Le livre des enfants
Le Nuage et L’enfant
L’enfant disait au nuage: «Attends-moi jusqu’à demain, Et, par le même chemin, Nous nous mettrons en voyage.
«Toi, sous tes telles lueurs, Moi, dans les champs pleins de fleurs, Sur le cheval de mon père, Nous irons vite, j’espère.
«Je m’y tiens bien, tu verras! J’y monte seul à la porte; Et, quand mon père m’emporte, Je n’ai pas peur dans ses bras.
«Quand il fait beau, comme un guide, En tête, il me fait asseoir; Toi, d’en haut tu pourrais voir Comme je tiens bien la bride!
«Ah! je voudrais d’ici là Ne faire qu’une enjambée Sur la nuit toute tombée, Pour te dire: «Me voilà!»
«Mais je vais faire un beau rêve Où je rêverai de toi; Jusqu’à ce que Dieu l’achève, Ami nuage, attends-moi!»
*
* *
Comme il jetait les paroles De ses espérances folles, Le nuage décevant Glissait poussé par le vent
Glissait, poussé par le vent.
Pourtant le bambin sautille, L’oiseau chante, l’eau scintille, Et l’écho lui sonne au cœur: «Demain! demain! quel bonheur!»
Enfin le soleil se couche, Et son baiser qui le touche D’un voile ardent clôt ses yeux Qu’il tenait ouverts aux cieux.
Près de rentrer chez sa mère, Au voyageur éphémère L’enfant veut parler encor, Mais le beau fantôme d’or
N’est plus qu’une vapeur grise, Qu’avec un cri de surprise L’enfant qu’il vient d’éblouir Voit fondre et s’évanouir.
Au cri de la petite âme, S’est élancée une femme, Qui, le voyant sauf et sain, Boudeur, l’emporte à son sein.
Plaintif, le mignon s’y cache, Déclarant ce qui le fâche, Que, sans son bel étranger, Il ne veut plus voyager.
«Si tu chéris les nuages, Mon amour, pour tes voyages Le temps en aura toujours: Il en passe tous les jours.
—Ce ne sera plus le même, Celui-là, mère, je l’aime!» Dit l’enfant, puis il pleura... Et la femme soupira.