Les chroniques de Sarel - Tome 1: Le Dragonnier Maudit
Prologue
Le Roi d’Ësarià :
Le vent s’engouffrait dans les meurtrières du château d’Oren-Telith.
Construit sur le haut d’une falaise qui surplombait la capitale du royaume du Sud, l’édifice atteignait plus de deux cents mètres de hauteur. La salle du trône se trouvant au dernier étage de ce dernier, il fallait toujours une bonne heure à Balam-le-Juste, pour atteindre cette dernière. Balam était le souverain du royaume d’Ësarià, le dernier être vivant de sa lignée, les descendants d’Ësarià, dernier détenteur du secret du royaume.
Mais voilà des jours que Balam agonisait dans son lit royal. Sans fils
ou fille à qui délivrer le secret, le royaume d’Ësarià serait perdu. Il lui fallait trouver quelqu’un de confiance qui pourrait faire perdurer l’artefact ancestral qui offrait la sécurité du Royaume contre celui de Valoak.
Sentant son dernier soupir arriver comme on entend une cloche
sonner le glas, il rassembla ses dernières forces pour attraper le bras d’Ergonas, son conseiller depuis déjà huit ans. De tous les loyaux serviteurs que le roi avait, Ergonas était le plus fidèle, mais surtout le plus juste.
À la lueur des torches qui surplombait le lit du vieux souverain, sept
serviteurs étaient penchés au-dessus de ce dernier. Mais seul Ergonas souriait. De compassion et d’assurance, certains l’auraient affirmé. Le roi fit sortir les autres vassaux afin de tenir son dernier entretien avec le conseiller.
L’homme, d’une quarantaine d’années plongea son regard dans celui
de son souverain. Ce dernier tira sur la manche d’Ergonas avec le peu de force qu’il lui restait puis, lorsque le serviteur colla son oreille contre le Roi, ce dernier murmura :
— Ergonas, mon ami, je dois te confier le secret qui fait la gloire et la
puissance de notre royaume. Il y a mille ans, un Dragonnier tenta de prendre le contrôle du monde. Il était le plus puissant être qu’il nous a été donné de voir en Ësînis. Mais il fut arrêté et son pouvoir fut renfermé dans deux objets qui sont aujourd’hui détenus par notre royaume et celui du Nord : Valoak. L’homme qui vainquit ce Dragonnier se nommait Vaêl, et est enterré ici même, dans les fondations de ce château. L’artefact est toujours avec Vaêl, attendant le jour où le monde aura besoin de lui. Transmets ce secret à celui qui deviendra le successeur de mon trône.
— Merci, majesté…
C’Est-ce que répondit Ergonas, un sourire mesquin aux lèvres. Il avait
réussi à connaître l’emplacement de l’artefact, et à tuer le Roi. Son plan pouvait enfin commencer.
Balam fut pris d’une quinte de toux puis éructa quelques gouttes de
sang avant de sentir le rythme de son cœur s’accélérer pour finalement s’arrêter. Le regard vide, fixant son serviteur, le roi s’éteignit. Ergonas avait gagné. Il allait enfin pouvoir commencer sa campagne pour accaparer le trône du Roi et conquérir les quatre Royaumes d’Ësînis.
En Ësînis :
Une année s’écoula durant laquelle, Ergonas étendit son influence
auprès des intendants qui se succédèrent au trône du Roi. Personne n’osait revendiquer la place du très aimé et regretté Balam. Personne sauf Ergonas, qui s’empressa, lorsqu’il en eut l’occasion de convaincre son peuple que la mort du Roi était un assassinat commandité par les chefs du Royaume de Valoak. Ainsi, l’homme envoya ses troupes aux frontières de son royaume en prévision d’attaques.
Au bout de quelques mois de postures, un groupe de mercenaires du
Nord attaqua. Ce qui marqua le premier affrontement de la nouvelle guerre entre Ësarià et Valoak…
Le départ de Phalank :
Trois mois plus tard, alors que les deux soleils se levaient sur la grande capitale de Val-Far, un homme vêtu d’une armure étincelante grimpait les escaliers d’une tour au marbre blanc. Cette tour, la plus belle et la plus imposante de Valoak, était certes, le trésor de son royaume, mais aussi le siège du conseil. Conseil que l’homme en armure s’apprêtait à rencontrer pour leur annoncer sa triste découverte.
Arrivés en haut des marches du dernier étage de l’immense édifice,
deux gardes le firent patienter avant d’ouvrir les imposantes portes de marbre de la salle du Conseil. Dans un grincement sinistre, les deux portes laissèrent entrevoir tous les membres du Conseil, gardiens du trône en l’absence de Sa Majesté. Le chevalier en armure s’approcha d’eux d’un pas assuré mais anxieux de leur présenter les faits. Les informations qu’il allait leur donner étaient aussi capitales que sombres. Seuls les cliquetis de son armure résonnèrent lorsqu’il s’agenouilla.
Le plus jeune des membres du Conseil, assis face à la porte,
exactement au centre du demi-cercle que formaient les sièges du conseil, invita le chevalier à se relever. Enfin, après avoir regardé tous les autres membres du conseil, le jeune homme prit la parole.
— Qu’en est-il, Phalank ? Qu’as-tu vu de ce Roi aux mystérieux
desseins ?
— Maître Yegon, répondit le chevalier. Vos craintes, à l’égard de cet
homme, de cet être sont confirmées. Mes investigations n’ont pas été longues. J’ai senti ce pouvoir, maîtres. Je l’ai senti émaner de sa personne comme on sent le vent porter les odeurs. Une puissance que je n’avais jamais vue avant. C’est pour cette raison, mes seigneurs, que je vous suggère, pour le bien du royaume, l’élimination de cet être.
