Le Héros de Châteauguay

L.-O. David · Chapitre 2 sur 4

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Le Héros de Châteauguay

Hommages de la Patrie au Héros de Châteauguay.

HOMMAGES DE LA PATRIE

AU HÉROS DE CHÂTEAUGUAY.

Plusieurs personnes avaient parfois exprimé l'opinion qu'un monument devrait être élevé à la mémoire du héros de Châteauguay, Mais c'est à M. J. O. Dion, de Chambly que revient l'honneur d'avoir forcé la nation à accomplir un grand acte de réparation et de reconnaissance. Dès mil huit cent soixante-dix, il avait parlé de ce projet et exprimé l'espoir et la volonté de le mettre bientôt à exécution. Son rêve était de tout préparer pour le centenaire du général de Salaberry, en 1878, ou au moins pour le cinquantième anniversaire de sa mort. Mais il ne put se mettre sérieusement à l'oeuvre que dans le mois de janvier 1879. Un comité fut nommé alors à Chambly, et il tut décidé qu'on lancerait l'idée par la célébration d'une fête destinée à commémorer en même temps le centenaire du héros de Châteauguay et le cinquantième anniversaire de sa mort.

Cette fête eut lieu le vingt-cinq février mil huit cent soixante et dix-neuf, et elle fut magnifique. Elle commença par une procession dans laquelle figurèrent des députations militaires d'un grand nombre de corps de milice et de volontaires de Montréal et des paroisses environnantes, des membres du clergé, les élèves du collège et des écoles des Frères et plusieurs corps de musique. Après avoir parcouru le village, la procession se rendit à l'église qu'on avait pavoisée de draperies noires et jaunes. Au milieu de la nef, s'élevaient un catafalque et un obélisque imposant couvert d'inscriptions patriotiques. Une messe de requiem fut chantée avec beaucoup d'effet par un choeur puissant; le comité énergiquement aidé par Messire Thibault, curé de la paroisse avait tout fait pour rendre la cérémonie imposante.

L'obélisque se trouvait à gauche de l'autel, au-dessus de l'endroit même où reposent les cendres du héros. M. Globenski, seigneur de Saint-Eustache, y avait déposé une couronne d'immortelles avec l'inscription suivante: "Hommage du fils d'un voltigeur au héros de Châteauguay."

Dans l'après-midi, à une réunion du comité général, il fut décidé d'élever un monument à de Salaberry au moyen d'une souscription générale d'une piastre par tête. Le soir, il y eut concert et banquet, et des discours patriotiques furent prononcés par l'honorable Boucherville, M. Globenski, M. Bernier, de Saint-Jean, M. le colonel D'Orsennens, et l'auteur de cette biographie.

M Sulte avait composé pour la circonstance les couplets suivants, qui furent chantés avec effet par les élèves du collège:

S A L A B E R R Y!

Couplets à chanter pour la fête du 25 février 1879.

Fils de soldats, vaillante race,

Rappelons-nous les jours passés,

Que l'histoire en garde la trace:

Aimons ceux qui nous ont sauvés.

CHOEUR:

Chantons les combats de nos pères,

Ils marchaient droit à l'ennemi! (bis.)

Vivent nos militaires,

Gloire à Salaberry!

Oui! que chacun de nous s'apprête

A transmettre le souvenir

Des récits qu'en ces jours de fête

Nous recueillons pour l'avenir.

Chantons, etc.

Aux favoris se la victoire,

Ces vétérans restés debout

Comme les piliers de la gloire.

rendons des hommages partout.

Chantons, etc.

S'il lui fallait prendre les armes.

Le Canadien sous les drapeaux.

Retrouvait encor des charmes

Et l'exemple de ses héros.

Chantons, etc.

A partir de ce jour, M. Dion se multiplia pour assurer le succès de l'oeuvre; il écrivit à droite et à gauche, alla de ville en ville, de village en village, de porte en porte, mendier pour le monument du héros de Châteauguay. Il eut à lutter péniblement contre ceux qui voulaient que ce monument fut érigé à Montréal, dans une ville, où il aurait nécessairement produit plus d'effet. Ses adversaires avaient peut-être les meilleures raisons de leur côte, mais comme il n'y avait personne pour le suivre, pour déployer autant de dévouement et d'activité, il l'emporta naturellement et il n'y eut bientôt qu'une voix pour répéter après lui que Chambly devait avoir l'honneur de posséder le monument comme les cendres du héros.

Mais la souscription marchait lentement.

M. Dion vit avec regret que le monument ne pourrait pas être inauguré en mil huit cent quatre-vingt. En attendant, pour stimuler le zèle de la population dans le district de Québec, il entreprit de faire poser une tablette commémorative A Beauport sur la maison même ou naquit de Salaberry. La population de Québec répondit à son appel, et le vingt-huit juin mil huit cent quatre-vingt, la cérémonie eut lieu. Son Honneur le lieutenant-gouverneur présidait, entouré de personnages marquants et d'une foule enthousiaste. Une immense acclamation remplit l'air quand le lieutenant-gouverneur écarta le voile qui couvrait le marbre commémoratif. Ce marbre a la forme d'un écusson et porte l'inscription suivante: