Une nuit avec un ennemi - Ce lien si puissant

Child · Chapitre 1 sur 3 · partie 2/5

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Une nuit avec un ennemi - Ce lien si puissant

Une nuit avec un ennemi

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 5 parties.

Mike Prentice avait déjà mis King Construction dans l’embarras une première fois. Il ne tolérerait pas un deuxième écart.

Rafe ne supportait pas l’amateurisme. Tout le monde pouvait commettre une erreur, il en était conscient. Mais quand un fournisseur omettait de livrer ses clients deux fois d’affilée, la confiance n’était plus de mise. Les King avaient besoin de partenaires aussi rigoureux qu’eux.

— Je veux le matériel sur site en fin de journée.

— Sinon… ? demanda Mike.

Rafe esquissa un sourire et répondit sur un ton sans équivoque :

— Vous tenez vraiment à le savoir ?

— Ce sont des choses qui arrivent, Rafe, continua à se défendre Mike. Je ne peux pas être en permanence derrière mes équipes.

— Je ne vois pas pourquoi, répondit Rafe. C’est ce que je fais moi-même, jour après jour.

— Allez, certains employés des King doivent bien avoir deux trois choses à se reprocher, non ?

— En effet, cela arrive, acquiesça-t-il en regardant autour de lui, impatient d’en finir maintenant avec cette conversation. Mais rarement, et cela ne se reproduit jamais en règle générale. Ce n’est pas la première fois que nous parlons de ça, Mike. Je me suis déjà montré compréhensif, et je veux bien passer l’éponge une deuxième fois, mais je vous préviens, je ne veux plus de discussion de ce type. Si vous êtes dans l’impossibilité de nous livrer dans les cinq prochaines heures, King Construction se verra obligé de s’adresser à un autre fournisseur…

— Eh ! Pas si vite, je ne peux pas…

— Vous avez eu droit à une seconde chance, Mike, déclara Rafe avec calme. A présent, soit vous nous livrez le matériel comme convenu, soit je vous donne ma parole que vous ne décrocherez plus un seul chantier en Californie. Vous êtes conscient de l’enjeu, je suppose… ?

Un long silence lui répondit. Mike réfléchissait. Et Rafe savait exactement à quoi il pensait. King n’était évidemment pas l’unique entreprise de construction de l’Etat. Mais si Mike échouait une fois de plus à faire preuve de responsabilité, sa réputation serait fichue auprès de tous les entrepreneurs. Rafe se ferait un point d’honneur d’en informer ses concurrents.

— Ce sera fait, répondit le fournisseur, manifestement agacé. Vous êtes impitoyable, Rafe.

— Je vous conseille de ne pas l’oublier, Mike.

Rafe raccrocha et s’enfonça dans son fauteuil en cuir qu’il fit lentement pivoter pour admirer la vue sur l’océan, derrière la baie vitrée. Le siège social de King Construction se trouvait sur la Pacific Coast Highway, et chacun de ses frères disposait ici d’un bureau avec le même panorama. Privilège parmi d’autres. Comme de pouvoir remonter les bretelles à un type de mauvaise foi.

Il se leva et s’approcha de la baie vitrée. Etait-il réellement impitoyable ? Peut-être.

Son ex-femme en tout cas devait en être convaincue.

Une autre bonne raison pour garder ses distances avec Katie Charles.

Une femme comme elle n’avait pas besoin d’un homme impitoyable dans sa vie.

 

***

 

— Eh bien… Ma foi, la vue est très plaisante…

Un instant déstabilisée, Katie dévisagea sa grand-mère avant d’éclater de rire.

— Tu es incroyable !

Emily O’Hara sourit puis recoiffa ses cheveux gris, coupés à la dernière mode.

— Ma chérie, répondit-elle avec un clin d’œil, si tu n’aimes pas regarder les hommes, ils pourraient bien eux-mêmes oublier de te regarder.

Toutes deux se tenaient face à la cour et observaient le va-et-vient des ouvriers. Les hommes s’affairaient, chacun absorbé par une tâche particulière ou prêtant main-forte à un collègue. Naturellement, Emily avait tout de suite remarqué Rafe, comment le lui reprocher ?

Elle enveloppa Rafe du regard, à l’autre bout de la cour. Depuis ce fameux matin où elle avait pris sa défense, devant Joe, il l’évitait. Elle ne comprenait pas pourquoi. Réaction typiquement macho, sans doute. Un homme devait éprouver de la gêne à voir son honneur défendu par une femme. Elle sourit à cette pensée.

— Bien, bien. Je vois que tu n’as pas les yeux dans ta poche, chuchota sa grand-mère en lui glissant un bras autour des épaules. Très beau mec, n’est-ce pas ?

— Un beau mec, dis-tu, mais où donc ? répondit Katie en riant.

— Ne me prends pas pour une idiote. Alors, que comptes-tu faire ?

— Faire quoi, et avec qui ? soupira-t-elle, fascinée à ce moment précis par le sourire de Rafe, en pleine discussion avec Arturo.

— Quelle pitié de voir la jeunesse perdre ainsi son temps, se lamenta sa grand-mère. Ecoute, Katie, si tu le veux, va le chercher.

— Tu en parles comme d’un cookie qu’il suffirait d’attraper pour y mordre dedans…

— C’est pourtant comme cela que je vois les choses. Prends-le et déguste-le. La vie est trop courte, ma chérie. Profites-en tant que tu le peux.

