Religion et psychologie individuelle comparée
Section 5
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.
Religion
et psychologie
individuelle comparée
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Religion et psychologie individuelle comparée
“Psychothérapie
et christianisme”
(Ernst Jahn)
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Le but de notre travail est la mise au point et l'explication des principes guidant le directeur de conscience et le médecin. La situation culturelle actu-elle rend nécessaire pareille explication, car deux types de préoccupations de ce genre s'affrontent : la cure d'âmes chrétienne et la psychothérapie laïque. Entre ces deux activités existe un état de tension.
L'activité laïque se base principalement sur la psychothérapie, représentée avant tout par la méthode de la psychologie individuelle comparée.
Le Dr Alfred Adler, fondateur de la psychologie individuelle comparée, exposera ses vues dans les pages qui suivent. Il m'appartient d'exprimer la prise de position théologique en face du problème de la psychothérapie actuelle, de la psychothérapie suivant la méthode adlérienne en particulier. Ma prise de position est influencée d'une façon définitive par la théologie d'inspi-ration luthérienne. J'ai déjà essayé d'exposer en détail mes vues psycho-logiques et théologiques dans deux travaux, l'un sur la volonté de puissance et le sentiment d'infériorité, l'autre dans un guide de la conduite humaine.
Dans le présent travail, la divergence des conceptions élémentaires entraî-ne une divergence du développement de nos idées. Certains lecteurs auront peut-être l'impression que deux mondes différents coexistent ainsi, d'autres seront choqués par les exposés de la psychologie individuelle comparée, d'autres enfin par les interprétations du théologien. Nous ne pouvons pas l'éviter. Dans notre recherche de la vérité, nous devons avoir le courage de supporter des explications critiques et réalistes, un courage capable de savoir écouter et de prêter l'oreille a une opinion qu'on ne partage pas. Voici pour-quoi je voudrais d'abord préciser que ce travail n'est pas une dialectique. L'énigme de l'âme ne se laisse pas percer par des subtilités scolastiques et encore moins par des compromis.
Bien souvent, la vérité se laisse précisément découvrir grâce à un état de tension. Ce travail remplirait donc son but si, par le dialogue, il arrivait à préciser les principaux problèmes de l'actuelle charge d'âmes, car de la thèse et de l'antithèse ressort la synthèse.
Exposé du problème.
« Que donnerait un homme
en échange de son âme ? » 1
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Jamais l'interprétation psychique et la charge d'âmes, telles qu'on les pratique dans la religion chrétienne, n'ont été mieux caractérisées que par ces mots du Christ. L'âme humaine ressent son oppression, elle désire ardemment sa délivrance, mais d'où viendra cette délivrance ? De son propre pouvoir ou de la grâce de Dieu ? Là se manifeste le problème fondamental de l'anthro-pologie chrétienne et de sa charge d'âmes.
L'étude de ce problème, qui ne doit pas forcément trouver sa solution, montre que la psychothérapie actuelle et la charge d'âmes chrétienne offrent un point de contact. La psychothérapie observe les différents aspects des troubles psychiques. C'est surtout la psychologie individuelle comparée qui a insisté sur l'oppression de l'âme humaine. L'âme est si fortement liée à sa propre personnalité qu'elle n'arrive plus à se libérer de ce lien. Elle ne trouve pas le chemin vers une liberté intérieure ; elle en périt. Toute la psychothé-rapie actuelle s'est posée comme but de libérer l'âme de ce lien. La psycho-thérapie qui lutte également avec ce problème : « Que donnerait un homme en échange de son âme ? » a créé un diagnostic psychique subtil, mais son action thérapeutique touche finalement à cette vieille question de l'humanité : destinée on culpabilité, déterminisme ou libre arbitre, rédemption ou grâce.
1 Matthieu, XVI, 26.
L'expose des nombreux problèmes concernant cette activité traduit l'extra-ordinaire tension qui caractérise notre culture actuelle. À côté de la charge d'âmes chrétienne est née une autre charge, laïque, se basant surtout sur la psychothérapie. Les doctrines psychothérapiques conquièrent progressivement les institutions et organisations des disciplines humaines : l'école, le travail social, l'éducation et les différentes ; formes des consultations thérapeutiques. Au delà de cette activité, et c'est encore beaucoup plus important, elle gagne l'opinion publique. Le sens commun et ses vues sur l'éducation, le jugement des valeurs humaines et le traitement des êtres humains sont déterminés par l'anthropologie psychothérapique.
La juxtaposition d'une charge d'âmes chrétienne et laïque exige d'une manière inéluctable une explication entre ces deux formes d'influences psy-chologiques. Cette explication tire ses origines du mouvement psycho-thérapique. Déjà les premiers résultats peuvent être enregistrés. La théologie s'instruit grâce au diagnostic psychothérapique et la psychothérapie doit affronter des problèmes religieux et éthiques, nous venons de le dire.
