Les Parisiennes d'à présent

Georges Montorgueil · Chapitre 1 sur 1 · partie 2/2

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Les Parisiennes d'à présent

Texte de Georges Montorgueil

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 2 parties.

Les années passent. Un jour, à l’auberge de la Poste, à Nonant, descend de la diligence une voyageuse, finement élégante, pâle de la pâleur des convalescentes, ses traits délicats encadrés dans la nuit de ses cheveux: «Ne me reconnaissez-vous point?—Alphonsine!»

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Elle raconte, devant une assiettée fumante, son histoire. Comment, conduite à Paris, elle y fut ouvrière en modes; comment, grisette elle plut à des commis, courtisane à des banquiers. Présentement elle était la maîtresse d’un poète qui lui donnait un peu d’amour, et d’un grand seigneur qui lui donnait beaucoup d’argent. Mais, prise de la nostalgie du pays natal, elle était revenue voir les meubles honnêtes des auberges pour, toute seule avec son passé, enivrée, le revivre.

Vous cherchez la fillette que sa mère arrachait aux coups d’un brutal, la mendiante aux pieds nus; la faneuse qui pour un verre de cidre s’associait aux libres chansons des moissonneurs; la Chloé qui, à l’ombre des pommiers, se donnait à Daphnis: la voici. Affinée, fantasque et ondoyante, celle que le village a connue Alphonsine Plessis, dans la cité conquise par sa grâce morbide, a trouvé une seconde marraine. La fille du sorcier est devenue la Dame aux Camélias.

Le poète qui lui donnait un peu d’amour s’appelait Alexandre Dumas. Elle lui inspirait à son insu le chef-d’œuvre que Mme Sarah Bernhardt a repris. Le poète n’a pas été ingrat. Magnifique plus que le grand seigneur son rival, et plus riche, il a payé la fille de joie en immortalité.

 

=28 Septembre.=—Les savants ont découvert une lumière rebelle à l’analyse. Un laboratoire, pour les expériences, est installé au Casino: «Entrez, Mesdames et Messieurs, on commence de suite.»

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Voilà l’écran, la machine électrique, le tube de Crookes. Une seconde d’explication par un personnage déjà connu qui a présenté des femmes tatouées, des naines et des géantes. Il passe au fait. Quelques expériences banales, vite abrégées. Mais voici que redouble l’attention. Une femme monte sur la scène: «Vous allez voir les jambes de Mademoiselle.» La science est décidément une belle chose. Et qui donc parlait de sa faillite? Mademoiselle s’installe devant l’écran; on fait la nuit. Dans la lueur mystérieuse, la jambe, pourtant cachée sous les jupes, se dessine: silhouette rigoureuse, ferme, accusant l’étreinte de la jarretière, au-dessus du genou, très haut.

Les filles de cinq louis qui montent au ciel, même à moins, n’ont point de souci de ce qui se trame là contre leur négoce. Cependant, si les rayons X étaient capturés dans les jumelles portatives, ne deviendraient-elles pas les demoiselles visibles à l’œil, nues? Elles s’en moquent, par pratique, connaissant qu’en ces amours paillardes et goulues, le charme du mystère n’est compté pour rien.

 

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=2 Octobre.=—La verve des revuistes s’exerce cette année sur les femmes qui revendiquent. Leur sottise est à hauteur de ce genre de produit. Il faut rire: d’où ils concluent qu’il faut rire de tout et par les trucs habituels. Les leurs sont simples; c’est une manière de poil à gratter philosophique: on exhibe une demoiselle dont la toilette accuse l’androgynat, perruque blonde et monocle. Elle montre ses jambes plus gentiment que son mari: il est à la maison, biberonnant les moutards. Le compère, outré, lui dit ses quatre vérités sur un air du Caveau. La commère, à peu près nue, l’approuve au refrain, et reprend en chœur sur un petit temps de gigue.

Les spectateurs applaudissent à cette moralité qui les touche. Ils font même bisser. Mais la gigue n’est pas étrangère au bis.

 

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=3 Octobre.=—Homson disait de l’Angleterre: «Rien n’y est plus constant que l’inconstance des ajustements.» Cette inconstance n’est pas qu’anglaise. Nous avons vu régner les manches plates, puis les manches bouffantes, puis les manches plates, et revoici les manches bouffantes. Nos féminins en sont ravis. Ces boursouflures appellent leurs bons offices au vestiaire. L’énorme vessie ne s’introduit dans le manteau que par le concours d’une main empressée. «Vous permettez, Madame?»—«J’allais vous en prier, Monsieur…» L’officieux insère dans la manche extérieure les plis rebelles, courant de l’aisselle à l’épaule, s’attardant aux environs. Ce n’est rien: une attention de galant homme. Il serait assez payé, retirerait-il ses doigts sans un merci. Car le toucher est un sens—et sur ce qui l’emporte du toucher sur la vue ou de la vue sur le toucher, les maîtres-ès-voluptés, disputent encore.

 

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=4 Octobre.=—Le Tsar est attendu. Quelle surprise ménager au plus absolu des monarques en visite chez la plus républicaine des nations? Paris cherche quelque coquetterie raffinée dans le puéril et le charmant qui est sa manière. Une idée. En cette saison, les arbres sont nus. Serait-il pas ingénieux de les printaniser? Des fleurs! mais on en sait faire de si jolies qu’y serait pris Juin, fleuriste des prairies et des buissons. Et voilà, dans les branches, juchées des Parisiennes de la rue du Caire qui font la toilette des marronniers du Rond-Point.

Le Tsar va passer.

En attendant, les souvenirs passent. En ce même lieu, au temps des malentendus, un tsar, avec ses cosaques, défila. Que c’est loin! Nul se le rappellera que pour trouver plus douce l’heure présente. Nul, devant le gentil sire, ne dira, évoquant le contraste: «Des arbres qui fleurissent pour Votre Majesté, les chevaux de l’Ukraine broutaient jadis l’écorce…»

 

=7 Octobre.=—«Vive le Tsar!» L’agile Parisienne a grimpé tout en haut. Elle ne veut rien perdre du spectacle. Sous ses jupes, dont elle ne songe point à corriger les écarts immodestes, les regards polissons trouveront quelque aubaine; mais il n’est de regards que pour Sa Majesté l’Empereur de toutes les Russies. Le voir et le revoir encore, en sa voiture de gala, frêle, un peu blond, l’œil doucement mélancolique, et comme las déjà de sa lourde grandeur.

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A côté de lui, la Tsarine, les traits dessinés nettement, d’une santé de haute couleur, avec une gravité bonne, s’incline, gracieuse, et, à fleur de lèvres, sourit. Le peuple conquis, sans s’inquiéter s’il est dans l’esprit du protocole, crie: «Vive la Tsarine!»

Nicolas salue, à ce cri, la main au bonnet d’astrakan. C’est l’acclamation la plus chère à son cœur. Ce que le Tsar aime en Paris, c’est que la Tsarine en est aimée.

