La vie privée d'autrefois; Arts et métiers, modes, moeurs, usages des parisiens du XIIe au XVIIIe siècle. Les soins de toilette; Le savoir-vivre

Chapitre 1

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 5 parties.

┌────────────────────────────────────────────────────────────────────┐ │ Note de transcription: │ │ │ │ Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été │ │ corrigées. L’orthographe et la ponctuation d’origine ont été │ │ conservées et n’ont pas été harmonisées. │ │ │ │ Les mots en italiques sont soulignés. │ │ │ │ La Table des Matières se trouve en fin de livre et a été créée par │ │ le transcripteur. │ └────────────────────────────────────────────────────────────────────┘

LA VIE PRIVÉE D’AUTREFOIS

L’auteur et les éditeurs déclarent réserver leurs droits de traduction et de reproduction à l’étranger.

Ce volume a été déposé au ministère de l’intérieur (section de la librairie) en février 1887.

PARIS. TYPOGRAPHIE E. PLON, NOURRIT ET Cie, RUE GARANCIÈRE, 8.

LA VIE PRIVÉE D’AUTREFOIS ARTS ET MÉTIERS MODES, MŒURS, USAGES DES PARISIENS DU XIIe AU XVIIIe SIÈCLE D’APRÈS DES DOCUMENTS ORIGINAUX OU INÉDITS PAR ALFRED FRANKLIN LES SOINS DE TOILETTE LE SAVOIR-VIVRE [Illustration] PARIS LIBRAIRIE PLON E. PLON, NOURRIT ET Cie, IMPRIMEURS-ÉDITEURS RUE GARANCIÈRE, 10 1887

LA

VIE PRIVÉE D’AUTREFOIS

LES SOINS DE TOILETTE.

LE SAVOIR-VIVRE.

I

Jusqu’au milieu du dix-septième siècle, tout barbier était en même temps chirurgien. Dans sa boutique, obscure et sale, il rasait et saignait, coupait les cheveux et posait des ventouses, pansait les plaies, ouvrait les anthrax, ne reculait même pas devant les opérations les plus compliquées et les plus dangereuses. Un préjugé persistant enveloppait dans le même dédain tout travail manuel, qu’il s’appliquât à un métier, à un art ou à une science. L’ouvrier maçon et l’architecte, le barbouilleur d’enseignes et le peintre qui ornait les palais royaux de chefs-d’œuvre, le barbier et le chirurgien enfin, appartenaient l’un et l’autre et au même titre à la même corporation ouvrière. Je développerai tout cela ailleurs, lorsque j’aurai à raconter la lutte soutenue pendant cinq cents ans par les barbiers contre les chirurgiens. A vrai dire, il n’y avait guère entre eux de différence, et plusieurs de nos meilleurs chirurgiens, Ambroise Paré entre autres, n’étaient que des barbiers, et furent associés fort tard à la classe des chirurgiens proprement dits.

Ce que l’on reprochait aux barbiers, gens fort serviables et fort aimés du petit peuple, qui ne connaissait guère d’autres médecins, c’était donc surtout le mélange d’attributions disparates, les opérations de chirurgie et les soins de toilette: «Voicy le mal que le barbier ne se contente du poil1», était déjà une phrase proverbiale au seizième siècle. Louis XIII voulut donner satisfaction à un vœu si général. En décembre 1637, il autorisa l’établissement d’une nouvelle communauté de barbiers, celle des barbiers-barbants, à laquelle toute pratique chirurgicale était interdite, et qui n’avait dans ses attributions que les bains et la coiffure. Les barbiers-chirurgiens protestèrent, et l’affaire fut portée au Parlement, qui procéda avec une sage lenteur. Au mois de décembre 1659, Louis XIV intervint et confirma la création faite par son prédécesseur. L’édit rendu à cette occasion ne put encore être exécuté, et fut renouvelé le 23 mars 1673.

En vérité, il n’était que temps, et jamais la nécessité de constituer une corporation ne s’était fait plus vivement sentir. Car enfin, il faut tout dire, depuis près d’un siècle les Parisiens négligeaient fort les soins les plus élémentaires de la toilette; ils avaient perdu à peu près complétement l’habitude de se laver. Esquissons à grands traits l’histoire de la propreté en France.

Par réaction contre le sensualisme païen, l’Église se montra d’abord fort indifférente sur ce point; peu s’en faut même qu’elle ne regardât la propreté comme une pratique dangereuse, une vanité coupable, un péché. En général, les moines ne prenaient de bains que deux fois par an, à Noël et à Pâques. La règle de saint Benoît s’exprime ainsi: «On permettra les bains aux malades toutes les fois qu’on le jugera nécessaire; mais pour ceux qui se portent bien, surtout s’ils sont jeunes, on ne leur en accordera l’usage que rarement2.» Dom Calmet, qui a écrit un très-savant commentaire sur la règle de saint Benoît, trouve cette mesure excellente, et montre combien il eût été cruel de refuser ces deux bains annuels aux religieux. Ils leur étaient nécessaires, dit-il, parce «qu’alors ils n’usoient point de linge, comme ils n’en usent point encore aujourd’hui. Couchant tout vêtus et changeant peu souvent d’habits de laine qu’ils portoient sur la chair, ils contractoient beaucoup de crasse par la sueur et le travail, ce qui étoit non-seulement très-incommode aux particuliers pour leur personne, mais aussi étoit à charge aux autres à cause de la mauvaise odeur et de la malpropreté. Aujourd’hui, ajoute-t-il, on a pourvu à ces inconvénients par les chemises de serge qu’on porte, et que l’on peut laver aussi fréquemment que le besoin ou la bienséance le demandent3.» La seule concession faite sur ce point s’applique donc, non à la personne des religieux, mais à leur chemise, qu’ils étaient autorisés à laver tous les quinze jours4. Ce qui tendrait à faire supposer qu’ils n’abusaient pas de la permission, c’est que la règle leur accordant des pédules ou pantalons à pieds, les moines en coupaient l’extrémité qui, paraît-il, se salissait trop vite; dom Calmet s’exprime ainsi: «A cause de la sueur, ils coupent ce qu’ils mettent dans leurs pieds, pour s’épargner la peine de les laver5.» Il y a là amphibologie, mais le commentaire qui suit explique la vraie pensée de l’auteur.

La règle de Cluni ordonnait aux moines de se réunir chaque matin dans le cloître, afin d’y faire leur toilette. Celle-ci était sans doute bien sommaire, car trois serviettes pendues au mur constituaient tout le linge mis à la disposition de la communauté; la première était exclusivement réservée aux novices, la deuxième aux profès, et la troisième aux frères lais6. Les Bénédictins avaient chacun leur peigne, et, dit dom Calmet, «ils se peignoient et se lavoient assez souvent le visage et la tête». Il explique un peu plus loin ce qu’il faut entendre par ces mots assez souvent: les religieux, qui avaient tout le crâne rasé et ne conservaient qu’une étroite couronne de cheveux, se lavaient la tête «tous les samedis7».

