Une mission internationale dans la lune

Jean Petithuguenin · Chapitre 4 sur 14

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Une mission internationale dans la lune

IV Remplaçant

IV

 

 

REMPLAÇANT

 

Le troisième jour du voyage, on eut un accident à déplo-rer à bord du Montgomery. Dessoye, le membre français de la mission, tomba si malheureusement dans l’escalier de la pas-serelle qu’il se cassa le poignet.

Il croyait d’abord en être quitte pour une simple foulure et pouvoir tout de même partir, mais le médecin du bord lui ôta cette illusion.

– Vous en avez au moins pour deux mois avant de pou-voir vous servir de votre main.

Dans ces conditions, Dessoye n’aurait fait qu’encombrer ses camarades, s’il s’était obstiné à partir tout de même. Il le comprenait, mais il était désolé. D’abord il perdait la prime de cent mille dollars que le voyage aurait dû lui rapporter ; secondement il manquait l’occasion d’une aventure passion-nante. Enfin, et cela lui tenait particulièrement à cœur, il laissait vacante la place qui avait été réservée dans la mis-sion à un représentant de la France.

Brifaut étant venu lui exprimer sa sympathie, il lui dit :

– Pourquoi ne me remplaceriez-vous pas ? Vous êtes jeune, vigoureux ; vous avez accompli plusieurs voyages d’exploration, vous parlez l’anglais comme votre langue ma-

 

– 35 – ternelle. Partez pour la lune. Voilà une belle occasion de voir du pays et de vous enrichir.

– Je ne demanderais pas mieux, répliqua Brifaut, s’il ne dépendait que de moi ! mais jamais ma femme n’y consenti-ra.

– Qui sait ?… Allons la trouver.

Les deux hommes rejoignirent Madeleine dans le salon du Montgomery. Dessoye, qui portait le bras en écharpe, ex-prima sa proposition. Madeleine jeta les hauts cris.

– Non, non ! mon mari ne se lancera pas dans cette folle aventure.

– Mais, risqua René, tu as reconnu toi-même qu’on ne pouvait pas douter du succès, tant les précautions avaient été bien prises.

– N’empêche qu’il peut arriver quelque chose d’imprévu qui fasse tout rater. Que le Selenit reste en panne sur la lune par exemple, et c’est fini.

– Tout est calculé, madame, observa Dessoye, il n’y aura pas de panne. Songez que la France n’est plus représentée dans la mission. Que dira-t-on si votre mari se dérobe ? Un Français aura reculé, là où un Anglais, un Allemand, un Américain ont marché sans trembler.

Cet argument portait davantage sur la jeune femme, qui pourtant discuta longtemps et répandit beaucoup de larmes.

À la fin elle déclara :

– Eh bien, que René parte, j’y consens ; mais à une con-dition, c’est qu’on m’emmène.

 

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– Mais ce n’est pas possible, une femme !…

– Ta, ta, ta ! du moment qu’il n’y a aucun danger, (c’est vous qui le dites, n’est-ce pas ?), je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas faire partie de l’expédition. Une femme d’ailleurs rendra de grands services dans le Selenit, pour le ménage, la cuisine, les soins médicaux ; je remplirai aussi l’office de secrétaire.

– Oui, oui… j’entends bien… Mais on n’a prévu de place que pour dix passagers, et il faudrait vous réserver un loge-ment particulier.

– Bah ! à la guerre comme à la guerre, je coucherai dans le magasin aux vivres.

– Ma foi… cela n’est peut-être pas impossible. Je vais en parler à Scherrebek.

– Faites-lui remarquer, dit Madeleine, que ma compa-gnie apporterait quelque gaîté dans un cercle austère de dix hommes.

– Certes, repartit Dessoye en riant, et cet argument a en-core plus de force quand il s’agit d’une Française.

Une heure plus tard, les membres de la mission, y com-pris Dessoye, qui devait renoncer à partir, se réunissaient en conseil dans le carré du commandant, pour examiner la question. Le remplacement de Dessoye par Brifaut fut admis sans difficulté. L’admission de Mme Brifaut fut par contre as-sez discutée. Certains membres, surtout l’Américain et le Ja-ponais, soulevaient des objections. Mais Dessoye, soutenu par Scherrebek, plaida la cause de Madeleine avec tant de chaleur qu’il emporta à la fin l’assentiment unanime de ses camarades.

 

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Quand, ce soir-là, au dîner, le commandant Murray an-nonça officiellement que Madeleine Brifaut se joindrait à l’expédition, les convives firent une ovation à la vaillante Française.

Madeleine se sentait fière, heureuse ; elle n’avait plus peur de rien. Tel est le caractère de notre race, qui tremble parfois devant le danger quand il est loin et l’affronte le sou-rire aux lèvres quand il approche.

 

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