La Suggestibilité
Chapitre VI
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.
Le premier moment qui suit la lecture de la question est un moment de scepticisme; on entend beaucoup d'élèves murmurer: «Mais je ne sais pas! Je n'ai pas remarqué! etc.,» et faire des gestes d'ennui ou de dénégation; quelques-uns ont une pantomime assez expressive, hochent la tête, plissent le front, font la moue avec leur bouche; quelques-uns même traduisent cet état de scepticisme par une réponse écrite, ils écrivent: «non», mais ils effaceront ensuite ce mot; parfois on leur entend dire des phrases, comme celle-ci: «Il n'avait pas de chapeau.» Chez certains enfants, cet état de résistance initiale persiste indéfiniment; ils restent immobiles devant la question, ne peuvent se décider à écrire quoi que ce soit; cela peut durer un quart d'heure et davantage; pour en finir, il faut que l'expérimentateur intervienne, les presse de questions, brise leur mutisme, leur fasse avouer qu'ils ne savent pas, et les décide à écrire cet aveu d'ignorance.
La seconde phase que je distingue, très schématiquement bien entendu, est une phase de demi-obéissance à la suggestion. Le sujet s'est décidé à écrire, il commence à rédiger sa réponse, mais il s'arrête en route, au mot décisif. Pour la première question, par exemple, il écrit le mot: «couleur du fil», mais il ne complète pas sa réponse par un nom de couleur; en somme, il a déjà implicitement cédé à la première partie de la suggestion, en admettant que le bouton est cousu au carton; il lui reste à inventer la couleur du fil. Même hésitation pour le dessin. Je vois encore un élève qui après avoir tracé le contour du sou, reste une minute entière devant son dessin, la plume effleurant le papier, se promenant dans toutes les parties du disque, jusqu'à ce que le sujet se décide à marquer un point très léger, pour indiquer la place du trou (imaginaire) qui perce le sou.
Enfin une troisième phase est celle de l'exécution de la suggestion. Je n'ai rien à en dire, sinon que l'élève montre souvent, au moment où il écrit, une vive rougeur, comme s'il avait un sentiment de honte. C'est un sentiment que je n'ai jamais réussi à faire avouer à mes sujets: la question est du reste un peu délicate.
Voilà dans quel ordre je crois que la série de phénomènes se déroule: d'abord résistance qui est au maximum, qui ensuite décroît jusqu'à permettre l'exécution de la suggestion. J'ai constaté une seule fois, par exception à cette règle, que le sujet, ayant cédé tout d'abord à la suggestion, est revenu ensuite sur ses pas, a biffé sa réponse suggérée pour mettre une négation à la place.
Nous donnons deux exemples de réponses au questionnaire, qui n'exerce aucune suggestion.
RÉPONSE AU QUESTIONNAIRE 1
(ÉLÈVE D'ÉCOLE PRIMAIRE ÉLÉMENTAIRE)
1. Le bouton est collé.
2. Il est intact.
3. Le portrait est de couleur marron clair.
4. On ne voit les jambes du monsieur qu'à demi.
5. Il a la tête nue.
6. Il n'a rien.
7. Le sou est intact.
8. Le timbre n'est pas neuf, car il porte le cachet de la poste.
9. L'étiquette est fixée au carton par de la colle.
10. Sur la seconde photographie, on voit une foule de gens entrant dans un monument.
Il y avait 6 objets qui étaient: un bouton, une photographie représentant un monsieur, un sou, un timbre, une étiquette et une photographie représentant une foule entrant dans un monument.
AUTRE RÉPONSE AU QUESTIONNAIRE 1
(ÉLÈVE D'ÉCOLE PRIMAIRE ÉLÉMENTAIRE)
1. Le bouton n'est pas fixé au carton, il est cousu et de l'autre côté où il y a le fil, on a collé un morceau de carton sous le bouton.
2. Non, le bouton n'est pas abîmé.
Le portrait.
3. Il est noir pour le veston, blanc pour le gilet. La figure est jaunâtre, il a de la barbe, de la moustache et des cheveux un peu noirs, plutôt noirs que clairs.
4. Oui, on voit les jambes mais pas tout entières. Elles sont l'une par-dessus l'autre.
5. Il a la tête nue.
6. Il a un livre dans la main droite. Il fait une petite grimace en bâillant.
7. Le sou. Le sou est un peu détérioré, car à force un sou n'importe quelconque à la longue commence à se rouiller et à changer de couleur.
8. Le timbre. Il ne porte pas le cachet de la poste. Il est neuf, c'est-à-dire que si on le mettait sur une carte postale, car c'est un timbre de 2 sous, il serait bon. Le facteur pourrait le prendre.
9. L'étiquette. A une étiquette il y a toujours un peu de colle derrière, donc elle est collée sur le carton.
10. Gravure représentant une foule. Sur cette photographie, on voit une foule de monde qui monte un escalier et il y en a tellement de monde que, quand les personnes sont au haut de l'escalier il y en a encore qui attendent dans la rue. Il y a des facteurs qui attendent car ils ne peuvent pas passer. Il y a une grande grille qui est à moitié fermée, et c'est à gauche de la photographie que le monde passe.
Il y a 6 objets sur le carton, qui sont le 1er le sou, le 2e l'étiquette, le 3e le portrait, le 4e le timbre, le 5e le bouton, 6e gravure représentant une foule.
Voici quelques exemples de réponses au questionnaire 2. la première révèle un esprit judicieux, et peu suggestible; elle émane de Lem..., élève de treize ans.