— Tu m’excuseras si je ne suis pas aussi insouciante que toi, dit Katie.

— Voilà bien ce que je te reproche, remarqua Emily. J’aimais ton grand-père, ma chérie, mais il est parti depuis longtemps. Et j’ai pris la décision de vivre pleinement le temps qui me reste. Tu devrais en faire autant. Il y a trop longtemps que tu restes cloîtrée chez toi.

— Tu exagères !

— A peine, insista sa grand-mère. Depuis que ce Cordell t’a plaquée, tu vis en recluse, comme si tu étais dans un couvent.

A ce souvenir, Katie se renfrogna.

— Le monde est plein de gens passionnants, dont cinquante pour cent sont des hommes, enchaîna Emily. Ce n’est pas parce que tu as eu le malheur de croiser une brebis galeuse, que tout le troupeau est à jeter.

Katie rit à la philosophie toute personnelle de sa grand-mère. Mais c’était un rire forcé derrière lequel elle s’efforçait de dissimuler ses doutes. Bien sûr, Cordell King l’avait profondément blessée, mais elle ne se terrait pas chez elle. Elle travaillait, gérait sa petite affaire avec enthousiasme, rencontrait une foule de gens et… Et depuis Cordell, depuis six mois, sa vie amoureuse était un vrai désert.

Que s’était-il passé ? Elle qui aimait tant sortir, tant s’amuser. Elle qui adorait voir ses amis.

Elle qui aimait la vie.

— Oh, oh, voici notre apollon, chuchota sa grand-mère.

S’arrachant à ses pensées, Katie regarda Rafe venir vers elles. Un apollon certes, mais d’un genre ténébreux et dangereux, un apollon si sexy qu’elle en tressaillit. Il était… magnétique.

— Comment as-tu dit qu’il s’appelait ?

— Rafe. Rafe Cole.

— Hmm…

Katie se tourna vers sa grand-mère, mais celle-ci demeura impassible. Généralement, ce type d’expression signifiait qu’Emily avait quelque chose en tête qu’elle tenait à garder pour elle. Intriguée, Katie voulut l’interroger, mais Rafe venait de les aborder. Elle fit les présentations, puis Rafe expliqua :

— Je voulais simplement vous prévenir que nous terminerons plus tôt, cet après-midi. Joe a une réunion et tient à la présence de Steve et d’Arturo.

— Et vous ? s’enquit-elle.

— Je n’ai rien à y faire, répondit-il. Je ne suis qu’un simple ouvrier. Heureux d’avoir fait votre connaissance, ajouta-t-il en souriant à sa grand-mère.

— Ravie de vous avoir rencontré, Rafe, dit Emily en lui rendant son sourire.

Lorsqu’il s’éloigna, Katie fut incapable de détacher les yeux de sa silhouette. Elle le suivit longuement des yeux, observa sa démarche assurée, les reflets du soleil sur ses cheveux noirs et… la fermeté de ses fesses dans ce jean râpé.

Revenant à elle, elle surprit le regard amusé de sa grand-mère.

— A quoi penses-tu ?

— Je me demandais s’il avait un grand-père, répondit Emily, l’air rêveur.

— Je répète ma question, insista Katie qui n’était pas dupe. A quoi pensais-tu ?

— Moi ? A rien, voyons ! Tu me connais, on lit en moi comme dans un livre ouvert, fit mine de s’offusquer Emily.

— Emily…

— Oh ! Je suis en retard…, soupira celle-ci, après un rapide coup d’œil à sa montre. Grace et moi avons un rendez-vous galant, ce soir. Deux veufs charmants et fougueux. Je dois retrouver Grace chez la manucure dans une demi-heure à peine.

— Tu vas faire des ravages, j’en suis sûre, dit Katie en étreignant sa grand-mère.

— Tu en ferais tout autant, si tu voulais bien t’en donner la peine, remarqua Emily, avec un regard insistant vers Rafe. Pourquoi n’invites-tu pas ce garçon à dîner ? Vis donc un peu, Katie. Il te plaît, non ?

— Oui, c’est vrai, répondit Katie. Mais je… Enfin, je ne le connais que depuis une semaine. En fait, j’ai passé tant de temps avec lui que j’ai l’impression de l’avoir rencontré il y a longtemps. C’est quelqu’un de bien. Un homme normal. Rien à voir avec Cordell King, et c’est tout à son honneur. J’en ai soupé des hommes riches.

— Tous les hommes riches ne sont pas aussi abjects que ton Cordell, fit remarquer Emily.

— Sans doute…, soupira Katie, sans conviction.

Fort heureusement, elle n’avait côtoyé que peu d’hommes fortunés. A vrai dire, Cordell avait été son seul et unique milliardaire. Mais après cette expérience, elle ne s’aventurerait plus jamais à fréquenter un individu de cette espèce. Promis, juré. Trop dangereux.

— … Désormais, je ne veux plus rencontrer que des hommes ordinaires et honnêtes travailleurs, décréta-t-elle.

— Voilà qui est parlé, applaudit Emily. Tu as le même caractère que ta pauvre maman, Dieu la bénisse. Ce Rafe me paraît être un candidat très honorable.

— En effet, acquiesça Katie en promenant son regard sur l’homme qu’elle retrouvait chaque nuit dans ses rêves, depuis quelque temps.