En cadrant ainsi le problème, il nous sera plus facile de déterminer le sens dans lequel se dérouleront nos recherches ultérieures. Nous entendons démon-trer la nature des problèmes qui doivent être étudiés ici.
Il nous faut comparer la charge d'âmes chrétienne et la cure d'âme laïque : nous voulons d'abord examiner leurs fondements psychologiques et psycho-thérapiques. À cette occasion, nous dégagerons l'importance de la psychologie individuelle comparée pour la psychothérapie laïque. En fin de compte, nous avons l'intention d'établir une comparaison entre l'anthropologie chrétienne et les interprétations psychiques de la psychologie individuelle comparée. Cette comparaison nous aidera à éclaircir les rapports existant entre ces deux disciplines avec leur point de contact et leurs éléments discordants.
La notion de charge d'âmes.
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La notion de charge d'âmes est à la fois si vaste et si proche de la vie qu'elle ne se laisse pas définir avec une exactitude mathématique. À partir du moment où un sujet de structure psychique plus forte agit sur un autre psychiquement plus faible - ou, plus exactement, à partir du moment où le sujet plus mûri agit sur celui qui l'est moins - on peut invoquer la notion de charge d'âmes. Dans ce sens, tout le processus éducatif peut être considéré comme étant une cure d'âmes. Cette notion peut également ressortir d'une idée donnée, dans la mesure où cette idée possède la faculté de renforcer les liens de la société. Rappelons, à ce sujet, avant tout, l'idée nationale. L'idée du lien national dispose d'énergies éducatives extraordinaires. Mais la charge d'âmes trouve dans la religion ses plus puissantes possibilités. Le croyant se sent en présence de Dieu, il se sait guide par Lui : « Tu me conduis malgré tout vers le but, même à travers la nuit ».
Le point culminant de toute cure d'âmes est la prise de conscience d'être responsable devant Dieu et conduit par Lui.
Les différentes formes de la direction spirituelle se manifesteront dans la pratique de diverses façons. Voici pourquoi il est impossible de définir mathé-matiquement la notion de cure d'âmes.
L'Église parle de cure d'âmes, mais nous venons de dire qu'en dehors de la cure d'âmes chrétienne s'en est développée une autre, laïque. Le mot « Cure d'âmes » sera employé par nous dans le sens de la direction spirituelle que nous venons de définir. Nous ne l'utilisons pas seulement par habitude et tradition. Le mot cure d'âmes évoque mieux cette conscience d'une responsa-bilité de l'âme d'autrui, que ne le ferait le terme de direction spirituelle
Rappelons encore que certaines formes de la direction de conscience se soustraient à toute considération théorique. Citons-en quelques exemples : le mariage est une cure d'âmes mutuelle permanente, il signifie un polissage psychique ininterrompu, exigeant de la part des deux partenaires des égards permanents. Les rapports des enfants d'une fratrie exigent également pareil polissage. L'éducation de l'enfant unique est difficile du fait que cet enfant ne se trouve pas en contact permanent avec des camarades d'âge a peu près égal. La profession même se laisse considérer sous l'angle de la cure d'âmes : elle crée un certain rythme de vie et éduque le sujet en vue d'une adaptation harmonieuse à la société. Celui qui n'a pas de profession risque de perdre ces deux valeurs : le rythme et la notion sociale. Voilà pourquoi le chômage a un effet si terrible et désastreux.
On peut englober les différentes formes de la conduite d'âmes sous le terme général de « direction spirituelle ». Nous ne voulons pourtant pas davantage nous arrêter à des recherches concernant la terminologie. Nous nous contentons d'opposer la cure d'âmes chrétienne à la direction spirituelle laïque et nous examinerons - comme nous l'avons déjà mentionné -- les deux formes d’activités sous le terme de « cure d'âmes ».
La nature de la cure d'âmes chrétienne.
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L'Église n'est pas une institution psychothérapique. Si, sous l'influence de la psychothérapie, quelqu'un essayait d'interpréter la nature de l'Église dans ce sens, il rendrait d'avance impossible toute discussion entre la cure d'âmes chrétienne et la cure d'âmes laïque.
Comment peut-on définir la nature de l'Église ?
Nous renonçons à toute interprétation subtile, arbitraire et subjective. Nous nous plaçons sur le terrain de la conception luthérienne de l'Église, définie dans le 7e article de la Confessio Augustana : « L'Église est la réunion des croyants où l'Évangile est enseigné de façon juste et où les sacrements sont administrés de façon correcte ». Voilà pourquoi l'Église ne peut jamais devenir un élément intégrant de la civilisation. Le paradoxe réside justement dans le fait que l'Église se présente en tant que meilleur foyer de la charge d'âmes au sein de cette civilisation dans laquelle elle ne se fond pas.