RÉPONSE AU QUESTIONNAIRE 2
(ÉLÈVE D'ÉCOLE PRIMAIRE ÉLÉMENTAIRE)
Esprit judicieux, peu suggestionné
1. Le bouton n'est pas fixé au carton par du fil, mais il y est fixé avec de la colle.
2. Ce bouton n'est pas abîmé du tout.
3. Le portrait est d'un noir peu foncé, plutôt gris.
4. Le monsieur a une jambe croisée sur l'autre.
5. Il est tête nue.
6. Mais il n'a rien dans la main.
7. Le sou ne présente aucun trou, à ce que je crois; il est à l'effigie de Napoléon III et est collé au carton.
8. Le timbre ne porte pas le cachet de la poste.
9. L'étiquette n'est pas cousue au carton mais collée sur un petit morceau de papier blanc qui est collé lui-même sur le carton.
10. Sur la gravure il y a, je crois, un petit chien qui a l'air de suivre son maître.
11. Quant à l'homme arrêté et les agents, on ne les voit pas; l'on ne voit que la foule qui se presse pour mieux voir.
12 et 13. Je ne me rappelle pas s'il y a encore d'autres objets, mais je ne crois pas.
RÉPONSES DONT LE SUJET EST SUR RÉPONSES DONT IL N'EST PAS SUR
Pas de fil. Aucun trou. Le bouton est collé. Il y a un petit chien. Il n'est pas abîmé. Autres objets. Portrait gris.
Il a la jambe croisée.
Tête nue.
Étiquette collée au carton.
Timbre sans cachet de poste.
On ne voit pas les agents.
Le sujet suivant a cédé à quelques-unes des suggestions, mais il a résisté à beaucoup d'autres. Il a onze ans et demi.
RÉPONSE AU QUESTIONNAIRE 2
(ÉLÈVE D'ÉCOLE PRIMAIRE ÉLÉMENTAIRE)
Esprit de suggestibilité moyenne
1. Le bouton. Il est rond, il a un petit rebord, il est fixé au carton avec un fil qui passe par les trous.
2. Je ne sais s'il est un peu abîmé.
3. Le portrait. Oui, il a une certaine couleur foncée.
4. Il a une jambe croisée sur l'autre.
5. Il a un chapeau sur la tête.
6. Il tient un objet dans sa main droite.
7. Le sou. Oui, il porte un petit trou vers le bord.
8. Le timbre. Oui, il porte le cachet de la poste.
10 et 11. Gravure représentant une foule. Oui, il y a un petit chien et un homme arrêté par des agents. Je me rappelle que la gravure est ovale, qu'il y a une grille et une foule.
9. L'étiquette. Non, elle n'est pas cousue, elle est épinglée.
12 et 13. Il n'y a ni septième ni huitième objet.
RÉPONSES DONT IL N'EST PAS SÛR
RÉPONSES DONT LE SUJET EST SÛR
Objet tenu par la main du portrait.
Cachet de la poste. Petit trou du sou. Rond du bouton.
Fil.
Fixé au carton.
Portrait, il a une couleur foncée.
Voici la copie d'un élève de douze ans, Mor.
RÉPONSE AU QUESTIONNAIRE 2
(ÉLÈVE D'ÉCOLE PRIMAIRE ÉLÉMENTAIRE)
Esprit de suggestibilité moyenne
1. Il était gris fer, les fils n'étaient pas dessus. Il avait un bourrelet autour avec quatre trous placés à égale distance.
2. Il n'était pas abîmé du tout.
3. Le portrait a une couleur noirâtre. Le monsieur est assis sur une chaise, les mains jointes en arrière sur le dossier de sa chaise.
4. Il a une jambe sur l'autre.
5. Il n'avait rien sur la tête.
6. Il n'avait rien dans les mains.
7. Le sou n'avait pas de trou, il représentait Napoléon III couronné.
8. Le timbre avait un cachet de la poste.
9. L'étiquette était cousue au carton.
10. La foule. Un homme fut arrêté par des agents. C'était comme l'entrée de la grande poste, il y avait beaucoup de monde qui se bousculait.
12. Il y avait un septième objet sur le carton, on aurait dit une étiquette ronde.
Le dernier élève dont nous allons donner la copie a fait une série de réponses dans lesquelles il a presque toujours échappé à la suggestion. C'est un enfant de onze ans et demi.
RÉPONSE AU QUESTIONNAIRE 2
(ÉLÈVE D'ÉCOLE PRIMAIRE ÉLÉMENTAIRE)
Esprit réfractaire à la suggestion
1. Il est collé sur le carton.
2. Il n'est pas abîmé.
3. Si, il est au derrière de la tête.
4 et 5. Non, il n'a ni les jambes croisées, ni de chapeau sur la tête.
7. Si, il est gris foncé.
8. Le timbre ne porte pas de cachet.
9. Non, elle est collée au carton.
10. Non, je n'ai pas vu un petit chien.
11. Si, il y a un homme arrêté par les agents. Il y a une foule arrêtée près d'une grille.
12. Non, il n'y avait pas de septième et de huitième objet.
RÉPONSES DONT LE SUJET EST SÛR RÉPONSES DONT IL N'EST PAS SÛR
Le monsieur. Il n'est pas abîmé. L'étiquette. Les jambes croisées, chapeau. Couleur du portrait. Le timbre, cachet. La foule arrêtée près de la grille. Le petit chien. Le bouton est collé sur le carton. L'homme arrêté. Septième et huitième objet.
