L'escole des filles / réimpression complète du texte original sur la contrefaçon hollandaise de 1668
Second Dialogue
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.
Fanchon. Ainsi feray-je, ma cousine, mais en quelle posture vous mettrez-vous?
Susanne. A l’ordinaire; tu serreras vistement les deux fesses vers luy, et lui mettant un bras au col, tu le baiseras et tascheras à lui lancer la langue dans la bouche, comme un dard, et qu’elle vienne à frayer le dessous de la sienne; tandis que tu coigneras du cul brusquement devers luy, et retirant ta langue et la repoussant vivement entre ses dents, en cent façons de mignardises, tantost mince et tantost espaisse, tu t’enlaceras autour de luy et de bras et de jambes; et appuiant ta main sur ses fesses, tu avanceras les doigts jusques à ses ballottes, et trémoussant tousjours du croupion, tu tascheras à le faire entrer le plus avant que tu pourras. Le reste de la besoigne, tu le feras aussi bien que moy, et je t’advise seulement qu’en usant envers luy de ces préparatifs pour le plaisir, il ne sçaura quelles caresses te faire par après, et quand il te donneroit tout son bien, il te donneroit encore son âme avec, et s’estimeroit, plus que tout cela, estre encore ton redevable.
Fanchon. Ma cousine, je vous remercie de tant de bontés, et je m’en serviray quand je seray en pouvoir de le faire. Mais, pour le présent, il faut un peu laisser couler le mauvais temps qui ne nous donne pas tant de loisir possible pour jouir de nos amours et auquel je luy puisse donner toutes les marques de mon affection.
Susanne. O bien! arrive quand il pourra, mais sçache que c’est la faute ordinaire des jeunes gens qui ne songent rien qu’au temps
présent et ne pensent pas à faire durer leurs plaisirs long temps (36) en se pourvoyant pour cela de moyens utiles et nécessaires. Mais quoy enfin, ne vois-tu pas Robinet quand tu veux?
Fanchon. Nenny, ma cousine, et depuis quinze jours en ça que ma mère a fait porter mon lict en sa chambre, pour raccommoder la mienne, je ne l’ay veu quasi qu’en sa présence.
Susanne. Et comment as-tu donc fait pour avoir sa compagnie? T’en es-tu bien peu passer jusques icy?
(37) Fanchon. Nenny dà, mais je ne l’ay eue que fort rarement, et que si vous saviez les incommodités que nous avons eues pendant ce temps là, et que nous allons encore avoir pendant sept à huit jours pendant que ma chambre doibt estre raccommodée, vous en seriez tout estonnée.
Susanne. Je seray bien aise de les entendre, et selon que tu me diras je seray encore capable peut estre de te donner du conseil pour l’avenir.
Fanchon. Il y eut hier quinze jours justement que ma mère me fit aller coucher dedans sa chambre, et depuis n’en ay pas désemparé. Je le dis dès le lendemain à Robinet et luy fis veoir les incommodités que nous aurions à nous trouver seuls; à quoy il me demanda s’il n’y avoit point de moyen à me venir veoir la nuict, en faisant faire une fausse clef à la porte du petit jardin, mais je luy dis que non, d’autant que ma mère sort encore moins de la chambre la nuict que le jour et qu’elle m’entendroit si je voulois sortir. Il me dit que je ferois semblant d’aller à la garde-robe, et que là, sur le siége, nous ferions nostre affaire, mais je luy dis que cela ne se pouvoit point, d’autant que pour aller à la garde-robe il ne faut pas sortir de nostre chambre, à cause qu’il y en a une au bout de la galerie, où ma mère veut que j’aille de nuict, de peur de faire du bruict en ouvrant les portes. Ces raisons le rendirent estonné, tellement qu’il dit qu’il nous falloit prendre patience et l’occasion aux cheveux quand elle se présenteroit, et cependant nous visiter tous les jours.
Susanne. C’est à dire que vous avez esté autant avancés qu’auparavant. Hé bien! qu’arriva-t-il?
