Les Huguenots: Cent ans de persécution, 1685-1789
Chapitre II · Liberté du Culte
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.
Lalande, ayant surpris une trentaine de camisards blessés dans la caverne où on les avait cachés, les fait tous tuer par ses dragons. C’était l’habitude des soldats d’en agir ainsi.
Bonbonnoux conte, qu’ayant été surpris avec Cavalier, sa troupe avait été mise en fuite prés d’une caverne, où nous avions, dit-il, une partie de nos blessés. «Nous délogeâmes, poursuit-il; nos blessés qui ne pouvaient point nous suivre, demeurèrent dans la caverne et furent bientôt découvert par_ des médecins qui pansèrent leurs plaies d’étrange manière_, ils les firent tous périr.»
Faut-il s’étonner de ce que les camisards, appliquant la théorie biblique: oeil pour oeil, dent pour dent, rendaient meurtre pour meurtre, incendie pour incendie, si bien que l’évêque de Nîmes, Fléchier, écrivait: «J’ai vu de mes fenêtres brûler nos maisons de campagne impunément, il ne se passe pas de jour que je n’apprenne à mon réveil quelque malheur arrivé la nuit. Plus de quatre mille catholiques ont été égorgés à la campagne, quatre-vingts prêtres massacrés, près de deux cents églises brûlées.»
Montrevel fait réduire en cendres quatre cent soixante-six villages, les maisons isolées, les granges, les métairies, on détruit les fours; dans les huit jours, tous les habitants de la campagne; vingt mille personnes environ, doivent être rendus dans les villes murées avec leurs bestiaux et tout ce qu’ils possèdent, et il leur est interdit, sous peine de mort, de sortir des lieux où ils sont internés. Pour que ces internés ne puissent venir en aide aux camisards, on les rationnait si parcimonieusement que parfois ils n’avaient plus de quoi vivre. Les internés de Saint-André, mourant de faim, se décident un jour à sortir dans la campagne et rapportent quelques aliments. Pendant la nuit un détachement de troupes arrive pour les châtier. On arrache les malheureux de leurs lits, on les entasse dans l’église d’où on les fait sortir un par un pour les massacrer. L’exécution finie, on jeta tout, morts et mourants, hommes, femmes et enfants, dans la rivière, laissant aux chiens affamés et aux fauves le soin de faire disparaître les cadavres.
Les camisards, refoulés dans leurs montagnes, avaient bien de la peine à vivre avec le blé que la charité des paysans leur fournissait et qu’ils cachaient dans des cavernes. «Notre état, dit Bonbonnoux, devenait tous les jours plus triste et plus désolant. L’ennemi avait renfermé toutes les denrées dans les villes ou dans les bourgs murés, renversé les fours de campagne, mis les moulins hors d’état de moudre, obligé le paysan qui travaillait dehors de prendre le pain par poids et mesure, crainte qu’il ne nous en fournît quelque peu. Ainsi, nous avions toutes les peines imaginables pour trouver seulement ce qui était le plus pressant et le plus nécessaire pour subsister. Nous faisions fabriquer de ces fers qui sont entre les deux meules du moulin et que l’ennemi avait enlevés, nous faisions rebâtir les fours qu’on avait démolis, et nous les démolissions de nouveau pour n’être pas découverts.»
Ne pouvant venir à bout, par la force des armes, de ces terribles Cévenols aussi insoucieux de la mort sur les champs de bataille que sur le bûcher ou sur la roue, il avait fallu se résoudre à faire le désert autour d’eux, afin qu’ils fussent réduits à mourir de faim au milieu des montagnes sauvages et désolées où ils avaient été refoulés.
Quant aux chefs ou prophètes, c’était toujours par la trahison que l’on finissait par avoir raison d’eux. Bâville écrit, en 1700, à l’occasion de la prise du prophète Daniel Raoul et de trois prédicants que lui avait livrés un faux frère, gagné à prix d’argent: «On ne peut jamais prendre ces sortes de gens-là autrement, et toutes les forces du monde ne servent de rien, parce qu’ils ont des retraites assurées. Il faut, pour de l’argent, trouver quelqu’un de ceux qui les suivent, qui les découvre et les livre.» Ce n’est point par la force des armes que le maréchal de Villars vint à bout de l’insurrection cévenole; par de vaines promesses, n’ayant pour garantie que la parole du roi — garantie dont on a vu plus haut le peu de valeur, il parvint à priver les révoltés de leur plus brillant capitaine, Cavalier. — Roland, ce grand organisateur de l’insurrection, ne s’étant pas laissé abuser par de trompeuses négociations, parce qu’il exigeait, non de vaines promesses, mais des actes, le maréchal de Villars, se fit livrer par un traître le chef qui était l’âme de la révolte, mais il ne l’eut pas vivant, Roland se fit tuer.