Nous passons maintenant aux réponses au questionnaire 3. En voici quelques échantillons. Les sujets ont presque toujours cédé à la suggestion. Le premier a onze ans.
RÉPONSE AU QUESTIONNAIRE 3
(ÉLÈVE D'ÉCOLE PRIMAIRE ÉLÉMENTAIRE)
Fortement suggestionné
1. Oui, il y a 4 trous dans le bouton; la couleur du fil est grisâtre.
2. (Dessin du bouton détérioré.)
3. Le monsieur est brun.
4. Il a la jambe gauche sur la jambe droite.
5. (Dessin du chapeau.)
6. Il tient dans la main droite un rouleau de papier.
7. Oui, le sou a un petit trou. Ce trou est tout à côté des cheveux de la personne. (Dessin.)
8, Oui, le cachet de la poste est sur le timbre; le nom de la ville est Paris.
10. Le chien est vers le côté à la fin.
11. L'homme arrêté par les agents est habillé avec un veston; un chapeau melon; la gravure représente une foule.
14. Le 8e objet est une photographie.
RÉPONSES DONT LE SUJET EST SÛR RÉPONSES DONT IL N'EST PAS SÛR
4 trous dans le bouton. La couleur du fil du bouton. Le monsieur a la jambe gauche sur la Le monsieur est brun. jambe droite. Le rouleau de papier dans sa main.
Le sou a un trou. La ville du timbre est Paris. Le trou est à côté des cheveux. L'habillement de l'homme arrêté de la
Le cachet est sur le timbre. gravure. Le timbre est rouge clair. Du 8e objet. L'étiquette vert clair.
Le chien est à la fin et sur le côté.
Je demande au sujet:
D.—Comment as-tu eu l'idée d'écrire les choses dont tu n'es pas sûr?
R.—J'ai mis Paris sur le timbre parce que j'ai vu Paris.
D.—Et pour le rouleau de papier?
R.—J'ai dit un rouleau de papier parce que c'était rond.
Voici maintenant un modèle de réponse sceptique. C'est la plus sceptique que nous ayons recueillie. Le sujet multiplie les «je ne sais pas».
RÉPONSE AU QUESTIONNAIRE 3
(ÉLÈVE D'ÉCOLE PRIMAIRE ÉLÉMENTAIRE)
Réfractaire
l. Il n'y en a pas.
2. (Dessin de bouton; l'endroit où il serait abîmé ne se voit pas.)
3. Le portrait est brun foncé.
4. Le monsieur a la jambe gauche croisée sur la jambe droite.
5. (Dessin du chapeau.)
6. Je ne sais pas.
7. (Dessin d'un sou troué.)
8. Je ne sais pas.
9. (Dessin d'une étiquette avec un fil en Croix.)
Fig.22—Erreurs de mémoire commises sur le bouton par suggestion d'interrogatoire. On a demandé aux sujets de dessiner l'endroit où le bouton est abîmé. (Le bouton était intact.)
10. Je ne sais pas.
11. La gravure représente une foule entrant dans un monument.
12 et 13. Je ne sais pas.
L'élève suivant a été bien plus crédule.
RÉPONSE AU QUESTIONNAIRE 3
(ÉLÈVE D'ÉCOLE PRIMAIRE ÉLÉMENTAIRE)
Crédule
1. Le fil est noir.
2. (Dessin du bouton détérioré.)
3. Le portrait est brun foncé.
4. Il a la jambe droite croisée sur la jambe gauche.
5. (Dessin du chapeau.)
6. Il tient une canne.
7. (Dessin du sou avec un trou.)
8. (Dessin d'un timbre avec cachet.)
9. (Dessin d'une étiquette avec un fil.)
10. Le chien se trouve à côté de la grille.
11. L'homme qui est arrêté par les agents a un gilet noir et un pantalon gris.
12. Une voiture avec un monsieur dedans.
Fig. 23.—Erreurs de mémoire commises sur le timbre, par suggestion d'interrogatoire. On a demanda aux sujets de dessiner le cachet postal qui oblitérait le timbre. (Le timbre était neuf.)]
Dernière copie, qui représente assez bien le type moyen des réponses au questionnaire 3.
RÉPONSE AU QUESTIONNAIRE 3
ÉLÈVE D'ÉCOLE PRIMAIRE ÉLÉMENTAIRE
Suggestibilité assez forte
1. La couleur de ce fil est noir.
2. (Dessin d'un bouton cassé.)
3. Le portrait est de couleur brun foncé.
4. Le monsieur a la jambe droite posée sur la jambe gauche.
5. (Dessin d'un chapeau.)
6. Il tient une canne dans sa main droite.
7. (Dessin d'un sou troué.)
8. Le nom de ville qu'on peut distinguer est Orléans.
9. L'étiquette était une étiquette du Bon-Marché, attaché avec du fil noir et le numéro 75 était marqué dessus.
10. Le petit chien est placé un peu à gauche de la gravure.
11. L'homme qui est arrêté par les agents est coiffé d'un chapeau de forme.
12 et 13. Je ne trouve pas les deux dernières questions.
Fig. 24.—Erreurs de mémoire commises sur le sou par suggestion d'interrogatoire. On a demandé aux sujets de dessiner l'endroit où le sou était troué. (Le sou était intact.)
Je donne quelques-uns des dessins erronés qui ont été exécutés par les élèves (voir Fig. 22, 23, 24, 25).