Fanchon. Sur ceste résolution, il me vint veoir le lendemain, mais nous espiasmes en vain l’occasion, sans la pouvoir rencontrer. Le jour après nous fusmes plus heureux, car estant arrivé que la servante estoit sortie, je luy allay ouvrir la porte par le commandement de ma mère, et me trouvant aussi ardente à cela que jamais, de peur de perdre le temps et que quand nous serions en haut nous n’aurions pas trouvé la commodité, il me poussa contre le mur, et m’eslargissant les cuisses, me troussa la cotte qu’il me fit tenir avec les deux mains, et ayant aproché son vit roide, en se baissant, il me le mit dedans le con le mieux qu’il put et s’efforça de pousser en la plus grande haste du monde. Je le trouvay bon comme cela, parce qu’il y avoit long temps que je ne l’avois fait, mais il eut plustost fait que moy, et comme il voulut se retirer, je le retins et le priay d’attendre que j’eusse fait aussi. Il en eut la patience, et quand nous eusmes achevé, incontinent nous montasmes en haut, sans que ma mère se doubtast de rien, sinon que, pour la forme, je luy dis qu’il m’avoit demandé si une certaine personne n’estoit point au logis, parce qu’il ne la vouloit point veoir. D’autres fois, nous fismes plus commodément, selon que l’occasion s’en présentoit, et quelquefois que ma mère estoit dehors, nous avions beau nous divertir, mais quand elle estoit au logis ou qu’il y avoit compagnie, c’estoit tout ce qu’il pouvoit faire de m’enconner une petite fois, pendant qu’elle alloit reconduire quelqu’un, tantost sur une chaise, tantost sur un coffre, et en cest estat nous nous pressions fort, et imaginez-vous si je me faisois bien prier d’ouvrir les cuisses et de me mettre en la posture qu’il vouloit pour avoir plustost fait. Mais il n’importe, quoy que nous fussions en crainte, nous ne laissions pas d’avoir bien du plaisir; encore estions-nous bien heureux quand cela arrivoit, car quelquefois que nous estions en train de remuer les fesses, nous entendions du bruict qui nous faisoit déconner, et pensez quelle rage cela nous donnoit. Quelquefois aussi c’estoit une fausse alarme; nous nous remettions et quelquefois nous achevions, quelquefois nous n’achevions pas, parceque quelque autre nous interrompoit. D’autres fois, la présence de ceux qui nous regardoient estoit si importune qu’il estoit assez heureux quand il me pouvoit toucher la cuisse en un jour ou, tout au plus, me mettre l’engin dans la main; c’estoit encore beaucoup quand nous le pouvions faire toucher au mien et les faire baiser ensemble. Quelquefois que nous estions assis sans nous toucher et que personne ne nous regardoit, il mettoit son manteau audevant et me le faisoit veoir en bon point, se complaignant avec les yeux, de quoy j’avois si grand pitié que je ne me pouvois saouler de le regarder. Cela m’obligeoit quelquefois à m’approcher de luy, et tenant ma chemise levée par dessoubs ma jupe, il couloit la main par la fente de derrière et me touchoit la chair depuis les fesses jusques aux hanches et tout autour du ventre, et se consoloit de cela. Or j’avois plus souvent (prévoyant son dessein) ma robe de dessus à demi troussée, comme ont la plupart des filles quand elles sont à la maison, et cela faisoit qu’il lui estoit plus facile de me passer ainsi la main, parceque ma robe, qui couvroit tout, faisoit penser, quand on le voioit, que c’estoit par dessus la jupe qu’il m’embrassoit, tellement qu’il luy estoit quelquefois aysé de la faire arriver jusqu’au con dans les attouchements. Il me chatouilloit avec le doigt; j’avois beau luy faire signe et luy dire à l’oreille qu’il s’arrestast, il n’en faisoit rien, et pour peu que ma mère eust le dos tourné ou qu’elle fist un pas à la fenestre, il me faisoit descharger. Cependant, quand je pouvois, je luy prenois l’engin sous le manteau, et regardant toujours ma mère, pour peu qu’elle eust destourné, je luy branlois à luy pendant qu’il me branloit à moy et qu’il me faisoit aussi descharger. Enfin, sans y penser, et à force d’imagination,
nous trouvasmes une invention (38) pour chevaucher devant le monde sans qu’on s’en aperçoive.
Susanne. Et comment faites-vous cela?
Fanchon. Une fois que j’empesois, debout sur la platine, et que ma mère estoit descendue en bas, il s’approcha aussi tost de moy, et troussant ma chemise par la fente de ma jupe, tout en discourant de diverses choses et de la cruauté de nostre destinée, il me mit le manche roide entre les fesses, s’efforçant de le faire aller jusques au con. Je sentis qu’il remuoit là auprès et demeuray attentive à ce qu’il faisoit, sans songer à ce que j’avois sur la platine, qui estoit un cotillon de fustaine blanche que je repassois parce qu’il n’estoit pas assez sec. Voyant qu’il n’y pouvoit arriver, il me mit la main sur le cul et me dit que je me baissasse, et qu’il prendroit bien garde s’il venoit quelqu’un, mais en me baissant la fente de ma jupe n’estoit pas assez longue et luy fit sortir l’engin par la raie du cul, si bien qu’il me fit redresser, maudissant son aventure, et se contenta de me descharger promptement entre les fesses.
Susanne. Quel dommage!
Fanchon. Son ardeur estant appaisée, il remit son engin dans sa brayette, et je m’apperçus aussi tost que le feu avoit pris au cotillon qui estoit sur la platine. Je fis un cry en l’ostant promptement de dessus, et ma mère arriva sur ces entrefaites, qui me querella bien fort de ma négligence et me dit qu’elle ne m’en donneroit point d’autre. Mais Robinet mit le holà le mieux qu’il put, disant que c’estoit une flammèche qui estoit sautée dessus pendant que j’avois regardé à la fenêtre, et que ç’avoit esté la faute de luy, qui n’y avoit pas pris assez garde. Et voilà comme l’affaire se passa.
Susanne. Mais où est donc cette invention que tu dis?