 

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=8 Octobre.=—La duchesse Olga est en cela ravissante que ses dix-huit mois en font un simple petit bébé—comme tous les petits bébés. Elle ignore la très grande importance de son entourage, suce son pouce quand le goût lui en vient, bat l’air de ses poings roses, sourit aux anges ou aux cuirassiers et ne demande pas au protocole l’autorisation de se mettre à quatre pattes. Elle est jolie et spontanée. Elle gazouille comme un enfant naturel, boit son lolo et tire à son papa une barbe qu’elle ne sait pas encore impériale.

Tant de charmes candides lui ont fait une réputation dans le peuple—où les petites filles ne sont plus appelées désormais que des «petites duchesses», et où les nouvelle-nées ne reçoivent plus que le prénom d’Olga.

Et leur biberon est franco-russe.

 

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=25 Octobre.=—L’idée de la Poupée à la Gaîté est jolie. Elle est d’Hoffmann; on la lui emprunte de temps en temps. Coppelius invente une poupée. Elle a les gestes essentiels, elle va à pas menus, salue, s’incline et sourit—et sourit comme si elle n’était pas de bois. Une vraie femme se substitue à l’automate et ce vieil homme est sans soupçon—tant il y a de la femme dans la poupée ou de la poupée dans la femme. La poupée de la Gaîté est charmante. Elle se nomme Sully, quoiqu’elle n’ait rien de l’ancien ministre de Henri IV, homme austère. Cette pièce vient à son heure; son succès est symbolique. L’idée de l’émancipation gagnerait, dit-on, jusqu’aux poupées de la vie contemporaine qui ne savent que marcher, s’asseoir ou se coucher. On commence à en voir dans les Congrès. Elles opinent et font des gestes. Si on leur appuie sur le cœur, elles bégaient déjà: «pa» et «man». Il paraît que ça veut dire «parlement», et que cela cache de grandes ambitions.

 

=6 Novembre.=—Jadis, les grands de ce monde faisaient de l’histoire. Aujourd’hui ils font du roman. C’est moins morose. Les salons suivent au jour le jour ce feuilleton qui a pour titre: «L’Enlèvement d’une princesse ou le triomphe de l’Art.»

Don Carlos avait appelé près de lui, pour décorer son château, le peintre Folchi. La fille du prétendant vit l’artiste et s’en énamoura, encore qu’il fût marié. Ayant eu vent de l’idylle, Don Carlos congédia Don Juan et surveilla la demoiselle. «Mais il n’est verrou ni grille qui soient sûrs garants de la vertu des filles». Et Dona Elvira, comme une héroïne de Beaumarchais, s’est enfuie.

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Le père a fait connaître cet événement à ses fidèles:

Aux Carlistes,

Vous êtes ma famille, mes enfants bien-aimés. Je me crois donc le devoir de vous annoncer qu’un autre de mes enfants, celle qui fut Dona Elvira, est morte pour nous tous.

Dieu veuille, dans sa miséricorde infinie, avoir pitié de cette âme malheureuse!

Deux consolations me soutiennent dans ce coup terrible qui brise mon cœur: la grâce d’état que j’implore avec la même ferveur que toujours, et la foi que j’ai dans vos prières et dans votre affection, qui me compense de tout.

Un père du commun à qui de telles épreuves sont réservées se lamente en secret: un prétendant ne saurait faire savoir son chagrin que par voie de proclamation. Don Carlos, révolté contre les prétentions de l’amour à régner sur les cœurs, a cru devoir, une fois de plus, revendiquer ses droits.

Et il a rédigé un appel aux larmes.

 

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=15 Novembre.=—A l’ombre distinguée des arbres du Luxembourg, Watteau partage la gloire des poètes. Son buste domine un banc de style rocaille, où quelque belle fille qu’il rencontra à Trianon lui est venue faire hommage des fleurs du souvenir.

Si toutes celles qui s’embarquent à Cythère lui apportaient des fleurs, si toutes celles dont les fêtes galantes dénouent les ceintures lui donnaient un souvenir, le charmant reposoir que serait son monument—en toute saison paré, puisque l’amour est de toutes!

Peut-être aussi, parfois, au cortège des rieuses et des énamourées, viendraient-elles se joindre celles qui, du pimpant rivage, sont revenues ne rapportant que des blessures et des regrets. Grondeuses, au gentil imagier, elles feraient des reproches, comme à un guide qui les égara. Mais lui, n’en aurait cure. S’il parlait, ce serait pour dire:

—Je n’ai point prétendu qu’était fortunée la rive où abordait la nacelle emportant vers Cythère les couples extasiés. J’ai répandu, au contraire, sur les traits des passagers une grâce souriante et triste. L’espoir s’y allie à la crainte. J’ai prévu les déceptions, les gros temps et les naufrages. Les tons de ma palette chantent plus clair que mes sujets, c’est ce qui vous abuse. Mais je savais, pour être son peintre, les tristesses de l’Amour. Et c’est pourquoi, jeune fille, j’ai cette bouche amère et ces yeux voilés de tant de mélancolie…»

 

=22 Novembre.=—Le féminisme à l’Hôtel Drouot. On vend une lettre de sainte Chantal, fondatrice de l’ordre de la Visitation, et grand’mère de Mme de Sévigné. Elle conseille à sa fille la soumission:

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«Les femmes ce doivent tenir pour des esclaves puisqu’elles sont sujettes aux hommes… mais il faut rendre cette soumission pour l’amour de Dieu qui l’a imposée, et me croiés en cecy, ma très chère bien-aimée: ne vous roidisés jamais contre les volontés de votre mari.»

Mme Schmahl a fait, sur le féminisme, une conférence chez la duchesse d’Uzès. Elle a soutenu, devant les dames de l’aristocratie, la nécessité de se roidir contre leurs maris, et de ne plus se tenir pour sujettes. Il y avait là les descendantes de sainte Chantal—et la marquise de Sévigné en la personne de la maîtresse de céans.

 

=27 Novembre.=—Les femmes qui ont le goût de la peinture pourront apprendre à peindre. On n’a mis que cent ans à s’apercevoir que Mme Rosa Bonheur devait jouir des mêmes avantages que M. Carl Rosa. L’École des Beaux-Arts n’ignore plus un sexe sur deux. Elle ne demandera plus à qui se présentera aux fins d’étude s’il est homme ou femme, mais s’il est artiste,—par bonne fortune le mot étant des deux genres.

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La femme insinue que son ingénuité artistique a pour cause l’insuffisance de ses études—non de ses moyens. Elle recevra désormais le même enseignement que l’homme. Si le niveau de sa conception ne se hausse point, elle ne s’en prendra qu’à elle-même. Elle le sait. Elle est déjà, à cette heure, courbée sous la discipline de l’École, docile aux avis, esclave encore; passive à tout le moins. Les indépendants ne la félicitent pas de cette victoire,—l’une des plus éclatantes de l’année pourtant. Ils ont pour proverbe, et de quelque sexe qu’il s’agisse, que «Quai Malaquais ne profite jamais».

