La phyto, ma médecine au naturel
Chapitre 1. D’où viennent les pouvoirs des plantes ?
1
D’où viennent les pouvoirs
des plantes ?
Bonne question en vérité, qui en sous-entend de nombreuses autres. Quels
sont les pouvoirs des plantes ? Pour quels usages ? Pour qui ? Pourquoi ?
Comment ? Plus que la connaissance immédiate de leurs propriétés, chacun
se demande quelle utilité certaines plantes peuvent avoir pour résoudre nos
problèmes de santé, des plus simples aux plus compliqués.
Pouvoir des plantes, puissance des Hommes
Cette quête est vieille comme le monde. De tous temps, sapiens a utilisé la
première ressource-santé à portée de main, le végétal, en communion
naturelle avec son environnement, devenue surnaturelle lorsqu’étaient
découvertes, à force d’expériences, certaines propriétés de guérison des
plantes disponibles alentours. Imaginez le tableau : le mal prenait
possession de l’infortuné, et telle herbe agissait, de façon mystérieuse, pour
l’en déloger. Magique ! La connaissance de ce remède conférait à son
détenteur le pouvoir de guérison… Un vrai transfert de compétence, de la
plante à l’Homme. Pendant des dizaines de milliers d’années, les cueilleurs-
chasseurs ont accumulé une connaissance empirique des herbes présentes
dans leur écosystème. Ce savoir s’est développé au fil des migrations des
peuples, lesquelles ont eu pour effet de découvrir de nouvelles espèces et de
diffuser celles déjà en usage. Les plantes sauvages sont restées pendant
longtemps la seule source d’approvisionnement, même après la révolution
agricole, il y a 10 000 ans1, qui a vu la sédentarisation progressive des humains et la mise en culture d’un nombre croissant de végétaux, à visées
non seulement alimentaire mais aussi médicinale. De nos jours encore, la
gentiane, l’harpagophytum, le griffonia, le mucuna, par exemple, sont
toujours prélevés dans leur environnement naturel pour servir de matière
première en phytothérapie. Cependant, la plupart des plantes ont été
progressivement « apprivoisées » et produites par des exploitants agricoles
spécialisés. Peu à peu, au fil des découvertes et des échanges entre les
peuples, les plantes ont exercé leur pouvoir, non seulement pour nourrir et
soigner les individus et les familles, mais aussi comme outil de partage et
d’échange, comme marqueur de culture et de tradition, comme source de
développement commercial et d’enrichissement (la route des épices), voire
comme instrument de pouvoir ou de prestige (le ginseng, initialement
réservé à l’empereur de Chine).
Connaître le pouvoir des plantes, c’est le détenir, se l’approprier et
l’utiliser de façon à permettre la survie et à perpétuer la vie. L’Homme a
toujours été confronté à un enjeu existentiel : préserver le plus important
capital qui soit, à savoir la capacité de rester en vie, le plus longtemps
possible, dans la meilleure condition possible, et de perpétuer l’espèce. « Le
plus pauvre n’échangerait pas sa santé pour de l’argent, mais le plus riche
donnerait tout son argent pour la santé », résume l’ecclésiastique anglais
Charles Caleb Colton (1780-1832). Il s’agit non seulement de survivre,
mais aussi de se développer (l’espèce humaine est expansionniste), voire de
dominer (dans l’histoire de l’humanité, les forts contrôlent les faibles). En
ce sens, connaître les propriétés des plantes constitue un atout majeur pour
qui sait en faire un usage adapté, de façon à répondre à ses besoins et à ses
intentions. Vous avez probablement une bonne opinion du règne végétal,
avec l’idée positive que les herbes sont bénéfiques pour le genre humain.
En a-t-il toujours été ainsi ? Pour des Borgia et consorts qui maniaient
l’aconit, l’if, la jusquiame, le pavot, la ciguë avec la même facilité que
Lucky Luke faisait virevolter son pistolet à six coups, l’utilisation du
pouvoir « thanatoinducteur2 » des poisons végétaux constituait une
alternative efficace à la diplomatie ou à la guerre. De nos jours, il parait que
le novitchok, le polonium, et la dioxine ont remplacé ces substances
nocives, au service de certains services secrets, perpétuant un art du poison
héritier d’un usage fort peu philanthropique des plantes, lequel, en vérité, remonte à la nuit des temps. Les chasseurs utilisaient des substances