Fanchon. Entendez-moy, la voicy. Deux jours après, Robinet vint le soir au logis et trouva qu’on dançoit. C’estoit une petite compagnie ou réjouissance qui se faisoit pour le jour de la feste de ma mère. Il avoit trinqué ce soir là plus qu’à l’ordinaire, et faisant semblant qu’il vouloit dormir pendant que tout le monde dançoit, il se mit dans une chaise ou fauteuil bas, et trouvant à point nommé que j’estois si lassée que je n’en pouvois plus, il me tira par derrière et me fit asseoir sur luy pour l’entretenir. Je faisois semblant, en l’escoutant,
de regarder les autres, et cependant il me coula la (39) main par la fente du cotillon et fit tant qu’il vint à me toucher le con. Je sentis aussitost son affaire roide qui poussoit dessous moy et cela me mit en humeur de ne luy rien refuser. Il eust bien voulu la passer par la fente du cotillon et me le dit bas à l’oreille, mais il ne pouvoit détrousser le cotillon et n’y avoit pas d’apparence devant tant de gens. Enfin, en mesurant avec la main combien il s’en falloit que ceste fente du cotillon n’estoit pas assez longue pour parvenir au con, il trouva justement à l’endroit qu’il falloit le trou que le feu avoit fait au cotillon, quand ma mère me querella si fort; il me le dit incontinent tout bas, et sans perdre de temps, rangeant ma chemise, poussa son affaire dans le trou et coula tout entre mes cuisses. Je m’accommoday dessus le mieux que je pus et fis tant qu’il en entra bien la moitié. Nous fusmes longtemps de la sorte sans rien opérer, car il n’osoit branler fort; néanmoins, s’aydant le mieux qu’il pouvoit, et tousjours appuyant doucement du croupion, la compagnie ne s’aperçeut point qu’il me avoit rien fait. Pour moy, je me tins ferme sur le pivot et fis bonne mine jusques à la fin que j’eus assez de peine à dissimuler le plaisir que je sentois. Il me le fit encore un coup, une heure après, dans la même posture, et du depuis elle nous a bien servy et j’ai béni cent fois le cotillon percé pour m’avoir causé tant de plaisir.
Suzanne. Cela estoit pourtant bien dangereux de la sorte, car comment faisois-tu, quand le foutre couloit dans ton con, pour empescher qu’on ne reconnust que ton plaisir venoit.
Fanchon. Ma cousine, je me contraignois furieusement et grinçois des dents en regardant contre terre.
Susanne. Vrayement, c’estoit là un beau moyen! Il ne falloit que mettre les mains, comme cela, sur le visage et faire semblant d’avoir mal à la teste.
Fanchon. C’est bien dit, ma cousine, mais, que voulez-vous, on n’a point tout savoir. Je n’ay reçeu jusques à ce jour d’instruction que de votre part, car pour Robinet, hélas! nous n’avons pas eu loisir de cela; c’est pourquoy vous sçavez bien tout ce que vous me pouvez avoir appris.
(40) Susanne. Eh bien! demande ce que tu voudras. Qu’est-ce qui t’empesche? Tu sais bien aussi si je t’ay jamais rien refusé; car comment veux-tu que je te devine si tu ne proposes rien.
Fanchon. Ma cousine, de tout ce que nous avons dit des plaisirs, j’ai recueilly que ceste partie de l’homme qu’on appelle le vit est celle
qui donne le plus de satisfaction à la femme; (41) je voudrois bien maintenant que me disiez quelles sortes de vits sont les meilleurs et les plus divertissants.
Susanne. Je suis bien ayse que tu me proposes ainsi la chose par ordre, et nous en viendrons à bout facilement. Tu doibs sçavoir premièrement qu’il y a des vits de toutes les façons, mais tous généralement se réduisent à trois, qui sont petits, grands et moyens.
Fanchon. O bon! les petits comment sont-ils?
Susanne. Ils sont de quatre à six poulces de longueur et gros à l’advenant, mais ils ne sont pas de mise quand ils sont si petit, car outre qu’ils ne remplissent guère le con, n’estant pas assez gros, c’est que si la dame a le ventre un peu gros ou la mothe un peu trop grossette, ce qui est une imperfection en elle, ou le trou placé un peu trop bas, ce qui est un défaut pareillement, ils ne sçauroient entrer que deux ou trois doigts en profondeur dans le col de la nature de la femme.
Fanchon. Et les grands?
Susanne. Les grands escartent et entr’ouvrent trop la dame, par leur grosseur, et luy font mal, quand mesme elle ne seroit pas
pucelle, et pour la longueur (42) ils atteignent trop avant dans la matrice, d’où vient qu’il y a des hommes qui sont contraints de mettre des bourrelets contre le ventre, ou bien la dame y met la main en les recevant, pour les marquer selon la longueur qu’elle en veut et empescher que le reste ne passe, et ceux là sont de dix à douze poulces.
(43) Fanchon. Et les moyen?
Susanne. Les moyens sont de six à neuf poulces et remplissent justement le conduit de la dame et la chatouillent doucement. Néanmoins, il y a des femmes qui sont plus ouvertes ou ont de plus grands cons les unes que les autres, et à celles là il leur faut un puissant engin, bien dur, long, gros et bandé, et qui soit bien
proportionné (44) à leur fente naturelle. Mais après tout, ma cousine, soit grands, soit petits, c’est la vérité qu’il n’y a rien de si savoureux et de si bon que le vit d’amy, et quand un homme que l’on ayme bien n’en auroit pas plus gros que le petit doigt on ne le trouveroit meilleur que le plus grand d’un autre qu’on n’aimeroit pas tant.
Cependant (45), pour l’avoir bien fait comme il faut, il doibt estre gros et renforcé sur la culasse, et venir en diminuant vers la teste.
(46) Fanchon. Une autre difficulté me survient.
Susanne. Et quelle?
Fanchon. D’où vient que les hommes, quand ils nous foutent, nous disent quelquefois des injures et des villaines paroles, au lieu de nous en dire de plus honestes, car je ne sçaurois concevoir que l’amour leur fasse dire cela; c’est enfin toute douceur que l’amour, et qui ne peut rien faire dire qui ne soit de luy.
Susanne. Il est vray, m’amie, et c’est en cela que tu ne le conçois pas. Tout ce qu’ils nous disent d’injurieux et de sale, c’est par amour,
et je m’en vais te (47) monstrer comment. Tu doibs sçavoir que la principale cause de l’amour c’est le plaisir du corps, et sans cela il n’y auroit point d’amour.