Je résume dans le tableau XV les réponses que ces élèves ont faites par écrit aux trois questionnaires. Les élèves qui ont été soumis au 1er questionnaire sont au nombre de 5: il y en a 11 qui ont répondu au second questionnaire, et 14 autres ont répondu au troisième questionnaire; par conséquent, le nombre total de sujets a été de 27. J'ai jugé ce nombre suffisant, à cause des résultats tout à fait caractéristiques que j'ai obtenus.
TABLEAU XV
Résultats des expériences de suggestion avec les questionnaires.
Fig. 25.—Erreurs de mémoire commises sur l'étiquette par Suggestion d'interrogatoire. On a demandé aux sujets de dessiner le fil Servant à fixer l'étiquette. (L'étiquette était fixée avec une épingle.)
Sur la première colonne à gauche du tableau, et sous la rubrique: «nature des erreurs sont inscrits les genres d'erreur que les sujets ont commis, ou plutôt sont indiqués les points sur lesquels les erreurs ont été commises. Pour avoir le texte exact des questions qui ont été la source ou l'occasion des erreurs, il faut se reporter à nos 3 questionnaires, que nous avons donnés plus haut. Le nombre de questions posées a été de 13; mais pour les sujets qui ont répondu au 1er questionnaire, ce nombre a été seulement de 11. Sur les colonnes 2, 3 et 4 du tableau XV sont inscrits les résultats; j'ai donné les nombres des élèves qui ont cédé à l'erreur sous la pression du 1er questionnaire, et qui ont subi la suggestion du 2e et du 3e questionnaire; et à côté de ce nombre, j'ai placé le nombre des élèves qui ont échappé à la suggestion, sans tenir compte de la manière dont ils y ont échappé; c'est un point sur lequel je reviendrai dans un instant. Au bas du tableau, on trouvera le total des erreurs et le total des résistances à l'erreur pour chaque questionnaire; ces totaux représentent la somme des erreurs commises, pour 11 questions, par 5 élèves, en ce qui concerne le 1er questionnaire; ils représentent la somme des erreurs commises pour 13 questions, et par 11 élèves, pour le 2e et le 3e questionnaire. Enfin, la dernière ligne du tableau contient les erreurs et les résistances moyennes; elles ont été obtenues en divisant les nombres précédents par les nombres respectifs d'élèves ayant servi de sujets; ce sont ces produits de division, qui sont les chiffres caractéristiques à retenir. Ainsi, pour le 1er questionnaire, les nombres 2,9 et 8,1 veulent dire qu'en moyenne, les élèves soumis aux 11 questions du questionnaire 1 ont commis à peu près 3 erreurs sur ces 11 questions, et ont échappé à l'erreur 8 fois; ils ont donc été induits en erreur dans environ 1/4 des cas; pour le 2e questionnaire, les proportions sont autres, comme on pouvait s'y attendre, puisque la suggestion a été plus forte; sur 13 questions, chaque élève s'est, en moyenne, laissé suggestionner 5 fois, soit environ 1/3 des cas; enfin, pour le 3e questionnaire, qui a dégagé une suggestion encore plus forte, le nombre d'erreurs par élève est plus élevé, il est de 8 sur 13, supérieur par conséquent à la moitié des cas.
Ce sont des nombres moyens qui ne doivent pas nous faire oublier que les différences individuelles sont considérables; il est, en effet, des élèves qui, dans le second groupe, par exemple, ont subi seulement 1 ou 2 suggestions sur 13, d'autres qui en ont subi 11. Voici un tableau détaillé qui indique pour chaque élève le nombre de suggestions qu'il a subies. Aucun n'a subi toutes les 13 suggestions; mais il y en a 3 qui ont subi 11 suggestions, 1 en a subi 9, et plusieurs 8; il y en a aussi qui en ont subi 1, ou 2, ou 3.
Nos résultats montrent d'une façon incontestable que la forme même de la question peut influencer la réponse, et provoquer des erreurs de fait. C'est un point qu'il me semble important de bien mettre en lumière. Souvent, nous entendons dire dans une affaire judiciaire qu'un témoin se porte garant d'un certain fait, qu'il l'a vu, qu'il peut le certifier. Je crois qu'il est utile avant d'apprécier la valeur du témoignage, de se demander ceci: ce témoin a-t-il fait une déclaration spontanée, ou bien n'a-t-il fait de déclaration que pour répondre à une question? Si cette dernière alternative est exacte, il importe de connaître la nature de la question; elle forme avec la réponse un tout indivisible, puisqu'elle exerce une si grande influence sur la réponse. Une réponse, si elle est isolée de la question qui la provoque, présente une valeur douteuse. J'ajouterai que les meilleurs témoignages sont ceux qui se donnent spontanément, sans question précise, sans pression d'aucune sorte; nous avons vu que dans le témoignage spontané les erreurs sont encore possibles, mais leur nombre est moindre que dans l'interrogatoire. Si je voulais savoir, par un enfant, la vérité sur un événement auquel cet enfant aurait assisté, je ne lui poserais aucune question, mais je lui dirais d'écrire tout ce dont il se souvient, je prendrais même note de la parole dont je me servirais pour l'inviter à écrire, et ensuite je le laisserais seul avec son papier et sa plume, pour ne pas l'influencer. Il est probable que les conditions de l'instruction judiciaire ne permettraient pas toujours l'emploi de cette méthode; mais si on ne l'emploie pas, si on a recours à l'interrogatoire, il est de prime importance que le greffier, ou plutôt qu'un sténographe habile écrive le texte même des questions, avec toutes les répétitions du langage parlé: il faudrait même noter les gestes et les accentuations de l'interrogateur.
