Mon binôme

Charles Pennequin · Chapitre 2 sur 4 · partie 1/3

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Mon binôme

Exergue

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.

Charles Pennequin

 

Mon binôme

 

P.O.L

33, rue Saint-André-des-Arts, Paris 6e

 

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Il se coupait lui-même la parole

 

Lichtenberg

 

J’ai ma conscience contre moi

D. Fourcade

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j’ai bien connu annabel, tu l’as même pas connue, annabel mogette elle

habitait pas loin, et son mari aussi, elle avait pas de mari, t’as rien connu, j’ai

très bien connu cette femme, tu n’as rien vu rien entendu, j’ai beaucoup parlé

d’elle, j’ai parlé à cette femme, mais tu l’as pas connue, c’est moi, moi seul qui

l’ai connue, j’ai rien connu que cette femme, et son mari, tous les maris

d’annabel, elle avait pas de mari, son mec il faisait des balades, il en fait

encore, n’importe quoi, on le voit revenir de la plage, ou c’est la grève, il

déambule tout le long, il est marchand de poisson, ha ha ha, t’as rien connu,

tu ne sais rien du mari d’annabel mogette, sa mère aussi je l’ai connue, tu l’as

même pas connue, je l’ai juste vu à la télé, quand elle est morte, ha ha ha, elle

est même pas morte, elle parlait des morts dans la télé, mais elle elle est juste

vieille, elle est même pas si vieille, tu dis que des conneries, quel âge elle a,

elle parle qu’à des vieux, fais pas le malin, c’est toi qui fais le malin, t’as rien à

dire mais tu veux toujours faire le malin, je ne suis pas malin, parler des

vieux à un moment pareil, il faut pas être malin, on parle des morts, et c’est

elle qu’on accuse, et on l’accuse à tort, et moi je dis qu’on a raison, on a raison

de l’accuser à tort, moi je dis pas pareil, on a raison d’avoir tort, ça nous

regarde pas, les gens ont toujours envie d’enterrer le voisin, c’est dans la

france, en france on enterre le voisin, on le dénonce à tour de bras, c’est

connu, le goût français, moi j’ai bien connu cette femme, et sa maman, et son

papa, n’importe quoi, elle avait pas de papa, elle parlait tout le temps de son

papa, même que le dimanche elle attendait après sa sœur, laquelle de sœur,

elle en avait au moins deux connues, l’une d’elles l’emmenait voir son vieux

père, tu ne sais rien des sœurs et du vieux père, et j’ai bien connu aussi ses

maris, et tous ses chats, quand je couchais avec elle, je respirais tous les poils,

elle en avait plein la bouche aussi, des chats puis des maris, t’as respiré aucun

poil, elle parlait tout le temps de son sexe, tu connais rien du sexe, je la

mangeais doucement, elle t’a bouffé tout cru, je tétais ses seins blancs, elle

utilisait le mot goûtu, t’as pas connu annabel mogette, tu confonds tout,

goûtu c’était pas elle, c’est pas dans son jargon, ni dans celui de sa mère, sa

mère c’est plutôt tremblements, et toi c’est alzheimer, tu connais pas

alzheimer, je connais bien alzheimer, et je sais de quoi je parle, goûtu c’est

pas chez mogette, quand elle me donnait la becquée, elle t’a jamais nourri,

chaque fois on passe devant chez elle, elle y habitera plus, je venais pour la

saluer, chaque fois tu veux faire un détour, un jour je te quitterai, et tu seras

bien attrapé, je ferai plus de détour, c’est elle qui m’a attrapé, et toi tu y

retournais, tu venais pour la baise, n’importe quoi, j’allais pour l’écriture, puis

elle a plus voulu, elle a dit j’écris plus, ou je veux plus qu’on me baise, je sais

plus trop, en tout cas tu y retournes, n’importe quoi, cette femme est morte

maintenant, c’est dans les écritures, c’est elle qui te l’a annoncée, elle t’a dit

qu’elle mourrait, je me fous en l’air qu’elle disait, je suis prête à mourir,

j’attends juste le feu vert, n’importe quoi, c’est dans tes écritures, c’est comme

tes rêves, tes écritures c’est pas la réalité, je lui mordais les épaules, tu

continues d’inventer, on restait à se regarder, tu peux pas t’empêcher,

j’attendais à sa porte, t’inventes des alibis, elle disait faut que je trouve des

amants, t’es plus qu’un alibi, elle me cherchait, tu t’inventes trop, on se

retrouvait, tu fonctionnes pas, on était dans des trains, t’es dans ta tête, je lui

lisais des poèmes, t’es plus qu’une bile, avec la langue au chat, t’en baves de

toute cette bile, et tout plein de poils en bouche, tu tournes dans la folie, je

mettais du bois dans la cheminée, elle lisait pessoa, je m’étendais sur le tapis,

ou bien c’était kaa, je me promenais dans les hôtels, tu te souviens de rien,

c’est moi qui me promenais dans les hôtels, on se baladait dans les cirques,

arrête de faire le clown, elle me faisait bien à manger, vous buviez toute la

nuit, ça coulait sur ses seins, on s’endormait doucement, n’importe quoi, on

doit pas parler de la même, bien sûr que si, celle dont je te parle moi elle

habitait au premier, la mienne aussi, celle dont je te parle moi elle faisait de

la peinture, et c’est toi qu’elle croquait, celle dont je te parle moi elle causait à

son animal, et tu lui répondais, celle dont je te parle moi elle portait la

popeline, celle dont je te parle moi elle avait la taille ne, et la poitrine

ouverte, celle dont je te parle moi elle avait une petite chambre, celle dont je

te parle moi elle avait une chambre avec un grand lit, celle dont je te parle

moi elle avait deux petites chambres, celle dont je te parle moi elle avait deux

grands lits, celle dont je te parle moi elle dormait dans une cave, celle dont je

te parle moi elle avait un petit, celle dont je te parle moi elle crachait dans sa

bouche, c’était pour le nourrir qu’elle disait, celle dont je te parle moi sa mère elle passe souvent à la télé, quand il est question des vieux, c’est elle qu’on va

