Lettres d'une amoureuse
Chapitre LI
O mon amour, quelle souveraine joie de dormir dans le bonheur! Quand il vous enveloppe et vous ferme les paupières, il y a des sommeils immatériels tout baignés de lumière. Et ces demi-réveils où le coeur a juste la force de soupirer, pour retomber ensuite dans l’abîme d’une inconscience heureuse!… Dormir est pour moi une chose effrayante, et chaque nuit ramène dans mon âme cette sorte d’épouvante que j’éprouve à savoir que je vais oublier, que je vais devenir inattentive et sourde aux battements de mon coeur. Mais si je dors sur le tien, cette terreur disparaît, et j’aime à me sentir mourir pourvu que tu vives.—Je me le suis dit souvent: lorsque tu seras perdu pour moi, j’entrerai dans un sommeil sans réveil, car la vie aura cessé d’être; mais il me restera les rêves où reviendront mes souvenirs!