Voici le portrait que Peyrat, dans son Histoire des Pasteurs du désert, fait de Cavalier et de Roland, les deux grandes figures légendaires de l’insurrection des Cévennes: Roland Laporte, général des enfants de Dieu, pâtre cévenol, unissait à l’indomptable ténacité de Coligny l’habile et sombre enthousiasme de Cromwell. S’emparant de cet orageux élément de l’extase, il en fit le fondement et la règle d’une insurrection qu’il organisa, nourrit, vêtit, abrita, entretint deux ans au désert, malgré la fureur des hommes et des saisons; lutta avec trois mille combattants contre des populations hostiles, soixante mille ennemis armés, les maréchaux de Louis XIV, et ne fut enfin abattu que par la défection, la trahison et la mort. Quel homme plus obscur sut, avec de plus faibles moyens, tenter avec plus d’énergie un effort gigantesque? Car, l’insurrection, créée par lui, morte avec lui, c’était lui-même. Il en était l’intelligence, l’âme. Mais, s’il en fut la tête, Cavalier, il faut le dire, en fut le bras et la plus vaillante épée.
Roland n’avait point cet élan, cette fougue aventureuse, inspirée, cette bravoure téméraire et chevaleresque qui, jointe aux charmes de l’adolescence, font de Cavalier la plus gracieuse et la plus héroïque figure du désert… Roland, fait observer Peyrat, périt la veille de la bataille d’Hoschstet, et l’année qui précéda les grands désastres de Louis XIV; s’il eut encore vécu qu’eût-il fait alors?
Ce chef formidable, grandissant de la ruine du monarque, lui eût sans doute imposé le rétablissement de l’édit de Nantes, il eût rouvert les portes de la France à cinq cent mille exilés, et, les réunissant sur la frontière, il leur eût dit: «maintenant défendons la patrie, notre mère repentante et vénérée, et repoussons ses ennemis!»
Le spectacle de cette lutte de quelques milliers de montagnards contre les armées de Louis XIV, commandées par ses meilleurs officiers, le fait inouï d’un maréchal de France traitant d’égal à égal, au nom du roi-soleil, avec Cavalier, un ancien pâtre, avaient stupéfié l’Europe et rehaussé le courage des huguenots qui s’étaient laissé arracher une conversion.
Les internements de populations entières, les transportations en Amérique, les tueries militaires, le supplice de douze mille Cévenols envoyés par Bâville aux galères, au gibet, à la roue, aux bûchers, l’incendie de cinq cents villages, la réduction en désert de quarante à cinquante lieues de pays, désert dans lequel avaient péri, cent mille personnes: tels avaient été les terribles moyens employés pour arriver à faire régner dans les Cévennes la paix des tombeaux. Le souvenir de cette insurrection des Cévennes laissa au moins aux convertisseurs la crainte salutaire et persistante, de voir les huguenots des autres provinces imiter l’exemple des rebelles. Non seulement sous Louis XIV, mais pendant la régence, et sous Louis XV, on voit souvent, en effet, les intendants conseiller de modérer la persécution, en rappelant l’insurrection des Cévennes, pour faire comprendre au Gouvernement qu’il pourrait être dangereux de pousser les huguenots à bout.
Pour en revenir à l’histoire de la campagne poursuivie pour finir le calvinisme, par la suppression des temples et l’interdiction des ministres, nous dirons qu’elle continua plus ardente que jamais par toute la France, après l’exécution militaire du Vivarrais et du Dauphiné. Puis après la première dragonnade du Poitou en 1681-1682, vinrent la grande dragonnade de 1685, commencée par l’armée réunie sur les frontières de l’Espagne, et enfin l’édit de révocation, interdisant l’exercice du culte protestant, supprimant tous les temples et bannissant tous les ministres hors du royaume.
Les opiniâtres que n’avait pu convaincre l’Apostolat du sabre
étaient renfermés dans les prisons, dans les châteaux forts, dans les hôpitaux; dans les couvents où ils avaient à subir de nouvelles persécutions, ou bien, ils erraient de lieu en lieu, cherchant à sortir du royaume. S’ils réussissaient, c’étaient les douleurs de l’exil et les dures épreuves de la misère à l’étranger; s’ils échouaient, c’était, pour les femmes, la détention perpétuelle dans les prisons ou les couvents; pour les hommes, le cruel supplice des galères; pour tous, en outre, la confiscation des biens.
Quand à la grande masse des protestants, des nouveaux convertis, ainsi qu’on les appelait depuis qu’on leur avait arraché une abjuration, ils semblaient, sinon résignés à leur sort, du moins incapables de retrouver l’énergie nécessaire pour revenir sur le fait accompli.
Le clergé et le roi crurent un instant avoir cause gagnée et firent frapper de menteuses médailles en l’honneur de l’extinction de l’hérésie. Mais les huguenots avaient l’horreur du culte catholique qu’on voulait les contraindre à pratiquer, ils restaient attachés à la foi qu’on les avait obligés de renier des lèvres, et ils reprenaient peu à peu en secret l’exercice du culte proscrit.