chercher, celle dont je te parle moi son mari il est dans la patate, vendeur de

tripes à la sauvette, n’importe quoi, il est dans l’écriture, ou la composition,

ou bien c’est porteur de tréteaux, voilà, intermittent notoire, va-cul-nu, je

sais plus, tu fais que plus savoir, celle dont je te parle moi elle avait une

chaise longue, et un tronc d’arbre aussi, celle dont je te parle moi elle a un

appentis, une petite kitchenette, une fenêtre sur l’étang, un vieux poêle à

mazout, une cave pleine d’araignées, celle dont je te parle moi elle dit

« patalon », celle dont je te parle moi elle a une vieille penderie, elle y

enferme ta paperasse, une bonnetière pour les disques, n’importe quoi, c’est

toi qui as une bonnetière pour les disques, elle aussi, c’est nouveau, celle dont

je te parle moi je lui tétais les seins pendant des heures, je tétouillais, c’est

nouveau tout ça, j’aime bien les seins, j’aime bien téter, j’aime toucher le téton

dur avec mes doigts, j’aime bien les mains qui appuient fort et mordiller,

j’aime bien tourner autour du téton avec la langue, et puis téter longuement,

j’aime beaucoup ça, n’importe quoi, c’est tout nouveau tout ça, la mogette elle

avait pas le téton dur, elle avait pas de téton du tout cette femme, n’importe

quoi, celle dont je te parle moi elle a de beaux tétons bien ronds, alors tu

déconnes, je déconne pas, t’es malade, je suis pas malade, t’es amoureux

d’annabel, je suis pas amoureux, t’es fou d’amour, je suis pas fou, t’es cérébral,

je suis pas cérébral, quand t’es amoureux tu souris, je suis pas sourire, t’es

bête, je souris pas bêtement, t’es tout sourire à la vie, je suis pas vivant, tu ne

sais rien, t’es bêtement dans la vie, t’es malade d’amour et tu souris bêtement,

et tu penses à rien, je suis pas cérébral, c’est des malades les cérébrals, et toi

t’es pas comme eux, tu souris pas bêtement, pas que bêtement, t’es que

malade, je suis dans l’amour mais je suis pas cérébral, les cérébrals ils sont

pas dans l’amour, c’est une bonne maladie, je suis pas malade, c’est des

malades les cérébrals, ils sont comme toi, ils sont malades mais pas

entièrement, parce que toi t’es entier, moi je suis malade mais entièrement,

eux ils sont pas malades d’amour comme moi, moi si j’étais eux je serais pas

que cérébral, car je ferais tout marcher, je fais marcher les muscles, et le

cerveau il est pas tout seul à travailler, c’est tout qui travaille quand t’es

malade d’amour, alors t’es bien malade d’amour hein, oui mais moi je suis

pas qu’un cérébral, je suis dans l’amour mais l’amour c’est pas que pour les

cérébrals, donc t’es malade d’amour hein, je suis pas malade parce que je suis

pas cérébral, c’est les muscles aussi quand t’es malade d’amour, alors t’es

malade d’amour hein, les cérébrals ils ont que le cerveau, mais je peux pas

être uniquement cérébral, non tu peux pas, non je peux pas, et pourquoi tu

peux pas, parce que j’ai la bite aussi, y’a pas que le cérébral qui tourne dans la

vie, y’a la bite aussi, et toi tu travailles de la bite, toi quand t’es malade

d’amour tu travailles pas que du cerveau, t’as la bite aussi quand t’es malade

d’amour hein, parce que y’a pas que le cerveau dans la vie, quand t’es pas

qu’un cérébral, t’es dans ta bite aussi, t’as pas que le cerveau, parce que t’es

malade d’amour hein, ou alors t’as la bite dedans et ça tourne, et le cerveau il

tourne aussi, le cerveau il tourne il est tout maboule le cerveau, et c’est la bite

qui pense, c’est la bite qui devient cérébrale quand t’es malade d’amour, t’es

cérébral de la bite, alors t’es malade d’amour hein, je suis malade d’annabel,

et elle était fortement cérébrale, et ça la travaillait beaucoup aussi, elle

pensait beaucoup à bite, tu veux la bite elle disait, je ne pense pas qu’à ça je

disais, tu es un obsédé elle disait, je ne suis pas qu’obsédé je disais, tu veux la

bite tu l’aimes elle disait, je n’aime pas que la bite je disais, tu la sens, je sens

rien, tu veux m’aimer en bite elle disait, c’est moi qui le disais, c’est elle qui le

pensait, tu veux me voir dedans, je veux me voir dedans, que je sois en bite,

que tu sois en bite, dedans toi, dedans moi, et que tu me sentes, sentes bon la

bite, la bonne chair, elle me suçait, c’est de la chair qui suce, je suis dans ta

chair, je suis la chair qui suce, je suis de la peau de bite et tu veux la sucer, tu

veux manger ma chair, que je sois dans ta chair, je veux être toi, tu veux être

moi, ma propre bite, et que je sois plus rien, plus rien qu’un mangé de bite,

c’est ça qu’elle me disait, t’es bon qu’à manger des bites, c’est moi qui lui

disais, tu veux une bite, tu la cherches, elle te touche, c’est la mogette qui

touche, la bite elle touche tout d’elle, est touche-à-tout, la bite va s’occuper de

toi mogette, te faire devenir, devenir bite, voilà, c’est là où tu iras, tu vas dans

mon devenir bite, c’est mogette qui le dit, elle me disait les trous c’est toi, c’est

moi qui ai les trous, et ils sont là pour toi, l’essence de bite, c’était les trous, et

ils sont toi, toi sans ta bite, tu n’as plus qu’à venir, venir coller ta bite, comme