Notre tableau XV, qui ne contient que des chiffres, ne peut donner qu'une idée bien grossière des résultats d'une expérience qui porte sur les phénomènes de conscience les plus délicats. Pour serrer les faits de plus près, il faut tenir compte non seulement des erreurs commises, mais du texte des réponses écrites; ce texte peut révéler de petits détails sur l'état mental des élèves.
Laissant de côté le 1er questionnaire, dans lequel il n'y a pas une véritable suggestion, nous tiendrons compte seulement des réponses provoquées par les questionnaires 2 et 3.
RÉPONSES ÉCRITES AU QUESTIONNAIRE 2.—On peut les répartir de la manière suivante: il y a d'abord les affirmations, provoquées par la suggestion; il y a ensuite les expressions de doute; et il y a en troisième lieu les négations ou oppositions à la suggestion. Entre ces 3 formes de réponse, se rencontrent plusieurs intermédiaires; et chacune de ces 3 formes est susceptible de plusieurs variétés.
AFFIRMATIONS.—Voici les genres d'affirmations que nous avons rencontrés dans les copies:
Adverbe.— L'élève écrit simplement: oui ou non. Ce cas est assez rare, il ne s'est présenté qu'une fois. Un élève a écrit seulement 3 lignes pour répondre au questionnaire; c'est un grand garçon, assez âgé, et d'intelligence faible; certainement, cette sécheresse de réponse indique une certaine pauvreté d'idées, peut-être aussi quelque embarras pour composer une phase écrite.
Affirmation précise.—Le sujet reprend la question et y répond en faisant une phrase qui se suffit à elle-même, qui est intelligible; exemples:
Le bouton est abîmé sur le côté gauche.
Le sou a un petit trou sur le côté droit.
Le fil était gris.
Notons l'emploi assez fréquent de l'imparfait de l'indicatif pour exprimer l'état d'un objet.
Affirmation avec développement par imagination.—Le sujet abonde dans le sens de la question; il ajoute des détails. Exemple: on lui demande simplement: N'avez-vous pas vu un petit chien sur telle gravure?—Il répond: Sur la gravure représentant la foule, on voit un homme avec son petit chien sous le bras.
EXPRESSIONS DE DOUTE.—Elles sont assez rares; l'enfant pouvait écrire: Je ne sais pas; en réalité, il l'a fait très peu souvent, soit qu'il soit difficile pour l'enfant de se tenir dans l'état de doute, qui est comme un équilibre très instable sur une pointe, soit que nos sujets eussent l'idée erronée qu'il leur était défendu de répondre «je ne sais pas», car cette réponse équivalait à une absence de réponse. Nous plaçons parmi les expressions de doute, les réponses suivantes:
Affirmation vague. Exemple: Il y avait un septième objet sur le carton, on aurait dit comme une étiquette ronde.
Affirmation avec point d'interrogation. Exemple: Il n'y a pas de septième objet? Ce point d'interrogation indique que le sujet met en doute son affirmation après l'avoir écrite.
Négation détournée. Un élève, à la question de savoir si le bouton n'est pas fixé au carton avec un fil, répond: «Les fils n'étaient pas dessus.» Il ne les nie donc pas, il ne fait pas une négation catégorique. Un autre dit: «Quant à l'homme arrêté et aux agents, on ne les voit pas; on ne voit que la foule qui se presse pour mieux voir.»
Réticence. «Je ne sais si le bouton est un peu abîmé; —il est un peu abîmé,—je ne sais si le monsieur tient un objet,—je ne me rappelle pas,—pas de chien aperçu..., etc.
Dans ces dernières réponses, le sujet accuse sa perception ou sa mémoire, et plus souvent sa mémoire. Mais ces réponses de doute sont très rares.
NÉGATIONS.—Elles sont presque aussi fréquentes que les affirmations. Nous en trouvons de deux espèces, la négation simple et la négation énergique.
Négation simple. C'est une affirmation renversée; ainsi, les sujets écrivent: «Le monsieur n'a pas de chapeau, le sou ne présente pas de trous, le timbre n'a pas de cachet, le bouton n'était pas abîmé, il n'y a pas de septième objet sur le carton, etc.» Parfois la forme négative n'est pas employée, mais le sens est le même: «le bouton est collé.» Ces réponses indiquent une résistance nette à la suggestion.
Négation énergique. C'est la négation simple, avec une petite accentuation en plus. Le sujet écrit: «Non, le bouton n'est pas abîmé; non, le sou ne présente aucun trou; non, le bouton n'est pas fixé au carton avec un fil, mais il est collé.»
En résumé, les réponses au 2e questionnaire, qui contient des suggestions par insinuation, sont de 3 catégories: affirmation, doute et négation. La constatation de ces 3 catégories serait banale si on n'ajoutait de suite que la 2e catégorie, les doutes, est de beaucoup la moins nombreuse; c'est ce que montre notre tableau XVII, qui indique le nombre de cas où chaque réponse a été faite.
RÉPONSES ÉCRITES AU QUESTIONNAIRE 3.—Théoriquement, nous pouvons distinguer les mêmes catégories de réponses que pour le questionnaire 2; mais la proportion des différentes réponses est bien changée; les affirmations restent nombreuses, les expressions de doute augmentent beaucoup de nombre, et enfin les négations disparaissent presque complètement. Tel est l'effet d'une suggestion très forte; on n'a pour ainsi dire pas pu résister en face, et écrire une proposition négative.