Fanchon. Ha! je nie cela, ma cousine. Je sais bien tout ce que vous me direz, qu’il y a des amours brutales; il est vray, mais il y en a qui ne le sont point aussi, et la différence de les connoistre, c’est que les dernières durent longtemps là où que les autres ce n’est que feu de pailles; elles sont passagères avec le plaisir.
Susanne. Elles sont toutes brutales, m’amie, si tu le prends là, et je te le prouveray sur le champ, mais donne-moy le temps pour parler.
Fanchon. Tant que vous voudrez, ma cousine, je ne vous interrompray point.
Susanne. Le plaisir passe, mon enfant, il est vray, mais le désir en revient, et c’est ce qui nourrit l’amour. Ha! parlons tout de bon et sans feintise, aymerois-tu bien Robinet s’il estoit chastré, et l’aurois-tu voulu prendre, pour beau et bien fait qu’il puisse estre, si l’on t’avoit dit qu’il fust impuissant? responds.
Fanchon. Non, asseurément.
Susanne. Ergo, ce qui est vray à ton esgard ne le doibt-il pas estre aussi véritable quant au sien? tellement que si, tu n’avois point eu d’engin où loger le sien, si tu n’avois point eu de beauté pour le faire bander ou qu’il t’eust trouvée difforme à son gré, serois-tu si simple que de t’imaginer qu’il t’eust aymée? et pour qui au reste? pour tes beaux yeux? si tu n’en avois point? Non, non, cousine, il faut que tu te detrompes: les hommes n’ayment que pour leur plaisir, et quoy qu’ils nous tesmoignent le contraire quand ils nous recherchent, ils ont tousjours leurs désirs fichez entre nos cuisses, de mesme que nous à les baiser et accoller, par honte de demander le reste. As-tu jamais veu les bestes parmy les champs, combien amoureusement le masle grimpe sur la femelle, le taureau sur la genisse, le cheval
sur la cavale (48)? c’est ainsi qu’il en prend des amours des hommes, et quelques simagrées que fasse un amant devant nous, quelques larmes qu’il répande, et quelques protestations d’honneur, d’amitié et de respect qu’il nous fasse, si le cas y eschet et que nous en soyons touchées, tout cela ne va qu’à nous renverser sur le lict, gaigner le dessus et nous trousser insolemment la cotte, nous saisir d’abord au poil qui nous croist au bas du ventre sur la mothe, se couler par force entre nos cuisses, et en nous empoignant à belles mains par les fesses, nous tirer à eux, malgré que nous le voulions bien. Et pour tout service qu’ils nous rendent, il nous mettent à la
main un baston de chair (49), gros, long et estendu, dont toute l’ardeur et l’affection ne va qu’à engaigner au bas du ventre, dans un trou fait exprès pour cela, tandis que nature prompte en nous estre obéissante, malgré nos refus est tousjours preste à le recevoir. Voylà
où se terminent (50) tant de souspirs, tant de plaintes et tant de désirs, qui est de s’entrefretiller les uns les autres, et quand ils ont fretillé qu’ils n’en peuvent plus, on voit que ce grand amour se passe et s’esteint, et ne reprend sa force et vigueur qu’à mesure que l’envie leur revient de recommencer. Il arrive de là que ceux qui ayment le plus, comme ces amoureux transis, sont ceux qui chevauchent le moins, et ceux qui trouvent ou chevauchent quand ils veulent n’épousent guère d’affections particulières pour les filles, ou s’ils ont attachement pour quelqu’une, leur amour n’a de la violence qu’à proportion de la difficulté qu’ils rencontrent à la chevaucher. Cela est estrange que les filles, pour la pluspart, qui ayment si constamment et qui font de l’amour un fondement à la vertu, en se chimérisant mille délicieuses pensées, ne sçavent pas pourquoy elles ayment, et cest amour qu’elles ont reçu, par une
subversion de raison qu’on leur imprime de jeunesse (51), les séduit si finement qu’elles jureroient bien que ce n’est pas pour chevaucher, et que leurs désirs ont une plus noble fin et plus honeste. Mais cependant, quand ce vient au fait, elles esprouvent le contraire, et quand elles ont esprouvé ce que c’est, au plus loin de leur pensée, et connu la corne avec quoy les hommes choquent, il est force qu’elles prennent des sentiments plus modérez, et reconnoissent alors que cest accouplement charnel et grossier est le feu qui les anime et qu’il est la source et la fin de toutes ces belles pensées et imaginations d’amour spirituelles et eslevées, qu’elles croyoient provenir d’ailleurs que de la matrice.
Fanchon. Certes, je ne m’estonne plus, ma cousine, que vous soyez si habile dans les plaisirs d’amour, puisque vous en sçavez si bien les raisons, et je m’estonne comment et où vous les pouvez avoir aprises.
(52) Susanne. C’est mon amy qui a prins plaisir à m’instruire, pour son grand plaisir, et s’il m’a bien dit de plus que devant qu’il eust couché arec moy, lors qu’il sentoit que mon amour le pressoit trop, il s’en alloit, contre son gré, veoir quelque fille pour se divertir, et estant là s’efforçoit si fort dessus elle qu’il en estoit allégé; trouvant par une fin contraire à ses désirs celle de son amour, car, comme j’ay dit, l’amour a cela de fin et de merveilleux qu’il ne fait pas penser à chevaucher, et cependant c’est sa seule fin, où de soy il aspire, et qui seule peut guerir son ardeur. Voilà donc qui est résolu sur ce point.
Fanchon. Fort bien, il ne se peut pas davantage.