On comptait si peu sur la propreté des séculiers, des évêques même, que l’on exigeait qu’ils se peignassent avant de monter à l’autel. Comme ils ne se décidaient à subir cette opération qu’au dernier moment, «et que l’on étoit bien aise de conserver la chape et la chasuble, et d’empêcher que la crasse ne tombât dessus, on mettoit sur leurs épaules un linge fait en forme de petit manteau8».

[Illustration: PEIGNE EN IVOIRE SCULPTÉ DU SEIZIÈME SIÈCLE.

Musée du Louvre. Collection Sauvageot.]

A l’égard des soins du corps, les couvents de femmes eux-mêmes ne jouissaient d’aucun privilége, bien qu’on y autorisât le rouge et les mouches. Vers la fin du dix-septième siècle, madame de Mazarin, retirée chez les Visitandines de la rue Saint-Antoine, ayant demandé un jour à se laver les pieds, la maison entière s’en émut, et la duchesse essuya un refus fort net. Comme elle tenait à ses idées, elle se procura de l’eau et, faute de mieux, en remplit un grand coffre qui était dans le dortoir; de sorte que tout cela finit par une inondation générale9.

Dans son grand Dictionnaire des sciences ecclésiastiques publié en 1760, le Dominicain Richard concède que «l’usage du bain est permis en soi, pourvu qu’on ne le prenne pas par volupté, mais par nécessité10,» et la récente canonisation de Benoît Labre prouve bien que l’Église n’a jamais entendu faire de la propreté même une demi-vertu. A en croire les panégyristes de ce saint personnage, l’odeur infecte qu’exhalait son corps crasseux et couvert de vermine faisait fuir jusqu’aux mendiants les plus sales11.

En dehors de l’Église, on fut assez propre au moyen âge, surtout dans la classe aisée. Les croisés avaient rapporté d’Orient le goût des bains, et de bonne heure les étuves s’étaient multipliées à Paris. Leur souvenir s’y est conservé, presque jusqu’à nos jours, dans le nom de plusieurs rues.

Le cul-de-sac des Étuves-Saint-Michel longeait l’église de ce nom et aboutissait dans la rue de la Barillerie12, aujourd’hui boulevard du Palais.

La rue des Étuves-Saint-Martin, devenue rue des Vieilles-Étuves, se nommait au treizième siècle rue Geoffroi-des-Bains ou des Étuves, vicus Gauffridi de Balneolis sive stuffarum[13].

La rue Sauval actuelle portait, il y a encore peu d’années, le nom de rue des Vieilles-Étuves-Saint-Honoré.

A gauche de la rue Marivaux, aujourd’hui rue Nicolas-Flamel, s’ouvrait le cul-de-sac des Étuves, ainsi appelé d’un établissement qui y était situé14, et dont la réputation dura plusieurs siècles.

Le cul-de-sac de la Porte-aux-Peintres, aujourd’hui impasse des Peintres, s’est appelé ruelle sans chef dite des Étuves[15].

La partie de la rue des Bourdonnais qui aboutit au quai de la Mégisserie fut dite d’abord rue de l’Abreuvoir-Thibaut-aux-Dés, puis ruelle des Étuves, et enfin rue de l’Arche-Marion, du nom de la femme qui y tenait alors des étuves16.

Un autre cul-de-sac des Étuves aboutissait dans le grand cul-de-sac Gloriette17, qui lui-même débouchait dans la rue de la Huchette.

La rue du Chat-qui-pêche, située tout près de là, a porté aussi le nom de ruelle des Étuves[18].

On nommait également rue aux Étuves une petite voie qui allait de la rue des Cordeliers, aujourd’hui rue de l’École-de-Médecine, à la rue Mignon19.

Il est clair que bien d’autres rues de Paris ont possédé des étuves, sans perdre pour cela leur nom primitif. Nous savons, par exemple, qu’à l’angle de la rue Beaubourg, des étuves destinées aux femmes étaient installées dans une maison qui avait pour enseigne le Lion d’argent[20].

Les Juifs, dont la loi prescrit aux femmes l’usage du bain au moins une fois par mois21, avaient dès 1248 dans la rue de la Pelleterie, une maison d’étuves à leur usage: domus quæ fuit stuffæ Judæorum[22].

En somme, la Taille de 1292 mentionne vingt-six étuves, réparties à peu près dans tous les quartiers, et parmi lesquelles figurent celles de la rue des Vieilles-Étuves-Saint-Martin23, de la rue Sauval24 et de l’impasse Marivaux25.

Chaque matin, les valets étuveurs parcouraient les rues, annonçant que les bains étaient prêts:

Oiez c’on crie au point du jor26: Seignor, quar vous alez baingnier Et estuver sanz delaier27, Li baing sont chaut, c’est sanz mentir28.

Les statuts des étuveurs sont compris dans le Livre des métiers[29], mais ils y ont été insérés après la mort d’Étienne Boileau, car l’écriture date du quatorzième siècle seulement. Ils offrent, d’ailleurs, un grand intérêt comme peinture des mœurs de l’époque.

Le métier était franc, ce qui signifie que chacun pouvait s’établir étuveur sans payer aucune redevance. On se bornait à exiger l’engagement de respecter les statuts rédigés en commun par les membres de la corporation: «Quiconques veut estre Estuveur en la ville de Paris, estre le peut franchement, pour tant que il euvre selonc les us et les coustumes du mestier, faites par l’acort du commun30.»

Nul ne devait annoncer ni faire annoncer l’ouverture des étuves avant le point du jour, «pour les perilz qui pevent avenir en ceux qui se lievent audit cri pour aler aus estuves31». Ces périls prouvent le peu de sûreté que présentaient les rues pendant l’obscurité.

Il était défendu de recevoir dans les étuves des femmes d’une conduite suspecte, des lépreux ou des lépreuses, des vagabonds, des gens mal famés, coureurs de nuit: «Que nulz dudit mestier ne soustiengne en leurs mesons ou estuves bordiaus de jour ne de nuit, mesiaus ne meseles, reveurs, ne autres genz diffamez de nuit.»

Le prix de l’étuvage était fixé à un franc de notre monnaie, celui du bain à deux francs: «Et paiera chascunne personne pour soy estuver deus deniers, et se il se baigne il paiera quatre deniers32.» Cette distinction montre que parmi les personnes qui fréquentaient les étuves, les unes se bornaient à prendre un bain de vapeur, tandis que d’autres y faisaient succéder un bain d’eau chaude; c’est encore ce qui se pratique dans les bains publics de l’Orient. Au siècle suivant, les prix étaient presque doublés: l’étuvage coûtait deux francs, l’étuvage et le bain réunis quatre francs. Le peignoir était fourni moyennant cinquante centimes33.

L’habitude des étuves était si générale que l’État prenait de grandes précautions pour en prévenir la fermeture. Ainsi, quand un hiver rigoureux faisait hausser le prix du bois et du charbon, le prévôt de Paris admettait les réclamations des étuveurs, et augmentait le prix d’entrée proportionnellement à celui qu’avait atteint le combustible: «Et pour ce que en aucun temps buche, charbon sont plus chiers une fois que autre», le prévôt de Paris pourra élever le prix des étuves, «par le rapport et serement34 des bones genz dudit mestier35.»

