La chasse aux lions

Alfred Assollant · Chapitre 10 sur 10

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La chasse aux lions

XII au Doigt Mouillé

Que faire? se sauver? Pas facile, quand on traîne derrière soi des femmes, des enfants, des vieillards et des troupeaux de moutons. C'est pour le coup qu'ils regrettèrent bien d'avoir eu l'idée de faire une razzia chez les Beni-Okbah. Enfin l'un d'eux, qui était jeune mais qui n'était pas bête, proposa de s'adresser aux Roumis et surtout au capitaine Chambard, homme fameux et bon enfant, celui-là, qui ferait une battue avec ses hommes et mettrait tous les lions du pays en chair à pâté. On l'écouta et l'on envoya deux députés au capitaine Chambard.

Lui, voyant leur bonne volonté, les renvoya sur-le-champ, en leur disant que le lieutenant Caron, avec une moitié de la compagnie, allait les suivre par un sentier détourné, celui qu'ils avaient pris pour venir, et que lui, Chambard, avec l'autre moitié, nous rejoindrait, Pitou et moi, en suivant la grande route et allant au-devant des lions. Nous les prendrions par devant, et Caron par derrière. C'est ce qu'on appelle un mouvement tournant; c'est connu des plus fameux guerriers.

 

XII

 

AU DOIGT MOUILLÉ

Et maintenant voulez-vous savoir comment finit la bataille entre les lions et la 3e e e du 4 du 7 léger?

Comme si le grand Napoléon lui-même avait réglé tous les détails. Nous voyant avancer à rangs serrés, avec le clairon Paindavoine, qui chantait dans son instrument:

As-tu vu

La casquette,

La casquette,

As-tu vu

La casquette au pèr' Bugeaud?

Les lions s'arrêtèrent pour causer entre eux, et même ils eurent envie de se sauver; mais, comme ils nous tournaient le dos, ils virent de l'autre côté le lieutenant Caron, qui s'avançait avec les camarades. À gauche, ils avaient un précipice de quatre cents pieds de profondeur; à droite, un mur de cent pieds de haut, taillé à pic dans la montagne. Alors, comme des braves, ne pouvant pas s'échapper, ne voulant pas se rendre, ils se jetèrent sur nous. On les reçut avec des balles d'abord et ensuite à la pointe des baïonnettes.

Ils furent tous tués, par l'industrie du capitaine Chambard, qui avait su les envelopper dans son mouvement tournant.

Il en devint chef de bataillon et commandant du bureau arabe de B... Ça lui était bien dû, car, outre qu'il avait débarrassé le pays d'un vilain gibier, il avait fait, par la même occasion, amitié avec les Ouled-ben-Ismaïl, qui se réconcilièrent avec les Beni-Okbah et avec nous, aimant mieux, comme ils disaient, payer l'impôt aux Roumis qu'aux bêtes féroces.

Quant à Pitou, qui avait tué le lion, il lui fit donner un bon fusil à deux coups, que les Ouled-ben-Ismaïl payèrent de leur poche, ça va sans dire, et encore trop heureux d'être débarrassés à ce prix de leur ennemi.

Pitou ne voulait pas. Il disait:

«C'est Dumanet qui a tiré le premier; c'est lui qui l'a blessé.»

Je répondis:

«Oui, mais c'est toi qui l'as tué.»

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