L'Église parle à l'humanité de jugement et de grâce, elle lui parle de péché et de rédemption, elle console l'homme dans ses peines, lorsqu'il est reste inaccessible à tout réconfort humain. Grâce à la prédication de l'Évangile, l'Église est devenue la plus puissante forme de cure d'âmes. C'est là que réside son action sur l'homme, voulue par Dieu et indépendante de tout courant temporel de quelque nature qu'il soit. « Car l'Évangile ne révèle pas la nature extérieure, temporelle, mais la nature intérieure, éternelle et la justice du cœur ». La Confessio Augustana définit ainsi l'effet de l'Évangile sur les hommes.
Il nous faut à ce sujet mentionner la tension qui existe entre les cures d'âmes chrétienne et laïque. Le psychothérapeute considère parfois la termino-logie théologique comme scolastique, et il en est de même pour le théologien en face de la terminologie psychothérapique. Le théologien a bien souvent l'impression que le psychothérapeute étudie les rapports entre le moi et le milieu, mais qu'il oublie les rapports religieux et éthiques. Nous aurons à revenir sur ce malentendu lorsque nous traiterons ultérieurement de l'attitude bidimensionnelle.
La fonction de la cure d'âmes a été confiée à l’Église par le Christ. Le Christ connaît les dangers qui menacent l'âme : la volonté de puissance et la lutte pour le pouvoir : « Que servirait-il à un homme de gagner le monde entier s'il perdait son âme 1 ? »
Et le Christ pose en même temps la question de la libération et du salut de l'âme en danger : « Que donnerait un homme en échange de son âme ? »
L'Évangile du Christ cherche l'homme égaré. Cette recherche de l'âme égarée se manifeste dans des paraboles qui traitent de ce qui s'est perdu : la parabole de la brebis perdue, celle des drachmes perdues et celle de l'enfant prodigue.
Dans la parole du Bon Pasteur, la charge d'âmes est instituée en tant que fonction. Elle est plus qu'une notion d'aide psychique mutuelle, librement acceptée : c'est une fonction. Le Christ donne à la fonction de la cure d'âmes un pouvoir dont l'humanité de nos jours connaît à peine l'existence: Le Pou-voir des Clefs, à savoir le pouvoir de sauver les âmes ou de les lier : « Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux a qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » 2.
1 Matthieu XVI, 26.
2 Jean, XX, 23.
L'âme humaine est aux prises non seulement avec la souffrance, l'erreur, le défi, mais l'homme lutte avant tout avec le sentiment de sa culpabilité. Il aspire au pardon ; or, son désir du pardon est bien souvent oublié par la psychothérapie, car la psychothérapie ne dispose pas du Pouvoir des Clefs.
Répétons-le, l'Église a été chargée de la cure d'âmes en tant que fonction et elle a exercé cette fonction depuis toujours. Aucune autre société, quelle que soit sa nature : artistique, politique ou artisanale, n'a su créer cette fonc-tion et cette institution de la charge d'âmes : seule, l’Église l'a fondée.
Mais cette fonction ne doit pas nous faire oublier l'obligation d'une cure d'âmes mutuelle, fraternelle dont nous avons parlé. L'homme se sait respon-sable d'autrui car il connaît ses responsabilités devant Dieu et, se sachant responsable devant Dieu, il doit être le gardien de son frère. C'est là que réside l'essence de la fonction générale de la cure d'âmes, où l'un se sent responsable de l'autre.
Il est difficile de représenter la phénoménologie de la cure d'âmes chré-tienne, car un travail sur la vie se soustrait à toute systématisation. Une systématisation sous trois aspects : paraclétique, pédeutique et didactique, n'arrive pas à épuiser le contenu réel de ce travail spirituel et cette systémati-sation ne nous amène pas au but désiré. Nous ne pouvons guère que décrire les principaux types de cures d'âmes.
Lorsqu'on parle de la cure d'âmes, on pense avant tout à la cure d'âmes individuelle. L'être humain, lorsqu'il est aux prises avec ses difficultés, avec ses peines, lorsqu'il est conscient de sa culpabilité, s'adresse au directeur de conscience. C'est auprès de lui qu'il cherche conseil, consolation, ainsi que la certitude du pardon. Dans l’Église catholique, l'obligation d'une confession régulière s'est développée a partir du sacrement de pénitence. À partir de cette pratique s'est établie une psychologie de la confession, qui s'est cristallisée surtout dans une « médecine pastorale ».
On n'a jamais renoncé à la confession dans l’Église protestante, quoiqu'on l'ait bien souvent soutenu : la confession persiste en tant que soumission à Dieu, avec la confession des péchés et l'absolution. Mais la confession s'est également maintenue sous forme d'un dialogue personnel ; elle s'est toutefois transformée a partir d'une institution obligatoire en une conversation de nature psychologique, librement acceptée.