 

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=28 Novembre.=—Tout est aux panaches. Une élégante avec ses plumes rappelle les commissaires aux armées sous le Directoire. La coiffure actuelle est une façon de centenaire. Ce n’est pas que ce soit laid—nulle mode n’est laide en vertu simplement de ce qu’elle est la mode—mais c’est impertinent. Les spectateurs au théâtre ont crié contre ces écrans majestueux. Voir à travers les légumes de ces potagers, ou la flore luxuriante de ces terrasses de Sémiramis, est un espoir chimérique. Se lever: la dame derrière crierait: «Asseyez-vous, Monsieur, vous m’empêchez de voir». L’Opéra-Comique et la Comédie n’ont admis au parterre que les femmes sans chapeau: les autres théâtres n’ont pas osé porter une main aussi audacieuse sur cette arche sainte, dont la modiste en 1896 a fait un trois mâts.

Le sans gêne de la femme qui puise son impunité dans la courtoisie de l’homme a triomphé de la logique. Un moyen s’offrait pourtant d’obtenir que toutes les femmes vinssent au théâtre en cheveux: c’était de n’autoriser que les chauves à garder leurs chapeaux.

 

=30 Novembre.=—Les femmes iront-elles aux colonies? n’iront-elles pas? M. Chailley-Bert les y veut envoyer. La colonie manque de bras—de jolis bras—qui soient un refuge pour les colons.

Ils s’agitent, troublés, sur des couches solitaires que ne visite que l’importun moustique. Les siestes sont sans attrait sur des oreillers que les cheveux de l’aimée ne parfument pas. On fait donc une propagande pour décider les Françaises à joindre ces Français que le célibat exaspère.

Les avocates du féminisme sont outrées. Elles voient dans ce recrutement une variante de la traite des blanches. «La charrette qui les conduira au navire, nous la connaissons, disentelles, elle a déjà servi à Manon Lescaut.»

 

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=9 Décembre.=—Cette idée est venue aux poètes de consacrer tout un jour à celle qui leur fut si hospitalière en sa maison. L’heure est bien choisie de l’apothéose, alors que la tragédienne, atteignant au sommet de son art, refait une âme neuve à la sœur de Manon et fixe le geste inquiétant et pervers de Lorenzaccio.

L’élan a été irrésistible qui porta vers l’artiste nos dévotions. Elle était une fois de plus, et plus peut-être encore qu’aucune autre fois, en cette traduction, l’Interprète idéale, sans trahison ni défaillance, et juste à hauteur de l’art qui crée.

Par quel prestige cette femme sait-elle dompter la fatigue de l’effort quotidien? Par le moyen de quel philtre puise-t-elle dans un labeur ininterrompu et vagabond sa vigueur égale et souriante, et comme inlassée? Cette halte, ce soir, toute fleurie d’hommages, n’est pas le «Tircis, il faut songer à la retraite» des classiques et doucereux avis; ce n’est pas l’embaumement dans les parfums: c’est l’expression d’une gratitude qui renonce à attendre le toast des adieux, car la grappe de sitôt n’en sera pas vendangée.

En la voyant, après cette agape sur la scène, passionnée en Phèdre ou rugissante en Posthumia, qui pense à l’automne? Nous sommes en plein été; c’est l’Août ardent, le talent mûr. Cette fête, pour laquelle les lyres s’accordent, ô Sarah! n’est que celle de votre moisson.

 

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=12 Décembre.=—Anglaise de grande famille, doctoresse estimée, mistress Mac Laren est à Paris. Elle y est en mission. C’est une honorable dame d’une silhouette inoubliable. Un chapeau, que ne désavouerait pas l’armée du Salut, emprisonne sous sa lucarne, ses cheveux blancs. Des lunettes d’or cachent ses yeux qui sont francs et profonds. Mistress Mac Laren remplit un apostolat. Chaste et pieuse jusqu’au renoncement, elle prêche la licence de la prostitution. Elle a horreur du vice et fait croisade pour qu’on ne le réglemente plus. Elle dénonce la police des mœurs, l’inscription infamante, le régime de Saint-Lazare.

Elle tient la patente que l’État donne aux filles pour illusoire. Le docteur Laborde l’approuve. Elle va voir, l’un après l’autre les évêques, et leur demande s’il est convenable qu’il y ait des maisons de tolérance. Les prélats déclarent en ignorer le besoin. L’Académie de médecine sera appelée à trancher le débat, comme qualifiée pour juger la question au point de vue de l’hygiène.

Mistress Agnès Mac Laren rencontre des esprits en France qui l’encouragent. Ceux-là sont persuadés que l’État, qui a des pénalités et des complaisances pour les ribaudes, fait figure ridicule, et qu’il serait temps qu’il cessât, en ces coucheries d’amour payé, de nous apparaître tenant la férule d’une main et la chandelle de l’autre.

 

=30 Décembre.=—Eusapia est dans nos murs. Elle y est en grand mystère: les élus ne sont pas nombreux qui l’y verront.

Eusapia Paladino est une Italienne douée de facultés stupéfiantes. Sa présence communique aux choses matérielles une sorte de vie incohérente, et peuple le vide de fantômes. Elle ouvre les portes sans toucher les serrures, transporte les tables sans contact, remue des chaises, agite des rideaux. Elle est là, silencieuse, observée, les mains et les pieds emprisonnés; cependant, autour d’elle, c’est comme si ses mains faisaient mille besognes singulières et superflues. Elle se dit présente pour un esprit familier, qui agit pour elle, sortant de sa substance vitale; il se nomme John King. Ce John King, invisible, laisse de son passage des traces visibles, comme, dans du plâtre frais, l’empreinte de sa figure, qui est celle d’un cocher anglais.

Avec Eusapia, Lombroso et de Rochas—cet admirable de Rochas, vaillant et sûr guide—ont renouvelé les expériences de Crookes sur la matérialisation. Ils ont regardé, ont témoigné et n’ont point conclu, étant gens avisés et sages.

Sully-Prudhomme a assisté à une séance d’Eusapia à Auteuil. Sa chaise a été remuée, il a reçu des gifles, on lui a tiré la barbe. Il atteste n’avoir pas été le jouet d’hallucinations. Mais il ne veut donner aucun nom, aucune qualification d’ordre mystique ou même scientifique aux phénomènes qu’il a pu contrôler. Toute hypothèse de sa part lui semblerait hasardeuse. Au reste, de l’étrange il a rapporté un effroi qui l’en éloigne à jamais.