Dans les provinces, comme la Bretagne ou la Normandie, où les huguenots étaient dispersés par petits groupes, au milieu de nombreuses populations catholiques, c’étaient des gentilshommes, des négociants, des artisans, des femmes, qui s’attachaient par des lectures, par des conférences ou entretiens, à maintenir leurs coreligionnaires dans leurs anciennes croyances.
Dans le Poitou; dans la Saintonge et dans les provinces du Midi, où les huguenots étaient très nombreux et plus ardents, ils ne se résignèrent pas à se borner au culte domestique et se mirent à faire des assemblées qui devinrent peu à peu de plus en plus nombreuses. Ces assemblées se tenaient, parfois dans une maison isolée, mais le plus souvent dans les bois ou les cavernes, on y faisait des prières, on y chantait des psaumes et, à défaut de ministre, un homme, un adolescent, une femme, faisait une lecture ou haranguait les fidèles. Quand le roi et le clergé apprirent la reprise du culte qu’ils croyaient avoir anéanti, ils furent pris d’une colère frénétique; ils firent publier un édit qui, ainsi que le dit de Félice, aurait fait honte à des cannibales. Peine de mort contre les ministres rentrés en France, contre les prédicants, contre tous ceux qui seraient surpris dans une assemblée; les galères perpétuelles pour quiconque prêterait secours ou donnerait asile à un de ces ministres dont la tête était mise à prix.
Le marquis de la Trousse donnait ces sauvages instructions aux officiers chargés de surprendre et de dissiper les assemblées de huguenots: «Lorsque l’on aura tant fait que de parvenir au lieu de l’assemblée, il ne sera pas mal à propos d’en écharper une partie.»
Les ordres de Louvois ne sont pas moins barbares: «S’il arrive encore que l’on puisse tomber sur de pareilles assemblées, l’on ordonne aux dragons de tuer la plus grande partie des religionnaires qu’ils pourront joindre sans épargner les femmes.
«Sa Majesté désire que vous donniez ordre aux troupes… de ne faire que peu de prisonniers, mais d’en mettre beaucoup sur le carreau, n’épargnant pas plus les femmes que les hommes.
«Il convient que… l’on fasse main basse sur eux, sans distinction d’âge ni de sexe, et que si, après en avoir tué un grand nombre on prend quelques prisonniers, on fasse faire diligemment leur procès.»
Le duc de Broglie, après avoir donné à l’armée du Languedoc, les mêmes instructions de charger les assemblées qui se tiendraient à la campagne, et de faire main basse dessus sans aucune distinction de sexe, ajoute, en ce qui concerne les assemblées particulières qui se tiennent dans les maisons: «Si l’assemblée passe le nombre, de quinze personnes, l’officier qui commande pourra la charger et en user avec la même sévérité que si elle se faisait en campagne.»
«Jamais instructions ne furent mieux observées, dit Élie Benoît; on ne manquait pas de se rendre aux lieux où on était averti qu’il se faisait des assemblées et, quand on pouvait les surprendre, on ne manquait pas de tirer dessus, quoique le plus souvent on les trouvât à genoux, attendant le coup sans fuir, et n’ayant ni le moyen, ni l’intention de se défendre. Il y en avait toujours quelque nombre de tués et encore, un plus grand nombre de blessés, dont plusieurs allaient mourir dans quelque haie ou quelque caverne. Les soldats battaient, volaient, violaient impunément dans ces occasions… On a vu des femmes assommées de coups sur la tête, d’autres à qui on avait coupé le visage à coups de sabre, d’autres à qui l’on avait coupé les doigts pour leur arracher les bagues qu’elles y portaient, d’autres à qui on avait fait sortir les entrailles…»
Dans le Velai, en 1689, les soldats surprennent une assemblée qu’ils massacrent. Un vieux prophète, Marliaux, avait à ce prêche nocturne deux fils et trois filles dont l’aînée, enceinte de huit mois, tenait par la main un petit enfant qui avait aussi voulu aller prier Dieu au désert… vers minuit on lui rapporta six cadavres, dont deux palpitaient encore, une fille qui expira bientôt après et un petit garçon qui guérit miraculeusement. Le prophète passa la nuit en prières, au milieu de sa famille, au cercueil qu’il déposa furtivement le lendemain dans une même tombe.
«Les petits enfants, dit Court, ne trouvaient pas grâce devant les soldats; ces monstres les perçaient de leur baïonnette et, les agitant en l’air, s’écriaient dans un transport de jovialité féroce: Eh! Vois-tu se tordre ces grenouillettes.»
