Odes d'Anacréon / Traduction littérale et rythmique

Chapitre XLIX

 

LE TRIOMPHE DE VÉNUS ANADYOMÈNE

 

Quel burin a gravé la mer?

Quel artiste inspiré

A versé les flots dans un disque

Sur le dos de la mer?

Quel génie dessina sur les flots,

Éblouissante de candeur, Cypris?

Quel génie, s'élevant jusqu'aux Dieux,

Osa des Immortels représenter la mère?

Il ne craignit pas de la montrer nue,

Et ce que les yeux ne doivent pas voir

N'a que les flots pour vêtement.

A leur surface balancée,

Comme l'algue blanchissante flotte

Sur la mer calme et doucement polie,

La déesse, mettant son corps à la nage,

Pousse les vagues devant elle.

De ses seins de rose,

De son cou d'albâtre qui reste sous l'eau,

Elle fend les vagues énormes.

Au milieu du sillon, Cypris,

Comme un lys à des violettes entrelacé,

Brille sur la sérénité de la mer.

Sur les écailles argentées

Des dauphins qui tressautent,

Sont portés ces dieux qui raillent

L'esprit fallacieux des hommes: Érôs et Iméros.

Le chœur des poissons recourbés

Fait des plongeons dans l'eau,

En lutinant le corps de la déesse,

Afin qu'elle triomphe avec un sourire.