ça tu seras recomposé, tu seras de la compote composée, popote, tu seras

popote, et tu seras dedans, la bonne popote, comme dans une boîte, c’est la

boîte à popote, et tu veux la fermer, que ça bouche avec ta bouche, tu veux

fermer pour plus qu’on ouvre, pour plus voir le gros trou à popote, et tu le

verras plus, et tu veux bien qu’on bouche, et puis qu’on soit dedans, dans la

belle bouche, boîte et belle bouche, et que je sois dedans, et que c’est bon, et

j’aime la bonne popote, c’est moi qui le dis, je suis une bite qui parle, et ça parle dans ta bouche, ça vient parler en toi, que me disait la bite qui parle en

toi, elle parlait à popote, elle me disait pense à des choses dégueulasses, et

que la bite dégueule, qu’elle dégueule la popote, qu’elle ait des choses à dire,

que la bite-chose soit dans ta gueule, c’est ça qu’elle me disait, et toi t’étais

popote, je n’étais plus popote, t’étais dans la chose gueule, et qu’elle soit belle

qu’elle me disait, c’était comme la beauté, c’est popote qui parlait, elle me

parlait de sa beauté, qu’elle se durcisse en toi, en tes pensées, et tes pensées se

durcissaient, toutes les pensées qui aboyaient, c’est maintenant qu’elle aboie,

c’est la pensée qui m’aboie je me disais, c’est la mogette, elle pensait qu’à

popote, et moi je suis normal, je suis pas la mogette, je n’aboie pas, je veux

penser normal, que veulent les gens normaux, ils n’aboient pas, ça veut

penser normal, ça n’est pas nous, ça n’est que dans leur normal à eux, ils n’ont

pas la tête à nous, et nous est-ce qu’on a une tête normale, on a la tête des

gens normals à nous, on pense comme ça vient, comme viennent les choses

normalement, les gens qui viennent dedans, c’est que des choses normales,

c’est que de la pensée à nous, c’est ça qui les fait tenir, quoi de plus normal,

anodin, tranquille, quoi de plus facile de rentrer dans de la pensée, surtout

quand on veut être normal, quoi de plus volontaire, de plus humain, quoi de

plus terre-à-terre, quoi de plus gai, quoi de plus vivant, quoi de plus sain,

quoi de plus égayé, quoi de plus rafraîchissant, quoi de plus sourire, quoi de

plus engageant, quoi de plus bonhomme, quoi de plus quoi, quoi de plus

quoi quoi, quoi normal de plus, normal de plus que quoi, quoi de plus plus

plus, à part mon alphabet, quoi de plus dedans, à part mon annabel, je suis

plus dans maman, je suis plus dans papa, je suis dans plus personne, ni

même en toi, je n’étais plus chez moi, t’étais chez annabel, tout petit déjà tu

t’échappais de chez toi, je n’habitais pas là, t’allais sonner le soir, tu connais

pas le père, ni même la mère, tu connais plus qu’annabel, tu es analphabète,

et tu te connais plus, elle habitait à l’ouest, et toi tu perds le nord, tu étais tout

petit, tu attendais qu’elle t’ouvre, mais elle t’a pas ouvert de suite, il a fallu que

tu sonnes à nouveau, sur la porte il y a écrit ne pas sonner bébé dort,

n’importe quoi, c’est marqué attention chien méchant, ou bien c’est pas de

publicité merci, car elle veut pas qu’on l’envahisse, mais elle nit par

t’accueillir, et elle te dit ah oui c’est toi, je t’avais pas entendu, ça ne fait rien,

est-ce que tu veux du thé, oui je veux bien, alors j’en fais chauffer, il faut aller

se coucher, mais je n’ai pas sommeil, tu vas dormir quand même, je vais

dormir sans toi, et le thé va refroidir, et toi tu veux plus de moi, j’ai déjà plus

ma place, je veux déjà pas faire ma vie, je peux pas être à ta place, je suis pas

dans ma vie, qu’est-ce que tu veux, je veux être à ta place, est-ce que tu veux

vivre, on peut quand même pas être à la place de toi, faire ta vie, tu veux la

faire, tu fais ta vie comme on se couche, tu ne sais pas pourquoi tu te

couches, tu te rends même pas compte de ce que tu me fais, tu prends tes

responsabilités, tes responsabilités ne sont pas responsables, personne n’est

responsable de toi, même tes responsabilités, enlève le patalon, pourquoi tu

enlèves le patalon, tu ne sais pas parler, on ne peut pas se dire adieu sans que

tu enlèves le patalon, c’est toi seul qui t’enlèves le patalon, tu sais de quoi je

parle, à quoi je fais référence, tu sais bien de quoi il est question, tu parles de

quoi, quelle était l’allusion, je sais de quoi tu parles, t’es toi seul, t’es un, tu fais

ta vie dans un, remets ton patalon, tu veux être un, tu veux t’appeler un, en

un seul jour, et puis tout raconter, tu veux dire j’ai connu un jour, et j’ai

connu la femme qui a connu la femme, et la femme un jour elle est morte, et

tu ne veux pas parler à la morte, tu veux parler d’elle, de la femme, et de la

femme qui est morte un jour, pas celle dont tu parles, l’autre, pas celle qui

connaît la femme qui est morte, mais de l’autre morte, celle qui est morte le

même jour et dont personne ne parle, qui me parle, personne te parle, tu n’as

plus ta parole, on peut plus t’écouter, quelqu’un aurait voulu te parler, qui a

voulu me parler, quelqu’un a voulu la parole, je ne l’ai pas laissée, c’est moi, je

n’ai pas laissé quelqu’un parler, c’est moi, ma faute à moi, la grosse faute, je

n’interviendrai plus, je laisserai faire quelqu’un, j’ai quelque chose à dire mais

je vais laisser faire, il faut que ça me dise, qu’on vienne me dire et que ça me

dise, qu’on ne me parle pas, quelqu’un ne me parle plus, ne m’appelle plus, ne

me dit plus, il faut que je respecte, c’est moi qui ne respecte pas, je n’ai rien à

respecter, quelqu’un ferait bien de respecter, il ferait tout pour moi, à part

me respecter, c’est ce qu’il a dit, il a dit qu’il me respecterait, et qu’il ferait