En 1703, à la porte de Nîmes, cent cinquante protestants se réunissent dans un moulin pour célébrer leur culte le jour des Rameaux. L’assemblée se composait en majeure partie de vieillards, de femmes et d’enfants; le chant des psaumes trahit sa présence dans le moulin. — Le maréchal de Montrevel, averti à deux heures de l’après-midi, se lève de table et accourt avec des troupes qui investissent le moulin. Les soldats s’acquittant trop mollement au gré de Montrevel de leur oeuvre de sang, il fait fermer les portes du bâtiment et y fait mettre le feu.
«Quels cris confus, dit Court, quel spectacle! quels affreux spectres s’offrent à la vue! Des gens couverts de blessures, noircis de fumée et à demi brûlés par les flammes, qui tâchent d’échapper à la fournaise qui les consume; mais ils n’ont pas plutôt paru qu’un dragon impitoyable, qui fait dans cette occasion, par ordre et sous les yeux d’un maréchal de France, l’office de bourreau, les repousse avec le fer dont il est armé.»
Tous périrent. Une jeune fille de seize ans qui avait été sauvée par un laquais de Montrevel, fut pendue par ordre du maréchal, qui, sans l’intercession des soeurs de la Miséricorde, eût aussi fait pendre ce laquais trop pitoyable. L’évêque de Nîmes, Fléchier, ne trouve pas un mot de blâme pour cette terrible hécatombe humaine, laquelle était, dit-il, la réparation du scandale occasionné par le chant des psaumes tandis qu’on était à vêpres.
Près d’Aix, en 1686, les soldats cernent une assemblée, font une décharge concentrique, puis frappent sans pitié d’estoc et de taille; six cents cadavres restent sur place, on fait trois cents prisonnières et les soldats s’amusent à leur larder le sein et les cuisses à coups de baïonnettes. Dans une autre assemblée, en 1689, trois cents personnes furent massacrées, et l’on compte plus de trois cents assemblées surprises et dispersées par les troupes ou par les communautés catholiques. On sait à peu près le nombre des victimes légalement frappées, en vertu d’une condamnation; on a les noms, d’environ quinze cents protestants envoyés aux galères, d’une centaine de ministres ou prédicants pendus, roués ou brûlés vifs. Mais qui pourrait dire le chiffre des malheureux tombés sur le lieu où ils s’étaient réunis pour prier, pendus sur place sans forme ni figure de procès, tués en route comme embarrassant la marche des soldats qui les emmenaient, ou succombant au fond d’un obscur cachot après des années de cruelle captivité?
Pendant plus de soixante années les sauvages instructions données pour la dispersion des assemblées furent strictement exécutées.
Le baron de Breteuil, ministre de Louis XVI, rappelle dans son mémoire au roi, qu’au milieu du XVIIIe siècle, des troupes étaient encore envoyées dans les bois pour disperser par le fer et le feu ces multitudes de vieillards, de femmes et d’enfants, de gens sans armes qui s’assemblaient pour prier Dieu. «J’ai vu, dit-il, ces propres mots dans les instructions que donnait aux troupes le commandant d’une grande province, connu pour son extrême indulgence: Il sera bon que vous ordonniez, dans vos instructions particulières aux officiers qui doivent marcher, de tirer le plus tard qu’ils pourront sur ceux qui ne se défendront pas.»
En 1754, le duc de Richelieu publie encore un ban pour la dispersion des assemblées dans lequel il est ordonné «de tirer sur les assemblées, lorsque l’officier commandant chaque corps ou détachement jugera à propos d’en donner l’ordre».
Il arrivait souvent que les officiers auxquels était laissé ce terrible pouvoir discrétionnaire; faisaient tirer sur les assemblées qu’ils surprenaient en prières. D’autres, au contraire, faisaient tirer en l’air, mais laissaient leurs soldats dépouiller les protestants, les maltraiter, insulter les femmes, et même les violer, leur faire l’amour_ à la dragonne_, suivant une expression du temps.
Lettre de Court, 1745: «Les dragons entreprirent de faire l’amour à la dragonne à une jeune fille; des paysans qui travaillaient à leurs vignes accourent aux cris désespérés de la jeune fille et la délivrent.»
Voici, en effet, ce que raconte Court à l’occasion d’une assemblée surprise par les soldats dans le Dauphiné en 1749 et saluée d’une décharge inoffensive de coups de fusils: «Si les coups de fusils portèrent à faux, l’avidité des dragons ne le fit pas; ils enlevèrent aux femmes et aux filles leurs bagues, les coeurs d’or qu’elles portent en pendants à leur cou, et leurs habits, et leurs coiffures, et tout l’argent qu’ils trouvèrent sur elles, de même que celui des hommes.»
À cette occasion, Court rappelle ce qui s’était passé quelques mois plus tôt dans le diocèse d’Uzès à une assemblée surprise par les dragons: «Plusieurs femmes ou filles furent insultées, presque au point d’être violées. On leur arracha les bagues des doigts, les crochets d’argent de leur ceinture, les colliers de perles qu’elles portaient à leur cou, et tout ce qu’elles avaient d’argent monnayé.»