Un article, sans doute postérieur à ces premiers statuts36, nous apprend qu’on allait aux étuves le soir aussi bien que le matin, que souvent on y restait toute la nuit, et que la réputation de ces maisons était déjà fort mauvaise: «Que nuls ne chaufe estuves à Paris que pour hommes tant seullement ou pour fames, lequel qui li plera, car c’est vil chose et honteuse, pour les ordures et pour les perilz qui y pevent avenir; car quant les hommes s’estuvent par devers le soir, aucune foiz ils demeurent et gisent leens jusques au jour qu’il est haute heure. Et les dames viennent au matin es dictes estuves, et aucune foiz vont es chambres aus hommes par ignorance; et assés d’autres choses qui ne sont pas belles à dire.»

Les étuves étaient fermées les dimanches et jours de fête37.

Trois «preud’ommes du mestier», élus par leurs confrères et acceptés par le prévôt de Paris, prêtaient serment de dénoncer toutes les contraventions aux statuts, les «mesprentures», dit le texte38. Chaque contravention de ce genre était punie d’une amende de dix sols (soixante francs), dont six allaient au Roi, et les quatre autres aux preud’hommes jurés39.

En dépit de ces sages règlements, les étuves continuèrent à servir de lieux de plaisirs, et rien ne paraît avoir été changé pendant longtemps à leur organisation. Au commencement du seizième siècle, on criait encore l’ouverture des étuves au point du jour:

C’est à l’image Saincte Jame Où se vont baigner ces femmes. Et baignez et estuvez, allez. Bien servies vous y serez De varletz, de chambrière, De la dame, bonne chère. Allez tost, les baings sont prestz40.

Ces bains se prenaient dans des baquets de bois, car la baignoire de métal est d’invention récente. Froissart rapporte41, il est vrai, qu’en 1382, les Gantois pillant les meubles du comte de Flandre, brisèrent la «cuvelette où on l’avoit d’enfance baigné, qui étoit d’or et d’argent»; mais il s’agit évidemment ici d’une cuvette et non d’une baignoire. Isabeau de Bavière paya en 1416 treize sous pour faire «desassembler et rassembler, recingler et relier tout de neuf deux cuves à baigner» pour son usage42. En 1478, Jacques Cadot, menuisier, reçoit trente sous pour une «cuve à baigner» le Roi. En 1481, Mace Pignet, tonnelier, demande vingt-deux sous six deniers, «pour avoir habillé et nectoyé les cuves à baigner» Louis XI43. Les peignoirs ou fonds de bain se nommaient baignoères ou baignoires; ils étaient ordinairement de toile très-fine, et on employait jusqu’à douze aunes pour en faire un seul44.

[Illustration: UNE BAIGNOIRE AU QUINZIÈME SIÈCLE.

Apres ces motz sans arrester Fit neron vng baing apprester Et fit ens le preudomme mettre Et puis saigner ce dit la lettre Et tant luy fit de sang espandre Qui luy conuint son ame rēdre

Mort de Sénèque, d’après le Roman de la rose, édit. s. d. (quinzième siècle), fº53.]

Les cuvettes de toilette se nommaient alors bassins à laver. Ordinairement on les posait à terre sur une natte, et l’on se lavait à genoux la tête et le haut du corps, c’est-à-dire tout ce que le bain laissait hors de l’eau. Le pot à laver ou pot à eau, différait de l’aiguière, qui s’employait surtout pour le lavage des mains avant et après le repas. On voit dans l’inventaire dressé après la mort de Charles V, que ce prince possédait vingt-quatre bassins à laver en or, une foule de bassins semblables en argent, et «ung bassin ou vaisseau à laver piez» qui pesait quarante-sept marcs d’argent45. Mais l’inventaire ne fait aucune distinction entre les bassins de toilette et ceux qui étaient destinés au service de la table.

Comme chez les Romains, il était d’usage de se baigner avant le repas. Pour qu’une réception parût vraiment luxueuse et cordiale, il fallait offrir un bain à son hôte, qui passait de la baignoire à la salle à manger. Jean de Troyes raconte qu’en septembre 1467 «le Roy et la Royne firent de grans chiers46 en plusieurs des hostels de leurs serviteurs et officiers. Et entre les aultres, le jeudy dixiesme jour dudit mois, la Royne et plusieurs dames de sa compaignie souppèrent en l’ostel de maistre Jehan Dauvet, premier président au Parlement, et illec furent receuës et festoyées moult noblement et à grant largesse. Et y eut faits quatre moult beaux bains et richement aornez, cuidant que la Royne se y deust baigner, dont elle ne fist rien, pource qu’elle se sentit ung peu mal disposée, et aussi que le temps estoit dangereux. Mais en l’un desdits baings se y baignèrent madame de Bourbon, madamoiselle Bonne de Savoye; et en l’autre baing se baignèrent madame de Montglat et Perrette de Châlons, bourgoise de Paris47: et là firent bonne chière.» Le 22 du même mois, Louis XI alla souper chez le prévôt des marchands Denis Hesselin; «et audit hostel le Roy y fist grande chière, et y trouva trois beaulx baings honnestement et richement attintelez, cuidant que le Roy deust illec prendre son plaisir et se baigner48.»

Les bains dont il est ici question paraissent avoir été improvisés en vue de la réception des souverains. Cependant, les grandes familles avaient souvent des étuves et des salles de bain dans leur hôtel; les récits du temps nous en fournissent de nombreuses preuves49. Des étuves destinées à la maison royale avaient été construites dans le jardin du Palais, à l’extrémité de la Cité50, et ce petit bâtiment figure encore sur le plan dit de Ducerceau, qui date du milieu du seizième siècle. Il y avait également des étuves et des bains au Louvre, à l’hôtel Saint-Paul et à celui du Petit-Musc. Sauval nous dit même qu’«ils étoient pavés de pierre de liais, fermés d’une porte de fer treillissé, et entourés de lambris de bois d’Irlande; les cuves étoient de même bois, ornées tout autour de bossetes dorées et liées de cerceaux attachés avec des clous de cuivre doré51».

C’est ordinairement aux étuves qu’avait lieu l’épilation, coutume adoptée par toutes les classes de la société. Dans les établissements publics, le barbier, son valet ou quelque vieille matrone se chargeaient de l’opération vis-à-vis des deux sexes. Quand François Ier mit à la mode les cheveux courts et la barbe longue, Clément Marot peignit en vers railleurs le désespoir des barbiers, réduits au métier d’épileurs52. Nos anciens poëtes donnent sur ce point des détails fort curieux, mais que je ne puis faire figurer ici.

[Illustration: UNE BOUTIQUE DE BARBIER AU SEIZIÈME SIÈCLE.

D’après J. Amman.]