quelque chose, qu’il fallait que je l’appelle, a-t-il avancé sur la question, je

questionne quelqu’un, c’est quelqu’un qui doit s’aventurer là-dedans, il

s’aventure pour moi dans la question, moi je suis resté bête, je reste souvent

bête devant quelqu’un, j’ai l’impression de tomber des nues, c’est quelqu’un

qui me le dit, je tombe aussi dans la question, est-ce qu’on est bien avancé

me dit quelqu’un, je sens que les choses se vident, c’est quelque chose ou

bien plusieurs, c’est tout en même temps qui vide, quelqu’un n’est plus le

même, ce n’est plus le même homme, c’est une femme, quelqu’un m’a parlé

comme on parle à une femme, on voit bien ce que je vais répondre, on va fermer les yeux, on nous énerve avec ses réponses, il répondra pas comme il

faut, il a la bouche incurvée, la bouche est rentrée dedans, il est maintenant

dans sa bouche, il l’embrasse, quelqu’un est aussi dans ma bouche, ou c’est sa

bouche qui est en moi, j’aimerais qu’on me parle, qu’on m’embrasse très fort

dedans, c’est la question des bouches, toutes les bouches parlent, sans moi, je

parle dedans ma bouche, ma bouche est tout au fond, quelqu’un y passe sa

langue longuement, sa langue vient penser ma bouche, longuement

quelqu’un m’habite, il devient moi, il met mes vêtements, quelqu’un se

couche sur moi, je caresse les cheveux de quelqu’un, j’avance mes mains, je

mets ma tête, c’est la tête à quelqu’un, je ne la verrai plus, je ne sentirai plus

rien, je ne vivrai plus, je vis en quelqu’un, en quelques-uns même, ils sont

nombreux à venir me caresser la tête, je sens que les choses se vident,

quelque chose me dit que les choses vont te vider à force, quelque chose me

les dit, il vient pour embrasser la chose, il dit tout le monde se touche un

jour, tout le monde nit par se toucher, moi-même j’arrive à me toucher, je

touche mes bras c’est normal, je n’ai pas mes bras éparpillés dans toutes les

pièces, je ne suis pas éparpillé dans toutes les pièces c’est normal, c’est rigolo,

ce n’est pas rigolo, nous ne faisons que nous croiser, tous les humains se

croisent sur la terre, ils se touchent, c’est rigolo, il n’y a pas de quoi rire, nous

ne sommes pas là pour rigoler, on peut pas rigoler d’être comme à moitié

dehors, avec un pied toujours dedans, un pied en nous où nous devrions

être, alors que c’est là qu’il semble qu’on soit le moins souvent, où alors avec

seulement un pied à l’intérieur, un pied prêt à pourrir dès que l’occasion se

présente, qu’est-ce qui travaille à l’intérieur, qu’est-ce qui peut autant me

travailler, peut autant me donner du travail, qu’est-ce qui vient pourrir à

l’intérieur, c’est l’intérieur du temps, comme un travail formulé, c’est formulé

à peine, c’est dans du temps, une question de temps et qui roule à l’intérieur,

qu’est-ce qui peut autant me donner cette boule inquiète qui roule dans la

pensée, dans de la peau, de la pensée inquiète du temps, qui roule à peine

commencé, un temps à peine posé et pourtant bien posé, mais également si

peu donné à cette peau, cette pensée, ce travail à peine effectué, cette boule à

peine trouvée, même pas vue, et sentie si peu, qu’elle se quitte elle-même, je

voudrais tout quitter, je voudrais ne plus être, ne pas avoir été, ne pas avoir à

y être, à y devenir, quel est mon devenir, qu’est-ce qui m’en empêche,

personne m’empêche d’y venir, qu’est-ce qui peut être, peut se faire, tout se

fera, sans moi, tout peut se faire sans moi, c’est qui d’ailleurs, quel est cet être

qui se fait sans lui, tout se fait sans lui, même lui, personne peut dire

comment on doit être, et comment il faut penser, et comment être au

monde, personne peut te dire comment, et te forcer la main à y être,

personne peut forcer personne à mettre la main à la pâte, personne peut

penser ça, et comment être au monde, personne peut dire comment on y est,

personne peut savoir comment on entre au monde, comment on est dedans,

personne peut rien dire là-dessus, personne peut savoir si vraiment tu y es,

ou si tu fais semblant, t’es dans le monde, tu dois agir, tu sais pas si tu te tais,

tu sais pas pourquoi tu marches, et pourquoi tu marches et te tais, pourquoi

ça fonctionne dans le fonctionne-pas, tu sais pas si ça va encore fonctionner

dans le fonctionne-pas, il n’y a pas de raison, pourquoi ça ne fonctionnerait

pas dans le fonctionne-pas, et pourquoi je te donnerais raison, pourquoi j’en

viendrais au fait de te donner raison, alors que rien ni personne ne m’a

demandé d’avoir un avis sur la question, je n’ai d’ailleurs aucun avis à

donner, je n’ai aucune idée du pourquoi, j’aurais des raisons à donner, je n’ai

aucunement envie de me pencher sur la question, c’est la question de

l’aboiement, pourquoi il faut toujours aboyer avec toi, je n’aboie pas, j’écris, je

ne suis pas aboyeur public, tu me parles comme à un chien, c’est pour

donner de la voix, tu es le dernier des hommes, je ne fais pas des prouesses,

mes phrases ne sont pas prouesses, ou promesses de prouesses, honte à toi,

je ne veux pas de ta peine, je veux rétablir la vérité, ce sont les écritures, ce

sont mes vérités, je suis la vérité, la vérité du siècle, pourquoi tu ne veux pas

voir le siècle, je veux voir le présent, tais-toi, la pure respiration du présent,

fais-toi taire, je veux rétablir la peine, c’est ta peine de mort, ton écriture

rétablira la peine de mort, je suis dans l’élimination, c’est l’épreuve nale

avant de disparaître, j’attends d’être éliminé, pour pouvoir disparaître,

pourquoi tu t’élimines de moi, je m’éliminerai pas, je serai toi, tu ne peux pas

être toi, tu es moi, je veux être moi, j’ai le droit, tu n’as pas le droit en toi, je