(53) Susanne. Or, la raison que tu m’as demandée pourquoy les hommes, en faisant cela, disoient des gros mots et villaines paroles, c’est qu’ils prennent plaisir à nous nommer par les choses qui participent à leur plaisir davantage et qu’ils ayment le plus, et comme en l’action de la fouterie ils ont toutes leurs pensées attachées au bas de nostre ventre, de là vient qu’ils ne peuvent s’exprimer qu’en disant: Hé! ma connaude, hé! ma couillaude, avec telles autres appellations qu’ils nous donnent selon la pensée qui les anime; et la langue, qui pourroit dire autrement, en est souvent empeschée par la trop grande attention de l’esprit, qui la fait fourcher et luy fait prendre un mot pour l’autre. En quoy se voit alors la vive peinture à l’esprit de l’objet aymé, et l’âme se réjouissant dans ceste connoissance, redouble les estreintes et les embrassements et fait entendre ces mots en baisant, dans le murmure et la douce union de deux langues qui se chatouillent, de: Ma bonne! c’est qu’ils admirent la bonté; que nous avons à leur départir nos faveurs; s’ils disent: Ma colombe! c’est qu’ils pensent à quelque ressemblance que nos caresses ont à celles des colombes; s’ils disent: M’amour! mon cœur! c’est qu’ils ayment leur dame de passion et qu’ils luy voudroient couler le membre jusqu’au cœur. Tous des mots dont ils se servent sont autant de mots hiérogliphiques dont chacun d’eux porte une sentence entière, car s’ils disent: Ma connaude! c’est qu’elle est bien pourvue de ceste partie en laquelle toute idée d’amour se convertit, ou qu’ils reçoivent un grand plaisir de cet endroit-là; s’ils l’appellent: Ma couillaude! c’est qu’ils la trouvent forte et vigoureuse et qui trousse un coüillon en masle, ou qu’ils croyent luy en avoir appliqué deux quand ils la joignent par en bas, et ainsi du reste. De plus, il y a deux raisons bien douces et gentilles pourquoy les hommes, quand ils sont aux prises avec nous, appellent toute chose par leur nom.
Fanchon. Sçavoir.
Susanne. La première, que nous possédant en toute liberté, ils
s’égayent à nous dire les mots qui nous font le plus de honte (54), pour rendre leur victoire plus célèbre; la seconde, c’est que leur imagination estant toute confite en délices et dans la contemplation de leur jouissance, ils n’ont pas la parole libre, et suivant la promptitude de leurs désirs, ils s’expliquent par monosyllabes; d’où vient que ce qu’ils appelleroient en un temps: Paradis d’amour, le centre des délices ou des désirs amoureux, le trou mignon, ils l’appellent simplement un con, et ce mot de con, outre qu’il est bref et qu’il nous donne à leurs yeux de la confusion et de la honte (ce qu’ils sont bien ayses de veoir), c’est qu’il renferme en soy la représentation des plus douces conceptions d’amour. Il en est ainsi de l’engin de l’homme, qu’ils appellent simplement un vit, car autrement il faudroit dire: ce qui n’a point de nom, un membre viril, le membre génital, et autres telles explications sottes et longues, que la fureur d’amour ne donne point le temps de prononcer. Tellement qu’au lieu de proférer avec trop de langueur: Allons, ma chère amie, prenez-moy le membre génital ou nerf qui me pend au bas du ventre et l’adressez au centre des délices de l’amour! c’est plustost dit, dans l’ardeur de la passion: Sus, m’amour, mets-moy le vit au con! ou bien: Fais que je te foute, que je te chevauche! L’amour excuse tout, et il n’y a point de paroles sales à dire entre deux amants qui se baisent estant à chevaucher l’un sur l’autre; au contraire, toutes celles là, ce sont des douceurs.
Fanchon. Du moins, quand il ne seroit pas vray, ma cousine, vous le persuaderiez bien, à vous ouyr, et vous en feriez bien venir l’eau à la bouche, tant vous en sçavez discourir habilement et avec mignardise. Mais quoy enfin, après tout ce que vous m’avez dit, voudrez vous inférer que Robinet ne m’aymeroit que pour le corps?
Susanne. Je ne dis pas cela absolument (55): il y a de la modération partout; l’esprit sait bien aussi aymer quelquefois autant que le corps, de mesme que le corps l’esprit, et je t’apprendray ce que mon amy m’a confessé là dessus. Comme il croit que j’ay de l’esprit, et du plus fin, il m’a dit que quelquefois, quand il m’avoit entendu discourir sur des matières relevées et honestes, lorsqu’il me pouvoit tirer à l’escart, il estoit si animé à me chevaucher sur le champ, qu’il ne pouvoit plus commander à son vit roide, et ce pour la beauté de mon âme; qu’il luy sembloit qu’il me chevauchoit l’esprit en me chatouillant le corps, tant il prenoit plaisir à chercher ceste âme par le dedans.
(56) Fanchon. Je suis contente de cela, ma cousine, et me voylà suffisamment instruite ès amours et coustumes des hommes; mais à l’esgard des filles, sur qui l’amour n’a pas moins de pouvoir, d’où vient qu’il y en a qui sont si scrupuleuses de les baiser, quand mesme on n’en sçauroit rien, et que le bon Dieu, comme vous dites, n’y seroit point offencé?
Susanne. Ho! ho! c’est qu’elles ont peur d’engrosser.
Fanchon. Et comment, ma cousine, c’est donc cela qui engrosse? et si j’avois à le devenir par tant de foutre que Robinet m’a mis dedans le con?
Susanne. Va, va, n’aye pas peur; j’aurois trop de pitié de toy, si cela t’arrivoit, et j’ay des remèdes en ce cas qui ne te manqueront pas au besoin.