Certains auteurs ont voulu comparer le dialogue de la cure psychothé-rapique au dialogue entre prêtre et pénitent. Cette comparaison n'est pas tout à fait juste : le dialogue psychothérapique se réalise suivant des règles et une méthode strictement établies. La conversation psychothérapique poursuit deux desseins : l'un, sondant le passé, cherche à clarifier le développement psychique individuel, l'autre, une fois cette clarification réaliste, indique au sujet de nouveaux buts vitaux. La fonction de la cure d'âmes suit, en principe, le même chemin : elle voudrait d'abord, par intuition, saisir la particularité de la personnalité et, par la suite, indiquer à cette personnalité des directives nouvelles. Elle cherche donc à la fois la clarification et la rééducation de la personnalité. Dans ce sens, l'explication psychothérapique se montre d'accord avec l'explication donnée par celui qui a la charge d'âmes. La différence réside dans la mise en pratique du traitement psychique. L'explication psycho-thérapique est déterminée, disons-nous, par sa méthode : peu importe, d'ailleurs, à quel système cette méthode appartient. Dans tous les cas, elle constitue le point de départ du traitement.
Le directeur de conscience chrétien part généralement d'événements précis et concrets de la vie du consultant. La confession catholique représente une sorte d'analyse morale du moi ; elle se base sur un questionnaire donné. Or, ce questionnaire est si vaste qu'il contient toutes les possibilités vitales. La cure d'âmes protestante n'est pas basée sur une méthode psychologique : elle part toujours du cas individuel concret. Il arrive parfois bien entendu qu'un malade psychique exprime le désir d'être traitée suivant une méthode psychothrapique proprement dite. Le traitement psychique se présente en tant qu'analyse psychique et en tant que rééducation. Il est, pour ainsi dire, une psychothérapie à prémices religieuses. C'est un travail psychologique extrê-mement minutieux, qu'il est très difficile de désigner par une image et impossible d'exprimer par des formules théoriques. Ce qui a été dit précé-demment au sujet de la phénoménologie de la cure d'âmes est également valable pour ce travail minutieux individuel, qui ne se laisse pas systématiser et qu'on ne peut que décrire : ce travail est aussi varié que l'est la vie elle-même.
Les plus fréquents rattachements ressortent de la situation vitale extérieure du consultant. Des situations économiques difficiles enlèvent souvent au sujet toute force nécessaire pour donner à sa vie un sens et un plan ; il perd tout courage. Il est nécessaire de lui expliquer, dans la mesure du possible, sa situation et ensuite, tenant compte de cette situation individuelle, d'élaborer avec lui un nouveau plan de vie.
Il est cependant indispensable que le consultant conserve suffisamment de courage pour façonner à nouveau sa vie car, dans le cas contraire, tout travail psychologique demeure stérile.
Nous considérons la cure d'âmes qui se rapporte à des situations vitales à prédominance extérieure, économique, comme étant de nature sociale. On ne peut nier que cette cure d'âmes, sociale, préoccupe très vivement, à notre époque, le directeur de conscience. Sa pratique prouve constamment qu'il n'y a pas de courage sans confiance et, pas de confiance sans foi. La cure d'âmes sociale ne peut s'imaginer sans base religieuse : nous y reviendrons dans un chapitre ultérieur. La cure d'âme sociale lutte constamment contre le déses-poir ; cette lutte représente l'aspect le plus difficile de notre activité. Il faut, à ce sujet, encore revenir sur un éventuel malentendu. La notion de la cure d'âmes sociale ne doit pas donner lieu à des méprises et laisser croire que la consolation religieuse pourrait remplacer l'aide pratique. Il n'en est rien. Mais il faut aussi savoir que toute aide économique serait insuffisante si nous ne pouvons pas amener le désespéré à une clarification de son plan de vie et à une attitude plus courageuse.
L'homme qui succombe à la difficulté matérielle, désespère de la société humaine. Il a tendance à se montrer antisocial, car la société existante lui paraît dépourvue de sens. En un mot, il désespère de la société dans son ensemble. Mais les difficultés de nature sociale se manifestent également dans de petites sociétés telles que la famille : avant tout, les conflits de ménage placent le directeur de conscience devant de grandes responsabilités. Plus souvent encore, il sera appelé à rétablir les rapports fortement ébranlés entre parents et enfants. Le directeur de conscience voit souvent les cas les plus difficiles d'inadaptation sociale, cas qui n'ont pas été saisis par les consul-tations médico-psychologiques (et ne le seront peut-être jamais), étant donné que les parents n'osent pas confier leurs soucis à une consultation médicale. Ainsi, l’Église a développé une action pédagogique très étendue ; nous attri-buons à ce mot un double sens. Nous y voyons d'abord, d'une façon générale, l'influence éducatrice exercée sur des sujets dont le sens social est déficient. Nous y comprenons, d'autre part et surtout, l'influence pédagogique sur des sujets jeunes, tels que nous les rencontrons dans la cure d'âmes des jeunes. Nous verrons ultérieurement que la direction de conscience laïque a également créé une action pédagogique. L'action pédagogique de l’Église et la cure d'âmes laïque et pédagogique ne se ressemblent toutefois pas dans leur essence.