Dans les années qui suivirent la publication de l’édit de révocation, on envoyait impitoyablement à la potence, tous les prisonniers qu’on avait faits aux assemblées; il en fut ainsi pour un aveugle qui avait assisté près de Bordeaux à une assemblée. En 1689, deux femmes, nouvelles converties, sont amenées devant le juge; on leur demande pourquoi elles sont retournées aux assemblées — par curiosité, répondent-elles. — Eh bien, leur dit le juge avec une cruelle ironie, avant de prononcer sa sentence, vous irez aussi à la potence par curiosité.
Mais le grand nombre des coupables rendait souvent impossible l’application de la peine de mort à tous les prisonniers faits aux assemblées. Dès le 40 janvier 1687, Louvois écrit à Bâville: «Sa Majesté n’a pas cru qu’il convînt à son service de se dispenser entièrement de la déclaration qui condamne à mort ceux qui assisteront aux assemblées. Elle désire que, de ceux qui ont été à l’assemblée d’auprès de Nîmes, deux des plus coupables soient condamnés à mort, et que tous les autres hommes soient condamnés aux galères. Si les preuves ne vous donnent point lieu de connaître qui sont les plus coupables, le roi désire que vous les fassiez tirer au sort pour que deux d’iceux soient exécutés à mort.»
Plus tard, l’intendant Foucault fait observer au ministre à propos d’un homme et de quatre femmes ayant assisté à une petite assemblée à Caen, que la peine de mort semblera un peu rude; et le ministre consent à substituer à cette peine, celle des galères pour l’homme et de l’emprisonnement pour les femmes.
Cette substitution de peine devint bientôt la règle générale; on se dispensa entièrement de la déclaration condamnant à mort ceux qui avaient assisté à une assemblée, on envoya les hommes aux galères et les femmes en prison. Les hommes assurèrent le recrutement de la chiourme des galères, les assemblées se multipliant de plus en plus; on envoyait même des enfants aux galères, car l’amiral Baudin a relevé sur une feuille d’écrou du bagne de Marseille, cette annotation mise en face du nom d’un galérien condamné pour avoir, étant âgé de plus de douze ans, accompagne son père et sa mère au prêche.
Quant aux femmes, à partir de 1717, on leur consacra comme prison la tour de Constance à Aigues-Mortes, où l’on n’avait pas à redouter leur évasion.
Alors que les hôtes des autres prisons recevaient le pain du roi, les prisonnières de la tour de Constance devaient payer de leurs deniers le pain, seul aliment qu’on leur donnât. «Elles étaient là, dit Court, abandonnées de tout le monde, livrées en proie à la vermine, presque destituées d’habits et semblables à des squelettes.» La prison était composée de deux grandes salles rondes superposées, au milieu desquelles était une ouverture permettant à la fumée de sortir, le feu se faisant au centre de ces salles; ces mêmes ouvertures servaient aussi à éclairer et à aérer les deux salles et permettaient en même temps au vent et à la pluie d’y entrer. Les lits des prisonnières placés à la circonférence et adossés au mur, étaient sans matelas, garnis seulement de draps grossiers et de minces couvertures. Séparées du monde entier, souffrant de la faim et du froid, ces prisonnières restaient oubliées dans cet enfer, pendant de longues années, jusqu’à ce qu’elles devinssent folles ou que la mort mit fin à leurs souffrances. Marie Durand, soeur d’un ministre, délivrée quelques mois avant les autres prisonnières de la tour de Constance, avait subi trente-huit années de captivité, elle ne pouvait plus marcher ni travailler assise à des ouvrages à la main, tant sa constitution avait été affaiblie par les souffrances et les privations qu’elle avait endurées.
Au mois de janvier 1767, le chevalier de Boufflus, faisant une tournée d’inspection avec le prince de Beauvau, gouverneur du Languedoc, s’arrête avec lui à la tour de Constance et tous deux pénètrent dans la prison: «Nous voyons, dit-il, une grande, salle privée d’air et de jour, quatorze femmes y languissaient dans la misère et les larmes…, je les vois encore à cette apparition, tomber toutes à la fois aux pieds du commandant, les inonder de leurs larmes, essayer des paroles, ne trouver quelques, sanglots, puis, enhardies par nos consolations, nous raconter toutes ensemble, leurs communes douleurs; hélas! tout leur crime était d’avoir été élevées dans la même religion que Henri IV.»
M. de Beauvau fait connaître à la cour le spectacle lamentable auquel il a assisté, mais au lieu de l’ordre de mise en liberté des quatorze prisonnières qu’il avait sollicité, il ne reçoit de Versailles que la permission de délivrer trois ou quatre de ces malheureuses. De son propre mouvement il les fait cependant mettre toutes en liberté, et explique ainsi au ministre ce coup d’autorité. «La justice et l’humanité parlaient également pour ces infortunées, je ne me suis pas permis de choisir entre elles, et, après leur sortie de la tour, je l’ai fait fermer, dans l’espoir qu’elle ne s’ouvrirait plus pour une semblable cause.»