Fanchon. Il faut donc que vous m’en donniez, s’il vous plaist, ma cousine.
Susanne. Ouy, ouy, je t’en donneray quand il faudra, et de plus, pour t’oster toute crainte, il y a une chose à considérer encore: c’est que ce malheur n’est pas si extraordinaire qu’on le doibve tant apprehender. Et combien qu’il y ayt des filles grosses dont on ne s’aperçoit point, au moyen de certains busques et habillements faits exprès, dont elles se servent, lesquelles cependant ne laissent pas de se donner bien du bon temps autant qu’elles peuvent avec ceux qui les ont engrossées. Aussi, voylà bien de quoy! pour neuf mois que l’on passe en délices et plaisirs, on n’engrosse qu’une seule fois, et penses-tu, dame, tous les coups ne portent pas. Non, on est quelquefois bien un an, voire deux, quatre, six et le plus souvent jamais sans s’engrosser, et c’est le plus grand hazard du monde quand cela arrive ou que l’on n’a pas de moyens pour s’en empescher. Au pis aller, on a tousjours sept ou huit mois pour se préparer, et dans ceste intervalle on feint des maladies, des promenades, des pelerinages, et quand le temps est venu on se descouvre à une sage-femme qui est obligée, sur sa conscience, de tenir le fait caché secret. Un amy vous conseille et assiste au besoing, on fait des voyages d’un mois ou de six sepmaines, et quand mesme on serait espiée, il ne faut qu’un jour ou deux pour se descharger. Après, vous voylà aussi gaye que Perrot: on enlève l’enfant, que l’on donne à une nourrice, et tout cela aux despens de qui l’a fait. Va, va, tu ne connois pas toutes celles qui ont passé par là, et à qui il ne paroît point.
Fanchon. Ma cousine, je m’en doubte et ne craindray plus tant ce malheur, ce me semble, car je me représente encore que c’est une satisfaction bien grande d’avoir mis au monde une créature raisonnable, qu’on a faite avec une personne qu’on ayme.
Susanne. Il est vray cela.
(57) Fanchon. Mais après tout, ces filles qui sont si timides et qui ont si peur d’engrosser, comment peuvent-elles donc faire pour se passer d’hommes, quand l’envie leur en prend et les surmonte si fort que le con estant tout en chaleur il n’y a aucune allegeance de quelle façon vous le frottiez?
Susanne. Je te diray, cousine, il y en a qui n’ont jamais esté touchées d’aucun et qui ne laissent pas pourtant de se bien donner de bon temps à s’exciter à la volupté, sans crainte de cela.
Fanchon. Comment peuvent-elles donc faire?
Susanne. J’ai leu dans un livre d’histoire d’une fille de roy, qui se servoit d’une plaisante invention, au défaut de véritable masle. Elle avoit une statue d’homme de bronze, peinte, en couleur de chair et fournie d’un puissant engin d’une matière moins dure que le reste. Cest engin estoit droit et creux, il avoit la teste rouge et un petit trou par le bout, avec deux pendants en forme de coüillons, le tout imité au naturel. Et quand la fille avoit l’imagination eschauffée de la présence de ce corps, elle s’approchoit de cest engin qu’elle se fourroit dedans le con, elle empoignoit les fesses de ceste statue et les trémoussoit vers elle; et quand ce venoit à descharger, elle tournoit un certain ressort qui luy sortoit derrière les fesses, et la statue jettoit incontinent par l’engin une certaine liqueur chaude et espaisse, blanche comme bouillie, dans le con de la fille, dont elle estoit arrosée et satisfaite pour le coup.
Fanchon. De quelle invention l’amour n’est-il point capable, et qui se seroit jamais allé imaginer cela de la sorte?
(58) Susanne. Il est pourtant vray cela, et il n’en faut non plus doubter que de ces hommes qui ont des statues de belles femmes dans leurs cabinets, qui leur servent à mesme dessein, et les foutent, quand ils ont le vit roide, par la fente qu’elles ont au bas du ventre, et qui est profonde à proportion.
Fanchon. Il est aussi croyable que l’autre, mais achevez.
(59) Susanne. Les filles qui n’ont point le moyen d’avoir des statues se contentent de gaudemichis ou de simples engins de velours ou de verre, formés à la ressemblance d’un membre viril naturel, lequel elles emplissent de laict chaud et s’en chatouillent comme d’un véritable vit. Les autres se servent avec des cervelas, de grosses chandelles de quatre à la livre, ou, faute de cela, mettent le doigt au con tant avant qu’elles peuvent et se font ainsi descharger. Et tant de pauvres filles recluses malgré elles, et toutes les religieuses qui ne voient le monde que par un trou, sont bien contraintes d’en user ainsi, et ne peuvent chasser les tentations autrement, car le foutre estant naturel comme le manger et le boire, quand elles ont passé quinze ans elles ne sont plus dans l’innocence, et faut bien qu’elles appaisent leur chaleur naturelle vitale.
Fanchon. Aux autres, ma cousine, cela va sans dire.
(60) Susanne. Celles qui ont des amis et qui craignent de s’engrosser se contentent de les baiser et toucher, et elles souffrent aussi d’estre baisées et touchées et mesme que leurs amys leur manient les fesses, les cuisses, le con, les tetons, la mothe, qu’ils mettent l’engin auprès le leur, qu’ils les visitent par tout amoureusement, et qu’ils leur deschargent entre les cuisses, entre les fesses, entre les tetons ou dans la main. Pour porter dans le con, et s’engraisser de ce foutre tout le bas du ventre, point de nouvelle; ils les grattent seulement avec les doigts entre les babines du con, en les escarquillant et entr’ouvrant, tandis qu’elles les baisent et badinent de mesme avec leur vit roide entre les mains.