— Attention, pourtant… On ne connaît jamais vraiment un homme avant d’avoir couché avec lui.

— Emily ! protesta Katie, choquée.

— Ne fais pas ta mijaurée, mon enfant, rit Emily, manifestement aux anges devant l’expression choquée de sa petite-fille. Je dis simplement qu’il pourrait être intéressant de le prendre à l’essai, point barre.

Katie adorait sa grand-mère, mais elle n’était pas aussi émancipée, voire libertine, qu’Emily O’Hara. Mais cette dernière n’avait pas toujours été aussi délurée ou avide d’aventures. Le décès de la mère de Katie avait produit comme un déclic en elle, et c’était comme si elle avait subitement décidé que la vie était trop courte. Sa grand-mère s’était jetée avec délice dans une course frénétique à l’amour avec un petit « a ».

D’une certaine façon, Katie admirait ce mode de vie aventureux, mais elle ne pouvait se résoudre à suivre la même voie. Emily avait connu le grand amour, aujourd’hui elle n’avait qu’un objectif : s’amuser. Katie, elle, rêvait encore de l’amour, du vrai, de la passion…

Emily cependant avait vu juste, à propos de Rafe. Katie était plus attirée par lui qu’elle ne l’avait jamais été par aucun homme, y compris Cordell King. Alors, oui, peut-être le moment était-il venu de se « donner la peine ». De déchirer ce cocon dans lequel elle s’était nichée.

— Cela ne m’intéresse pas de « le prendre à l’essai », comme tu dis si élégamment, mentit-elle, alors que des frissons voluptueux la parcouraient à cette seule idée. Pas encore, en tout cas. Mais dîner avec lui, pourquoi pas ? Je l’aime bien, et il est très différent de Cordell King.

— Hmm hmm…

— Oui ?

— Rien, rien, dit Emily en la serrant entre ses bras. Il faut que je me dépêche, ma chérie. La soirée promet d’être pétillante. Et si tu veux un conseil, fais comme ta vieille grand-mère, ne perds pas de temps et prends le plaisir là où il est…

Une fois seule, elle observa longuement Rafe Cole en pleine discussion avec Arturo, sous un soleil de plomb. Prends le plaisir là où il est … Pourquoi pas ?

 

***

 

— Les gars sont partis, dit Rafe.

Après le départ du reste de l’équipe, il avait décidé de rester, juste pour profiter de quelques minutes en tête à tête avec elle. Il se refusait cependant à s’interroger sur les raisons qui le poussaient à agir ainsi. Il craignait de ne pas apprécier la réponse à cette question. Mais il avait pris l’habitude de partir le dernier et au fil des jours, il se surprenait à attendre avec impatience ce moment où il se retrouverait seul avec Katie.

Le silence régnait alentour, excepté le bruit des rebonds d’un ballon de basket, dans une allée voisine. Un chien aboyait mollement dans la maison à côté. Après une journée caniculaire, la brise s’était levée, rafraîchissante.

Ses longs cheveux roux réunis en une queue-de-cheval genre ingénue, Katie lui sourit, ses yeux verts brillant dans le soleil de cette fin d’après-midi paisible. Une puissante bouffée de désir le submergea. Il savait que ce serait une erreur d’avoir une aventure avec elle. Après tout, non seulement elle n’était pas son genre, mais en plus, elle détestait les King. S’ils couchaient ensemble, tôt ou tard elle découvrirait son mensonge sur son identité. Et les choses se compliqueraient…

Pourtant, à ce moment précis, son légendaire bon sens semblait n’avoir aucune prise sur la force de son désir.

— Comment s’est passée cette journée ? demanda-t-elle en se dirigeant vers le garage.

— Nous avons placé une cloison étanche sur les canalisations, et la plomberie est terminée.

— Vraiment ? s’exclama-t-elle, tout sourire. Fini, les tuyauteries ?

Elle sourit et ses yeux reflétèrent son sourire. Elle était lumineuse. Il ressentit comme une lave brûlante couler en lui. Sans même le vouloir, elle le rendait fou. Il ne se souvenait pas avoir désiré autant une femme. Leslie elle-même, son ex-femme, ne l’avait jamais troublé ainsi.

Après une minute de désarroi, il toussota et remarqua :

— Oui, et les travaux devraient avancer plus rapidement, maintenant. A condition de recevoir les fournitures en temps et en heure.

— J’espère qu’il n’y aura pas de retard. J’ai vraiment besoin d’une cuisine digne de ce nom.

— Je comprends, mais si j’en crois les délicieux parfums en provenance du patio, vous n’avez pas ralenti votre production…

Sur un éclat de rire, elle ouvrit la porte du garage et disparut dans la pénombre. Il lui emboîta le pas et regarda autour de lui. L’endroit était parfaitement rangé, à l’image du reste de la maison. Des étagères étaient fixées au mur de droite, le lave-linge et le sèche-linge étaient contre le mur de gauche, au centre, un vieux 4x4 rouge, et tout au fond, une tondeuse à gazon et quelques outils de jardinage.

— Grâce à votre installation, je peux heureusement continuer de fabriquer mes cookies, dit-elle. Mais mon comptoir me manque terriblement pour la décoration et la mise sous sachet. J’arrive à me débrouiller tant bien que mal avec des tables de camping mais…

— Mais vous aspirez à retrouver vos marques, finit-il pour elle.