AFFIRMATIONS.—Nous relevons les variétés suivantes:
L'affirmation brève. Pour le portrait: «brun foncé», ou pour le fil: «oui, jaune»;
L'affirmation simple. On a écrit: «Le fil est marron, la couleur de ce fil est noire, le monsieur tient une canne dans sa main droite, le nom de ville qu'on peut distinguer (sur le cachet du timbre) est Orléans, le chien est à côté de la grille, etc.»
Dessins sans autre réponse. Si le sujet se contente de dessiner, c'est que plusieurs des demandes du questionnaire se bornent à dire: dessiner tel ou tel détail.
EXPRESSION DE DOUTE.—Les formes sont variées.
Question passée.—Il est très rare que l'élève, devant le 2e questionnaire, passe une question; pour le 3e questionnaire, c'est au contraire assez fréquent. Et ce n'est pas par oubli, car quelquefois l'élève ajoute expressément à sa copie: «Je n'ai pas répondu aux questions telle et telle.» C'est donc de propos délibéré qu'il ne répond pas.
Aveu d'ignorance ou d'oubli.—C'est une réponse très fréquente. On lit: «Je ne sais pas, je ne trouve pas les deux dernières questions, je n'ai pas remarqué, je ne me rappelle pas, je n'ai pas vu le chapeau, je n'ai pas distingué le nom de la ville (sur le cachet de la poste), etc.» Remarquons la réserve de ces réponses. L'élève accuse son défaut de mémoire ou son défaut de perception, mais il se garde bien de nier la réalité du détail qui est implicitement affirmé par notre question. Plusieurs de ces aveux sont partiels. Ainsi, lorsque l'élève dit: «Je n'ai pas distingué le nom de ville sur le cachet de la poste», il reconnaît implicitement l'existence du cachet postal.
Doute sur un détail.—L'élève ne met pas en doute l'objet de la suggestion, mais un détail. Ainsi: «Je ne sais pas où le bouton est abîmé»; ce qui n'est pas une négation de l'existence d'une détérioration; ou encore: «Je ne sais pas ce que le monsieur tient dans la main»; ce n'est pas nier que le monsieur tient un objet.
NÉGATIONS.—Elles sont très rares. Nous n'en avons que 2 exemples. Dans un de ces cas, un élève avait d'abord écrit, pour le fil servant à fixer le bouton, que ce fil était de couleur marron; puis, brusquement, quand il répondait à la 5e question, il revint sur sa première réponse, d'un trait de plume il effaça «le fil est marron» et écrivit au-dessous: «Il n'y en a pas.» Il rougit beaucoup en faisant cette correction. C'est l'un des deux seuls exemples que nous trouvons de réponse négative chez les enfants soumis au questionnaire 3. Cette différence avec les réponses du questionnaire 2 résulte certainement de la nature des questions. La suggestion organisée par le questionnaire 3 étant beaucoup plus forte que celle du questionnaire 2, les élèves, au lieu d'y résister par une négation ferme, ne résistent plus que par une déclaration d'ignorance, d'oubli. Voici un tableau dans lequel j'ai fait la statistique de ces différentes espèces de réponses:
Ce tableau montre avec la plus grande netteté que le questionnaire 3 a arraché aux élèves bien plus de réponses affirmatives que le questionnaire 2; les réponses affirmatives, c'est-à-dire suggérées, ont été dans le rapport de 8 à 5. Les réponses négatives présentent la proportion inverse; elles sont au nombre de 70 pour le 2e questionnaire, et au nombre infinitésimal de 2 pour le questionnaire 3; enfin, les aveux d'ignorance et de doute sont très nombreux pour le 3e questionnaire, et très peu nombreux pour le 2e. Comme il s'agit dans tout cela de réponses au sujet des mêmes objets, on ne peut attribuer la différence des réponses qu'à la différence des questions. Il est vraisemblable que l'expression de doute représente une résistance timide à une suggestion, puisqu'elle se présente surtout quand la suggestion est forte. Je ne pense pas que cette phrase: «je ne sais pas», soit l'expression d'un doute véritable. Du reste, la psychologie du doute me paraît bien complexe et encore peu connue, et je ne veux pas pour le moment en faire une théorie quelconque.
On peut remarquer que même en prenant et comparant une à une toutes les questions correspondantes des questionnaires 2 et 3, on trouve un plus grand nombre de réponses affirmatives pour le questionnaire 3 que pour le 2. En se bornant au questionnaire 3, on peut remarquer encore que toutes les questions, quoique écrites sur un même ton d'affirmation tranchante, n'ont pas eu la même efficacité; leur efficacité nous paraît dépendre du degré de spontanéité qu'elles laissent à l'élève. On doit à ce point de vue diviser les questions en 3 catégories: 1° il y a des questions, dont la réponse est extrêmement facile à trouver, ce sont les dilemmes; on dit à l'élève: «ce portrait est-il bleu foncé ou brun foncé?» Il n'a pas à inventer une réponse, il n'a qu'à choisir entre deux réponses qu'on lui propose; il en est de même pour la question relative à la position des jambes dans le portrait; 2° le sujet doit faire une petite invention, du reste peu difficile; par exemple, la couleur du fil, la place où le sou est troué, la place du chien sur la photographie, etc.; 3° dans les questions 11 et 12, on demande la description du 7e et du 8e objet, lesquels n'existent pas, la réponse à ces questions exige un travail d'invention beaucoup plus considérable, car il faut un grand effort pour inventer de toutes pièces un objet qu'on n'a pas vu.