En somme, les étuves rendaient de réels services, bien qu’elles n’eussent rien perdu au seizième siècle de la mauvaise réputation qu’elles s’étaient légitimement acquise depuis le quatorzième. Toutefois leur vogue ne se soutint pas. Endroits de perdition, anathématisés à la fois par les prédicateurs catholiques et par les ministres huguenots, elles se virent peu à peu abandonnées, et presque toutes disparurent. La morale y gagna, cela est certain, mais nous allons voir tout ce qu’y perdit la propreté. Les étuves fermées, à qui s’adresser pour les soins du corps? Restaient seulement les barbiers-chirurgiens, dont les boutiques n’avaient rien d’attrayant. Dans un réduit obscur gisaient trois ou quatre baquets destinés surtout aux malades; quant au maître barbier, il était là, prêt à vous rendre ses petits services, essuyant ses mains qui venaient de panser un cautère ou d’ouvrir un abcès. Entre deux maux, il faut choisir le moindre. Les Parisiens prirent leur parti, et sans trop de peine, semble-t-il. On cessa d’aller au bain; puis, l’habitude de l’eau une fois perdue, on finit par ne plus se laver du tout, même chez soi. Une charmante et élégante reine, Marguerite de Navarre, dans un dialogue amoureux composé par elle53, trouve tout naturel de dire à son amant: «Voyez ces belles mains; encore que je ne les aye point descrassées depuis huict jours, gageons qu’elles effacent les vostres54.»

A cette époque, on mangeait encore sans fourchette; aussi recommandait-on de ne pas se moucher avec la main qui prenait la viande. On était libre, d’ailleurs, de se moucher dans ses doigts, pourvu que ce fût de la main gauche:

Enfant, se ton nés est morveux, Ne le torche pas à main nue De quoy la viande est tenue, Le fait est villain et honteux55.

On constate sur ce point, quelques années plus tard, un progrès sensible. Érasme, en 1530, conseille l’emploi du mouchoir. Cependant, ajoute-t-il, il n’est pas interdit de se moucher avec deux doigts, pourvu que l’on prenne soin de poser aussitôt le pied sur ce qui sera tombé à terre56. Cent ans après, on pouvait encore, sans trop offenser la civilité, faire cette délicate opération avec un seul doigt. Un grand seigneur, d’Hauterive de l’Aubespine, recevait un jour à dîner la fleur de la galanterie française, l’illustre Turenne entre autres, et le marquis de Ruvigny. Au milieu du repas, d’Hauterive ayant eu besoin de se moucher, pressa avec le doigt une de ses narines, et le contenu de l’autre, partant comme une flèche, alla s’aplatir contre la cheminée, «en faisant autant de bruit qu’un pistolet». Ruvigny, qui était assis auprès de Turenne, s’écrie en entendant cette détonation: «Monsieur, n’êtes-vous pas blessé?» Et, ajoute Tallemant des Réaux57, «ce fut un esclat de rire le plus grand du monde». Cette grave question du mouchoir, qui semble aujourd’hui à peu près résolue, soulevait encore des controverses peu de temps avant la Révolution. De la Mésangère s’exprimait ainsi en 1797: «On faisait un art de se moucher il y a quelques années. L’un imitait le son de la trompette, l’autre le jurement du chat. Le point de perfection consistait à ne faire ni trop de bruit ni trop peu58.»

Revenons à Érasme. Il nous apprend encore qu’il fallait éviter autant que possible de conserver dans ses cheveux des lentes et des poux, tout au moins qu’il était peu convenable de les faire tomber sur ses voisins en se grattant la tête59; que les personnes désireuses de passer pour très-distinguées, prenaient soin de se peigner avant d’aller dîner chez un homme de qualité60; enfin, qu’un homme soucieux de sa santé devait bien se garder de retenir les flatuosités qu’occasionne une digestion difficile, mais que dans le monde il était de bon goût d’en dissimuler le bruit en toussant: «tussi crepitum dissimulet61.» Il ne s’agit ici, bien entendu, que des bruits intempestifs émis par en bas; ceux d’en haut avaient toute licence de se produire, comme le démontre une belle réponse faite par Louis XIII, alors âgé de huit ans, à M. de Souvré son gouverneur62.

Le père de cet éloquent petit bonhomme, Henri IV, souverain sans morgue, ne dissimulait pas qu’il «avoit les pieds et le gousset fins»; et, s’il faut en croire Tallemant des Réaux63, ordinairement bien informé, madame de Verneuil, dans un moment de colère, lui dit «qu’il puoit comme une charogne». Le bourru d’Aubigné voulait peut-être se moquer de son maître quand il met en scène64 ce Renardière qui, «à force d’estre noble, dès la première veuë connoissoit fort bien un gentilhomme, et au sentir mesme, car il vouloit qu’un vrai noble eust un peu l’œsselle surette et les pieds fumants».

Ce n’était pourtant pas là, hélas! un privilége exclusif de la noblesse, et la propreté outragée se vengeait de son mieux. Elle livrait les coupables à une foule de cruels parasites chargés de les torturer. Le Ménagier de Paris, composé en 1393, enseigne déjà six manières de se débarrasser des puces, et l’auteur reconnaît qu’en préserver son mari constituait une des sérieuses préoccupations d’une tendre épouse: «Et pour ce, chère seur65, je vous pry que le mari que vous arez66, vous le vueillez ainsi ensorceller, et le gardez de maison maucouverte67 et de cheminée fumeuse; et ne luy soyez pas rioteuse68, mais doulce, aimable et paisible. Gardez en yver qu’il ait bon feu sans fumée, et entre vos mamelles bien couchié, bien couvert. Et en esté gardez que en vostre chambre ne en vostre lit n’ait nulles puces, ce que vous pouvez faire en six manières69...»

Dans une pièce publiée vers 1520, une puce parlant en vers déclare qu’elle a été créée pour tourmenter la gent animale et se repaître de son sang:

Quant l’yver vient, ilz ont quelque esperance De se venger tandis que le froit dure, Car sus leur chair ne fais plus demourance, Je perds vigueur quant sens venir froidure. Mais en esté, je ne tiens point mesure De tormenter femmes, chiens et chats. Beau dire ilz ont que je leur fais nuisure, Pour les pincer ne veulx point de compas. De leur bon sang je fais tous mes repas, Sans espargner damoyselle ou bourgeoyse, Leur faisant peine jusques à mon trespas.

Et l’auteur termine en indiquant un procédé nouveau:

Pour toutes pulces faire soubdain mourir70.

C’était bien, en effet, une guerre incessante et une guerre à mort. Aussi tous les manuels de la vie pratique écrits vers cette époque se font-ils l’écho de ce grave souci. Le Traicté nouveau, intitulé bastiment de receptes[71] fournit, avec d’intéressants détails, cinq procédés infaillibles:

«Pour faire que les punaises ne te nuysent point la nuyt;

«Pour faire un oignement qui tue les punaises en la couche ou couchette;

«Pour faire qu’il n’y aye nulles pusses en une chambre;

«Pour faire un unguent qui tue les punaises ou mortzpions;

«Pour tuer les poulz et lentes.»

Remarquez que, de ce temps, date la fureur des cosmétiques, des fards, des essences, des pâtes, des parfums, qui ne se calma qu’au commencement du règne de Louis XIV. Il faut donc se rendre à l’évidence, et se représenter telle qu’elle était la haute société du seizième siècle. S’il y avait, par exemple, gala au Louvre, gentilshommes et grandes dames, bardés de crasse, mais couverts de parfums, de perles et de pierreries, montaient sur un cheval ou un mulet, la femme en croupe derrière son mari72. On se mettait à table, et les convives, s’aidant un peu du couteau, mangeaient avec les doigts, engluant leur serviette, qu’on était forcé de changer après chaque plat.