— C’est vrai, reconnut-elle avec un soupir. Que voulez-vous, je suis une femme d’habitudes…

Elle se dirigea vers les étagères, se pencha pour attraper un sac de charbon de bois. Il se pencha avec elle et soudain, sa bouche ne fut plus qu’à un demi-centimètre de la sienne. Le temps s’arrêta. Il ne vit plus alors que ses lèvres et son cœur s’arrêta de battre.

Il voulait connaître le goût de ces lèvres. Il aurait tout donné à ce moment pour poser sa bouche sur la sienne. Mais à l’éclat de ses yeux, il comprit qu’elle n’était pas prête. Et s’il y avait une chose dont Rafe King savait user, c’était de patience. Aussi se redressa-t-il et s’empara-t-il du sac.

— Laissez-moi porter ça.

Elle recula, chuchota un merci, puis reprit la discussion là où elle l’avait laissée, comme si de rien n’était.

— Et je parie que vous détestez la routine… ?

— Personne n’aime voir sa maison envahie par des inconnus, dit-il en se détournant, craignant qu’elle ne devine sa frustration.

— Vous n’avez pas répondu à ma question, insista-t-elle.

Il inspira profondément puis lui fit face.

— Les hommes ne connaissent pas la routine, répondit-il en déposant le sac. Les hommes ont un emploi du temps.

— Bien sûr, dit-elle dans un éclat de rire, appuyée contre le coffre du 4x4. Et quel est le vôtre ?

— Le même que mes semblables, je suppose, répondit-il après une hésitation, se rappelant de rester dans le vague, ne pouvant évidemment pas lui parler de ses activités à King Construction. Le travail, la maison, les loisirs…

— Le travail, je sais ce qu’il en est, mais à quoi occupez-vous vos loisirs ?

— Eh bien…, commença-t-il, plongeant ses yeux dans les siens, lui laissant ainsi voir combien il était troublé. Voilà une question intéressante…

Il l’observa tandis qu’elle semblait retenir son souffle. Elle était manifestement troublée et ne trouva pas d’autre parade que de s’éloigner vers la voiture. Il sourit. Il marquait un point : si elle était aussi nerveuse que lui, c’est que leur attirance était réciproque. Voilà qui était encourageant ! Mais pas question de la brusquer. Il ne voulait pas tout gâcher. Il n’avait jamais eu affaire à une femme comme elle.

Celles que Rafe King fréquentait n’étaient là que pour quelques heures de plaisir. Pas d’intentions cachées, pas d’émotions et pas d’espoirs.

Katie était différente. Elle représentait quelque chose d’inconnu, pour lui. De fascinant. Un nouveau territoire qu’il rêvait de conquérir.

— Alors, ce barbecue ? lança-t-il en jetant le sac de charbon sur son épaule.

— Oh oui, suivez-moi, répondit-elle, retrouvant son sourire.

— Je peux le préparer, si vous voulez, proposa-t-il.

— Uniquement si vous restez dîner. Hamburgers ?

Il se tourna vers elle et la dévisagea, sourire aux lèvres. S’il acceptait de dîner avec elle, il voudrait plus que des hamburgers. Et resterait surtout pour le dessert.

— Avec plaisir, dit-il. Mais si cela ne vous dérange pas, je vais d’abord passer chez moi pour prendre une douche et me changer.

— Bien sûr.

De nouveau, il nota sa nervosité. Il la fixa, tandis qu’elle se mordillait la lèvre. Oui, une douche s’imposait, et de préférence glacée.

— Alors c’est entendu, dit-il. A quelle heure dois-je me présenter ? Je propose de m’occuper du barbecue, à mon retour. Je suis un vrai champion quand il s’agit d’allumer un feu.

— Je veux bien le croire…

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— Cela ne signifie rien, se répéta Katie, pour la dixième fois au moins. C’est juste un dîner. Un barbecue. Amical. En tout bien tout honneur. Rien de sexuel là-dedans…

Elle soupira, sortit du réfrigérateur un bol de pâtes pour composer une salade, en accompagnement des hamburgers.

Des histoires, elle se racontait des histoires. Elle jouait les jeunes femmes prudes. Car elle avait bien senti cette tension, ce courant entre eux, quand ils s’étaient frôlés devant ce sac de charbon de bois. L’espace d’une seconde, elle avait cru qu’il allait l’embrasser et… En réalité, elle n’était toujours pas parvenue à savoir si elle avait été soulagée ou déçue qu’il n’en fasse rien. Et puis, elle avait surpris la lueur dans ses yeux quand il s’était vanté de savoir allumer un feu comme personne. Comme s’il avait senti son trouble, comme s’il était conscient de ses frissons.

Heureusement que le fait de s’affairer en cuisine lui offrit une heureuse diversion et lui permit de penser à autre chose. Il en avait d’ailleurs toujours été ainsi. Fillette, elle aidait Emily à concocter des petits plats et, très vite, elle avait imaginé ses propres recettes. En fait, la cuisine avait toujours été un refuge, pour elle.

Elle s’empara de son robot, hacha champignons, céleri, carottes et brocolis dont elle parsema sa salade, qu’elle assaisonna pour finir d’un pesto fait maison.

Occuper ses mains, tel était le secret… Jusqu’à un certain point. Car un peu de réflexion ne pouvait nuire. Ainsi pourquoi tant de nervosité !