 

=7 Janvier.=—Un laboureur de Milo heurta du soc de sa charrue un corps résistant. Il se pencha et aperçut un marbre que caressait la blonde lumière du matin. Ces contours, harmonieusement taillés, étaient d’une femme. Il la tira de l’argile et la traîna dans sa grange où M. Louis Brest, qui passait, la vit, et subjugué, donna à la France l’éveil. Quelques fervents de la beauté antique se concertèrent pour un enlèvement. M. Louis Brest est mort.

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La querelle s’est rouverte à cette occasion funèbre. L’immortelle avait-elle des bras au sortir de sa nuit? Comment étaient-ils placés? Quels gestes faisaient-ils? M. Ravaisson, orthopédiste tenace, d’accourir un jour avec des bras fabriqués à l’usage des déesses manchotes. L’honorable savant alla plus loin. Il découvrit un Achille Borghèse qui ne serait qu’un certain Mars à qui la Vénus demandait de goûter les joies pacifiques des voluptueuses étreintes. Grâce à un double moulage, il a rapproché dans une ombre entremetteuse les amants, depuis des siècles séparés. Sa gravité sereine présidait à ce collage d’inclination.

On prétend qu’une maison américaine a refusé de recevoir une reproduction de la Vénus de Milo, la Vénus n’ayant pas de bras. Le chaste M. Ravaisson montre plus d’exigence. Les bras ne lui suffisent point: il y veut un homme dedans.

 

=19 Janvier.=—Une princesse apparentée à la famille régnante de Belgique a été enlevée par un tzigane. Roturière américaine, riche à millions, de son or redorant le blason d’un Chimay, elle est entrée, par la chambre nuptiale, dans la société la plus aristocratique. La sensualité de son charme et l’audace de ses goûts lui firent y trouver plus d’envieux que de censeurs. Libre en ses instincts, comme la cavale sauvage des prairies paternelles, toute au jeu de ses luxures, elle chercha, instrument banal, un archet vainqueur. Ce fut un joueur de violon, d’un bronze vigoureux et fruste, aperçu dans la salle publique d’un café où soupait la galanterie. Le tzigane quêtait: elle se donna.

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Le prince a su l’aventure. Il n’a point fait d’esclandre, étant un homme bien élevé.

Offensé, il avait le choix des armes: il constitua ses témoins: l’avocat et le notaire et, résolument, s’adressant aux tribunaux, il demanda réparation. Point de violence ni d’humeur déplacée. La faute en fut à sa première hâte, il avait épousé trop tôt. Un Chimay qui veut se garder de graves mécomptes attend, avant de lui donner son nom, que Mme Tallien ait quitté son costume d’hétaïre et qu’ait sonné pour ses ardeurs de thermidor l’heure du berger… ou du tzigane.

 

=28 Janvier.=—Une société de femmes connaissant l’hébreu s’agite. Mme Elisabeth lady Souton la mène. Il s’agit d’interpréter la Bible, en ce qui touche les textes sur la femme. Les hébraïsantes démontreront que nous avons mal lu la Genèse. Ève n’est point la grande coupable, que l’homme se plaît à dire. Le serpent, pour l’induire en désobéissance, n’offrit pas à notre première mère des boucles d’oreilles,—comme à une vulgaire cocotte,—mais la connaissance du bien et du mal. L’esprit sérieux d’Ève eût repoussé le bijou: elle fut séduite par l’attrait de la science. Quand le moment de s’expliquer arriva, Adam tout benêt se cachait derrière elle, pleurnichant. Il était piteux.

En présence de cette attitude, Mme Elisabeth lady Souton a décidé ses compagnes à traiter Adam, dans la Bible remaniée par les femmes, de «grand poltron».

 

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=2 Février.=—La querelle des chapeaux féminins continue. Marseille prend des arrêtés contre les coiffures gigantesques. L’Amérique édicte des pénalités. Chacun propose son remède. Londres voudrait qu’on séparât les sexes; les femmes ne gêneraient plus que les femmes. L’Allemagne rappelle un précédent qui date des chapeaux cabriolets. On affichait dans les couloirs cet avis:

«Les femmes aimables, jolies et prévenantes sont priées d’enlever leur chapeau. Les autres peuvent le garder.»

 

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=10 Février.=—Une nouvelle qui court Paris, vers minuit, est entrée en coup de vent chez Maxim’s. C’est Renée de Presles qui a crié: «La glace brûle». Elle voulait dire: «Le feu est au Palais de Glace». Feu de paille que l’exagération boulevardière a transformée en catastrophe. Cette note sinistre change le cours morose du train-train noctambulesque des soupeuses. Elle est imprévue et promet de l’émotion. Ces dames s’ajustent en hâte, sautent dans des coupés. Elles sont avides de jouir du spectacle des flammes consumant l’un des décors dans lesquels se joue leur vie conventionnelle. Elles pressent le cocher d’arriver à temps et ne cherchent pas leurs phrases: «Grouille-toi!» Étoffées de clair, soulevant les jupes, les chevilles haut troussées, elles écartent les mollets pour enjamber les tuyaux des pompes. Elles sont gaies, bruyantes, amusées, tandis que Poilpot, qui a son atelier au-dessus et ses superbes collections, se promène fiévreux. Mais pour elles qui ne risquent que leurs patins, c’est très drôle.—Le feu est là où elles ont ri, potiné, patiné, bu, lancé des modes, relancé des hommes. C’est comme s’il était chez elles. «Tiens, de là, baron: tu verras mieux.» Cet incendie est leur chose. Elles en font les honneurs.

 

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=19 Février.=—La loi de l’homme: un homme vient d’en dire toute la scélératesse aux gens comme il faut, en plein Théâtre-Français. C’est M. Paul Hervieu. En trois actes rapides et fulgurants, il a montré comment l’homme a machiné à son usage la loi, en sorte que son esclave, s’il la trompe dans un domicile déterminé, n’a pas même un commissaire à son service pour contrôler la trahison. Et s’il permet que sa fille épouse le fils de sa maîtresse, la fille n’a qu’une sommation à faire à sa maman. Elle en ferait trois à son papa.

La femme veut recevoir de ses enfants, s’ils se marient contre son gré, autant de sommations que son mari, et envoyer le commissaire de police en expédition où bon lui semblera. Moyennant quoi, il est certain que l’égalité sera entre les sexes. La paix n’y sera pas davantage, ni le bonheur. Mais ce n’est pas à les chercher que la fierté de la femme s’applique. Son cri de révolte est d’abord un cri d’orgueil.

 

=24 Février.=—Je fus un jour voir Sarah Bernhardt, qu’on dit admirable dans Lorenzaccio. Des femmes élégantes étaient assises aux fauteuils d’orchestre. Je ne sais rien de l’adaptation de l’œuvre de Musset; mais je tiens pour accomplie la modiste dont j’eus devant mes yeux toute la soirée le chef-d’œuvre: une pièce à grand spectacle, avec cinq étages, et plusieurs tableaux.

