Une Intrigante sous le règne de Frontenac

J. B. Caouette · Chapitre 9 sur 15

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Une Intrigante sous le règne de Frontenac

France!

Le poids de l'exil pesait sur eux comme un manteau de plomb.

Paul Aubry, qui aimait de tout son coeur la marine et la France, souffrait un véritable martyre en se voyant, dans la force de l'âge, voué à l'inaction. Mais il lui répugnait d'aborder ce sujet douloureux devant sa soeur que, elle, se reprochait amèrement d'avoir brisé la carrière de son frère.

Il préférait confier ses chagrins au bon père Schultz ou, mieux encore, les supporter en silence.

Sans être un favori de Muses, Paul Aubry aimait parfois à exprimer en vers ses tristes pensés. Mais c'est à l'insu de sa soeur qu'il cultivait la poésie.

Un jour, en ouvrant un volume qu'elle voulait lire, madame DeBoismorel y trouva un feuillet sur lequel son frère avait écrit trois strophes sous ce titre: France!

Comme elle était une excellente musicienne, elle composa un air sur les paroles qu'elle venait de trouver.

Le même soir, ayant été invitée par son frère à faire de la musique, elle lui dit:

--Écoute ce chant nouveau:

FRANCE!

France! il n'est pas de pays en ce

monde

Qu'on puisse aimer autant que nous

t'aimons!

Un seul jour loin de ta terre féconde

Parait un siècle à nous qui te

pleurons!

Oh! que l'exil dont nous portons la

chaîne

Depuis six ans, est un supplice

affreux...

Mon Dieu! mettez un terme à notre

peine

En nous ouvrant le pays des aïeux!

«Courage, enfants, vous reverrez la

France.»

Nous dit un soir notre bon vieux

pasteur.

Ce mot d'espoir calme notre

souffrance

Et verse en nous un rayon de

bonheur!

Madame DeBoismorel dit à son frère, en l'embrassant:

--Me pardonnes-tu, chéri, d'avoir mis ta poésie en musique sans ta permission?

--Oui, je te pardonne, parce que la richesse de la musique fait oublier la pauvreté des vers.

--Flatteur et modeste, va!

--Dis donc, reprit-elle as-tu remarqué que «notre bon vieux pasteur» n'est pas venu ici depuis deux semaines; serait-il malade?

--Non, il est absent de Munich pour quelque temps, m'a dit l'autre jour son vicaire.