Une Nichée De Gentilhommes

Ivan Sergueïevitch Tourgueniev · Chapitre 4 sur 46

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Une Nichée De Gentilhommes

Chapitre III

 

 

– Bonjour, Maria Dmitriévna ! cria le cavalier d’une voix sonore et agréable. Comment vous plaît ma nouvelle emplette ?

Maria Dmitriévna s’approcha de la fenêtre :

– Ah ! le superbe cheval ! dit-elle ; chez qui l’avez-vous acheté, Vladimir ?

– Chez l’officier de remonte. Il me l’a fait payer cher, le bri-gand !

– Comment l’appelle-t-on ?

– Orlando !… Mais ce nom est bête, je veux le changer… Eh bien, eh bien, mon garçon ? Il est toujours en mouvement !

Le cheval hennissait, piaffait et secouait ses naseaux cou-verts d’écume.

– Lénotchka, caressez-le… N’ayez pas peur…

La petite fille allongea la main hors de la fenêtre ; mais Or-lando se cabra tout d’un coup et se jeta de côté. Le cavalier ne perdit pas la tête, serra le cheval de ses genoux, lui assena un coup de cravache sur le cou, et, malgré sa résistance, parvint à le ramener sous la croisée.

– Prenez garde, prenez garde ! répétait Maria Dmitriévna.

 

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– Lénotchka, caressez-le, reprit le cavalier ; je ne lui per-mettrai pas de faire à sa guise.

La petite fille tendit de nouveau sa main et effleura timi-dement les naseaux frémissants d’Orlando, qui tressaillait et rongeait son frein.

– Bravo ! cria Maria Dmitriévna ; et maintenant, descendez et entrez à la maison.

Le cavalier tourna brusquement son cheval, piqua des épe-rons, et, traversant la rue au petit galop, entra dans la cour. Une minute après, il se précipitait dans le salon en brandissant sa cravache. Au même instant, sur le seuil d’une autre porte, appa-raissait une jeune fille grande, svelte, avec de beaux cheveux noirs. C’était Lise, la fille aînée de Maria Dmitriévna ; elle avait dix-neuf ans.

 

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