— Il vient dîner, dî-ner, se sermonna-t-elle à voix haute. Personne ne va coucher avec personne…

Sauf que… Elle désirait bel et bien Rafe Cole. Une semaine qu’elle ne l’avait quasiment pas quitté, et il l’attirait chaque jour un peu plus. Il était sympathique, serviable et, mon Dieu, personne ne portait le jean comme lui. La nuit ne lui offrait pas plus de répit. Elle rêvait de lui, de ses cheveux noirs et épais entre ses doigts.

Manifestement, elle était mal partie et, en l’invitant à dîner, aucun doute qu’elle courait droit à de gros problèmes. Mais peut-être justement le moment était-il venu pour elle de bousculer un peu la routine. Elle, si sage, si exemplaire… Si timorée.

Elle était sortie trois mois avec Cordell King, et pas une fois n’avait couché avec lui. Elle voulait prendre son temps, être prête vraiment pour lui, qu’elle considérait alors comme l’homme de ses rêves, le seul, l’unique.

Car au début, leur histoire tenait du conte de fées. Elle n’avait pas l’habitude de fréquenter des milliardaires, à l’époque. Ce jour-là, Cordell avait passé commande d’un bouquet de cookies pour son assistante qui était sur le point de partir en congé de maternité. La jeune fille qui s’occupait des livraisons étant absente ce jour-là, Katie s’en était elle-même chargée et s’était présentée au siège de King Construction chargée de sa boîte à cookies.

Aux exclamations de joie de son assistante, visiblement enchantée par la composition de biscuits conçue par ses soins, Cordell était sorti de son bureau. Un peu plus tard, il la raccompagnait jusqu’à sa voiture et l’invitait à dîner. Par la suite, ils s’étaient vus presque chaque jour, dès que leur emploi du temps le leur permettait.

Avec le recul, elle réalisait combien elle avait été flattée par l’intérêt de Cordell, un homme riche et célèbre qui faisait l’envie de toutes les femmes de la ville. Elle avait pris sa vanité émoustillée pour les prémices de quelque chose de fantastique. Il était si beau. Si prévenant. Si sexy. Et c’était à elle, pauvre Cendrillon, que le Prince charmant faisait la cour !

— Ridicule, chuchota-t-elle.

Grâce à Dieu, elle n’avait pas couché avec lui. Cela n’aurait fait qu’ajouter à son humiliation, elle qui croyait alors vivre quelque chose d’exceptionnel. En réalité, il n’y avait rien d’exceptionnel là-dedans. Et comme elle l’avait compris par la suite, Cordell s’aimait trop lui-même pour pouvoir aimer quelqu’un d’autre.

Avec un soupir agacé, elle chassa ces mauvais souvenirs de son esprit et se concentra sur la soirée à venir. Elle prépara deux coupes de glace, généreusement arrosée en crème Chantilly, qu’elle rangea dans le réfrigérateur. Le repas prêt, elle promena son regard sur sa cuisine improvisée puis consulta sa montre. Rafe n’allait plus tarder à arriver…

Elle courut à la salle de bains où elle arrangea ses cheveux et se remaquilla en quelques gestes fébriles. Elle se sentait comme une adolescente à l’heure de son premier rendez-vous. En proie à un mélange d’excitation et d’appréhension, elle secoua la tête, et observa son reflet dans le miroir.

— Amuse-toi, Katie Charles, finit-elle par se lancer. Une fois dans ta vie, ne pense pas à demain. Profite pleinement de cette soirée, peu importe ce qui arrivera par la suite…

Elle inspira profondément, préféra ignorer cette lueur d’angoisse, dans ses yeux.

— … C’est quelqu’un de bien. Vous êtes célibataires tous les deux. Alors, détends-toi.

Facile à dire. Pourtant, quel mal y avait-il à se faire du bien ?

***

 

— Alors, cette enquête auprès de la famille ? demanda Rafe à son frère, en s’engageant dans la rue de Katie. Rien de nouveau ?

— Rien du tout, répondit Sean, sa voix grésillant à l’autre bout du fil. J’ai parlé à Tanner, mais depuis son mariage avec Ivy, il semble avoir tout oublié de son passé sulfureux. Tout ce qui l’intéresse, c’est la dernière échographie de leur bébé, soupira son frère. Quelle histoire. Comme s’ils étaient les seuls à attendre un heureux événement…

Rafe ne releva pas. Il était heureux pour son frère. Ivy était une femme délicieuse, auprès de laquelle Tanner s’était littéralement métamorphosé.

— J’ai aussi appelé cousin Jesse, reprit Sean, mais s’il connaît Katie Charles, c’est uniquement pour sa spécialité des cookies aux pépites de chocolat et noix de macadamia. Il en est fou. Sa femme Bella penche plutôt pour ceux au beurre de cacahouète, et leur fils Joshua pour la série au caramel.

— Je m’en réjouis, grommela Rafe en se garant devant la maison de Katie, dont les vitres reflétaient le soleil déclinant. Mais à vrai dire…

— Tu t’en fiches, je sais.

— Quelqu’un dans la famille la connaît. Et je veux savoir qui.

— Enfin, pourquoi cet entêtement ? Tu la connais depuis une semaine, qu’est-ce que cela peut te faire, si elle déteste les King ?

— Je n’aime pas ça, voilà tout.

— Tu devrais être habitué, remarqua Sean avec soupir. Ils sont légion à ne pas nous porter dans leur cœur.