Vers 1640, parurent enfin, les Loix de la galanterie[73], code du bon ton à l’usage des petits-maîtres; on y voit avec surprise quels raffinements de soins la mode imposait alors aux galants du grand monde. Lisez: «L’on peut aller quelquefois chez les baigneurs pour avoir le corps net, et tous les jours l’on prendra la peine de se laver les mains. Il faut aussi se faire laver le visage presque aussi souvent, et se faire razer le poil des jouës, et quelquefois se faire laver la teste… Vous aurez un valet de chambre instruit à ce mestier, ou bien vous vous servirez d’un barbier qui n’ait autre fonction, et non pas de ceux qui pansent les playes et les ulcères, et qui sentent toujours le puz et l’onguent. Outre l’incommodité que vous en recevez, il y a danger mesme que venant de panser quelque mauvais mal, ils ne vous le communiquent; tellement que vous ne les appellerez que quand vous serez malades. Et en ce qui est de vous accommoder le poil, vous aurez recours à leurs compétiteurs, qui sont barbiers-barbans74.» Notre manuel ne parle pas des femmes, mais la mode est toujours donnée par elles. Si elles eussent eu soin de leur personne, auraient-elles pu souffrir auprès d’elles ces soupirants malpropres?

[Illustration: «UN COURTISAN ET SA DEMOISELLE.»

D’après les Monumens de Montfaucon. (Seizième siècle.) ]

Lorsque l’excès de la propreté eut été porté à ce point qu’un raffiné dut se laver le visage presque tous les jours, on comprit enfin ce que présentaient de répugnant les multiples attributions des barbiers-chirurgiens, et les barbiers-barbants furent créés. A la suite de l’édit de 1637, quelques industriels avisés avaient déjà adopté cette spécialité, mais la corporation ne fut définitivement instituée que par l’édit du 23 mars 1673. «Nous avons reconnu dès il y a longtemps, dit le Roi, que l’usage de faire le poil et de tenir des bains et étuves, et les soins que l’on apporte à tenir le corps humain dans une propreté honneste, estant autant utile à la santé que pour l’ornement et la bienséance, par nostre édit du mois de décembre 1659, nous aurions ordonné l’établissement d’un corps et communauté de Barbiers-Baigneurs-Étuvistes-Perruquiers[75], réduits à deux cens, pour en faire profession particulière, distincte et séparée de celle des maistres chirurgiens-barbiers76.» Ces deux cents charges étaient vendues par le Roi, et déclarées héréditaires.

C’était là, sans nul doute, une utile réforme, mais dans cet ordre de faits il n’eût pas fallu s’arrêter en si beau chemin. Soumise à un examen même bienveillant, la cour brillante qui entourait Louis XIV aurait perdu beaucoup de son prestige. On commençait, il est vrai, à comprendre qu’il était bon de se laver de temps en temps, et l’on revenait peu à peu à l’idée que l’eau pouvait avoir été faite pour cela; on la subissait cependant plus qu’on ne l’aimait. L’usage quotidien d’abondantes ablutions telles que nous les pratiquons aujourd’hui eût certainement paru alors une singularité. Le plus souvent, les gens soigneux se bornaient à promener le matin sur leur visage un petit tampon de coton trempé dans de l’alcool très-faible et aromatisé. Un manuel des bienséances, imprimé en 1782, prohibe encore l’emploi de l’eau pour la toilette: «Il est de la propreté de se nettoyer tous les matins le visage avec un linge blanc, pour le décrasser. Il est moins bien de le laver avec de l’eau, car cela rend le visage plus susceptible du froid en hiver et du hâle en été77.» On voit que l’auteur, brave docteur en théologie, n’avait pas sur la physiologie et l’hygiène des notions bien exactes. Madame de Motteville éprouve le besoin de nous dire qu’Anne d’Autriche était «propre et fort nette»; elle ne néglige pas non plus de nous apprendre que, lors de l’arrivée de la reine Christine à Compiègne, les mains de l’auguste souveraine «étoient si crasseuses qu’il étoit impossible d’y apercevoir quelque beauté78». On sait, du reste, que la fistule dont fut atteint Louis XIV est parfois le résultat d’un manque de propreté, et que le roi-soleil avait souvent son sommeil troublé par des punaises79.

Vers cette époque commença la vogue des carrosses et des chaises à porteur, qui facilitèrent les relations sociales dans ce que l’on appelait alors le monde galant. En 1550, il n’y avait guère à Paris que trois ou quatre carrosses, et c’était encore un luxe de faire ses courses en housse, c’est-à-dire sur un cheval de selle couvert d’une housse de drap ou de velours. Sully allait au Louvre en housse, et il n’eut un carrosse que lorsqu’il fut grand maître de l’artillerie80. La bourgeoisie, la noblesse pauvre allaient à pied; on marchait avec précaution dans les rues boueuses, et si l’on rendait une visite de cérémonie, on changeait de chaussures dans l’antichambre avant de passer au salon. Les Loix de la galanterie nous fournissent sur ce point des détails curieux: «Lors que la mode a voulu que les seigneurs et hommes de condition allassent à cheval par Paris, il estoit honeste d’y estre en bas de soye sur une housse de velours et entouré de pages et de laquais. Mais maintenant, veu que les crottes s’augmentent tous les jours dans cette grande ville, avec un embarraz inévitable, nous ne trouvons plus à propos que nos galands de la haute volée soient en cet équipage et aillent autrement qu’en carrosse. Nous sçavons qu’autrefois pour parler d’un qui paroissoit dans le monde, soit financier ou autre, l’on disoit de luy: il ne va plus qu’en housse; mais maintenant cela n’est plus guère propre qu’aux médecins ou à ceux qui ne sont pas des plus relevez. De quelque condition que soit un galand, nous luy enjoignons d’avoir un carrosse s’il en a le moyen, d’autant que lors que l’on parle aujourd’huy de quelqu’un qui fréquente les bonnes compagnies, l’on demande incontinent: a-t-il carrosse? et si l’on respond que oüy, l’on en fait beaucoup plus d’estime. Si les galands du plus bas estage veulent visiter des dames de condition, ils remarqueront qu’il n’y a rien de si laid que d’entrer chez elles avec des bottes ou des souliers crottez, spécialement s’ils en sont logez fort loin; car quelle apparence y a-t-il qu’en cet estat ils aillent marcher sur un tapis de pied et s’asseoir sur un faut-œil de velours? C’est aussi une chose infâme de s’estre coulé de son pied d’un bout de la ville à l’autre, quand mesme on auroit changé de souliers à la porte, pource que cela vous accuse de quelque pauvreté, qui n’est pas moins un vice aujourd’huy en France que chez les Chinois, où l’on croid que les pauvres soient maudits des Dieux à cause qu’ils ne prospèrent point. Vous pouvez aussi vous faire porter en chaize, dernière et nouvelle commodité, si utile qu’ayant esté enfermé là dedans sans se gaster le long des chemins, l’on peut dire que l’on en sort aussi propre que si l’on sortoit de la boiste d’un enchanteur; et comme elles sont de loüage, l’on n’en fait la despense que quand l’on veut, au lieu qu’un cheval mange jour et nuict81.»