Le secrétaire d’État, la Vrillière, lui fit de vifs reproches et lui enjoignit même de revenir sur la mesure qu’il avait prise, faute de quoi il ne répondait pas de la conservation de sa place.
M. de Beauvau répondit fièrement: «Le roi est maître de m’ôter la place qu’il m’a confiée, mais non de m’empêcher d’en remplir les devoirs selon ma conscience et mon honneur.»
Les quatorze prisonnières qu’il avait délivrées restèrent en liberté et il conserva son gouvernement du Languedoc, mais ce n’est qu’en 1769 que la prison de la tour de Constance fut définitivement fermée.
Pour assurer l’exécution de l’édit de révocation, interdisant l’exercice public du culte protestant, on ne s’était pas borné à édicter contre ceux qui se rendaient aux assemblées, ces terribles peines des galères pour les hommes, de l’emprisonnement perpétuel pour les femmes.
On avait eu recours à tous les moyens pour empêcher que les assemblées pussent avoir lieu, de manière à ce qu’il fût impossible aux protestants de se réunir, pour prier Dieu à leur manière, soit dans les maisons, soit sous la couverture du ciel.
On avait obligé les nouveaux convertis de chaque communauté à prendre des délibérations par lesquelles ils s’érigeaient en inspecteurs les uns des autres, et s’engageaient à empêcher que les édits ne fussent violés. Ainsi, dans une délibération des habitants de Saint-Jean-de-Gardonnenque, en date du 17 novembre 1686, on lit: «Tous lesdits habitants, ci-dessus dénommés, s’obligent à mettre des espions à toutes les avenues de la paroisse pour éviter et empêcher les assemblées de quelques fugitifs.»
Si les nouveaux convertis ne tenaient pas leur promesse et n’avertissaient point les autorités, les soldats prévenus par quelques-uns des faux frères que l’on entretenait partout à grands frais, ou par un catholique, arrivaient dans les localités près desquelles devait se tenir une assemblée, et, se faisant accompagner par le curé, procédaient à des visites domiciliaires.
Tout absent était réputé coupable d’avoir assisté à l’assemblée s’il ne pouvait justifier d’un motif légitime d’absence.
On avait pensé, sur l’avis conforme de Bâville, que le moyen le plus efficace pour empêcher les assemblées, était de rendre responsables les communautés sur le territoire desquelles elles se seraient tenues, et de condamner à des amendes solidaires tous les habitants.
En 1712, deux arrondissements dans lesquels s’étaient tenues deux assemblées, surprises par les soldats, étaient condamnés, l’un à 1500 l’autre à 3 000 livres d’amende.
En 1754, l’intendant Saint-Priest condamne encore à mille livres d’amende les habitants nouveaux convertis de l’arrondissement de Revel, dans le taillable duquel était situé le bois où une assemblée s’était tenue. À la même époque, les habitants de Clairac, Tonneins et Nérac, déclarent dans une supplique, que les amendes arbitraires qu’on leur inflige, à raison d’assemblées tenues sur leurs territoires, les épuisent, et les mettent hors d’état de payer leurs impositions ordinaires.
Peu à peu les communautés en vinrent, cependant, à considérer les amendes qu’on leur infligeait pour avoir souffert des assemblées sur leurs territoires, comme une sorte d’abonnement à payer, pour avoir la faculté de célébrer leur culte au désert, en violation des édits.
Pour prévenir la réunion des assemblées, la constante préoccupation du Gouvernement était d’empêcher, par tous les moyens, que les huguenots pussent trouver des ministres, ou des prédicants faisant fonctions de ministres pour exercer leur culte au désert.
Une ordonnance du 1er juillet 1686, édicte la peine de mort, contre tout ministre rentré ou non sorti; la même peine est appliquée à ceux qui, sans mandat, viennent spontanément remplir le rôle de ministres dans les assemblées.
En 1701, Bâville écrit à l’évêque de Nîmes: «Le prophète, monsieur, que vous avez interrogé ce matin sera bientôt expédié;
j’ai condamné ce matin à mort quatre prédicants du Vivarais, et une femme qui faisait accroire qu’elle pleurait du sang; j’ai condamné aussi une célèbre prédicante au fouet et à la fleur de lys. Je ne ferai aucune grâce aux prédicants…»
«J’ai fait prendre et punir, écrit-il ailleurs, seize de ces prédicateurs, je n’en connais plus que deux qui sont fort cassés, que j’espère arrêter s’ils paraissent.»
De 1685 à 1762, une centaine de pasteurs, prophètes ou prédicants furent cruellement suppliciés, roués ou pendus, pour avoir prêché au désert; quant aux prédicantes, on finit par se borner à les enfermer à l’hôpital comme insensées. Le dernier martyr de cet apostolat errant, fut le pasteur Rochette condamné à être pendu et étranglé, le 18 février 1762 «comme atteint et convaincu d’avoir fait les fonctions de ministre de la religion prétendue réformée, prêché, baptisé, fait la cène et des mariages dans des assemblées désignées du nom de désert.»