suis le droit, tu n’existes pas, je sais que j’ai le droit d’exister, c’est mon droit,

j’ai parfaitement le droit d’être, d’avoir une existence propre, rester propre, je

connais le droit, le droit constitutionnel, le droit des affaires, le droit privé,

c’est écrit dans tous les pays les droits, on a écrit que j’avais le droit, personne

peut dire que j’existe pas, dans n’importe quel pays, n’importe quelle langue,

personne a le droit, j’ai le droit dans tout le monde, personne peut dire, et

que c’est pas possible, et que tout le monde fasse du droit, et on verra bien,

pourquoi je n’aurais pas le droit de faire du droit, pour être un bon humain, pour faire partie des humains, pourquoi on ne veut pas, que je ne fasse pas

un bon humain, pourquoi je ne serais pas digne d’être quelqu’un, après tout,

pourquoi on me dit qu’après tout tu peux t’en aller, tu peux sortir de

l’humanité, t’as rien à foutre là, tu fais pas partie des humains, pourquoi on

veut que je déguerpisse au plus vite, t’as rien à foutre avec l’espèce humaine,

ta place est ailleurs, tu dois dégager le terrain, laisser place à l’autre, t’as plus

rien à faire ici, il faut décamper au plus vite, ne plus laisser de traces, tu es un

obstacle à l’autre, tu dois t’écraser, demeurer l’écrasé, faire partie des morts, et

même des morts tu feras pas partie, tu feras partie de rien, tu seras plus que

dans le rien de toi-même, le rien du toi qui pousse, se pousse, pour dégager

la voie, plus faire barrage au reste, c’est-à-dire à l’espèce, il faut que tu te

sépares de toi, que tu sois dans l’espèce, je compte, moi aussi je compte, il

faut que je compte les minutes qui me séparent de moi, c’est mon lieu de

travail, je veux me rapprocher, je me rapproche du lieu de travail, il faut que

je compte les minutes qui m’en séparent, tu ne travailles pas dans la

séparation, je suis en train de travailler, mais il faut que t’ailles dans un lieu

qui s’appelle le lieu de travail, pour travailler, je ne veux pas travailler, il faut

faire le travail au lieu de travailler, tu vas trouver là-bas ton travail, je trouve

mon lieu de travail, c’est avant d’aller travailler, c’est le lieu du travail, alors

que je n’y travaille pas mon travail, donc c’est avant d’aller à mon lieu de

travail, c’est tout en m’y dirigeant, c’est dans le train qu’il faut que je me

concentre pleinement, pour être pleinement dans mon travail et être très

productif, et donc je compte les instants, les minutes qui me séparent de

mon lieu de travail, pour savoir combien il me reste avant qu’on m’empêche

de travailler, on t’empêchera, personne peut m’empêcher, je travaillerai dans

le train, la tête du train, la tête des gens, c’est toute leur vie, leur tête, le train

de vie des gens, je ressemble à cette femme qui me regarde xement, ou à cet

homme, le nez dans le journal, je m’endors pareil que cet autre, voire celle-ci

à mes côtés qui lit du chinois, pour moi c’est tout pareil, je lis comme elle,

pour moi tout est du chinois, on pourrait croire que je suis dedans, alors que

le monde m’a devancé, que le monde m’enterre, que je suis déjà foutu par

terre, que je comprends plus rien, comme les millions de moi-même, et

comme des millions d’eux-mêmes je suis dans le train, et on descend par

millions, et on se serre nous-mêmes, on a la gorge serrée, et on veut plus

parler, moi j’entends tous les mots, les mots m’entendent aussi, ils parlent, les

mots parlent dans la tête des gens, plein de gens avec des mots, une pleine

tête, et ça s’entend, le plein de paroles, plein de gens avec des boules de mots

dedans, dehors, pour faire les gens, qui sortent, des gens qui pensent, c’est les

mots qui les pensent, qui sont dans la tête, plein de têtes partout dehors et

qui se mettent à penser dedans, des gros paquets de mots, des boules à

penser partout, tout autour de nous, il y a des mots qui tournent, qui font

des grosses masses, des phrases, des grands blocs qui passent, des mots qui

tombent sur la tête, comme des sacs de sable, ou comme des trous, il y a

comme des gros trous de mots partout où les gens peuvent tomber, ils

s’entassent, tous les mots s’entassent, ça tombe dans la tête des gens, la tête

des gens est entassée dans la parole, la tête des gens ne parle pas dans la

parole, elle tasse, personne parle dans la tête des gens, la tête des gens ne

connaît plus la parole, personne connaît plus ce qui se passe, tout le monde

est entassé, personne continue de parler, tout le monde aboie, ouah ouah, va

bosser, ouah ouah, ne pas penser, ouah bosser, bosser ouah ouah, tête de

train long, je suis dans la tête de train, tête de train long, personne ne parle,

ça pense, personne ne pense, tête de train long, je suis en tête, je pense,

personne ouah ouah, va bosser, va bosser, tout le monde s’écrase, il faut

tasser, tête de train long, rien ne se ferme, encore tasser, les maisons qui

passent, les blocs d’air, la respiration, rien veut se fermer, tout le monde ouah

ouah, nous sommes dans l’air, on nous emporte, tête de train long, je veux

pas m’emporter, je suis dans ma tête, tu penses ouah ouah, je suis en train de

bosser, je comprends rien à tout ce que je fais, je comprends rien au travail,

je comprends pas la vie, je sais pas ce que c’est que vivre, l’adjudant sait, il

connaît la vie, c’est le colonel qui le dit, le colonel m’a demandé si j’allais bien,

j’ai dit oui, il m’a demandé si j’étais guéri, j’ai pas répondu, l’adjudant a

répondu, le colonel dit à l’adjudant je vous ai pas parlé, j’ai demandé à lui, le

colonel a demandé comment ça va à lui, j’ai répondu, le colonel a dit je vous

ai rien demandé, je parlais à l’adjudant, et l’adjudant a ri, je vais t’apprendre à

