La Complainte du lamantin

François Troudic · Chapitre 16 sur 31

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La Complainte du lamantin

XVI Ci-gît Mimi

XVI

 

Ci-gît Mimi

En découvrant le spectacle dans la salle des harpons, on comprend aisément pourquoi la môme Flétan a légèrement flanché du cabochon. Fixant le plafond de ses yeux révulsés, baignant dans une mare de sang, bouche béante, langue pen-dante, Mimi git là, recroquevillé sur le carrelage. La flèche d’acier de douze millimètres de diamètre qui lui traverse le kiki de la pomme d’Adam à l’occiput, lui donne un peu l’air d’une gi-rouette plantée dans de la purée de betterave. Son index gauche est toujours crispé sur la détente du fusil, et, de son autre main, dans les affres de l’agonie, il a encore trouvé la force de tracer un ultime message ; trois lettres sanguinolentes, bavassant sur le carrelage : CDD

Sous le choc, Peter vacille.

— My God, mon Dieu, Mama mia… pauvre garçon !… Si seulement j’avais su que cela lui tenait tellement à cœur…

Le professeur Nieux et son assistant débarquent sur ces en-trefaites.

— Messieurs, messieurs, mais que se passe-t-il ?

— Mimi Comtou vient de se suicider, Professeur.

— Mon Dieu, mais quelle terrible nouvelle ! Avec tout le travail que nous avons en ce moment…

— Don’t worry, Professeur, j’ai sur mon bureau une pile de C. V haute comme ça… Nous n’aurons guère de mal à le rempla-cer.

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— Me voici rassuré, Monsieur le Directeur. Il n’empêche, ce pauvre Mimi nous manquera… Il n’était pas très futé, et ne sen-tait pas toujours la rose, mais c’était un gentil garçon, et il pré-parait très honorablement la brandade de morue. Ça me fait d’ailleurs penser qu’il va bientôt être l’heure d’aller nourrir nos pensionnaires. À présent que Mimi n’est plus là, il faut bien que quelqu’un s’en occupe… Vous venez, Andy ?

— J’arrive Profess…

— Ah messieurs, j’oubliais…

— Oui, monsieur le Directeur ?

— J’ai transmis au maire la conclusion de vos travaux. Il était tellement heureux d’apprendre que ce fichu problème de concombres allait enfin être réglé qu’il a décidé d’organiser, ce soir, à la mairie, un bal costumé en notre honneur.

— C’est vraiment très gentil de sa part, Monsieur le Direc-teur, mais… après ce qui vient d’arriver à ce pauvre Mimi, croyez-vous vraiment que ce soit…

— Ces scrupules sont tout à votre honneur, Professeur, mais je suis persuadé que si Mimi était encore en vie, il serait le premier à insister pour que nous y allions afin d’honorer sa mémoire… Alors, allons-y ! Ce sera une merveilleuse façon de lui rendre hommage ! Et puis, une invitation du Maire… ça ne refuse pas !

— Vous avez raison Monsieur le Directeur. Vous pouvez compter sur nous, nous irons, ne serait-ce que pour faire plaisir à Mimi ! N’est-ce pas, Andy ?

— Oui, Profess…

— Fort bien messieurs, je vous laisse vaquer à vos occupa-tions et vous dis à ce soir, vingt-et-une heure, à la mairie. Je compte sur vous pour arborer de beaux déguisements, il en va de la réputation du C.O.P. P !

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