L'attention que l’Église porte, d'une façon croissante, aux problèmes de la jeunesse et surtout à la création d'aumôneries de jeunesse, a fortement influence le développement de la cure d'âmes pédagogique. Le directeur de conscience se trouve devant des problèmes de grande importance pédago-gique : la jurisprudence de l'enfant antisocial ou associal, l'analyse des rapports entre parents et enfants, l'influence à exercer sur le jeune sujet, luttant avec les difficultés de la puberté. La cure d'âmes pédagogique doit, d'autre part, résoudre des problèmes pratiques : elle doit incorporer l'enfant difficile dans un groupement de jeunes de l’Église la plus proche et ainsi l'influencer dans le sens d'une action socio-pédagogique. C'est ainsi que la cure d'âmes pédagogique se montre efficace au point de vue d'une action éducative individuelle aussi bien que sociale.
Mais l'aspect social et pédagogique de son action ne résume pas l'ensem-ble du travail : la grande variété des aspects de ce travail ne se laisse pas classer en catégories : on peut la définir par la dénomination générale de cure d'âmes interne. On peut naturellement critiquer ce terme, mais on le rempla-cera difficilement car un processus intérieur psychique ne se laisse pas facilement formuler d'une façon théorique. Cette cure d'âmes interne se saisit de l'homme souffrant de sa propre personnalité. Il faut le répéter, les causes de cette souffrance sont aussi variées que la vie elle-même. Le sujet peut souffrir de sa constitution, de son développement ou de son milieu ; il peut souffrir de son caractère, de ses instincts, de la misère de ce monde. Tout cela peut se présenter sous des aspects variés et intriqués. La nature de la cure d'âmes interne se caractérise ainsi de la façon suivante : l'homme qui souffre de sa personnalité pose au directeur de conscience la question de la foi et attend de lui la réponse de la foi. L'homme qui souffre de ses agissements pose la question de la culpabilité et de la destinée, comme aussi celle de la destinée et de la souffrance.
La consolation de celui qui souffre est pour l'Église un devoir spirituel capital : elle est aussi importante que l'annonce du pardon au pécheur, et ce d'autant plus que la valeur de l'annonce de la consolation est trop souvent oubliée. On ne pense pas suffisamment à ce que peut représenter la conso-lation pour des personnes malheureuses, qui s'effondrent sous leur destiné tragique. Voilà pourquoi nous ne pourrons jamais suffisamment souligner la valeur de cette cure d'âmes consolatrice à une époque de découragement et de misère.
Nous avons déjà parle précédemment de la cure d'âmes « paraclétique ».
En ce qui concerne le travail de direction individuelle, nous avons distin-gué la cure d'âmes sociale, pédagogique et intérieure. Nous répétons que cette classification ne correspond à aucune théorie rigide, car il n'est pas possible de saisir la vie dans des formules. C'est dans un but de classification que nous avons tente la systématisation précédente.
Quant à l'opposition entre les deux cures d'âmes, chrétienne et laïque -nous y revenons - il nous semble décisif que la cure d'âmes chrétienne ne se propose pas d'être un travail sur l'âme humaine, dans le sens habituel de ce mot. Elle se rapporte, au contraire, à une charge imposée par le Christ. Elle est devenue une fonction qui repose sur la conscience de notre responsabilité vis-à-vis de nos semblables. Elle ne se contente pas d'un travail analytique, c'est la réponse de la foi qu'elle donne à la question : « Quel est le sens de la vie ? »
La cure d'âmes chrétienne est au mieux définie par cette caractéristique de la direction spirituelle individuelle, mais en dehors de cette action indivi-duelle, il nous faut mentionner quatre autres types de cure d'âmes chrétienne que nous nous proposons d'esquisser rapidement.
Avant tout, c'est celle qui s'adresse à l'égaré en danger elle est caractérisée par le travail de la mission intérieure. Deux noms doivent être cités à cette occasion J. H. Wichern et F. von Bodelschwingh. Ces hommes ont créé leur oeuvre bien avant la psychothérapie moderne. Une intuition géniale leur a permis de comprendre la psychologie des sujets caractériels et des égarés. Cette intuition repose sur un mystère : sur l'agapè, l'amour, né de Dieu et qui agit comme une obligation sacrée. Son travail ne se définit pas par la cure d'âmes individuelle, il se préoccupe d'une cure d'âmes collective et réunit les égarés dans des foyers. L'esprit de la communauté chrétienne déploie ici son pouvoir curatif sur les asociaux. Ces deux personnalités sont ainsi les pré-curseurs de la psychothérapie de groupe moderne. Dans le cadre de la commu-nauté, les égarés retrouvent leur vraie personnalité.