[Illustration: «DEUX COURTISANS QUI VONT AU LOUVRE.»

D’après les Monumens de Montfaucon. (Seizième siècle.)]

Il s’agissait donc surtout de briller à peu de frais, et pourvu que le galant eût sa chaussure et ses vêtements à peu près propres, on ne s’inquiétait pas d’autre chose. Un traité de la civilité qui eut un immense succès vers la fin du dix-septième siècle82 résume ainsi des recommandations d’ordre plus intime faites aux personnes de la cour: «Il faut avoir soin de se tenir la teste nette, les yeux et les dents, les mains aussi, et même les pieds, particulièrement l’esté, pour ne pas faire mal au cœur à ceux avec qui nous conversons83.» Le même ouvrage mentionne quelques modifications heureuses apportées dans les usages depuis le commencement du siècle: «Autrefois, dit-il, il estoit permis de cracher à terre devant des personnes de qualité, et il suffisoit de mettre le pied dessus: à présent, c’est une indécence. Autrefois on pouvoit bâiller, et c’estoit assez pourvû que l’on ne parlast pas en bâillant: à présent une personne de qualité s’en choqueroit. Autrefois, on pouvoit tremper son pain dans la sauce, et il suffisoit pourveu que l’on n’y eust pas encore mordu: maintenant ce seroit une espèce de rusticité. Autrefois on pouvoit tirer de sa bouche ce que l’on ne pouvoit pas manger, et le jeter à terre pourveu que cela se fist adroitement: maintenant ce seroit une grande saleté84.» Mais nous entrons ici dans le cérémonial de la table, dont je m’occuperai ailleurs.

Le salut vint de l’hôtel de Rambouillet, qui, en dépit des justes railleries de Molière, eut la gloire de généraliser en France le bon ton, la politesse, l’urbanité, le savoir-vivre.

II

Je ne raconterai pas l’histoire de la coiffure et de la barbe, car on la trouve partout. Elle est bien exposée dans l’Histoire du costume de M. Quicherat, relativement exacte dans les Dictionnaires de la conversation et les Encyclopédies[85]; la refaire d’après les sources serait donc me donner beaucoup de peine en pure perte. D’ailleurs, je tiens à rester fidèle au programme que je me suis tracé; il consiste à exclure autant que possible de ces petites notices les faits déjà étudiés de l’histoire des mœurs, pour me borner à recueillir les détails ignorés ou peu connus, et à relever les erreurs accréditées par une longue tradition. Ainsi, des statues qui ne peuvent être antérieures à 1150 ont fait jusqu’ici attribuer aux mérovingiennes la jolie coiffure que portaient les grandes dames du douzième siècle; leurs cheveux, partagés au milieu de la tête, descendaient par devant en deux longues tresses nattées et galonnées86.

[Illustration:

REINE DU GRAND PORTAIL LA REINE DE SABA, DE CHARTRES. PROVENANT DE N.-D. DE CORBEIL.

D’après Willemin.]

Au siècle suivant, les nattes ont disparu. Les femmes mariées les ont remplacées par un volumineux chignon attaché derrière le crâne; les jeunes filles laissent pendre leurs cheveux sur le dos, mode qui demeura très-longtemps en France le signe de la virginité, comme en témoignent les anciennes représentations de la Vierge. Le quatorzième siècle adopte les nattes relevées de chaque côté du front sur les tempes. Au quinzième, les cheveux sont sacrifiés à des couvre-chefs fantaisistes, dont le hennin est le type. Le seizième siècle découvre les fronts et inaugure la coiffure dite à la Marie Stuart, dont les différentes variétés nous conduisent jusqu’au règne de Louis XIV. Celui-ci peut être caractérisé par la coiffure à la Sévigné, qui est composée d’une multitude de boucles échelonnées sur les joues.

Pour se faire une idée générale de la forme que les hommes donnèrent successivement à leur chevelure et à leur barbe, il suffit de passer en revue les portraits de nos rois.

La barbe disparaît à partir de Philippe-Auguste; le visage est rasé et les cheveux ne dépassent guère le milieu du cou. La barbe fait une réapparition timide sous Philippe VI et Jean II, mais Charles V et ses successeurs sont imberbes: par derrière, leurs cheveux descendent jusqu’au cou; par devant, ils sont coupés très-courts, c’est la coiffure dite aux enfants d’Édouard. A dater de François Ier, on fait peu de cas des cheveux, mais la barbe est en plein triomphe. Elle reste taillée en pointe jusqu’à Henri IV, dont la riante figure est encadrée de poils touffus et frisés. Richelieu et Louis XIII portent la moustache épaisse et la royale à la lèvre inférieure. Un caprice changea tout cela.

Louis XIII, forcé d’embrasser la même carrière que son père, y réussissait peu. En revanche, il avait des dispositions pour une foule d’autres métiers; il cuisinait très-bien, lardait à ravir, s’entendait à l’élève des oiseaux et au jardinage, composait en musique, peignait un peu, travaillait au besoin le cuir, le bois et le fer. Un jour, il lui prit fantaisie de faire concurrence aux barbiers-barbants qu’il avait créés; il coupa la barbe à tous les officiers de sa maison, ne leur laissant qu’un petit bouquet de poils au menton. Richelieu, avec qui on ne plaisantait pas ainsi, conserva seul les moustaches retroussées et la royale. La cour et la ville rirent beaucoup de l’étrange distraction qu’avait choisie le mélancolique souverain; on la mit même en chanson:

Hélas! ma pauvre barbe, Qu’est-ce qui t’a faite ainsy? C’est le grand roy Louis, Treiziesme de ce nom, Qui a toute esbarbé sa maison. Laissons la barbe en pointe Au cousin de Richelieu, Car, par la vertudieu! Qui seroit assez osé Pour prétendre la luy raser87?

Les cheveux longs avaient repris faveur sous la minorité de ce roi ennuyé et ennuyeux. Un homme de goût se reconnaissait alors aux moustaches ou cadenettes qui, vite oubliées, furent ressuscitées un siècle plus tard. On appelait ainsi de longues mèches de cheveux, réunies avec une rosette, et qu’on laissait pendre le long de la joue et même de l’épaule sur le côté gauche. La moustache se portait rarement seule. L’auteur de La promenade du cours[88] nous apprend que les gens désireux de se donner un air terrible en exhibaient jusqu’à six:

Les braves à l’œil froncé D’un air demy courroucé Font flotter leurs grands panaches, Aux portières s’avançant, Et guignent tous les passants Au travers de six moustaches.