Or, il est facile de constater que l'efficacité de ces suggestions est en étroite relation avec la classification que nous venons d'en présenter; en effet:
La 1re catégorie de suggestions (questions 3 et 4), où une alternative est posée, a réussi en moyenne 10 fois et demie sur 11;
La 2e catégorie de suggestions (questions 1, 2, 7, 8, 9, 10), où une petite invention est nécessaire de la part du sujet, a réussi 7 fois et demie sur 11.
Enfin la 3e catégorie de suggestions, où un objet devait être inventé de toutes pièces (questions 6, 11, 12, 13), a réussi 2 fois et demie sur 11.
Je pense qu'en variant la nature des questions, on pourrait faire une étude très intéressante sur beaucoup de particularités encore inconnues des suggestions.
Dans plusieurs des expériences de suggestion que nous avons décrites antérieurement, nous avons constaté que le sujet peut, vers la fin de l'expérience, exercer son sens critique et échapper en partie à la suggestion. La suggestion d'agrandissement des lignes nous en a donné un exemple; il a suffi de demander au sujet quel genre d'erreur il pensait avoir commis pour lui donner l'idée qu'il avait surtout commis des erreurs en +; les suggestions portant sur la nature ou sur de petits détails d'objets représentés dans la mémoire nous semblent rester plus profondément inconscientes. Quand l'épreuve est terminée et que toutes les réponses sont écrites, nous avons beau demander au sujet de se corriger, et même l'avertir qu'il a commis des erreurs graves; nos avertissements n'éveillent pas en lui de sens critique; parmi les enfants, il ne s'en est pas rencontré un seul qui ait compris que le questionnaire était responsable des erreurs, et qui ait déclaré qu'il aurait écrit d'autres réponses si on lui avait adressé d'autres questions.
Voici quelques échantillons de dialogues échangés avec des élèves après l'expérience:
D.—(A un élève qui a répondu au questionnaire 3.) Avez-vous commis des erreurs?
R.—Oui. Je crois que l'étiquette est vert foncé. (Il avait écrit: vert clair.)
D.—Il y a une autre erreur.
R.—Pour le sou.
D.—Quelle erreur avez-vous commise pour le sou?
R.—Je crois que le trou était plus haut que je ne l'ai marqué.
D.—Il y a encore une erreur. Où est-elle?
R.—Est-ce pour le chapeau?
D.—Oui. En quoi vous êtes-vous trompé?
R.—Je ne sais pas.
D.—Eh bien, le portrait n'a pas de chapeau. (L'élève rit.) Pourquoi lui en avez-vous donné un?
R.—Je ne sais pas.
Même impossibilité de se corriger chez cet autre élève, avec qui j'échange les réflexions suivantes:
D.— Pensez-vous avoir commis des erreurs?
R.— Oui, au bouton.
D.— Quelle erreur avez-vous commise à propos du bouton?
R.— La cassure est un peu plus par ici. (Il la redessine.)
D.— Il y a encore deux autres erreurs dans votre copie.
R.— C'est au sou. Le trou est plus à droite.
D.— Il y a encore une autre erreur.
R.— Au chapeau. Je n'ai pas fait le bord assez grand.
Ainsi, ce sujet, comme le précédent, se corrige sur de petits détails sans importance; mais malgré nos questions, qui cependant devraient lui inspirer quelques doutes, il ne se ressaisit pas.
J'ai invité plusieurs élèves à diviser leurs réponses en deux catégories, celles dont ils sont sûrs, et celles dont ils ne sont pas sûrs; or, ils ont toujours mis parmi les réponses sûres un certain nombre de réponses complètement fausses, bien que dans ce cas mon invitation aurait dû les mettre sur la voie de leur erreur.
Je pense que ce petit fait psychologique peut avoir une certaine importance pratique; du moment qu'une personne suggestionnée par une question, perd le souvenir de cette question et reproduit sa réponse comme si c'était un témoignage spontané, ceci crée une possibilité d'erreur extrêmement grave, car ne connaissant point la valeur de la question posée, on ne pourra pas s'imaginer que c'est cette question qui a imposé l'erreur.
Même expérience sur des jeunes gens.—Afin de déterminer si l'extrême suggestibilité de nos sujets aux demandes du questionnaire 3 dépend en partie de leur âge, j'ai fait des expériences de comparaison sur 12 élèves maîtres de l'École normale d'instituteurs de Versailles. Ces jeunes gens ont de seize à dix-neuf ans; ils appartiennent à la première année, et ils sont les premiers d'une promotion qui se compose de 27 élèves; ils me voyaient pour la première fois. Je les ai fait venir par groupes de 3 dans le cabinet d'un professeur de l'école, et l'expérience a eu lieu en présence de ce professeur; chaque élève était assis à une table séparée, et ne pouvait communiquer avec ses camarades. Les questionnaires qui leur ont été remis sont les mêmes qui m'ont servi pour les élèves d'école primaire élémentaire; les explications données ont aussi été les mêmes. La rédaction des réponses a duré environ vingt minutes pour chaque élève.
Le fait qu'il faut tout de suite mettre en lumière, c'est que les erreurs par suggestion ont été très nombreuses; nos sujets, malgré leur âge, se sont donc laissé tromper par la forme insinuante ou impérieuse des questions.