De ce fait, nous découvrons un autre type de cure d'âmes, réalisé par la communauté. La foi et la communauté sont liées d'une façon indissoluble. La où des croyants existent, ils se réunissent en une communauté, car la foi les incite à se joindre. Une paroisse ne naît jamais d'une religion rationnelle abstraite, mais seulement à partir de la foi vivante. La création de la paroisse repose sur la prédication.
Du point de vue de la théologie dialectique, Emil Brunner a interprété la naissance de la communauté comme une réponse à l'appel que Dieu adresse aux hommes, de façon telle que cet appel liant l'homme au Créateur qui l'appelle, le lie également à ses semblables. Pour nous exprimer d'une manière plus simple : toute communauté naît de Dieu. Dans la communauté l'homme rencontre son semblable ; l'exemple classique de cette communauté de Dieu est la communauté chrétienne primitive. Ses membres se savent unis par l'agapè, dans une affection sainte ; ils se considèrent comme frères et sœurs. Dans nos grandes communautés modernes, ce sentiment d'union a, en grande partie, disparu. Celui qui, aujourd'hui, change de communauté ou de secte religieuse, n'effectue généralement pas ce changement en étant attiré par une autre doctrine religieuse, mais parce que, dans un cercle plus restreint, il espère trouver des liens plus étroits. Car l'homme moderne, attire par d'innom-brables collectivités, reste malgré tout intérieurement très isolé. Voilà pour-quoi il recherche une communauté qui ne soit pas seulement définie par des institutions humaines. Il recherche une communauté religieuse, qui agisse de façon bienfaisante sur l'âme humaine. Il faut mentionner la signification particulière de la parole. La prédication est une forme de cure d'âmes, certes pas individuelle, mais qui, bien souvent, peut s'appliquer à l'individu de façon personnelle. Elle touche le sujet qui jusqu'alors, n'a jamais pu se décider à une analyse psychologique. La prédication représente peut-être pour l'Église le plus puissant instrument de direction, moyen des plus efficaces dont ne dispose pas la psychothérapie. Dans mes activités précédentes d'aumônier auprès de malades mentaux, j'ai bien souvent pu me rendre compte à quel point la parole de grâce et de pardon peut influencer de façon heureuse ces malades.
Mais la cure d'âmes ne se propose pas seulement comme but de guérir des inhibitions psychiques. Nous avons déjà mentionne qu'elle poursuit un dessein positif, à savoir l'éducation de la personnalité chrétienne. Dans la pédagogie protestante, sous l'influence de la théologie dialectique, est née une contro-verse très animée concernant la possibilité de l'éducation de la future person-nalité chrétienne. G.Bohne a répondu d'une façon négative à cette question, s'opposant ainsi à la tentative que j'ai mentionnée antérieurement et où j'ai voulu systématiser l'élaboration de l'idéal chrétien par les trois degrés de formation : éducation d'une intériorité psychique, développement de la conscience et confiance en Dieu quant à sa destinée. Or, il est impossible d'ex-poser ici la controverse concernant cet idéal de formation chrétienne. Nous nous contenterons de répéter ce que nous venons de dire : tout travail de cure d'âmes sur un individu inhibé est, en même temps, un travail pédagogique, à savoir un travail de rééducation, dans le sens d'une nouvelle éducation. Le directeur de conscience doit savoir vers quel but il veut mener l'inhibé, sinon il risque d'être un guide d'aveugle, lui-même aveugle. La cure d'âmes est définie par l'idéal de la personnalité chrétienne ; c'est un fait indiscutable : la cure d'âmes ne se propose pas seulement d'être une action thérapeutique sur l'âme, elle se propose surtout d'exercer une action formatrice, bien entendu dans les limites de la plasticité psychique. Elle représente un travail positif de formation humaine.
La théologie dialectique accentue la distance, la « diastase » entre Dieu et l'homme, elle a créé un abîme entre Dieu et l'être humain. ; l'humanité à la mesure de la notion divine est quelque chose de tout à fait minime.
À la lumière de cette manière de voir, la charge d'âmes psychologique nous semble insignifiante, car ce n'est rien d'autre qu'une activité humaine, l'action d'un être sur un autre être humain. Nous n'avons pas à discuter ici la justification de cette conception, nous voulons seulement dire que, du point de vue anthropologique, auquel aucun directeur de conscience ne peut se soustraire, cette manière d'envisager le problème le place aussi par force à l'arrière-plan. Ce danger menace aujourd'hui la charge d'âmes religieuse.
Il existe, bien entendu, une charge d'âmes qui peut se passer de toute per-sonnalité et de toute société humaine : c'est le cas du croyant se trouvant devant Dieu. Il se sait devant le jugement et la colère divine, mais il se sait aussi devant son pardon et devant sa miséricorde. Il n'a pas besoin d'être guide par des personnalités humaines, il se sent dirige par Dieu.