Le jeune Yegon jeta un regard inquiet aux autres membres du conseil.
Comme il le pensait, ce Roi était une menace pour Valoak. D’un geste, il congédia Phalank pour discuter du cas du Roi en privé avec les autres membres du Conseil.
— Que pouvons-nous faire ? Demanda Parek, un des vieux maîtres du
Conseil. On ne peut tout simplement pas le détruire. Je vous rappelle qu’il s’agit d’un…
— Un Obstacle, maître Parek, un obstacle ! L’interrompit Yegon. Et
aussi brillante soit-elle, mon idée va vous ravir. Nous utiliserons le Dragonnier Déchu pour abattre le Roi !
— Vous le pensez l’élu de la Prophétie ? Demanda Terën, un autre
membre du conseil.
— Je pense, reprit Yegon, que deux solutions existent. La première
étant qu’il sort vainqueur de son affrontement avec ce Roi, et il pourrait être l’élu, l’autre étant que nous nous trompons, auquel cas, une menace moins grande aura été détruite, et il nous faudra trouver un autre moyen.
Ainsi, grâce à l’approbation du conseil, Yegon venait de sceller le
destin de celui qu’on appelait, le Dragonnier Déchu. La bête noire de Valoak.
Quelques heures plus tard, Phalank plaçait sa selle sur sa Dragonne.
Une magnifique bête aux écailles bleues sur une musculature imposante. Il avait reçu l’ordre de rejoindre les Mercenaires aux frontières du royaume pour ramener avec lui, le chef de ces derniers, convoqué par le conseil. Parek, le vieux membre du conseil s’approcha de lui, le distrayant dans ses pensées.
— J’aimerais, Phalank, dit le vieil homme à la barbe blanchâtre, que
tu me ramènes mon Fils en un seul morceau.
— Il ne voudra pas me suivre, maître Parek. Vous le connaissez
mieux que quiconque !
— Ne te doit-il pas un service de Dragonnier ? — Si, Bien sûr maître. Mais…
— Alors, fais-lui tenir parole, utilises ce service pour le faire revenir,
et je te serai redevable, moi d’un service de Maître.
Deux jours plus tard, Phalank atteignait la frontière Sud du Royaume
de Valoak, que tous les guerriers appelaient « Les Lignes Noires ». Depuis des mois, des affrontements avaient lieu dans cette zone de guerre. Des mercenaires Dragonnier avaient attaqué les troupes d’Ësarià postées à la frontière. Depuis, les coups d’épée fusaient dans tous sens. Des Dragons crachaient le feu de leurs entrailles sur des légions entières. Des tas de cadavres se formaient deçà delà aux frontières.
Les mercenaires, un groupe de quatorze Dragonniers et d’un millier
de troupes au sol, campaient leurs positions, ne faisant qu’empêcher les soldats d’Ësarià de traverser la Frontière. Aucun des Mercenaires ne tentait d’entrer en Ësarià, cela n’était pas leur but.
Lorsque Phalank s’invita chez les mercenaires, il fut accueilli par
Sarel, le chef des Mercenaires, le Dragonnier Déchu. Aux premiers instants, le Dragonnier de Valoak ne reconnut pas son ami mercenaire. Il l’avait connu, rasé et coiffé, ce qui lui donnait un air chaleureux. Mais en temps de guerre, Sarel n’éprouvait aucun besoin de plaire. Et cette barbe épaisse sous cette chevelure sale lui donnait un air sauvage et agressif qui devait sûrement effrayer les ennemis, mais surtout les enfants.
C’est dans une des tentes en retrait du feu de la bataille que le
Mercenaire Dragonnier accueillit Phalank. Ce dernier ne resta pas longtemps mais lui adressa seulement quelques paroles tout en lui tendant un parchemin. Enfin, il remonta rapidement sur sa monture, avant de lui ordonner l’envol d’un coup de lanière.
Le dragonnier partit alors au loin ne voyant devant lui plus que la
puissante lumière provoquée par les deux soleils d’Ësînis. Alors que Sarel, le chef des mercenaires venait de mettre la main sur un objet que Phalank lui avait laissé. Le chef des dragonniers mercenaires était retourné fouiller dans ses affaires personnelles et y avait trouvé, une amulette d’or sur laquelle étaient représentés deux dragons crachant du feu et de la glace, ainsi qu’une fleur de Lisan et quelques grammes de Tabac Rouge. Sarel avait souri en trouvant ce petit trésor lui remémorant plusieurs souvenirs. Ce trésor lui rappelait surtout le périple d’Isguardià, une étape fondamentale pour devenir chef Dragonnier. Les pressentis devaient partir à pied de Val-Far et aller jusqu’à la cité en ruine d’Isguardià placée dans le royaume d’Aphilis. Sarel était parti avec Phalank pour se rendre vers la cité d’Isguardià. Ils s’étaient liés d’amitié durant le périple et Phalank s’était drogué avec des feuilles de Tabac Rouge et avait soigné Sarel, qui avait fait une chute de plusieurs mètres, avec des feuilles de Rédioh au lieu de feuilles de Lisan qui servaient plus souvent pour les plaies ouvertes. Quant à l’amulette, il s’agissait de celle qu’avait remportée Sarel en devenant chef Dragonnier. Il l’avait donné à Phalank afin de le remercier et de lui prouver son amitié.
Les choses avaient changé depuis. Les deux Dragonniers s’étaient
perdus de vue et s’étaient oubliés. Mais le destin s’apprêtait à les réunir de nouveau. Les choses allaient encore changer. Sarel allait changer d’avis et rejoindre Val-Far. Les contrées allaient connaître l’élu de la prophétie...
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