Je reproduis intégralement quelques copies.
Emile Pier..., seize ans.
RÉPONSE AU QUESTIONNAIRE 3
(ÉLÈVE D'ÉCOLE NORMALE D'INSTITUTEURS)
Sujet suggestionné
Bouton.
Couleur du fil: blanc. État du bouton. (Dessin représentant une cassure sur le bord droit.)
Portrait.
Il est plutôt 59 bleu foncé. —Le monsieur a la jambe droite posée sur la gauche. —
Il me semble me rappeler que ce monsieur est sans chapeau. 60 —Pour l'objet tenu dans la main, X.
Le sou. (Dessin d'un sou troué.)
Le timbre. (Dessin d'un timbre avec un cachet postal.) Le nom de la ville ne me revient plus.
Etiquette. (Dessin du fil en travers.)
Gravure représentant une foule. Le petit chien se trouve au bas de la gravure vers le coin de droite.—Comment est habillé l'homme arrêté par des agents? x.
Septième objet. x
Huitième objet. Je ne m'en souviens plus, je ne vois plus sa place dans la photographie.
Note 59: (retour) A remarquer la timidité de cette affirmation.
Note 60: (retour) Autre tendance timide.
Cette rédaction présente une certaine timidité dans les dénégations; le sujet a commis 7 erreurs de suggestion, ce qui est à peine inférieur au nombre moyen pour des enfants d'école primaire; pour ces derniers, le nombre moyen est 8.
Cré... dix-sept ans. Cet élève n'a presque commis aucune erreur; mais il ne s'est jamais mis en contradiction avec le questionnaire 3; il accuse toujours sa mémoire, ou son défaut d'observation, et ne met point en doute le questionnaire:
RÉPONSE AU QUESTIONNAIRE 3
(ÉLÈVE D'ÉCOLE NORMALE D'INSTITUTEURS)
Sujet réfractaire
Je ne puis indiquer la couleur du fil qui passe par les trous, ne l'ayant pas remarqué.
Je ne puis non plus indiquer l'endroit où le bouton est abîmé.
Le portrait est brun foncé.
Le monsieur a la jambe gauche croisée sur la jambe droite.
Je ne puis dessiner la forme de son chapeau, ni indiquer l'objet qu'il tient à la main, parce que j'ai examiné surtout sa physionomie.
Je n'ai pas distingué le cachet de la poste, m'étant attaché à retenir la couleur du timbre (rouge clair).
La façon dont l'étiquette est fixée an carton m'a échappé; j'ai retenu sa couleur (vert clair).
Je n'ai pas distingué les détails de la photographie représentant une foule.
Je n'ai plus aucun souvenir du 7e et du 8e objet.
Cette copie est un modèle de circonspection et de réserve; elle n'est accompagnée d'aucun dessin. Le sujet n'a pas voulu accuser le questionnaire d'erreur. Il a commis deux erreurs de suggestion; ce nombre est très petit, très inférieur à la moyenne; aucun des 11 élèves d'école primaire n'a commis un nombre d'erreur aussi petit.
Rocher..., dix-huit ans.
Un peu plus d'erreurs que le précédent, et beaucoup de réserve.
RÉPONSE AU QUESTIONNAIRE 3
(ÉLÈVE D'ÉCOLE NORMALE D'INSTITUTEURS)
Sujet de suggestibilité moyenne
Le fil qui fixe le bouton est gris.
Endroit abîmé non remarqué.
Le portrait est bleu foncé.
Il a la jambe gauche croisée sur la droite.
Forme du chapeau non remarquée.
Il tient un rouleau de papier.
Le sou, non remarqué.
Le nom de ville non lu.
Le timbre est de couleur rouge clair.
Fil non remarqué.
L'étiquette est vert clair.
Autres questions non remarquées.
L'image conservée à propos des objets non remarqués est vague, et ne permet pas de préciser les détails demandés.
A propos des 7e et 8e objets, je me représente vaguement la place qu'ils occupent sur le carton.
Il y a 4 erreurs.
Dernière copie, celle de Defonte..., dix-huit ans, six mois.
RÉPONSE AU QUESTIONNAIRE 3
(ÉLÈVE D'ÉCOLE NORMALE D'INSTITUTEURS)
Sujet de suggestibilité moyenne
Bouton (fil) blanc.
Je ne me souviens pas que le bouton soit abîmé.
Portrait. Il est noir.
Le monsieur a la jambe gauche croisée sur la jambe droite.
Chapeau. Je ne me souviens plus de sa forme.
Objet (tenu dans la main). Idem.
Sou. Je n'ai pas remarqué de trou.
Timbre. Cachet. Je ne m'en souviens plus.
Couleur: rouge foncé.
Étiquette. Je n'ai vu qu'une épingle qui l'attachait.
Foule. Chien. A droite au premier plan. Je ne me souviens plus de l'habillement de l'homme.
7e et 8e objets.
Il faut remarquer la prudence de ces affirmations, et quelques-unes de leurs nuances. Il est bien rare que Def... s'inscrive en faux contre la question. Il prend toujours des tours de phrase adoucis, comme: je n'ai vu que ... je n'ai pas remarqué ... je ne me souviens plus. Il a commis 3 erreurs positives. Pour quelques questions, il a admis implicitement des faits inexacts, par exemple qu'il y avait dans la gravure un homme arrêté. Une seule fois il s'est mis en opposition avec le questionnaire, quand il a écrit: le portrait est noir.