Les Cinq Filles de Mrs Bennet

Jane Austen · Chapitre 1 sur 62

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Les Cinq Filles de Mrs Bennet

Introduction

 

Les intrigues sont simples, quoique nourries d’incidents multiples et variés. Contemporaine des débuts du romantisme, Jane Austen y est restée à peu près étrangère. Elle ne se com-plaît pas dans la peinture des situations tragiques ni des pas-sions violentes. Observatrice avant tout, elle cherche seulement dans l’intrigue l’occasion de provoquer le jeu des sentiments, de mettre en lumière l’évolution des principaux caractères, et de marquer les traits saillants des autres. C’est par là que ses per-sonnages de premier plan attirent, intéressent et captivent le lecteur. Elle pousse le dédain du pittoresque jusqu’à ne pas nous faire connaître leur aspect physique, mais elle arrive si bien à nous les représenter « du dedans » qu’ils vivent vraiment sous nos yeux. Ses héroïnes ne se montrent ni très sentimentales, ni très passionnées, mais elles ont bien du charme. Leurs natures sont très différentes : Anne Elliot, plus tendre et un peu secrète, Elinor Dashwood, raisonnable et mesurée, Emma Woodhouse, pleine de confiance en elle-même, désireuse de mener à son idée, et pour le plus grand bien de tous, le petit monde qui l’entoure ; Elizabeth Bennet, spontanée, spirituelle et gaie, por-tant partout sa franchise et son indépendance de jugement. Chacune a ses qualités, ses défauts, ses erreurs d’appréciation, ses préventions. Ce qu’elles ont de commun entre elles, c’est une intelligence fine, pénétrante, et une certaine maturité d’esprit qui donne de la valeur à toutes leurs réflexions.

Miss Austen n’a pas moins soigné ses personnages secon-daires, et nombreux parmi eux sont ceux qui ont excité sa verve et son sens aigu du ridicule : bourgeoises vulgaires, mères enra-gées de marier leurs filles, dames de petite noblesse gonflées de leur importance et flattées lourdement par leurs protégés, « ba-

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ronets » férus de leur titre, que la vue de leur arbre généalo-gique remplit chaque jour d’une satisfaction inlassable, jeunes filles hautaines et prétentieuses, petites écervelées dont l’imagination ne rêve que bals, flirts et enlèvements, se meuvent autour des personnages principaux et forment un ensemble de types comiques dont aucun ne nous laisse indifférents. De même qu’un lecteur de David Copperfield n’oubliera pas Mr. Micawber et Uriah Heep, celui qui a lu Pride and Prejudice con-serve toujours le souvenir de lady Catherine et de Mr. Collins. Au milieu de tout ce monde qui s’agite, quelques observateurs, judicieux comme Mr. Knightley, ou ironiques comme M. Bennet, portent des jugements savoureux, incisifs, dont leur entourage ne fait pas toujours son profit.

Ces récits qui se développent à loisir dans une langue claire, souple et aisée, coupés de dialogues animés, ont provo-qué les éloges de plusieurs grands écrivains anglais. Walter Scott enviait la délicatesse de touche avec laquelle Jane Austen donnait de l’intérêt aux incidents les plus ordinaires. Macaulay l’a comparée à Shakespeare pour sa facilité à créer des carac-tères. Thackeray reconnaissait que tous ces petits détails vécus, tous ces menus faits d’observation rendent un son si naturel qu’ils rappellent l’art de Swift. Lewes déclarait qu’il aimerait mieux être l’auteur de Pride and Prejudice que d’avoir écrit tous les romans de Walter Scott. Et les critiques de notre époque continuent à témoigner à Jane Austen l’admiration qu’elle mé-rite et dont elle a si peu joui de son vivant.

 

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