 

=26 Février.=—La Falcon! Sa mort vient de nous apprendre qu’elle vivait toujours, ou mieux qu’elle se survivait. Au vrai, la Falcon n’était plus. Elle nous avait quittés il y a quelque soixante ans. Elle restait une très digne personne, maternelle et pieuse, qui s’appelait Mme Malanson.

En sa retraite silencieuse, on eût en vain cherché la trace de ses succès d’antan, l’or des couronnes, les portraits gravés d’enthousiasme par les burins subjugués. Elle avait écarté ces reliques d’une autre femme. Ses doigts ne s’attardaient plus qu’aux pages des missels.

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Elle avait été Alice, Circé, Valentine, Rachel. Un organe merveilleux que servait une intelligence parfaite. Un soir, dans son gosier, sa voix s’étrangle. Elle chancelle, tombe; on la relève le visage inondé de pleurs, devant une salle debout et silencieuse, comme en présence d’une agonie.

Que s’était-il passé? Elle avait aimé. La caresse d’amour avait, en son sang, porté le trouble dont le cristal de son timbre fut brisé. L’ami, qui devint l’époux, lui fit dans la solitude le renoncement heureux. «Ma gloire, mes triomphes, disait-elle, n’ont pas laissé en ma vie plus de traces que le chant d’un oiseau dans les bois.» Telle était sa résignation. On l’a crue feinte; le masque de sa sagesse imposant à des regrets stériles. C’est possible.

… On dit que parfois, pour de rares intimes, la Falcon se rappelait et, que la lointaine Valentine apparaissait dans le fantôme d’une voix.

 

=27 Février.=—Au temps de ses amours de sous-lieutenant, quand la France se flattait d’avoir le cœur que possédait Marguerite, Georges cachait son bonheur chez la Belle Meunière. Elle tenait auberge, et les amoureux y passaient, délicieuses, les heures de solitude et d’abandon. Quand Elle fut morte et qu’Il se fut tué sur sa tombe à Ixelles, la Belle Meunière fit un livre de ses souvenirs. Paris le lut. La madrée paysanne, supposant qu’on en voulait connaître l’auteur, s’en vint dans la grand’ville. Elle resta en sabots, conserva sa coiffe dorée et son fichu de villageoise. En cet accoutrement pittoresque, elle ouvrit, à proximité des boulevards, le cabaret de la «Belle-Meunière».

C’est une maîtresse femme qui sait son monde, l’auberge a été tout de suite achalandée. La chère y est rustique et fine, la boisson franche, la patronne discrète aux amants. On trouve à ses tables les fruits de la saison et la boisson d’Aï qui mousse: pêches à quinze louis et pichets sérieux.

 

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=28 Février.=—Le mardi-gras a inauguré le char des filles-fleurs. La première fois ce fut une corbeille de roses vivantes. Cette seconde fois ce furent des chrysanthèmes. Ces chrysanthèmes au signal d’un gong s’entr’ouvraient et les femmes apparaissaient brunes et autant que possible japonaises—c’est-à-dire des Batignolles.

Elles sont restées trois jours assez fraîches. Après quoi elles sont retournées aux marchés aux fleurs des rues et des boulevards d’où elles venaient… «Fleurissez-vous, Messieurs!» disaient-elles. Et les messieurs de se fleurir.

«Tu sens bon, Rose!»—«Moi, je suis sans parfum, mais vois comme je suis faite.»—«Le charmant bouton».

Et le monsieur s’en allait avec sa rose ou son chrysanthème—fleurs de Paris si vite fanées.

 

=2 Mars.=—Ce carnaval, le costume de clowns fait fureur parmi les femmes. Il leur donne un air de j’m’en footit qui les enchante. Il délivre la cheville, et dans l’ampleur de ses plis, laisse soupçonner la souplesse du corps.

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Les bras ont licence d’être nus, échappés d’un corsage où les seins sont comme des prévenus en liberté provisoire. La tête surgit sur la collerette, espiègle sous la perruque de filasse au triple toupet.

La jolie Suzanne Derval, sûre de ses lignes, a voulu à Parisiana s’attarder dans le maillot collant de l’acrobate. Elle pouvait, si parfaite, persuader ses sœurs, mais la vogue est restée fidèle aux clownesses.

Costume oblige. Ainsi vêtues, d’aucunes s’essayent en de vagues acrobaties dont il convient de ne les louer haut qu’en se gardant de méprises: «Quelle adresse», dit en regardant l’une d’elles, un amateur ravi. Et l’enfant de répondre aussitôt, plus habituée à la question qu’au compliment: «Rue Notre-Dame-de-Lorette, mon chéri».

 

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=4 Mars.=—Le charmant oiseau exotique qui fut une idéale Lackmé, un soir, pour avoir mal dosé son cocktail, entra en scène, à l’Opéra-Comique, émue. Les spectateurs, offensés dans leur dignité, le prirent mal. La jeunesse des écoles qui, on le sait, ne boit pas, prit la peine de descendre la conspuer. Qu’il était beau dans cette attitude le lion du quartier Latin! Elle s’en alla au loin, célèbre: «Ah! oui, disait l’Amérique, cette jeune fille qui chante». Et la France, généreuse et spirituelle: «Je sais, oui, cette jeune fille qui siffle.»

Van Zandt est revenue. Elle est apparue devant ce terrible public qui l’outragea, émue, sans cocktail. La voix était toujours aussi pure. Et la fauvette fit oublier la grive.

 

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=6 Mars.=—Le Rire a voulu rire. Il a bien ri. Il s’est proposé de faire la preuve qu’un bal masqué se définit: «Un bal où il n’y a pas de masque». Pour champ d’expérience, il a choisi le cadre merveilleux de l’Opéra. Il a annoncé qu’il ferait des présents superbes aux masques originaux que son jury désignerait. Il espérait le burlesque et l’imprévu, ou de jolies frimousses devinées sous le satin du loup.

Roulement de tambour. La farandole. C’est un défilé las et contraint, d’oripeaux archi-connus et archi-usés—la défroque de la Courtille, le décrochez-moi ça de Milord l’Arsouille.

Des masques inventifs, pimpants, bariolés et fantasques, des masques gais et fous, drôles, des masques: point. Des chienlits à peine. Ohé, ohé les autres?

Les autres ne sont plus là.

 

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=Mars.=—Une secte féminine s’est fondée, elle s’intitule «néosophique». Son école est rues Victor-Cousin et Cujas, Mme Cécile Renooz est à sa tête.

Cette science de la sagesse nouvelle est basée sur la connaissance de ce fait: que le duel d’amour est inégal. L’homme seul y verse le plus pur de son sang: le sang de son cerveau. D’où l’épuisement de ses facultés supérieures au bénéfice d’une basse morale dont la femme est victime.

Les néosophes proclament la nécessité de revenir à l’antique loi sacrée qui ne permettait aux sexes de se confondre qu’une fois l’an. Toutefois, comme nous avons pris de mauvaises habitudes, on accorderait quelques dispenses pour commencer.