vivre, c’est le colonel, je ne sais pas apprendre, tu vas apprendre la vie, c’est

l’adjudant, je souris, maintenant on sait comment faire, c’est le colonel, on a

tous les éléments du puzzle, c’est l’adjudant, mettez-vous à notre place, c’est le

colonel, ce sont des boniments, c’est l’adjudant, c’est dixit l’adjudant, ça fait

une heure qu’on t’attend, je suppose que tu fais pas ton boulot, dixit

l’adjudant, et toi je suppose qu’il faudrait tout expliquer, et toi je suppose que

c’est pas ta faute, et toi je suppose tu pédales dans la semoule, et toi je

suppose qu’on peut tout expliquer, et toi je suppose que tu fais à ta mode, et toi je suppose qu’on te répond de travers, et toi je suppose tu fais tes

cachotteries, et toi je suppose t’as le nez dans le guidon, et toi je suppose tu

ménages la chèvre et le chou, dixit l’adjudant, et toi tu restes dubitatif, et toi

tu veux faire le malin quand t’as dit dubitatif, et toi le savoir ne t’aide pas, et

toi le savoir t’a laissé choir, et toi le savoir t’a laissé choir comme une vieille

chaussette, et toi séchoir chaussette, et toi tu trouves ça moche les ellisions

toi, et toi tu mets deux « l » à élisions toi, c’est dixit l’adjudant, et toi tu n’as

pas connu annabel, j’ai très bien connu annabel, je ne sais pas qui c’est, tu ne

sais pas comment elle s’apelle, elle s’appelle pas annabel, comment tu

t’appelles annabel, je ne suis pas annabel, tu ne sais pas qui tu es, je suis

comme l’adjudant, tu es comme annabel, tu vis comme elle, je ne vis pas, je

suis dans annabel, tu ne parles pas, tu ne te questionnes pas, pourquoi cette

femme me désire, tu ne sais pas qui tu es, tu es dans mon désir, pourquoi

cette femme veut encore me voir, tu ne sais pas quoi faire de tes dix doigts,

pourquoi cette femme a besoin de moi pour vivre, nous n’avons pas besoin

de toi, nous vivons très très bien, nous sommes sans toi, et on se débrouille,

pourquoi vous m’avez laissé seul, pourquoi vous m’avez écarté, tu ne te rends

pas compte du mal, tu te rends compte de la folie, je ne suis pas fou, je veux

juste voir mon amour, je l’aime énormément, c’est ma petite maman, ma

petite lle, je te chéris mon bel amour, j’essaie de faire les choses en pensant

à toi, je vais bosser, je pense à toi quand je bosse, je n’aboie pas, je suis dans

le train et je vois les maisons, je fais des choses pour que tu sois contente de

moi dans ton cœur, que je te voie dans mon cœur avec ton sourire, je veux

faire les choses en me disant c’est pour toi, pour transformer l’amour, pour te

transformer en pain d’amour, pour mettre mes doigts partout dans le

bonheur et la pensée, c’est la pensée des doigts, dans le bonheur de la pensée,

et plein de doigts partout, dans tout le pain d’amour, c’est plein de bonnes

pensées, c’est des mains qui touchent, qui ont une action, qui ré échissent

l’action, qui transforment la pensée, comme jésus transforme les pierres,

jésus transformait les poissons ou les pierres, parfois c’était des gens, jésus

transformait les gens en pierre, moi je veux transformer mon amour pour

toi, mon amour est une pierre, il est dans les stylos que je touche, je touche à

tout pour rendre hommage à toi mon amour, c’est vrai que parfois je me

masturbe dans les toilettes, je me masturbe et le colonel n’est pas content, le

colonel dit qu’il ne veut pas qu’on se masturbe dans les toilettes, le colonel a

dit que s’il voyait quelqu’un aller aux toilettes et qu’il branlait dedans, il irait

le voir et le foutrait au trou, qu’il fout au trou les branleurs, le colonel a dit

que si on branle il nous prendra, il veut nous prendre pour des branleurs

maman, si on veut se branler le colonel a dit qu’on n’avait qu’à aller dans son

bureau, le colonel est un branleur maman, moi je veux plus jouer, car je

mange pas de ce pain-là, je pense à tes douceurs, je repense à ta nourriture,

quand tu faisais bien à manger, tu me donnais ta bouche aussi, et tout ton

corps pour mon bien-être, pour qu’après avoir bien mangé je puisse aussi me

repaître de toi, je t’aime pour toujours et même après ma mort je t’aime, je te

serre fort et te porte, je suis ton papa, mais secret, le papa caché au fond de

toi, le petit papa qui te veille et te sourit et te tient la main pour traverser la

route, le papa caché te fait un petit baiser, il te caresse les cheveux, ta journée

est belle, il faut que je te donne l’impulsion pour que ton cœur se remplisse,

et que tu voies les choses du bon côté, tu es ma maman, tu es ma naissance,

ta journée est belle et remplie, tu as des journées très remplies, je t’attends,

j’attends très longtemps, je te veille, je marche de long en large, je fais des

efforts, je veux avoir une belle attitude, je veux faire montre d’une belle

attitude, en marchant, donner l’exemple, montrer à mes contemporains que

je fais des efforts, que la marche est bonne, qu’il faut régler son pas, il faut

régler la marche sur toutes les marches, les bonnes marches carrées, les

bonnes attitudes, les comportements dignes, la droiture tant attendue de mes

contemporains, mais ma journée n’est pas remplie, il faut me trouver un

nom je me dis, un alibi, un emploi pour aujourd’hui, faut encore me trouver

une raison d’être, d’exister, de faire encore comme tout le monde, de m’avaler,

d’essayer de m’avaler, pour tout le restant du jour, et ce jusqu’au restant de

ma vie, ça veut dire que tu n’es pas libre, je suis très libre, tu n’es pas libre de

parler, je suis un oiseau, tu ne peux t’envoler, je suis libre de dire ce qui me

plaît, alors pourquoi tu restes là, tu continues d’attendre, il fait déjà tout noir,