Au début, voulant terrifier les populations par l’horreur des supplices, on avait laissé des patients pendant de longues heures sur la roue, les os et les membres brisés, avant de leur donner le coup mortel, le coup de grâce; mais cette barbarie, loin d’avoir le succès qu’on en attendait, avait, grâce à l’héroïque constance des victimes, surexcité le fanatisme des religionnaires. On fut donc obligé, par politique, d’agir plus humainement.
«La mort la plus prompte à ces gens-là, disait le maréchal de Villars, à l’occasion du supplice de Fulcran Bey, est toujours la plus convenable; il est surtout convenable de ne pas donner à un peuple gâté le spectacle d’un prêtre qui crie et d’un patient, qui le méprise.» L’impitoyable Bâville avait fini par se ranger lui-même à cet avis et le pasteur Brousson ayant été condamné à être roué vif, Bâville demanda que le condamné fût étranglé avant d’être mis sur la roue, afin, dit-il, de finir promptement le spectacle.
Pour empêcher les patients de haranguer la foule à leurs derniers moments, on avait commencé par les mener au supplice avec un bâillon dans la bouche; l’usage du bâillon ayant paru trop odieux, dit Élie Benoît, on laissa aux condamnés l’apparence d’avoir la liberté de parler, mais on mit au pied de l’échelle des tambours qui battaient jusqu’à ce que le patient eût expiré.
«Étonnantes vicissitudes des choses humaines, s’écrie de Félice, qui eût dit à Louis XIV que son arrière-petit-fils, un roi de France, aurait aussi la voix étouffée par des tambours sur l’échafaud!»
Pour se saisir des ministres, on ne négligeait rien, on mettait leur tête à prix; la prime de trois à cinq mille livres promise au délateur qui ferait prendre un ministre, fut portée à dix mille livres, pour Brousson et pour Court, à vingt mille livres pour Paul Rabaut, un des derniers et des plus illustres de ces pasteurs du désert.
Ce n’était pas seulement par des primes en argent que l’on cherchait à provoquer les trahisons; ainsi l’on avait promis un régiment de dragons à un gentilhomme s’il faisait prendre Court, et ce traître avait provoqué une assemblée près d’Alais afin de gagner son régiment. Court se rend à cette assemblée, mais, à l’arrivée des troupes, il trouve moyen de s’enfuir, et pour se mettre à l’abri des poursuites, est obligé de rester caché pendant vingt-quatre heures sous un tas d’immondices.
Quant aux soldats, on excitait leur zèle en leur permettant de dépouiller ceux qui faisaient partie d’une assemblée surprise, et les officiers qui capturaient un pasteur, pouvaient espérer un grade, ou une récompense honorifique. Le lieutenant qui avait pris le pasteur Bénézet lui ayant dit avec satisfaction: «— Votre prise me procurera la Croix de Saint-Louis.»
«Oui, réplique fièrement le futur martyr, ce sera une croix de sang qui vous reprochera toujours.»
On entretenait, à beaux deniers comptants, un service d’espions chargés de surveiller et de faire prendre ces pasteurs ambulants, si bien que les intendants avaient la liste de toutes les maisons où ces pasteurs pouvaient songer à demander asile.
On écrit du Poitou à Court: «_les mouches_ volent sous toutes sortes de formes, malgré que nous soyons en hiver, pour tacher de pincer les ministres.»
«Je sais, dit Paul Rabaut, qu’il y a un nombre considérable d’espions à mes trousses. Ils se tiennent tous les soirs aux endroits où ils s’imaginent, que je dois passer et y restent jusque bien avant dans la nuit.» Un soir, il se rend au logis qui lui a été préparé au moment d’entrer dans la maison il aperçoit un homme assis qui lui parait suspect. Il fait semblant d’entrer dans la maison voisine, et revient à son asile sans être aperçu.
Le lendemain matin, la maison où l’on avait cru le voir entrer, était investie par un détachement de soldats. Rabaud s’empresse de sortir pour gagner une porte de la ville. «J’observai, dit-il, de marcher au petit pas, sans que la sentinelle ne soupçonnât rien, et, pour mieux la tromper, je chantai tout doucement, mais de manière qu’elle pût m’entendre; dès que je fus, hors de la vue de la sentinelle, je doublai le pas.» Rabaut rencontre des amis qui le conduisent à une maison écartée et le pressent instamment d’y coucher; il refuse et part à neuf heures du soir; il n’était pas à cinquante pas de là que la maison est entourée par des soldats et fouillée du haut en bas.