— Pas les femmes…

— Exact, dit son frère qui, après une hésitation, demanda : Le fait qu’elle soit une femme expliquerait-il que tu t’intéresses à elle ?

— Peut-être.

En réalité, il n’en savait rien. Katie Charles faisait vibrer en lui quelque chose dont il ignorait même l’existence jusque-là. Telle était la vérité. Un seul regard à ses grands yeux verts suffisait à lui faire imaginer les scènes les plus torrides.

Il trouvait cependant humiliant d’avoir cette épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Si Katie en effet venait à découvrir qu’il était un King, elle lui claquerait la porte au nez, et il ne la reverrait plus jamais.

— Bien, je retourne à ma planche à dessin. Mais j’appellerai Garrett, proposa Sean. Tu connais son goût pour le mystère. S’il n’a pas de réponse, il en cherchera une.

Sean avait raison, leur cousin, Garrett King, responsable d’une agence de sécurité, adorait fouiller dans les secrets de ses semblables. Si quelqu’un était capable de découvrir les raisons du ressentiment de Katie à l’égard des King, c’était bien lui.

— Entendu. Merci.

— Tu as des projets ? Je prends le jet pour Vegas, ce soir. Pourquoi ne m’accompagnes-tu pas ? Nous ferions le tour des casinos, qu’en dis-tu ?

Rafe sourit. En temps normal, il aurait répondu avec enthousiasme à ce genre d’invitation. Mais ce soir, il avait mieux à faire.

— Merci, mais j’ai des plans pour la soirée.

— Avec celle qui déteste les King ?

— Elle s’appelle Katie. Oui, répondit Rafe.

— Elle ignore qui tu es, n’est-ce pas ?

— Exact.

De nouveau, il fut irrité contre lui-même. Il n’avait pas pour habitude d’agir incognito, avec les femmes, et c’était plutôt l’inverse qui se produisait : le seul nom de King suffisait généralement à les attirer.

— Parfait. Bien, rapporte-moi quelques cookies avant qu’elle ne découvre la supercherie et en même temps dénonce le contrat passé avec nous.

Il raccrocha, perdu dans ses pensées, les paroles de Sean résonnant dans sa tête. Puis il se rassura. Il n’y avait aucune raison pour que Katie apprenne son nom, avant que lui ne l’ait décidé. D’ici là, il aurait tout le temps de la séduire, de lui dévoiler tous ses atouts et de lui donner de bonnes raisons de l’aimer.

Alors, et seulement alors, il lui révélerait son identité. Et forcément, elle comprendrait à ce moment son erreur.

Mais dans l’immédiat, il allait mettre à profit ce répit, auprès d’une femme qui n’attendait rien de lui qu’une soirée amicale, autour d’un barbecue.

Il descendit de son pick-up et se dirigea vers la maison. Il n’avait pas atteint le porche que Katie surgit sur le seuil. Elle s’arrêta brusquement en le voyant, l’air paniqué, comme si elle ne s’attendait pas à le voir déjà là. Ses cheveux roux retombaient en cascade sur ses épaules. Elle avait revêtu un T-shirt kaki et un short blanc qui mettait en valeur le bronzage de ses longues jambes. Les yeux brillants, elle demanda, à bout de souffle.

— Rafe ! Vous êtes revenu, je suis si heureuse ! Suivez-moi !

A sa grande surprise, il la vit ensuite descendre en courant les marches du porche pour se précipiter vers la maison voisine. Contournant la clôture, elle remonta l’allée sans ralentir sa course. Une fois remis de sa surprise, il lui emboîta le pas, imaginant déjà les pires scénarios. Il ne s’était certainement pas attendu à un tel accueil ! Quelqu’un sans doute perdait son sang et se trouvait à l’article de la mort. Il attrapa son téléphone dans sa poche, prêt à composer le numéro des urgences.

Ils atteignirent en quelques secondes le perron de la petite maison.

— Quel est le problème ? demanda-t-il.

— Nicole a besoin d’aide.

La porte de la maison s’ouvrit sur une jeune femme blonde, manifestement stressée, un bébé sur les bras. Elle laissa échapper un soupir de soulagement en les accueillant.

— Dieu soit loué ! Venez, c’est là-bas.

Elle fit mine de se ruer à l’intérieur, mais il l’en empêcha et la précéda. Il n’avait pas la moindre idée de ce qui se passait ici, mais il n’allait certainement pas laisser Katie risquer le moindre danger.

Il jeta un coup d’œil circulaire sur l’endroit, se demandant quelle catastrophe avait bien pu se produire. Il aperçut des jouets sur le parquet, un petit train de bois, puis un bruit lui parvint qu’il identifia aussitôt. Personne n’était en train d’agoniser mais il semblait bien qu’un torrent fût en train de se déverser dans la maison.

La jeune femme s’adressa à Katie.

— Je ne parviens pas à stopper la fuite… J’ai l’impression que le robinet est cassé. Il y a de l’eau partout et Connor n’en finit pas de pleurer, je…

— Tout va bien, Nicole, dit Katie. Nous allons arranger cela et t’aider à nettoyer.

Sans plus attendre, il se dirigea vers la cuisine, d’où provenait le bruit de la cascade. Ce n’était pas ainsi qu’il avait imaginé son premier rendez-vous avec Katie, mais il n’avait pas le choix. L’eau giclait de sous l’évier, à travers les portes du placard. Déjà, le sol de la cuisine ressemblait à une mare.