tu continues de t’arrêter, tu ne veux pas t’arrêter en si bon chemin, il te faut

continuer, continuer d’arrêter, tu cherches le centre, tu veux partir de là, tu

veux partir du lieu où tout commence pour arrêter, il n’y a pas de centre,

c’est moi mon lieu, mon centre, le lieu et au bout rien, au bout du lieu du

centre, le centre de moi, c’est moi au lieu de rien, c’est le centre même, oui

c’est moi qu’il y a dans ce rien-là, oui, c’est moi le centre le lieu de tout, de

tout ce rien, oui, c’est moi le centre de tout rien, c’est tout à moi, c’est mon

tout, mon rien, mon tout oui, c’est moi tout oui, et je me donne, me donne à

tout pour être plus rien, je n’ai qu’à ne pas être, je n’ai qu’à ne pas naître, je n’ai qu’à pas me naître, pas être, je n’ai que le pas-être, je n’ai pas que plus à

être, et naître, une bonne fois, car la société ne voudra pas de moi, dans la

société je n’ai pas le droit d’être, je n’ai pas le droit de penser dans la société,

la pensée qui sort de moi est mauvaise, la société ne peut se servir du

mauvais, elle peut que me dire de m’éloigner de moi, c’est-à-dire de rentrer

dans la société, la société veut que je rejette mon identité, mon être, mon

identique dehors, que je me crache la tête avec toute la pensée dehors, que

tout ça soit dehors comme éjecté, comme une merde, que mon moi-merde

soit recraché de la société qui pense moi, ma pensée est comme de la merde,

il ne faut pas toucher, il ne faut pas me toucher, toucher à ma pensée

équivaudrait à embrasser la merde, la société me dit de me suicider, je vais

me suicider me dit la société, comme ça je ne pense plus à elle, je ne pense

qu’à la société, je n’ai plus ça dans la tête, tu as la société, elle te remplit la

tête, si je me suicide je n’ai plus rien dedans, je veux me tuer me dit la

société, pour qu’elle ne soit plus là, je ne veux pas penser à elle, je veux

penser mais sans elle, je ne veux pas mourir me dit la société, je veux me

suicider, je ne sais pas ce que je veux, je vais allumer la télé, je ne suis pas un

être, je suis violent, mon être est dans du violent, parce que je ne suis pas, je

suis violent parce que ce n’est pas la télé, je ne suis pas violent parce que je

suis dedans, c’est la télévision, mais la télé est violente, et moi je suis dedans,

et moi je ne suis pas, ce n’est pas moi, c’est moi qui suis violent parce que je

ne suis pas la télé, c’est moi la télé, je ne sais pas ce que je dis, je ne suis pas

en train de parler, c’est la violence, c’est violence télévisuelle, je ne suis pas le

même qui parle, je parle dans ma bouche mais je ne suis pas le même, on est

jamais le même quand on est la télé, il faut dénoncer la télé, il faut la

dénoncer au tribunal, je suis la télé parce que je ne sais pas ce que je dis, je

vais dénoncer ce que je dis, la télé montre des images, elle me montre la vie,

la vie est en images, mais je ne vois pas la vie dans la télé, la télé est la vie

hors de moi, avec des images, et ce ne sont pas les images de la vie, ce sont

les images de la télé, la télé me pense, je suis pensé par les images, il y a un

être à l’intérieur, c’est l’intérieur de la télé, et je ne suis pas dedans, je ne me

reconnais pas dans les images, je reconnais l’être qui se parle, la télé peut me

parler longtemps, moi aussi je peux montrer la parole, la parole peut sortir

de l’être, comme elle me sort de la télé, elle me fait naître, c’est la naissance de

moi dans la bouche de la télé, mais ce n’est pas moi, c’est qu’une image avec

des mots dedans, je ne sais pas comment ça procède, comment penser en

procédant, avec cette procédure, comment procédurer dans la pensée, il

faudrait discuter la procédure, et éteindre la télé, car on ne peut pas discuter

avec la télé, faut que ça circule, y’a rien à voir, on est des gens de terrain, on

circule dans le rien-à-voir, on ne s’embête pas, on est des embêtés, et ça reste

en nous, y’a pas à discuter avec la parole, c’est la parole des embêtés, et on ne

discute pas avec elle, on ne discute qu’avec des embêtés, on est seuls dans

l’action, on pense, ce n’est pas l’action qui pense, c’est l’être humain à

l’intérieur, c’est un être en action dans l’intérieur, c’est l’intérieur humain qui

pense, car c’est lui qui pense l’action, l’action est son produit, c’est le produit

ni de la procédure, la procédure n’a pas de pensée non plus, c’est comme les

écritures, les écritures veulent penser à notre place, elles pensent à embêter

l’humain dans l’action, l’action d’un humain c’est son écriture, sa seule

réalité, on est confronté à elle, c’est l’écriture qui nous confronte à la réalité,

elle nous travaille, c’est comme la mort, la mort travaille dans l’écriture, car

un humain s’est confronté à elle, elle vient pour affirmer l’action des

écritures, mais ce n’est pas elle qui pense, seule la pensée nous pense, et dans

l’action on ne pense pas, on est dehors, hors de la mort des écritures, car

longtemps on reste embêté par les morts, ou bien c’était les écritures, avec

des mots dedans, c’était les mots des morts, et ça venait par l’écriture, on

savait plus d’ailleurs d’où ça nous venait, mais on savait que ça nous

arriverait, que tôt ou tard on serait conscient des écritures, car il y aura des

mots comme des trous, et il nous faudra tomber dedans, depuis qu’on est

tout petit, tout petit déjà on nous bassinait avec les écritures, on tombait

d’âge en âge, dans la bassine des mots, et ça faisait des trous par la pensée, ça