Au besoin, les perruquiers pouvaient en fournir: «Potel, écrit Tallemant89, avoit trois ou quatre moustaches postiches de chaque costé, où il y avoit plus de douze aulnes de ruban noir; car on n’avoit pas trouvé encore les coings de cheveux.» Potel était un original: la moustache se portait à gauche. Le côté droit de la tête ainsi dégagé restait bien visible, et on l’ornait d’une boucle d’oreille, perle ou diamant. Le comte Henri d’Harcourt, cadet de la maison de Lorraine, en fut surnommé Cadet la Perle, sobriquet qu’il garda toute sa vie. Son beau portrait, exécuté par Antoine Masson, est connu sous le nom de Cadet à la perle; il porte encore cet ornement sur celui qui fut gravé par Édelinck pour les Hommes illustres de Perrault90, longtemps après que les cadenettes eurent cessé d’être à la mode. Le premier galant qui les mit en faveur fut Honoré d’Albret, seigneur de Cadenet, frère du célèbre Luynes91. Quand on fit celui-ci connétable, Cadenet du même coup fut improvisé maréchal de France, mais ses exploits se bornèrent à l’importante innovation que je viens de rappeler: elle a suffi pour transmettre son souvenir à la postérité.

[Illustration: Le Comte d’harcour

D’après les Hommes illustres de Perrault.]

Notre moustache actuelle avait aussi ses partisans. On lit dans les Loix de la galanterie: «Les uns portent les moustaches comme un traict de sourcil, et fort peu au menton; les autres ont une moustache à coquille92.» Cette dernière était celle dont on relevait les pointes. Au moyen d’un petit instrument appelé bigotère, on la pinçait de manière à ce qu’elle ne perdît pas son pli pendant la nuit. C’est ce qu’explique très-bien une Mazarinade publiée en 1650:

Ensuite voyons la moustache Que la bigotère nous cache Lorsque le jeune damoiseau Le soir en bride son museau. Le matin lui-même se l’ôte, En frottant un peu le bigote Avec quelque chose de chaud93!

Sarazin94, racontant en style burlesque l’enterrement anticipé de Voiture, fait figurer parmi les assistants quelques Amours: «L’un, dit-il, faisoit des grimaces devant le miroir, l’autre se bridoit de la bigotère, l’autre tiroit les poils des sourcils de ses compagnons avec des pincettes95.» La bigotère était encore employée à la fin du dix-huitième siècle96.

Depuis Louis XIII, aucun roi de France ne garda sa barbe. Elle ne laissa pas pour cela d’être honorée et cultivée. Louis Guyon97, qui a traité agréablement ce sujet, dit que la barbe est utile, non-seulement parce qu’elle protége l’homme contre le froid, mais encore parce qu’elle le rend «plus beau. A cause de quoy nature n’a voulu couvrir les éminences qui sont à chacun costé des yeux, ny le nez, ni autres parties de la face; autrement, l’homme ressembleroit une beste sauvage et approcheroit de la semblance des bestes brutes. Il ne se cognoistroit quand il seroit joyeux ny fasché. La face descouverte de poils appartient à un animal raisonnable, politic, familier et sociable, tel qu’est l’homme.» Mais alors, pourquoi la nature a-t-elle privé de barbe les femmes? Rien n’est plus simple: «La matière de la barbe, aux femmes, monte à la teste, qui leur cause de plus grands cheveux qu’aux hommes; et de vray, la chevelure est bienséante aux femmes et la barbe à l’homme.»

Louis XIV porta d’abord le semblant de moustache dont j’ai parlé, un trait léger sur la lèvre supérieure. Il la fit disparaître en 1680, et tout bon courtisan s’empressa de l’imiter; aussi les derniers portraits de Corneille et de Molière les représentent-ils sans un poil sur la figure98. Je ne parle ici que des courtisans, car il faut rendre cette justice à Louis XIII et à Louis XIV qu’ils respectèrent la tête de leurs sujets (on n’oserait en dire autant de Richelieu); ils laissèrent chacun arranger à sa guise barbe et cheveux. Si ce fut une faiblesse de la part du roi-soleil, elle ne resta pas sans châtiment: la mode, devenue plus impérieuse que l’orgueilleux monarque, finit par lui imposer la perruque et la poudre, qui lui étaient toutes deux antipathiques.

A défaut d’autres libertés, le dix-septième siècle eut donc celle de la barbe. Les beaux portraits gravés par Édelinck et Lubin nous révèlent que:

Le Jésuite Jacques Sirmond, L’érudit Fabri de Peiresc, L’historien Papire Masson, Le savant Scévole de Sainte-Marthe, Le poëte Malherbe, Le jurisconsulte Pithou portaient la barbe entière avec les moustaches. Le cardinal de Bérulle, Henri de Sponde, évêque de Pamiers, Le secrétaire d’État Pontchartrain, Vincent de Paul, Joseph Scaliger portaient la barbe en pointe avec les moustaches. Pierre Camus, évêque de Belley, Le garde des sceaux du Vair, Le premier président A. de Harlay, Le président Jeannin portaient une magnifique barbe étalée sur la poitrine. Pierre de Marca, archevêque de Paris, Antoine Godeau, évêque de Vence, J. F. Senault, général de l’Oratoire, Le prince de Condé, Turenne, Le chancelier Séguier, Colbert, Le premier président Lamoignon, Le président de Thou, L’avocat général J. Bignon, Le théologien Arnauld d’Andilly, Descartes, L’avocat Antoine Lemaître, Le philosophe Gassendi, Balzac, Voiture, Sarazin, Mansart, Le peintre Nicolas Poussin, Le graveur Callot, Le romancier H. d’Urfé, Le maréchal de Gassion, Le maréchal Fabert, L’amiral Duquesne, Le chancelier Michel Letellier, Le premier président de Bellièvre, N. Rigault, garde de la bibliothèque du Roi, Simon Vouet, premier peintre du Roi, portaient la moustache et la royale. Le P. Thomassin, hébraïsant, L’académicien Pélisson, Le savant Ducange, La Fontaine, L’historien Le Nain de Tillemont, Le peintre Ch. Lebrun, Le poëte Santeuil, Le maréchal de Luxembourg, Le musicien Lully, Le philologue Ménage, Quinault, Benserade, Racine avaient le visage entièrement rasé.

N’oublions pas de faire remarquer que plusieurs de ces personnages portent perruque, une perruque superbe, majestueuse, frisée avec art et qui parfois descend jusqu’à la ceinture. Tout était grand dans le siècle du grand roi.

C’est à ce siècle que revient l’honneur d’avoir ainsi contrefait la nature, mais il y avait longtemps qu’on avait cherché à l’imiter.

L’usage des faux cheveux doit être aussi ancien que la coquetterie féminine, et c’est remonter bien haut. A l’époque romaine, les femmes portaient des nattes postiches, le commerce des cheveux était en pleine activité, et on allait en chercher des cargaisons sur la rive droite du Rhin. Cependant, les Pères de l’Église d’abord, puis les prédicateurs du moyen âge apostrophèrent très durement les femmes qui mettaient des chevelures d’emprunt «des cheveux de mortes99», disaient-ils, et ce qui est bien pis, des cheveux de personnes peut-être impures, peut-être criminelles, peut-être condamnées aux peines de l’enfer, capitis forsan immundi, forsan nocentis et gehennæ destinati[100].

C’est sous Charles V qu’Eustache Deschamps composa la célèbre ballade qui a pour refrain:

Rendez l’emprunt des estranges cheveux.