Pataugeant dans la flaque qui n’en finissait pas de s’étendre, il s’accroupit face à l’évier et, plongeant la main sous l’eau froide, il chercha à tâtons entre les tuyaux. Pas étonnant que Nicole ne soit pas parvenue à mettre fin au déluge. Il dut s’y reprendre à trois fois pour arriver à fermer ce satané robinet. Le torrent enfin s’arrêta de couler.

Un silence absolu s’ensuivit, puis le petit garçon dans les bras de sa mère se mit à rire.

— Ba-teau ! s’écria le bambin en désignant un téléphone portable, flottant à leurs pieds.

— Génial, murmura Nicole en se baissant pour attraper l’appareil. Bah, je voulais changer de modèle, de toute façon…

— Oh ! Ma chérie, je suis désolée, dit Katie en jetant un bras autour des épaules de son amie. Rafe Cole, ajouta-t-elle en se tournant vers lui, je vous présente Nicole Baxter. Nicole, voici Rafe.

La jeune femme lui adressa un sourire las.

— Je suis certainement plus heureuse de vous rencontrer que vous ne l’êtes, à ce moment.

— Pas de problème. Je n’ai rien contre l’aventure, de temps en temps, répondit-il.

Il se recoiffa d’un geste, agita ses mains pleines d’eau. Trempé, glacé, il surprit une lueur de regret teintée d’amusement, dans les yeux de Katie.

— L’arrivée d’eau est fermée, reprit-il avec le sourire. Mais la canalisation sous l’évier fuit. Il faut changer le joint.

— Oui, bien sûr, répondit Nicole, tout en chatouillant le menton de son fils. Merci, merci du fond du cœur pour votre intervention. Je n’y serais jamais arrivée seule.

— Votre mari devrait pouvoir remplacer ce joint sans aucun problème, dit-il.

— Mon ex-mari se trouve en ce moment à Hawaii, avec sa secrétaire…, déclara-t-elle, sarcastique.

Il surprit à ce moment Katie qui secouait la tête comme pour l’empêcher de faire une gaffe. Mais il était trop tard, le mal était fait.

— Et à vrai dire, la dernière fois que je l’ai vu, Connor n’était pas né, ajouta Nicole, après un baiser sur la joue du bambin. Mais nous nous en sortons très bien tous les deux, n’est-ce pas, mon chéri ?

Super, pensa Rafe. Il avait ravivé la douleur de la jeune femme, avec ses réflexions idiotes. Puis il ressentit une colère sourde s’emparer de lui. Quel genre d’homme fallait-il être pour négliger ainsi son enfant ? Il ne parvenait pas à comprendre un tel comportement. Certes, il était bien placé pour savoir que rien n’était plus aléatoire que le bonheur, dans le mariage. Mais qu’un homme ne fasse même pas l’effort de venir voir son propre enfant, il ne l’admettait pas. Le devoir d’un mari n’était-il pas de tout faire pour préserver la cohésion de sa famille ?

Mais le moment était mal choisi pour ressasser ses rancœurs personnelles. Son père n’avait jamais été le père idéal, mais au moins Ben King s’était-il toujours tenu auprès de ses fils, lorsque ces derniers avaient eu besoin de lui. Et apparemment, on ne pouvait en dire autant de l’ex de Nicole.

En voyant l’amie de Katie serrer avec amour son fils entre ses bras, des souvenirs de sa propre enfance lui revinrent à l’esprit. De sa mère, il ne gardait que peu de souvenirs. En fait, elle avait toujours été absente. Il n’avait même pas un an quand elle l’avait confié à une vieille tante. Il ne la voyait que lorsque, en manque d’argent, elle venait en réclamer. Ben King ne l’avait pas épousée, en revanche il l’avait aidée sur le plan financier jusqu’à ce que lui-même ait atteint l’âge de dix-huit ans.

Une fois adulte, c’était à lui que sa mère avait pris l’habitude de s’adresser pour obtenir les fonds nécessaires à son mode de vie luxueux. Il payait, chaque fois, sans rechigner. Pour avoir la paix.

Aujourd’hui pourtant, à la faveur de cet incident chez Nicole, il prenait conscience des difficultés qu’avait dû rencontrer la tante qui l’avait élevé. Comme Nicole. Sauf que Nicole n’avait pas les moyens de s’offrir les services de l’entreprise King.

Dans son malheur, elle avait tout de même eu la chance de tomber sur un King.

Il observa Katie, qui semblait très affectée par la situation de son amie et soudain il s’entendit dire :

— Vous devriez aller ouvrir la porte de derrière pour évacuer l’eau dans la cour.

— Bonne idée, acquiesça Katie. Viens, Nicole, je vais t’aider à tout remettre en ordre.

— Non, c’est inutile, protesta la jeune maman. Tout ira bien, maintenant, je t’assure…

— Je n’en doute pas, intervint Rafe. Mais pendant que vous épongez la cuisine, je vais aller faire un tour chez le grossiste et ramener un joint neuf, afin que vous puissiez vous servir de votre évier normalement.

Katie le gratifia à cet instant d’un sourire lumineux qui lui fit le même effet que si on lui avait agrafé sur le torse la Légion d’honneur.