«Je viens d’apprendre, écrit-il encore le 19 mai 1752, de deux ou trois endroits différents qu’on met en usage les moyens les plus diaboliques pour se défaire de moi. On emploie des soldats travestis et d’autres gens de sac et de corde qui, armés de pistolets, doivent tâcher de me trouver, ou en ville, ou aux assemblées, et s’ils ne peuvent pas me saisir vivant, ils sont chargés de me mander à l’autre monde par la voie de l’assassinat.
Jugez par là, si j’ai besoin de redoubler de précautions.»
Les faux frères auxquels les pasteurs venaient demander asile, et que pouvait tenter l’appât de la prime promise pour leur capture, constituaient un danger incessant et des plus sérieux pour ces prédicateurs ambulants. Grâce au peu d’épaisseur d’une cloison, Brousson, caché dans une maison, entend ses hôtes délibérer entre eux s’ils doivent ou non le livrer; il s’empresse d’aller chercher ailleurs un asile plus sûr.
Le pasteur Béranger arrive à une ferme isolée dans le Dauphiné où il comptait passer la nuit. Il aperçoit un enfant sur la porte et lui dit:
«Mon ami, est-ce qu’il y a des étrangers dans la maison?
— Non!
— Est-ce que ton père y est?
— Non, il est allé chercher les gendarmes parce que le ministre doit loger chez nous ce soir.»
Bien entendu, Béranger s’empresse de poursuivre sa route.
Bien souvent, les pasteurs étaient obligés de s’adresser à des hôtes dont ils n’étaient pas sûrs, par suite de la terreur résultant de la rigoureuse application de la loi portant que ceux qui leur donneraient asile, aide ou assistance, seraient passibles des galères ou même de la peine de mort.
Voyant se fermer toutes les portes devant eux, traqués comme des fauves, errant de village en village, obligés de passer des jours et des nuits dans des bois, des avenues, des granges isolées, les pasteurs du désert menaient une rude et terrible existence, souffrant du froid, de la faim, et toujours sous la menace imminente de la mort.
«Nous sommes, dit Paul Rabaut, errants par les déserts et par les montagnes, exposés à toutes les injures de l’air, n’ayant que la terre pour lit et le ciel pour couverture.
«Mon occupation, dit-il, est de circuler sans cesse de lieu en lieu, et de prêcher souvent jusqu’à cinq fois dans une semaine, quelquefois le jour, mais le plus souvent la nuit. Notre fatigue est grande: marcher, veiller, demeurer debout sur une pierre, presque les trois heures entières, prêcher en rase campagne.»
L’activité de Brousson était prodigieuse; pendant deux ans, il présida trois ou quatre assemblées chaque semaine; il lui arriva pendant quinze journées consécutives de prêcher chaque deux nuits, en se reposant le jour et en employant la nuit d’intervalle à voyager.
Court n’était pas moins actif; pendant deux mois il fit plus de cent lieues, allant d’assemblée en assemblée, à pied, quand ses forces le lui permettaient, porté par deux hommes quand la fièvre qui le minait l’empêchait de marcher.
Il n’y avait aucune sorte de déguisement que les pasteurs, obligés de changer souvent de nom pour dépister les espions, n’employassent; ils se travestissaient en mendiants, en pèlerins, en officiers, en soldats, en vendeurs de chapelets et d’images; mais, en route, ils étaient sans cesse exposés à de fâcheuses rencontres, et devaient n’attendre leur salut que de leur sang-froid et de leur esprit d’à-propos.
Un pasteur, déguisé en mendiant, contrefait, le sourd; un autre ne doit son salut qu’au sang-froid avec lequel il joue le rôle de l’ermite dont il avait revêtu la robe.
Un jour, Court entre dans un cabaret; survient le commandant d’une garnison voisine qui l’interroge durement. La netteté des réponses de Court satisfait l’officier qui prie le prédicant d’attendre qu’il ait fait son courrier, et lui donne à porter deux lettres, l’une pour le duc de Roquelaure, l’autre pour Bâville, le terrible intendant du Languedoc.
Des soldats viennent frapper à la porte d’une maison d’un faubourg de Sedan où Brousson tenait une assemblée. Brousson payant d’audace, va ouvrir à l’officier; on le prend pour le maître de la maison, et l’on arrête un des assistants qui, ayant un bâton à la main, est pris pour le ministre. Brousson se cache derrière la porte d’une chambre basse et échappe aux recherches. Avant de sortir de la maison, l’officier demande à un enfant de cinq ou six ans de lui dire où couche le ministre; l’enfant répond qu’il ne le sait pas. Mais, quelques instants plus tard, ayant aperçu Brousson, cet enfant court à l’officier et lui dit: Monsieur, ici, ici, en lui montrant la porte derrière laquelle se tenait caché le proscrit. L’officier ne comprend pas ce que veut dire l’enfant et s’éloigne. Brousson prend les vêtements d’un palefrenier, se charge d’un fardeau et peut ainsi traverser, sans être reconnu, les postes que l’on avait mis à l’entrée du faubourg.