 

=19 Mars.=—Après l’apothéose de la femme qui interprète, l’apothéose de la femme qui pense, après Sarah Bernhardt, Clémence Royer; au même lieu où les lettres et les arts chantèrent l’hosannah de la tragédienne, une fête est donnée à la traductrice de Darwin, à celle qui a écrit le Bien et la Loi morale, l’Inconnaissable, l’Évolution mentale dans la série organique. C’est la même table, les mêmes lumières, les mêmes fleurs. Ce ne sont pas les mêmes convives. Autour de l’acclamée, voici des hommes graves: M. Levasseur qui préside, les docteurs Manouvrier, Laborde, Letourneau; des doctoresses, des étudiants, des hommes politiques. Des femmes et encore des femmes, de celles qui ont dans le mouvement une place, un rôle, une ambition. Elles démentent ce que les malveillants disent de la grâce qui fuira devant l’émancipation. Elles sont la plupart jolies, joliment habillées et dans la nudité d’apparat qui leur sied si bien aux fracas de lustres. Et la douce lettrée Mlle de Sainte-Croix est radieuse: car cette fête fut son projet.

L’héroïne est, plus qu’aucune, détachée des frivolités de la mode. Son âge lui permet l’austérité de la robe noire montante—son goût le lui eût imposé. Sa figure apparaît menue, ronde, travaillée du burin de la pensée; les traits sont mobiles, la bouche nerveuse jusqu’en son mutisme, l’œil vif, enquêteur, d’une lumière profonde. La prunelle est comme l’eau noire d’un lac reflétant l’infini du ciel.

Au champagne, l’économie politique lui fait des madrigaux, l’anthropologie lui rappelle des batailles, le mysticisme la courtise, le féminisme lui demande des références. Elle se lève la dernière, parle d’une voix musicale et claire, s’étonne, amère et réjouie. «Je me croyais si oubliée… Qu’ai-je fait pour que cette génération pense à moi?» Mais, au fond, fière de sa tâche, elle dit avec le grand tragique:

Je sais ce que je vaux et crois ce qu’on m’en dit.

Elle a pesé son œuvre et ne l’a point trouvée légère. Elle a jonglé avec les astres; elle a remué les mondes, et aux feux des étoiles allumé le flambeau qu’elle porta dans le temple des anciens dieux—comme une torche. Montée haut, elle voit loin—si loin que nos yeux ne la peuvent suivre, au delà de cette limite où notre impuissance avait planté le décor des paradis et des légendes.

Les lampes éteintes, les bravos s’étant tus, l’admiration officielle ayant pris congé, la savante proclamée la plus savante entre les femmes des temps modernes, s’en est allée par la route qui mène à l’asile où la reconnaissance nationale lui a, par insigne faveur, accordé un lit.

 

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=Mars.=—Un peintre connu avait pris modèle. Le modèle l’avait pris. Il en était résulté de ces services réciproques que se rendent les deux sexes. La familiarité des séances y invitait. Il posait pour elle qui posait pour lui. «Suis-je de ton goût?»

Un modèle incline à ne point montrer d’excès dans la pudeur: son costume le lui interdit. A cette question elle répondit: «C’est-à-dire que tu me rends folle». Le tête-à-tête se prolongeait au delà des quatre heures. Elle s’oubliait à rester. Le matin, Diane, dans l’atelier devenu sa chambre conjugale, mettait au café au lait son croissant d’un sou. Conséquence importune, l’artiste croyait faire une muse: il fit un enfant. S’inspirer de Chaplain et tomber dans Lobrichon, c’était triste. Il renia son œuvre. Il ne la signerait pas.

On n’a pas couru tous les ateliers pour ignorer la pratique de la gravure à l’eau-forte. Le modèle essaya son procédé sur le visage de son amant, et fut pour ses débuts d’une gaucherie heureuse. Menée devant les tribunaux, elle fit plaider l’innocent, le bébé qui suça son pouce, et amusa les juges et messieurs les jurés. Ces petits, quels avocats! Le peintre était témoin comme victime: «Vous deviez élever votre enfant», lui dit le président sévère. «Moi-même?» interrogea-t-il naïf. «Vous-même», répondit le magistrat.

L’ahurissement de l’artiste a fait son tour de presse. Cet homme heureusement connaissait la loi. Il n’avait pas encore vu que sur ce chapitre elle s’accordât avec la conscience.

Mais la femme tout doucement s’arme—ou plutôt elle désarme le préjugé armé contre elle. La recherche de la paternité est interdite,—mais non du père.

 

=14 Mars.=—Le pastel—cette poussière tombée des ailes des papillons—a été mis aux doigts de l’artiste amoureux de la femme. Il fixe, par la magie de ces couleurs qu’un souffle emporterait, le charme fugitif d’un visage. Il capte, dans un nuage polychrome, l’or vaporeux des toisons, le carmin du sourire, le marbre veiné d’azur des gorges où la jeunesse palpite. Les mondaines le savent qui inaugurent à grands tourbillons de toilette le vernissage—le «fixage» des pastellistes.

Les originaux sont là, qui ne renient point la paternité des compositions qu’un Besnard signa. On se montre, indiquées d’un regard d’intelligence, les belles madames de Machard ou de Calot.

Et de ce dernier maître, cette jeune femme surtout, en sa robe blanche et or, d’une élégance élancée, la hanche crâne, parisienne très finement, l’œil sombre et doux noyé dans l’enveloppement d’une caresse sous la nuit opulente des cheveux—et si vraiment superbe dans tout l’éclat de vivre.

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=15 Mars.=—M. Pierre Denis met le boulangisme à la scène et ne s’y oublie pas. Il y joue un rôle ample et candide.—Où donc?—Voyez sous ces cheveux, là-bas. Il est l’Éminence grise d’un règne qui n’eut pas de Richelieu. Le général est peint, en ces tableaux d’Épinal, d’une main émue. «L’amie» apparaît touchante.

Mais le caractère de la femme qui fut si fatale au boulangisme n’est pas présenté sous le jour que l’histoire adoptera. M. Pierre Denis a fait voir une amante passive, partageant l’exil de l’aimé. Au vrai, elle fut sa décision. «Toute ambition, a dit le poète, meurt aux bras d’une femme.» Il en fut ainsi pour ce sous-officier heureux qu’enorgueillissait la caresse parfumée d’une patricienne. Elle le voulait à elle, jalouse de la Gloire, effrayée du Sacrifice. Il lui obéit.

Et du mal qui emportait l’amante, l’espérance boulangiste—comme un œillet coupé—flétrie, expira.

