La Retraite Sentimentale

Colette · Chapitre 5 sur 31

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La Retraite Sentimentale

Chapitre V

 

La confidence, que dis-je ? l’explosion d’Annie m’a laissée courbaturée. Je demandais à voir les « pays de son âme » – elle m’en a fait voir, du pays, dirait Maugis, jusqu’à m’en harasser ! Et l’affection que je lui porte a dû se modifier à mon insu : Annie m’inspire plus de considération et moins d’intérêt. Elle s’est af-franchie, soit, et à corps perdu, mais je lui en veux un peu de m’avoir livré si vite son secret. Ou plutôt je le voudrais autre, ce secret, plus unique, plus différent de celui de tant de femmes, plus exceptionnel… Ah ! que son mari fut coupable ! On ne sait pas assez ce qu’une femme risque à coucher d’abord avec un im-bécile… Un petit quart-de-dieu subalterne, promu aux basses be-sognes de l’amour, a préservé Annie de ce que ma vieille Mélie appelait les « mauvaises maladies », il convient de l’en remercier. La bravoure de mon amie égale son ignorance du péril : Brieux n’a pas encore pénétré jusqu’aux âmes candides…

 

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