Nous nous trouvons, dans ces cas, en face d'expériences qui se soustraient à toute analyse psychologique. Ce sont les expériences de l'âme, touchée par le souffle divin. Se sentir dirigé par Dieu représente le sommet de toute direction spirituelle.
La charge d'âmes chrétienne a toujours un caractère sacré. Il n'y a pas de charge d'âmes sans prière ; dans la prière l'âme se sent touchée par Dieu. Dans la notion divine, le moi humain se sent protégé et libéré. C'est là qu'on trouve les plus puissantes racines de la charge d'âmes chrétienne. Or l'expérience de la prière n'est pas accessible à une explication psychologique ; on peut la représenter grâce à des personnalités bénies. Parmi celles-ci, je citerai C. Blumhardt. Il se dégageait de sa personnalité une force extraordinaire. Les hommes affluaient en masse vers lui pour se confesser et se sentir encouragés par son réconfort et par la prière.
La charge d'âmes sacrée ne représente pas un type spécial de travail psy-chologique. Une charge d'âmes chrétienne, quelle que soit sa forme d'expres-sion, a toujours un caractère saint.
Nous pouvons , à présent, avoir une vue d'ensemble sur la charge d'âmes chrétienne : d'une part individuelle, - de nature sociale, pédagogique ou intérieure, - d'autre part charge d'âmes de l'égaré, charge d'âmes par la société, charge d'âmes par le travail de formation humaine et, finalement, celle où l'individu se sent guide par Dieu. Sous ces différents aspects se présente la charge d'âmes chrétienne parmi les activités actuelles, s'exerçant sur la conduite de l'être humain.
La phénoménologie de la charge d'âmes laïque.
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À côté de la charge d'âmes chrétienne s'est développé un autre type, la charge d'âmes laïque. Cette juxtaposition des deux aspects de la charge d'âmes constitue le point de départ de notre travail, juxtaposition dont résulte une des plus curieuses tensions de la civilisation actuelle.
L'étude de la charge d'âmes laïque peut se faire a partir de deux point de vue. Nous nous proposons de décrire, dans leur aspect phénoménologique, les différentes modalités de la charge d'âmes laïque et nous allons nous interroger sur les bases psychologiques et pédagogiques de son activité.
On a discuté sur l'époque à partir de laquelle l'évolution de la civilisation s'est émancipée de l’Église ; sécularisation à partir de la réforme ou à partir de la renaissance. On peut donner à cette question historique la réponse qu'on veut, un fait est indéniable, la civilisation actuelle est une civilisation laïque. La science comme l'art, la politique et l'éducation se sont détachés de leurs racines primitives religieuses pour devenir indépendants. Comme dernier et plus récent résultat de ces développements s'est présentée la charge d'âmes laïque qui, nous venons de le dire, se manifeste en tant que type nouveau de la charge d'âmes à côte de l'ancienne, chrétienne.
La description de cette charge d'âme laïque est encore beaucoup plus diffi-cile que ne l'est l'exposé de la charge d'âmes chrétienne, car cette dernière est une unité homogène, véritable acte de foi auprès de l'âme humaine. Dans la charge d'âmes laïque, par contre, se réunissent les tendances les plus diverses. Son aspect polymorphe ne se laisse pas exprimer par une formule unique et elle se laisse encore moins déduire d'une volonté unique. La notion d'action humanitaire même n'est pas capable d'unifier les différentes tendances de la charge d'âmes laïque. Force nous est donc de nous contenter d'un exposé de ses différents types. Nous avons parlé auparavant de la charge d'âmes pédagogique en tant que forme spéciale d'une direction spirituelle indivi-duelle. Comme nous l'avons déjà mentionné, il existe une charge d'âmes péda-gogique dans le cadre de la direction spirituelle laïque, mais elle n'a de commun que le nom avec la charge d'âmes pédagogique chrétienne. Il est indubitable, quoique peut-être étonnant, que la pédagogie moderne soit deve-nue une sorte de charge d'âmes. Deux preuves nous servent à étayer cette hypothèse. L'attitude de l'éducateur en face de l'élève a changé ; la distance qui les séparait autrefois a été remplacée par l'intuition, l'autorité extérieure par une autorité intérieure. L'éducateur devient ainsi le directeur spirituel de la jeunesse. La pédagogie actuelle se déclare, en outre, partisane du principe de la communauté humaine ; elle provoque ainsi un rapprochement psychique des jeunes, comme d'ailleurs de toute la jeunesse, et établit un lien humain avec l'éducateur. Il se crée ainsi une atmosphère générale de confiance, dans laquelle les jeunes osent ouvrir leur âme.
