Montaigne et François Bacon
Introduction
1.—Edition de 1597 20
2.—Edition de 1612 30
3·—Edition de 1625 37
4·—Conclusion 50
C III. —Influence de Montaigne sur le De dignitate et
augmentis scientiarum 53
1.—L'Apologie de la Science et le De dignitate
scientiarum 54
2.—L'Objet de la Science et le De augmentis
scientiarum 62
C IV. —La Méthode de la Science.—Montaigne et le
Novum Organum 77
Montaigne a-t-il eu quelque
influence sur
François Bacon?
INTRODUCTION
Les deux grands noms qui figurent au titre de cette étude serviront d'excuse à son extrême minutie. On ne saurait être trop précis lorsqu'il s'agit de penseurs qui ont joué un rôle si considérable.
Depuis quelques années, il est fort à la mode en Angleterre et en Allemagne de rechercher chez Montaigne l'origine de nombre d'idées exprimées par Shakespeare et par Bacon. Un sport d'un genre nouveau, plus germanique, semble-t-il, qu'anglo-saxon, est de faire la chasse aux passages de ces trois auteurs qui, placés en parallèle, prouveront l'influence du moraliste français sur les deux grands génies de l'Angleterre qui lui sont presque contemporains. On est allé dans cette voie jusqu'aux plus puérils rapprochements, et l'on a montré quelles ridicules fantaisies une méthode excellente, quand elle est mal appliquée, peut sembler autoriser. Quelque flatteuse que puisse être pour notre orgueil national cette manie d'érudits, force nous est de nous montrer un peu circonspects. Shakespeare a lu les Essais; incontestablement même il leur a fait deux ou trois emprunts; ce sont là néanmoins des raisons insuffisantes pour que nous donnions crédit à cent autres emprunts que lui attribue l'imagination de critiques en quête d'inédit, et pour que nous prenions en considération les théories ambitieuses qu'on bâtit sur d'aussi fragiles fondements. Pour Shakespeare, je ne saurais discuter les hypothèses trop insaisissables des Stedefeld, des Jacob Feis et des Robertson. Pour Bacon aussi, la fantaisie s'est donné libre carrière. Il m'a paru cependant qu'en ce qui le concerne, les données du problème étaient moins fuyantes, et qu'il y avait lieu de se demander si l'on pouvait dégager de ce courant d'opinion quelque enseignement précis.
Les résultats essentiels de cette enquête peuvent se résumer en deux mots.
Bacon a certainement connu et apprécié l'œuvre de Montaigne. De cela les preuves abondent.
Pourtant les Essais de Bacon ne sont pas, comme on le supposait, dans leur forme originelle, imités des Essais de Montaigne: l'examen des éditions successives dans lesquelles ils ont paru et des rapprochements qu'on a signalés entre les deux œuvres ne laisse guère de doute à ce sujet. Ils ont peut-être subi l'influence lointaine des Essais de Montaigne, ils n'en sont pas sortis.
D'autre part, il est probable que Bacon a préparé par son commerce avec eux cette critique de la raison humaine qui est la base de sa méthode nouvelle. Sur ce dernier point toutefois, nous ne pouvons formuler qu'une hypothèse vraisemblable, et il est peu croyable qu'on parvienne jamais à une certitude.