Poésies

Montesquieu · Chapitre 1 sur 7

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Poésies

Adieux à Gênes

ADIEUX A GÊNES1

EN MIL SEPT CENT VINGT-HUIT.

Adieu, Gênes détestable,

Adieu, séjour de Plutus.

Si le Ciel m est favorable,

Je ne vous reverrai plus.

Adieu, bourgeois, et noblesse,

ui n a pour toutes vertus

u une inutile richesse :

Je ne vous reverrai plus.

Adieu, superbes palais,

Où l ennui, par préférence,

A choisi sa résidence ;

Je vous quitte pour jamais2.

Là le magistrat querelle

Et veut chasser les amants,

Et se plaint que sa chandelle

Brûle depuis trop longtemps.

Le vieux noble, quel délice !

Voit son page à demi nud,

Et jouit d une avarice

ui lui fait montrer le cul.

Vous entendez d un jocrisse

ui ne dort ni nuit ni jour1,

u il a gagné la jaunisse Par l excès de son amour.

Mais un vent plus favorable

A mes vœux vient se prêter.

Il n est rien de comparable

Au plaisir de vous quitter.

1 1. Cette pièce avait été donnée par M. de Montesquieu à un de ses amis, à condition de ne la

point faire voir, disant que c était une plaisanterie faite dans un moment d humeur ; d autant

qu il ne s était jamais piqué d être poëte. Il la t, étant embarqué pour partir de Gênes, où il

disait s être beaucoup ennuyé, parce qu il n y avait formé aucune liaison, ni trouvé aucun de ces

empressements qu on lui avait marqués partout ailleurs en Italie. Il faut que les Génois se soient

bien civilisés depuis, et aient beaucoup changé de méthode dans l accueil qu ils font aux

étrangers ; ou bien l ennui t que l auteur voulut se divertir par cette petite satire, qui ne saurait

être prise pour une chose sérieuse ni comme un jugement de ce voyageur éclairé. (Lettres

familières, Édition de Paris, 1767.)

Sur le passage de Montesquieu à Gênes, voyez la lettre à M me X, dans la correspondance,

lettre XII.

2 L édition originale porte : Je ne vous reverrai jamais.

1 Édition originale : u il ne dort ni nuit ni jour.

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