posait les problèmes, c’est nous qui les posions, on posait les mots dans des

problèmes, et les problèmes nous faisaient poser des questions, car c’est nous

qui posons les questions ici, avec de la parole autour, car la parole est le

premier contact humain, c’est aussi le contact avec l’inconnu, mais l’humain

ne nous est pas inconnu, c’est la parole qui l’est, c’est elle qui sort de

n’importe qui, et avec n’importe quel inconnu, et c’est lui qui vous tombe sur

le nez, avec toutes ses questions qui viennent, elles viennent chez nous se

manifester, ce n’est pas lui le manifestant, c’est nous, c’est nous qui avons du

nez, et qui manifestons dans l’inconnu, pour que jaillisse en n la vérité, avec

son inconnu à lui, et puis avec son nez, ça y est, on voit jaillir le vrai, ça va

en n causer, ça parlera pas dans le vide, on nous plongera dedans, comme à

pieds joints dans le vide, pourquoi je tente pas d’être vivant, avoir mon propre vide, pourquoi je tente pas d’être un en moi, plutôt que d’aller chez

l’autre, pourquoi je vais faire du vide chez lui, plutôt que chez moi, pourquoi

tu ne viens pas chez moi je me dis, qu’on discute, je préparerai les plats, tu

pourras même t’asseoir, tu discuteras, pourquoi tu veux pas discuter, on fera

pas l’amour, tu viendras te poser, tu viendras te nourrir, tu mangeras des

bons féculents, ça te fera grossir, tu mangeras beaucoup de patates, je ferai

un seau de patates si tu veux, et tu viendras, et tu te poseras doucement en

moi, tu parleras à moi, tu auras envie de rester, tu demeureras comme chez

toi, tu seras vivant, tu vivras en toi, avec moi, pourquoi tu ne viens pas, je ne

mangerai pas de patates avec toi, je t’écraserai, je ferai de la purée, je

t’écraserai dans la purée, tu m’empoisonnes, je sais que ton parfum

m’empoisonne, c’est toi qui m’empoisonnes, tu veux que j’aille dans ta

maison, mais tu n’as plus de maison, car tu ne sais plus où t’habites, tu es

petit, tes sentiments sont tout petits, tu vis dans une petite maison pour

bonhomme minuscule, tu mens à tes amantes, tu fais des pirouettes, on

t’appelle pirouette cacahouète, je ne m’appelle pas pirouette cacahouète, tu

vis dans une maison en carton, ta femme est en carton, tes escaliers sont en

papier, ton amour est le papier, je ne m’appelle pas pirouette cacahouète, tu

t’appelles cadet rousselle, je n’ai pas trois maisons, tu as trois femmes dedans,

et tu te conduis mal, je ne suis pas bon enfant, je ne loge pas les hirondelles,

tu es une hirondelle, tu vas dans l’une des trois maisons, je ne suis pas cadet

rousselle, dixit le colonel, tu n’es plus chez maman, dixit mon adjudant, va

donc prendre un peu l’air, dixit les militaires, cesse donc les bouffonneries,

signé tous les maris, arrête d’être ton larbin, signé tous mes copains, et puis

essuie tes larmes, signé la femme à barbe, fais tes adieux par fax, signé furax,

il faut que tu prennes soin, dixit tous les humains, les humains sont des gens

à emmerdes, dixit dieu, tu ne connais pas annabel dieu, annabel elle a des

yeux dit dieu, tu ne sais pas ce qui se trame derrière aussi, je sais que ses

yeux sont jolis dit dieu, t’as pas vu d’yeux d’annabel de ta vie, c’est les yeux de

l’amour dit dieu, à quoi tu penses mon annabel, tu ne sais rien de la pensée

dit dieu, j’attends qu’elle se mette à penser, je te regarde mon annabel, elle te

regarde jamais ton annabel, mon annabel dit je fais juste que regarder, ton

annabel te parle pas dit dieu, je ne sais pas ce qu’elle me dit, elle dit que tu

n’es pas, tu sais même pas qui tu es qu’elle dit, je dis c’est normal je me vois

pas, tu vois pas les yeux d’annabel dieu, tu peux pas savoir qui tu es, si tu

vois pas tes yeux, et comment je les regarde, il faudrait que tu sois moi, mais

moi je suis pas toi, je suis tes yeux, tu es mon regard, et je pense dans ta tête,

tu me prends pour une petite lle, je suis plus une petite lle de quinze ans,

tes yeux n’ont jamais vu la petite lle de quinze ans, tu peux me parler en

petite lle, je ne suis pas ta lle, tu peux donc pas savoir à quoi je pense, à

quoi pensent les petites lles, je te pose la question, c’est la question de la

pensée, je te prends en agrant délit de penser, j’ai parfaitement le droit de te

regarder, mais tu connais pas la pensée, tu verras rien dans les yeux qui

montrent la pensée, je verrai dans les yeux que tu penses à mal, je pense

jamais mal quand je vois annabel, tu penses à lui faire du mal, tu penses

qu’elle n’a pas compris ton petit jeu, tu penses qu’elle a pas vu ton manège, le

bel amour veut sauter du manège, il saute en cours du jeu, il veut plus être

dans ta mauvaise émission, et plus jouer à qui perd gagne, il veut plus être à

te courir partout, il veut plus passer son temps à t’attendre, et t’attendre sans

savoir, il voudrait bien savoir, savoir si t’es dans d’autres pensées, le bel

amour veut plus regarder l’émission de ta pensée, il n’aime pas ma pensée, il

croit que je suis idiot, je ne suis pas une idiote, j’ai bien compris tes

manigances, je vois bien où tu veux nous mener, tu nous tiens en otage, tu

veux t’éloigner de moi, et me maintenir en otage, tu me maintiens dans

l’indécision, tu m’empêches de penser, tu te sépares de toi, tu es déjà parti de

toi, je vois ça dans les yeux, les yeux sont déjà dans l’autre, c’est le regard

d’une autre, l’autre elle s’appelle annabel, tu ne connais rien d’elle, elle me

sauve d’annabel, si j’étais toi je me tairais, oui mais tu n’es pas moi, moi je suis

dans l’amour, l’amour c’est pas ton truc, tu as truqué l’amour, combien de

temps tu vas rester là-dedans, je sais pas si tu vas durer, si ça va être encore

Continuer : partie 2 sur 3