Fanchon. Après?
Susanne. Il y en a de plus hardies qui se laissent enconner et frétiller, mais d’abord qu’ils veulent descharger, elles sont faites à cela et le connoissent, et leur donnent un coup de cul et les jettent dehors. Ainsi elles vont croissant ou diminuant leurs libertez, à mesure qu’elles sont plus ou moins esprises des délices de l’amour, mettant un petit linge à la teste du vit et le laissant descharger sans déconner, parce que le linge reçoit la liqueur d’amour; et les dernières, qui sont plus hardies que toutes, ne craignent point de se
laisser descharger sans mettre le linge, mais (61) elles prennent garde, en s’accordant, que ce soit quelque temps seulement l’un après l’autre. Car c’est vérité connue et expérimentée de tous les médecins, qu’il faut que les deux descharges se passent ensemble pour engendrer et engrosser; aussi, c’est pour cela que le plaisir en est plus grand et que la fille en ressent deux à la fois qui luy viennent, qui sont la liqueur de l’homme, d’une part, et la sienne qu’elle répand avec luy, de l’autre. D’où vient qu’il y en a beaucoup parmy elles qui se mocquent de toutes ces précautions, et qui ayment mieux recevoir un plaisir certain et infaillible et que l’on réitère souvent, que de s’en priver continuellement par la crainte d’une incertaine grossesse. Je dirois encore mille choses qui font que ceste grossesse n’est rien, mais croy moy seulement que celles qui ont bien envie de se divertir y donnent toujours bon ordre, soit que cela arrive ou par empeschement qu’elles y donnent (comme aussi l’on voit qu’il arrive rarement, et que de cent filles qui chevauchent en secret, il n’y en a pas deux qui engrossent), ou que si elles ne peuvent l’éviter, qui font du moins qu’on n’en parle jamais, après ou devant le coït. Mais fais en sorte que ceste crainte ne te vienne pas troubler en tes plaisirs; au contraire, recherche avec soin le moyen de les augmenter, car tu ne sçaurois croire enfin, quand tu l’auras mieux esprouvé, combien il est doux et charmant et qui passe tous les contentemens du monde de s’abandonner entièrement à une personne qu’on ayme, pour en faire à sa volonté.
Fanchon. Certes, ma cousine, vous auriez besoin de reprendre haleine après avoir parlé si longtemps, mais puisque vous vous en acquittez si bien, nous n’en demeurerons pas là, car j’ai encore trois ou quatre petites questions à vous faire, et je ne vous laisse aller sans que vous ne m’y ayiez répondu.
Susanne. Tu me tiens à ceste heure, et il n’est possible que je te refuse.
Fanchon. Ma cousine, je vous diray donc (62) que je crains d’estre devenue grosse, et si vous demandez pourquoy, c’est que toutes les fois que nous avons chevauché, Robinet et moy, il a voulu que nous ayons deschargé ensemble, pour y avoir plus de plaisir, car le combat de semence contre semence est entièrement voluptueux, et je vous demande si vous ne sçavez point quelque autre signe que celuy là pour me faire croire que je ne le sois point?
Susanne. O qu’ouy, vrayement. Ce n’est pas tout que descharger ensemble, il faut de plus que la femme, dans le point de la descharge, si elle veut que le coup porte, tienne les fesses serrées l’une contre l’autre et ne se remue en façon quelconque que tout ne soit fait et achevé. Or, regarde si tu en as usé de la sorte.
Fanchon. Pour bien serrer les fesses, je les ay tousjours serrées, et je pourrois bien estre grosse de ce coup là, mais pour avoir demeuré immobile comme une souche, au milieu d’un si grand plaisir, nullement, et c’est ce qui m’est impossible; ainsi j’ay tousjours remué avec le plus grand appétit du monde.
Susanne. Eh bien, cela seul est capable de l’avoir empesché, parce qu’en se remuant ainsi cela fait aller le foutre de l’homme çà et là, et il ne tombe pas justement au lieu où il devroit dans celuy de la
femme, ce qui fait (63) qu’on engrosse. Mais pour serrer les fesses tu ne t’en doibs pas estonner parce qu’on ne s’en peut point empescher, ce qui est de l’essence du plaisir d’amour de les faire serrer ainsi; car en avançant le cul en avant, elles viennent à se presser l’une contre l’autre de nécessité et à se faire petites, de la force qu’elles ont à se joindre, et à mesure qu’elles se serrent ainsi par derrière, la nature, qui ne fait rien en vain, fait battailler davantage par devant l’entrée de la matrice, en approchant contre l’homme, à cause de la commodité qu’elle y trouve, et les lèvres du con, pour engloutir mieux le membre viril et se conjoindre ainsi d’autant plus à l’objet aymé; d’où vient que chacune des parties qui souhaite passionnément cette union, dit tousjours, dans l’action: serre, serre, serre! qui veut dire: serre par derrière et ouvre par devant, et cela ne manque pas d’arriver ensuite, ainsi que je l’ay dit.
Fanchon. Tousjours en raisonnant avecque vous vous m’apprenez quelque chose, ma cousine et me voylà toute consolée à présent touchant les difficultés de la grossesse, que je n’apprehende plus,
tant à cause de ces raisons là (64) que vous m’avez dites qui la peuvent empescher, que pour les remèdes que vous avez contés. Mais ne me sçauriez-vous dire d’où vient que les hommes sont plus ayses que nous leur touchions le vit avec la main que toute autre partie du corps? et mesme quand ils ont tout mis dans la nostre, ils se délectent encore, en faisant, à nous sentir la main qui leur patine par derrière les ballottes.