Sous Henri III et Henri IV, toutes les femmes s’affublaient de faux chignons. La reine Marguerite, écrit Brantôme, «s’habilloit quelques fois avec ses cheveux naturels, sans y adjouster aucun artifice de perruque; elle les sçavoit très bien tortiller, frizonner et accommoder… et pourtant peu souvent s’en accommodoit, si non de perruques bien gentement façonnées101.» Tallemant des Réaux affirme tout crûment qu’elle fut chauve de bonne heure, et qu’«elle avoit de grands valets de pied blonds que l’on tondoit de temps en temps102».

Dès le règne de Louis XII, les élégants imitaient leurs maîtresses:

De la queue d’un cheval painte, Quant leurs cheveux sont trop petiz, Ilz ont une perrucque faincte,

disait d’eux Guillaume Coquillart103.

Les gens qui commençaient à perdre leurs cheveux y suppléaient au moyen de coins, fragments de perruque qu’on dissimulait le mieux possible sous la chevelure naturelle. Louis XIII vit tomber la sienne à trente ans, ce qui inaugura le règne de la perruque; «les courtisans, les rousseaux et les teigneux en portèrent les premiers: les courtisans par délicatesse104, les rousseaux par vanité et les teigneux par nécessité105.» Comme toutes les modes, celle-ci eut ses détracteurs acharnés et ses admirateurs enthousiastes; parmi ces derniers, il faut citer l’abbé Legendre, qui s’écrie naïvement: «Il est surprenant qu’une coiffure aussi commode qu’est la perruque, n’ait esté en usage que depuis le règne de Louis XIII106.»

C’est sous Louis XIV qu’elle atteignit son apogée. L’année où il créa les barbiers-barbants (1673) est précisément celle où il consentit à prendre perruque. Il avait trente-cinq ans lorsqu’il se soumit à cette mode, que son opulente chevelure lui donnait le droit de mépriser. On composa pour lui, dit Pélisson107, des perruques avec des jours par où passaient les mèches de ses cheveux, dont il ne voulait pas faire le sacrifice. Son fils, le grand Dauphin, n’y mettait pas tant de façons: «Monseigneur, écrit Dangeau, a encore fait raser ses cheveux, qui étoient revenus plus beaux que jamais. Il trouve la perruque plus commode108.»

Le Livre commode pour 1692[109], nous a conservé les noms de Pascal, de Pelé, de Jordanis, de Vincent, «renommez pour faire les perruques de bon air»; de La Roze, «renommé pour les perruques abbatiales»; de Binet, enfin, le célèbre fournisseur du Roi et le créateur des perruques dites binettes, expression qui a fini par désigner dans le langage populaire la tête elle-même. A Versailles, entre la chambre à coucher et la salle du conseil110, était le cabinet des perruques du Roi. Elles reposaient dans des armoires vitrées qui entouraient la pièce; de distance en distance se dressaient des têtes d’enfants, au nombre de vingt, qui servaient aux essayages, aux remaniements. Les formes variaient suivant que Louis XIV allait à la messe ou à la chasse, recevait des ambassadeurs ou restait dans ses appartements. Quant au barbier, il ne quittait guère la cour111, et comptait parmi les cinq cents personnes distribuées en cinq tables, qui avaient le droit de manger à la cour. «Avant que le Roy se lève, dit un contemporain, le sieur Quentin, qui est le barbier et qui a soin des perruques, se vient présenter devant Sa Majesté, tenant deux perruques ou plus, de différente longueur. Le Roy, suffisamment peigné, le sieur Quentin lui présente la perruque de son lever, qui est plus courte que celle que Sa Majesté porte ordinairement le reste du jour. Sa Majesté aïant mis sa perruque, les Officiers de la Garderobe s’approchent pour habiller le Roy… Le Roy, dans la journée, change de perruque, comme quand il va à la messe, après qu’il a dîné, quand il est de retour de la chasse, de la promenade, quand il va soûper, etc. Le garçon qui est commis pour peigner les perruques du Roy a deux cens écus sur la cassette…» Louis XIV n’était rasé que tous les deux jours: «De deux jours l’un, c’est jour de barbe, c’est-à-dire que le Roy se fait raser. Les deux barbiers de quartier rasent alternativement de deux jours l’un, et celui qui ne rase point apprête les eaux et tient le bassin. Celui qui est de jour pour raser Sa Majesté met le linge de barbe au Roy, le lave avec la savonnette, le rase, le lave après qu’il est rasé, avec une éponge douce, d’eau mêlée d’esprit de vin, et enfin avec de l’eau pure. Pendant tout le temps qu’on rase le Roy, le premier valet de chambre tient le miroir devant Sa Majesté, et le Roy s’essuie lui-même le visage avec le linge de barbe112.» On rasait souvent aussi la tête de Louis XIV, car même après qu’il eut passé soixante-dix ans, ses cheveux, triomphant des efforts de la perruque, s’obstinaient à repousser113. Sous le règne d’un souverain qui, par sa chevelure, semblait descendre de la race mérovingienne, la perruque poursuivait noblement sa carrière, forçant à l’obéissance jusqu’au maître devant qui tous tremblaient.

L’article 63 des statuts de 1718 accorde aux barbiers-perruquiers le monopole de «la vente et revente des cheveux»; les marchands en gros devaient, avant d’écouler leurs ballots, les apporter au bureau de la corporation, où ils étaient examinés. Il se faisait alors une incroyable consommation de poil. Les têtes des femmes vivantes et mortes étaient mises à contribution dans les quatre parties du monde, et le commerce des cheveux avait pris une extension considérable. Colbert songea même à en arrêter l’importation qui menaçait, disait-il, de devenir aussi ruineuse pour l’État que l’avait été naguère celle des ouvrages de fil. Mais les perruquiers se montrèrent meilleurs économistes que le ministre. Ils dressèrent des statistiques et démontrèrent, chiffres en mains, que la vente des perruques à l’étranger faisait rentrer plus d’argent dans le royaume qu’il n’en sortait par l’achat des cheveux114. En effet, l’Angleterre, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, etc., étaient nos tributaires; le perruquier français avait acquis déjà dans toute l’Europe la réputation qu’il conserva jusqu’à la fin d’être un artiste inimitable. Le commerce en gros était représenté à Paris par les sieurs Pelé, Vincent, Potiquet, Rossignol, etc.; ces deux derniers demeuraient «sous la galerie des Innocents115». Tous ces commerçants avaient des coupeurs qui parcouraient la Normandie, la Flandre, la Hollande. Certains villages fournissaient jusqu’à dix livres de cheveux, qui devaient toujours avoir de vingt-quatre à vingt-cinq pouces de long. Les cheveux des pays chauds étaient réputés mauvais; les plus estimés étaient ceux de Normandie, que l’on nommait cheveux de pays. L’Angleterre en fournissait fort peu, «le peuple, qui est à son aise, ne consentant pas aisément à laisser couper les cheveux de leurs femmes et de leurs filles». Le prix variait entre quatre francs et cinquante écus la livre; les plus chers étaient les blonds et les blancs. On appelait cheveux vifs, ceux qui avaient été coupés sur la tête de leur propriétaire, vivante ou morte; cheveux morts, ceux qui avaient été arrachés par le peigne ou étaient tombés à la suite de quelque maladie; cheveux naturels, ceux qui frisaient naturellement. Au début du dix-huitième siècle, il y avait à Paris une cinquantaine de marchands de cheveux116.

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