Le Cœur chemine
Chapitre VII
N H O S .
« Georget, mon cher Georget,
« Aujourd’hui encore je vous appelle de ce nom…
Aujourd’hui encore… Et puis… jamais plus !… Oui, vous lisez
bien… C’est un adieu que je vous envoie.
« J’espère, je crois, que vous l’accepterez sans révolte, avec
le sentiment qu’il est, cette fois, irrévocable. Vous y verrez l’arrêt
même de notre destin, non plus une incertaine alternative de
nos vouloirs.
« Interrogez-vous sincèrement, Georget. Sans doute vous
trouverez en vous-même l’intuition de ce qui me fut révélé il y a
quelques heures, de ce que vous n’avez pu manquer d’entrevoir
depuis nos résolutions insensées. Si vous vous défendez contre
le regret d’avoir pris de telles résolutions, si vous craignez de
l’éprouver plus tard, sachez que ce n’est pas moi, hélas ! qui
pourrais vous en préserver. J’en aurais trop grand’peur… Je
vous le suggérerais rien qu’à trembler toujours de le lire dans
vos yeux.
« Ah ! Georget… L’amour m’est apparu… Et il n’est pas entre
nous. Il est dans le jeune cœur intact, innocemment passionné,
de celle qui sera votre femme.
« Moi, je me suis trompée… Je ne vous aime pas comme
cette enfant, puisque je ne sais pas dire, comme elle : « Je suis
sûre de le rendre heureux ! » Et puisque j’ai rencontré en moi-
même quelque chose de plus irrésistible que mon amour. Cette
puissance à laquelle je cède, n’est pas le devoir… — Hélas ! je
l’oubliais. — Ce n’est pas la crainte de l’au delà… Mon salut —
(ce blasphème me soit pardonné !) — me semblait moins
précieux que le paradis de notre chimère. C’est un sentiment
contre lequel s’anéantissent tous les assauts désespérés de
mon désir. Appelons-le la pitié… à défaut d’un nom plus
auguste. Une invincible pitié pour Elle… qui vous a aimé aussi
longtemps que moi, mieux que moi — oui, mieux que moi ! — et
dont la jeune vie ne doit pas aboutir au gouffre de notre crime.
Et aussi une tendre pitié pour Vous, que je priverais, par mon
égoïsme, d’un bonheur éblouissant. Croyez-moi… Je l’ai bien
vu… J’en ai les yeux pleins de lumière. Ouvrez les vôtres, et
vous me remercierez quand vous reconnaîtrez ce que j’ai
découvert.
« Georget, je suis créée pour les défaites, et non pour les
victoires, de l’amour. La Destinée m’en avertit de nouveau. Je
m’incline. Ne me demandez pas si j’en souffre. Ne me plaignez
pas. Ne me condamnez pas… Mais seulement, je vous en
supplie, soyez heureux ! Vous me le devez. Ce ne serait
vraiment pas juste que j’aie tout manqué dans ma vie.
« N . »