Susanne. Cela n’est pas bien mal aysé à décider: c’est qu’un des plus grands plaisirs qu’ils reçoivent est de cognoistre qu’ils nous en font, comme j’ay desjà dit, et c’est en cela que consiste la plus grande bonté de l’amour, qu’il veut partager esgalement tous les biens, en sorte que l’un n’en ayt pas plus que l’autre. Or, quel meilleur moyen avons nous de leur faire cognoistre qu’ils nous en font, si ce n’est en désignant avec la main l’instrument dont ils se servent pour nous en donner à gogo? Cela leur faict penser, quand nous leur touchons, que nous ne nous rebutons pas, et que nous voulons comme dire en nous-mesmes, tandis qu’ils nous regardent faire: Je prends plaisir à toucher cela avec la main, parce que c’est tout mon bien et mon bon-heur, parce que je l’ayme ainsi faict comme il est et que c’est par luy que je doibs recevoir mon plus grand plaisir. Cela les oblige bien sensiblement de leur costé, et l’attouchement de la main est bien plus exquis et qui faict mieux examiner à la femme qui taste ce que c’est de cest engin, par le soin qu’elle y apporte, que si elle se servoit de celuy de quelque autre membre. Cest attouchement aussi a bien plus de suc et de mouelle pour eux et les pénètre jusqu’au fond, et le simple maniement volontaire d’une main blanche et délicate qui se promène autour de leur baston pastoral est suffisant pour leur expliquer tous les mouvements du cœur de leur dame. La main qui s’applique doucement sur quelque chose est comme le symbole de l’amitié qu’elle lui porte, comme aussi quand elle s’applique trop rudement elle est un tesmoignage de haine. Nous touchons ordinairement les choses que nous aymons avec la main: deux amis se touchent dans la main pour dire qu’ils s’ayment, mais d’un amour purement spirituel et qui ne leur permet pas de toucher autre chose; mais celuy de l’homme et de la femme estant naturel et plus accomply, en ce que le corps et l’esprit y ont part, ils se touchent aussi l’engin dans la main l’un de l’autre, pour se dire qu’ils s’ayment, et une femme qui faict et souffre cela réciproquement à un homme, luy tesmoigne bien plus sensiblement qu’elle l’ayme que si elle ne le faisoit qu’à la main, car nous n’avons rien de plus cher que les coüillons, et je dis, bien plus, que si elle se laissoit baiser, embrasser, chevaucher, foutre, enconner, en un mot, descharger le vit en son con, et qu’elle refusast néanmoins de luy toucher le vit, elle ne luy tesmoigneroit point si véritablement qu’elle l’ayme que si elle venoit à luy mettre simplement la main dessus, par affection, et qu’elle refusast par crainte de se laisser faire le reste. Aussi est cela le comble du plaisir amoureux, quand la femme ne peut plus rien toucher à l’engin de l’homme qu’elle a tout dans le sien, elle tasche au moins de luy toucher sur le bord ce qui luy en reste dehors dans l’union des deux
membres, et faict caresse à ses ballottes (65) qui sont les ministres du plaisir. Il n’y a point de plus grandes privautez que celles qui se font de la main, et la nature qui a prévu à cela que l’homme peut recevoir deux plaisirs à la fois, qui sont celuy du con et de la main, elle luy a laissé une assez grande partie et espace du vit derrière les coüillons, qui ne peut entrer et qui va rendre jusqu’auprès du cul, afin que la femme peust luy toucher, mettre la main dessus, gravonner pendant le temps de la conjonction. Cela monstre bien
qu’il n’y a dans la composition de tous deux (66) rien qui ne soit à dessein et dont il n’y ayt des raisons, si on les vouloit esplucher, et partant c’est bien abuser des moyens que la nature nous a donnés pour nous contenter que de ne les pas employer tous selon l’usage pour lequel ils ont esté faicts. Je me suis un peu estendue sur ce discours, parce qu’il me touche à mon esgard et que c’est là aussi un des plus grands contentemens de mon amy, lorsque nous
sommes nud à nud entre deux draps, lorsqu’il voit que j’ay (67) les mains bien blanches, que de les appliquer en ce lieu que l’on appelle improprement honteux, parce qu’il est la cachette du plus grand plaisir du monde et qu’il nous faict souvent rougir de honte, par trop d’ayse, quand nous y touchons. Comme aussi je reçois une double joye en mon cœur quand il ne dédaigne pas de me faire les mesmes caresses; car je te prie, ma chère cousine, quel plus grand délice de voir un petit bout de chair flasque pendant au bas du ventre, de son amy, que nous prenons avec nostre main et qui peu à peu se dresse, tant que tout à coup il devient si gros qu’à peine le pouvons-nous empoigner avec une main, et la peau en estant si délicate que l’attouchement de la main seul nous faict pasmer d’ayse, et lorsqu’il est ainsi bien roide, en le broyant bien doucement, vous le sentez enflammé de chaleur et d’une couleur cramoisine qui vous dilecte entièrement la veuë, tellement qu’à force de le frotter, vous faictes extasier vostre amy et voyez enfin que le vit vous crache contre les doigts une liqueur blanchastre, tout opposée en couleur à celle du vit lors qu’il est ainsi en fureur, qui estant passée faict que nous le laissons vistement tomber en mesme façon que nous l’avons pris, jusques à ce qu’un peu après nous recommencions.