 

=3 Avril.=—Un médecin nommé Cornu publie une thèse qui fait scandale. Il dénonce des excès de l’ovariotomie. Après qu’Ève et Adam eurent sombré pour une pomme, l’Éternel courroucé leur fit connaître leur destinée terrestre; la femme enfanterait dans la douleur. En vue de cette fin, l’extraordinaire ouvrier avait mis en son sein des organes d’une délicatesse infinie. Ses fonctions duraient depuis 6000 ans, lorsque les chirurgiens découvrirent les anesthésiques et l’antisepsie. Ils ouvrirent impunément les flancs d’Ève pendant son sommeil, et déclarèrent qu’elle était affligée de quelques rouages superflus. C’était la cause de tous ses maux. Ils les lui retirèrent. Elle se réveilla recousue et obligée à subir ces surprises que la volupté traîne après soi.

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L’habitude en vint de se faire ôter, à la première migraine, des organes dont on ne se sentait pas un besoin urgent. Ce fut bientôt une mode. Les ovaires furent très mal portés. On les laissa aux bourgeoises pot-au-feu et aux femmes du commun. Encore l’actif bistouri dans les hôpitaux plongeait-il jusque les entrailles du peuple, l’ovariotomie étant devenue une façon de sport. Le docteur Cornu a fait une enquête auprès des malades. Il a découvert que la plupart se montraient épuisées, apathiques, passives, sans appétit vers ces gourmandises dont elles n’avaient pourtant plus à craindre les indigestions.

 

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=5 Avril.=—L’Opéra à l’heure déserte. A travers la forêt des madriers géants, des herses et des câbles, dans l’ombre sans franchise, voici enfin, gagné à pas timides, le foyer de la danse aux dorures assoupies. Elles sont là trois femmes, les trois fées de ce paysage chimérique, vu à l’envers dans sa brutalité de décor. Elles se meuvent avec la souplesse exacte des rythmes, Mlle Théodore, le professeur, règle, ferme et douce, le charmant marivaudage du couple, qui, sous ses yeux, s’ébat. Il s’agit d’une fleur qu’on refuse et qu’on voudrait donner et dont ne veut plus qui voulait qu’on la lui donnât. Car l’amour, vous le savez, n’est que caprice et dépit. La fleur est aux doigts précieux de cette Blanche Mante, dont les traits délicats et fins, dans le cadre d’ambre des cheveux bouclés fait penser à quelque Lavallière esquissée par Mignard. Ce jaloux qui la lutine est, en sa sveltesse si souple, en sa grâce élancée et fière, et la bouche fleurie d’un sourire: Henriette Robin,—étoile depuis hier, brillante des feux trop fugitifs de l’Or de Messidor que sa beauté brune incarna.

 

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=7 Avril.=—On vend Liane de Pougy. «Messieurs, voyez l’article. C’est comme neuf. A combien dit-on. Il y a marchand à combien? Cinq louis pour commencer. On dit, six… sept… dix. A dix louis, Messieurs, nous sommes… Ce n’est pas pour moi. Quinze louis c’est à droite. Ça vaut mieux que ça… Allons, pressons, Messieurs, pressons… j’adjuge.»

Il s’agit du lit… Et Mme de Pougy n’est pas dedans.

 

=9 Avril.=—Il y a une maison hantée à Yzeures. Au Dr Gilles de la Tourette, maître ès sciences de maladies nerveuses, j’avoue y partir. Il me prend en pitié.

—Les maisons hantées, me dit-il, ce sont des jeunes filles hystériques qui frappent dans les murs quand vous ne les regardez pas.

—Vous en êtes certain?

—L’une d’elles m’a tout avoué.

Puis il s’échappe, haussant les épaules, en traitant avec un mépris de savant très orthodoxe ce qu’il tient pour des élucubrations dont il n’est pour s’occuper que des badauds de mon espèce.

 

=14 Avril.=—Hier, aux Folies-Bergère, Mme Clara Ward devait faire des poses,—trois ou trente-deux, peu importe. Elle ne serait jamais qu’une femme en maillot, comme le sont, dans les tableaux vivants, Duvernoy et Degaby. Mais

Tout Paris pour Chimay a les yeux de Rigo.

Et à cette annonce les fauteuils d’orchestre ont valu des prix extravagants. Triomphe de la beauté? Point. Du scandale. On voulait voir, non la nudité de la femme, mais d’une certaine femme, publique par ses gestes et princesse authentique.

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Le préfet de police la fit venir. Il lui parla. Elle a compris, et il lui survint aussitôt une indisposition toute diplomatique. Elle s’est mise au lit et à la tisane. De la tisane à la fleur d’oranger. C’était l’engagement rompu.

L’hypocrisie mène grand train autour de cette aventure. Elle y voit une revanche de la moralité. Le public, dit-on, n’avait été si empressé à lorgner le maillot de Mme Clara Ward que pour bafouer l’audace de l’imposture. Le directeur des Folies-Bergère sourit de ces airs de prude. La feuille de location dépassait vingt mille francs. Or il connaît, par profession, que jamais la vertu n’incita un spectateur à payer un fauteuil dix fois son prix.

 

=22 Avril.=—Qu’est-ce que la majesté? Est-elle donnée à une caste, ou n’est-elle point un rôle que joue l’homme averti?

Le drame lyrique cherchait une interprète qui sût marcher comme les déesses et, comme les plus altières souveraines, du geste et du regard imposer. Elle devait être la Walkyrie, Brunehild et Hellé, la source céleste du rêve et l’héroïne hautaine de l’histoire. Hellé! l’admirable création, et pour l’artiste et pour l’auteur, M. Duvernoy, qui a doté l’Opéra d’un joyau de grand prix.

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… Il y avait, voilà déjà quelque temps, en un coin lépreux des faubourgs, une travailleuse qui accompagnait, à l’atelier, son dur labeur en chantant. C’était une robuste fille au profil énergique, casquée de ses cheveux qu’un peigne matinal ramassait. Née de pauvres, et pauvre aussi, elle allait en robe modeste, confondue dans le troupeau des communes humaines…

Cette créature au travail résignée devait être Mme Caron, dont la vie dans le royaume des idéales splendeurs bientôt n’oscillerait plus que des trônes barbares au Walhalla prodigieux.

 

=Avril.=—Au réveil, le tzigane et la princesse ont eu la visite d’un monsieur qui s’est annoncé «au nom de la loi». La princesse est allée lui ouvrir en chemise de nuit, car elle n’a rien de caché pour la Justice. Le magistrat a vu le lit, le tzigane et à côté la place toute chaude d’une nuitée d’amour interrompue. Il en savait assez, il salua et prit congé.

L’épouse du tzigane faisait constater le flagrant délit. Son mari ne pourra plus épouser la princesse—désormais sa complice. M. Paul Hervieu a bâti un drame pour montrer dans toute sa tyrannie la loi de l’homme.

Cette loi de l’homme si tyrannique est pourtant quelquefois aussi la loi de la femme.

