré, parmi les 19 leviers qui sont autant de propositions du changement, le levier 9 (§ 115 et § 116)2
relatif à l’introduction de la langue amazighe (berbère) dans l’enseignement. Mais c’est avec le Discours Royal d’Ajdir (Khénifra) du 17 octobre 2001 que la légitimation de la langue amazighe est officialisée puisqu’il institue, par un dahir, la création et l’organisation de l’Institut Royal de la Culture Amazighe, concrétisant par là l’annonce de sa fondation par le Roi Mohammed 2 - Levier formulé comme suit : «Levier 9 : Perfectionner l’enseignement et l’utilisation de la langue arabe, maîtriser les langues étrangères et s’ouvrir sur le Tamazight (…).
115. Les autorités pédagogiques régionales pourront, dans le cadre de la proportion curriculaire laissée à leur initiative, choisir l'utilisation de la langue amazighe ou tout dialecte local dans le but de faciliter l'apprentissage de la langue officielle au préscolaire et au premier cycle de l'école primaire.
Les autorités nationales d'éducation-formation mettront progressivement et autant que faire se peut, à la disposition des régions l'appui nécessaire en éducateurs, enseignants et supports didactiques.
116. Il sera créé, auprès de certaines universités à partir de la rentrée universitaire 2000-2001, des structures de recherche et de développement linguistique et culturel Amazigh, ainsi que de formation des formateurs et de développement des programmes et curricula scolaires. » (extrait de la Charte Nationale d’Education et de Formation – octobre 1999).
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VI lors du Discours du Trône du 30 juillet 2001. Cette institution est
« chargée de sauvegarder, de promouvoir et de renforcer la place de notre culture amazighe dans l'espace éducatif, socioculturel et médiatique national ainsi que dans la gestion des affaires locales et régionales (…)» (motif 8 du dahir). L’insertion de l’enseignement de la langue amazighe en septembre 2003 dans le système éducatif marocain fait suite à ces directives.
Cette nouvelle donne appelle donc à une intervention sur la langue afin de l'aménager et d'assurer son introduction dans le domaine public notamment dans l'enseignement, l'administration et les mass media. Cet aménagement porte sur tous les niveaux de la langue comme le montrent les chapitres suivants.
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2. Phonétique/Phonologie de l’Amazighe
Standard
L’introduction de l’enseignement de la langue amazighe dans le système éducatif marocain implique le choix d’une langue standard commune à enseigner. La langue amazighe existant sous forme de dialectes répartis en plusieurs parlers, son aménagement devient une nécessité urgente. Cette tâche est du ressort du Centre de l’Aménagement Linguistique (CAL) relevant de l’IRCAM.
L’aménagement linguistique de l’amazighe passe impérativement par la mise en place d’un système graphique supradialectal qui permette de neutraliser, sur le plan de l’écrit, certaines réalisations phonétiques non pertinentes entre les trois zones et, au sein d’un même dialecte, entre les différents parlers. Etant entendu qu’une norme graphique ne présuppose nullement l’éradication des variétés régionales.
Le système graphique de l’amazighe standard proposé par l’IRCAM3 est à tendance phonologique, en ce sens qu’il ne retient pas toutes les réalisations phonétiques produites, mais uniquement celles qui sont fonctionnelles4 . Seront présentés dans ce chapitre, d’un côté les phonèmes constituant le système graphique de l’amazighe standard ainsi que 3- Cf. Tableau page suivante.
4- Fonctionnel en phonologie signifie une opposition permettant de distinguer deux sens différents comme : imnsi «dîner» / imndi «céréales». Le fait de remplacer dans le premier mot /s/ par /n/ a entraîné une différence de sens. Par contre, que l’on prononce argaz ou aryaz cela n’a aucune incidence sur l’intelligibilité du mot ; donc la différence n’est pas fonctionnelle (elle est non distinctive).
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Tifinaghe - IRCAM
iSKKiln n tfinaV1
Alphabet tifinaghe
fi ˙fl˙J j HCG
1- Tableau officiel de l’alphabet tifinaghe tel qu’il est préconisé par le Centre de l’Aménagement Linguistique (CAL) et consacré par l’RCAM.
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les unités non retenues par le système, de l’autre les processus phonétiques (et leur traitement au niveau graphique) qui opèrent à l’intérieur d’un mot ou au niveau de la jonction des mots.
2.1. Unités segmentales
Seront exposés successivement l’inventaire des phonèmes de l’amazighe standard, les critères qui ont présidé à l’établissement du système graphique et les unités non retenues.
2.1.1. Inventaire des phonèmes de l'amazighe standard Le système graphique proposé comporte :
• 27 consonnes dont : les labiales (f, b, m), les dentales (t, d,
^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^ï, ä, n, r, ë, l ), les alvéolaires (s, z, ã, ç), les palatales (c, j), les vélaires (k, g), les labiovélaires (æ, å), les uvulaires (q, x, v), les pharyngales (p, o) et la laryngale (h);
• 2 semi-consonnes : y et w ;
• 4 voyelles : trois voyelles pleines a, I, u et la voyelle neutre (ou schwa) e qui a un statut assez particulier en phonologie amazighe.
Cette classification des phonèmes de l’amazighe standard peut être synthétisée comme suit :
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Tableau 1 : Tableau phonologique des consonnes de l’amazighe standard
Lieu d’articulation
Alvéolaires
Labiovélaires
Pharyngales
Labiales
Dentales
Palatales
Vélaires
Uvulaires
Laryngale
Mode d’articulation
Non
Sourdes
t
k æ q
emphatiques
Occlusives
Sonores b d
g å
emphatiques Sourdes
ï
Sonores
ä
Non
Sourdes f
s c
x p h
emphatiques
Constrictives
Sonores
z