La Glu

Jean Richepin · Chapitre 1 sur 31

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La Glu

La Glu

JEAN RICHEPIN

 

 

Car la gouine signait bravement

ses lettres de ce véridique nom de

guerre LA GLU, et son cachet portait

en exergue cette devise significative:

qui s'y frotte s'y colle.

LA GLU (page 33.)

 

ÉDITION DÉFINITIVE

illustrée d'un dessin original de J.-L. Stewart.

 

PARIS

MAURICE DREYFOUS, ÉDITEUR

13, RUE DU FAUBOURG-MONTMARTRE, 13

 

1883

Tous droits réservés

IL A ÉTÉ TIRÉ:

 

30 Exemplaires sur beau papier de Hollande. 10 — sur papier Whatman. 10 — sur papier de Chine.

6 — sur papier du Japon.

 

POITIERS.—IMPRIMERIE TOLMER ET Cie.

A HENRY LAURENT

 

Paris, 1 er Mai 1881.

 

Mon cher ami,

 

C'est au Croisic que j'ai eu la bonne fortune de faire votre connaissance intime. Là, pendant une quinzaine de jours, ne nous quittant jamais d'une minute, vivant d'une vie fraternelle, dans une incessante communion de sensations, de sentiments et d'idées, en pleine nature, nous nous sommes pris d'une grande affection l'un pour l'autre. Plus jeunes, à l'âge où l'on se lie trop facilement, nous serions devenus des camarades, et rien de plus. Les hasards de l'existence nous auraient ensuite déliés. Par bonheur, nous étions déjà hommes au moment de cette rencontre. Les nœuds ont donc été serrés plus fort, non-seulement à fleur de peau, mais entrant au fond de l'être, et ainsi la sympathie passagère s'est changée en une amitié durable. Voilà pourquoi nous n'avons pas laissé mourir ces douces relations, écloses là-bas dans la familiarité de courtes vacances; et même la grand'ville, au lieu de nous séparer au retour, nous a rapprochés davantage. Parmi les tracas, les peines et les joies de la lutte, bien que nous soyons sur deux points éloignés et quasi opposés du champ de bataille parisien, vous dans les rudes et absorbants labeurs du commerce, moi dans la mêlée littéraire, malgré nos préoccupations si différentes, toujours nous nous sommes senti les coudes. De plus en plus j'ai pu apprécier votre cœur exquis, votre esprit rare, votre vaillance, et compter au nombre de mes jours ensoleillés celui où vous avez mis pour la première fois votre main dans la mienne. Permettez-moi donc de vous dédier ce livre, en vous demandant pardon toutefois de n'avoir pas mieux à offrir en hommage à une si précieuse affection. Tel quel, je suis sûr qu'il vous sera cher, quand ce ne serait que par le souvenir du Croisic, où vivent mes personnages, où naquit notre amitié.

 

J R .