 

=25 Avril.=—La femme a trouvé un nouveau théâtre pour théâtre de ses revendications: c’est le Nouveau-Théâtre. Une salle à elle une fois le mois, où ne seront jouées que des œuvres de femmes et pour les femmes. Si les hommes y veulent être accueillis, il leur sera moins demandé du talent qu’une opinion. Êtes-vous dramaturge? c’est sans importance. Êtes-vous féministe? voilà l’essentiel.

Nous avions la maison de Molière, nous aurons la maison de M. Paul Hervieu.

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Cette idée a pour propagandiste Mme Marya Cheliga, une militante que les inerties hostiles et les obstacles ne rebutent point. Myope, elle y regarde de plus près, et, grâce à certains verres, voit d’assez loin. Elle dira la femme de demain dans Promethea.

Quand on connaît la tragique déception de Prométhée, l’audace est bien féministe qui fait nommer qui lui succède dans son rêve d’orgueil «Promethea»,—comme s’il appartenait à la femme de réussir où l’homme a échoué.

 

=29 Avril.=—Le témoignage d’une femme est recevable devant la justice criminelle, non devant l’état civil. Mme d’Uzès ne peut légalement assister l’amie qui prend époux, ni Mme Henry, chevalier de la Légion d’honneur et ex-sage-femme en chef de la Maternité, le père qui déclare son enfant.—Mais Gabrielle Bompard, témoin à la requête de l’accusation peut envoyer Eyraud à la guillotine.

Cette anomalie va disparaître. Ce sera l’une des premières victoires du féminisme. Elle est de bon augure et en fait présager d’autres.

 

=5 Mai.=—Deux volontaires de la Mort qui étaient des volontaires de l’Amour.

La jeune et jolie Lucette de Varennes, qui avait amants et chevaux de luxe, s’est empoisonnée parce qu’elle ne pouvait appartenir en toute propriété au seul qu’elle aimât: Manon l’eût-elle fait pour Des Grieux? Et l’on daube sur cette fin de siècle!

Le même jour, une ancienne belle, Léontine de Courcy, tombée de l’hôtel princier au meublé banal, ayant joué aux courses ses dernières économies, a allumé un réchaud de grisette.

Autrefois on ne mourait pas d’amour; il fallait arriver à notre époque pour voir des filles d’amour mourir de ce qui les fait vivre.

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=9 Mai.=—Le petit théâtre de Mme Adam: c’est grand comme ça, pas plus. Le décor exprime le goût ferme et sûr de cette Parisienne délicate. Une scène toute petite et, sur cette petite scène, un spectacle vaste: l’humanité inquiète, en mal du lendemain.

Aujourd’hui, l’oratrice est la directrice de l’_Avant-Courrière_, Mme Schmahl, une Anglaise dont le cœur a conservé un léger accent. Vaillante et de belle humeur, elle trace le bilan de la campagne féministe. La résistance de la Chambre a été vaincue; mais le Sénat, dépositaire des projets de loi votée, n’entend point qu’on le presse. «Paix là, ma mie!»

Et elle qui disait,—par opposition à ses sœurs nerveuses:—«Je suis comme la petite souris, je grignote le bloc», à son tour, s’irrite, impatientée. Elle dénonce les pères conscrits: ces vieillards qui commencent et n’aboutissent pas.

 

=10 Mai.=—La Vachalcade ou cavalcade de la Vache enragée, de récente création, donnera le jour à une nouvelle muse: la Muse montmartroise.

 

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Les ouvrières de la Butte l’ont choisie entre les plus charmantes d’entre elles; c’est une jolie lingère, brune accentuée, qui se nomme Marguerite Stumpp. Elle a dix-sept ans.

Laborieuse et honnête, elle témoignera qu’il n’est point dans Montmartre que des modèles et des joueuses de flûte. Elle sera délicatement honorée. Dans le défilé, elle occupera la mansarde de Jenny «au cœur content, content de peu». Elle recevra, cadeau digne des plébéiennes vertus, un livret de caisse d’épargne.

L’affiche qui appelait les lectrices aux urnes portait cette mention dont la sagesse s’empreint d’une ironie prudente: «Les candidates devront demeurer encore chez leurs parents».

«Encore» suppose qu’il est difficile de demander aux plus honnêtes filles à Montmartre d’y demeurer toujours.

 

=15 Mai.=—Ce qui vient de la flûte s’en va sans tambour—ni trompette: Mme Liane de Pougy a été volée à quatre chevaux. On a arrêté ses voleurs. Ils comparaissent en police correctionnelle. Citée comme témoin, la victime a allégué un empêchement majeur. Elle a écrit: «Monsieur le président, je garde le lit; mais si la justice veut venir m’y interroger, je suis prête à lui donner toute satisfaction compatible avec mon état». La justice tond les gens, coupe les bourses, mais ne va pas en ville. Vexée de cette prétention, elle s’est vengée, au jour de l’audience, elle a pris acte contre la «femme Pourpe».

Pourpe est le nom d’un honnête homme qui se lamente et d’enfants qui rougissent. Il eût été plus moral de le respecter, risque à interpeller la fantasque créature que par le titre qu’elle a conquis à la pointe de ses seins—comme à la pointe de l’épée, un soldat ses grades.

 

=23 Mai.=—Êtes-vous homme à garder un secret? me dit-elle.

—Yvette, en doutez-vous?

—Alors, apprenez donc que je vais me marier… Je l’aime, il m’aime. Il est riche, moi aussi. J’ai assez promené mes gants noirs dans toutes les Amériques. Je me reposerai du café-concert dans la vie conjugale: je ne chanterai plus que de loin en loin pour des œuvres… C’est fini, mon ami, de la divette que vous avez devinée un soir… vous le rappelez-vous?… dans l’inconnue qui chantait à la requête de Jehan Sarrazin, le poète aux olives, en ce bouibouis qu’était le Divan Japonais…

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Ce secret est devenu celui de Polichinelle… les bans sont publiés: Emma-Louise-Esther Guilbert, dite Yvette, sera bientôt Mme Max Schiller. Il était inévitable que le coucher d’Yvette aboutit au coucher de la mariée.

 

=31 Mai.=—Plus de bossus. M. le docteur Callot les redresse.

Merci, docteur! C’est fini de la fée Carabosse. Il n’y aura donc plus que des bonnes fées autour de nos berceaux.

Le féminisme nous promet aussi, par la grâce de Jules Bois et par la fougue de Léopold Lacour,—que le duel des sexes nous conduit à l’Ève future—l’idéale émancipée.

Merci, poètes pour ce que vous faites croire que l’humanité nouvelle n’aura que des bonnes fées autour de son berceau. Philosophe inquiet et féministe par équité, il ne me déplaît point de me griser d’optimisme.

A l’Ève future, à Prométhée, je lève ma coupe d’espérances.

 

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IMPRIMÉ PAR CHAMEROT ET RENOUARD 19, rue des Saints-Pères, 19 PARIS

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