La charge d'âmes pédagogique se manifeste d'une manière encore plus vivante dans les mouvements de jeunesse : les jeunes gens se groupent autour d'un but commun. En vue de ce but, ils forment eux-mêmes leur communauté. Cette communauté a une structure caractéristique : du groupe naît le chef. Ce chef se trouve vis-à-vis du groupe dans un rapport interne, psychique, direct. Il est plus mûr et se trouve cependant sur le même plan de l'affectivité juvénile et du vouloir des autres membres du groupe. Il comprend à partir de ses propres expériences les crises d'évolution des jeunes. Voici pourquoi il est le chef de son groupe ; conseiller et directeur spirituel à la fois. Il sait capter la confiance de la jeunesse, bien souvent dans une plus grande mesure que ne sauraient le faire la maison paternelle, l'école ou l'église. Il est hors de doute que les mouvements de jeunesse contribuent d'une façon très intense à cette activité de la charge d'âmes juvénile.
La réalisation organisatrice de la charge d'âmes pédagogique est repré-sentée par la prévoyance sociale juvénile. Des lois la définissent, une multi-tude de fonctionnaires et d'aides bénévoles veille sur le développement et la destinée de l'adolescence menacée. Des instituts d'éducation conduits suivant les principes de la psychopédagogie acceptent le jeune là où sa famille a dû renoncer a son pouvoir éducateur. Grâce a la psychothérapie de groupe, les sujets asociaux comme aussi les sujets antisociaux retrouvent l'espoir d'une guérison. La prévoyance juvénile, dans ses différents aspects et fonctions, pratique une direction spirituelle de l'adolescence, très étendue et de nature laïque.
Un type particulier et Caractéristique de la charge d'âmes laïque est repré-senté par les consultations psychopédagogiques. Leur activité présente une indubitable ressemblance avec la charge d'âmes chrétienne. On a désigné ces consultations comme étant les « lieux de la confiance ». Elles fournissent au sujet caractériel la possibilité d'une explication libre. Elles s'efforcent, en même temps, de lui venir en aide. Ces consultations se présentent sous les aspects les plus divers. Elles peuvent être de nature, officielle ou privée. Bien souvent, elles ont leur mot à dire dans les cas d'enfants difficiles. Un aspect particulier de cette activité se retrouve dans les institutions de prophylaxie mentale. Il y a même des consultations dirigées par des jeunes.
Il ne faut pas croire que la charge d'âmes laïque s'adresse uniquement aux jeunes. Il est toutefois certain que la jeunesse a, avant tout, besoin de conseils, étant donne qu'elle manque d'expérience. La jeunesse est, d'autre part, plus facilement influençable que les sujets d'âge mûr, elle n'est pas figée dans un schéma psychique définitif.
Mais la charge d'âmes laïque travaille également sur l'homme d'âge mûr, comme le fait d'ailleurs aussi la charge d'âmes chrétienne. Ce travail se fait également dans des consultations. Il nous faut avant tout nommer à cette occasion les consultations prénuptiales, surtout fréquentées en vue de conseils médicaux ou juridiques, mais qui servent avant tout à la solution de ces conflits intérieurs qui déchirent les entrailles de la société humaine. Il est inutile de souligner que les consultations pour alcooliques et maladies véné-riennes ne doivent pas se limiter à des avis médicaux, mais que ces consulta-tions ont également des devoirs psychiques et éthiques. En fin de compte, il nous faut mentionner la tentative de créer des consultations pour candidats au suicide. La nécessite de ces consultations témoigne du besoin psychique de l'homme actuel, besoin qu'il tente de camoufler vis-à-vis de ses semblables, mais qui n'en est pas moins pesant.
La charge d'âmes laïque trouve dans le type du psychothérapeute sa repré-sentation le plus marquante. Le psychothérapeute est souvent médecin, mais ce n'est pas indispensable. Son travail se base avant tout sur les résultats de la psychanalyse et de la psychologie individuelle comparée. Il se pose ici la question de savoir si le praticien de la psychothérapie doit avoir suivi un enseignement médical, car dans un très grand nombre de perturbations psy-chiques, le médecin seul pourra décider si le cas doit être traite par des méthodes psychiques ou somatiques.
Il ne nous appartient pas de répondre a cette question concernant la nécessité d'une qualification médicale du psychothérapeute. Il nous suffit de mentionner que, dans notre civilisation, le besoin de la psychothérapie s'im-pose de plus en plus. L'homme moderne fréquente plus facilement le psychothérapeute que le directeur de conscience religieux. Ce, fait ne peut être nié. La psychothérapie se présente en tant que confession laïque. Résumons donc l'aspect polymorphe de cette charge d'âmes laïque : il est caractérisé par une attitude psychologique de nature pédagogique, par les mouvements de jeunesse et la prévoyance juvénile, par les innombrables consultations et par le type du psychothérapeute. Bien souvent la charge d'âmes laïque et la charge d'âmes chrétienne présentent des points de ressemblance : on a essayé de fonder une psychothérapie chrétienne. Certains psychothérapeutes sont des pratiquants chrétiens. On a créé des centres de consultations sur une base religieuse. Mais dans son ensemble la charge d'âmes chrétienne et la charge d'âmes laïque s'affrontent comme deux mondes différents.