Les yeux dans les yeux, ils se toisèrent de longues secondes, et le monde autour d’eux cessa aussitôt d’exister. Chaque battement de son cœur retentissait comme un coup de tambour dans sa tête et il ne se lassait pas de voir défiler sur le visage de Katie toute une palette d’émotions qui l’enchantaient. Fierté, gratitude et admiration. Tout cela, pour lui ! Il n’avait jamais vécu un moment pareil. Quelqu’un qui le regarde ainsi, comme s’il avait décroché la lune.

S’il s’était écouté, il l’aurait prise dans ses bras et l’aurait embrassée, en prélude à des échanges plus brûlants. Il la désirait comme il n’avait désiré aucune femme avant elle. Un désir d’un genre nouveau… Presque un besoin.

Un besoin ? Certainement pas. Jamais.

— Je ne peux pas vous demander cela, voyons, protesta alors Nicole, l’arrachant à sa rêverie.

Peinant à recouvrer ses esprits, il ne parvint à refouler les émotions qui l’agitaient qu’au prix d’un effort surhumain. Reconnaissant envers Nicole d’avoir bien involontairement mis un terme à ce moment d’égarement, il se tourna vers elle.

— Vous ne demandez rien, c’est moi qui vous le propose. Ne vous en faites pas. Et puis, ajouta-t-il en souriant au petit garçon, ce bonhomme-là a besoin d’eau, pas vrai ?

Katie lui souriait encore, comme si elle faisait face à un véritable héros. Et il en était encore tout retourné. Aussi lui sourit-il à son tour, puis sortant ses clés de la poche de son jean, il estima préférable de quitter cette cuisine au plus vite.

— Je serai de retour d’ici quelques minutes. Tout ceci ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir.

— Merci, murmura Nicole. Vraiment, merci.

Katie étreignit brièvement son amie, puis s’approchant de Rafe, elle prit sa main.

— Je vous accompagne jusqu’à la porte, pendant que Nicole sort les balais et les serpillières.

Serrant sa main dans la sienne, il sentit la chaleur de sa peau se communiquer à lui. Arrivés à la porte d’entrée, Katie regarda derrière elle pour s’assurer que Nicole n’entendait pas, puis elle chuchota :

— Merci de lui avoir proposé votre aide, Rafe. Nicole ne peut se permettre de faire venir un plombier. Ce que vous faites pour elle est admirable.

— Oh ! Ce n’est pas grand-chose.

— Pour vous peut-être, dit-elle avec un sourire. Mais pour une mère célibataire, ce genre d’incident est une catastrophe. Sans votre intervention, elle aurait été au désespoir. Vous êtes mon héros.

Ces mots tout simples le touchèrent en plein cœur. Jusqu’à présent, les gens attendaient de lui qu’il sorte son chéquier. Un geste somme toute devenu banal, impersonnel, dans lequel il ne s’impliquait pas réellement. Il n’avait pas réalisé jusqu’à aujourd’hui ce que « aider » voulait réellement dire.

— Je n’ai jamais été le héros de personne.

Elle plongea son regard dans le sien. Aussitôt, il se perdit dans la profondeur abyssale de ses yeux verts.

— Désormais, vous l’êtes, murmura-t-elle avec un sourire d’une tendresse infinie.

Il approcha la main de son visage, effleura sa joue.

— Je vous serais reconnaissant de ne pas l’oublier, jusqu’à mon retour, dit-il, la gorge nouée par l’émotion.

— Je vous le promets, répondit-elle et se hissant sur la pointe des pieds, elle déposa un baiser sur ses lèvres avant de s’écarter. Revenez vite.

Le souffle court, Rafe accusa le choc de ce baiser. Il chancela, K.-O. sous l’effet du désir, doutant de pouvoir rejoindre son pick-up sans s’effondrer au milieu de l’allée. Quel héros, en effet, il faisait !

 

***

 

Finalement, Katie invita Nicole et Connor à se joindre à eux pour le barbecue. Elle se sentait détendue, presque apaisée. Nicole restait encore secouée par sa mésaventure, et tous étaient fatigués après l’épisode de l’inondation. Mais en réalité, elle avait été si troublée par ce baiser, sur le pas de porte de la maison de son amie, que l’idée même de dîner en tête à tête avec Rafe lui était apparue soudain trop dangereuse. La présence d’un tiers s’était alors imposée à elle, pas vraiment un chaperon, juste quelqu’un pour l’empêcher de sauter au cou de Rafe sitôt qu’ils se retrouveraient seuls.

Car c’était exactement ce qu’elle rêvait de faire. Il avait été merveilleux. Elle avait beau se replonger dans ses souvenirs, elle ne pouvait imaginer Cordell King plongeant sous l’évier d’une cuisine pour rendre service. Il était trop snob, trop collet monté pour cela. Trop obsédé aussi par les performances en Bourse de son entreprise, et plutôt indifférent à la vraie vie, aux « vraies gens ».

Rafe, lui, était différent. Elle l’observa, en train de jouer à la balle avec Connor et rire gentiment des maladresses du petit garçon. Cet homme était tout simplement…

— Fascinant…, dit Nicole à voix basse.

— Pardon ?

— Lui, reprit son amie avec un sourire en se tournant vers Rafe. Ce garçon est une exception, Katie.

— J’étais en train de penser la même chose.

— Vraiment ? répondit Nicole en se rapprochant d’elle. Dans ce cas, pourquoi nous avoir invités, Connor et moi ? Nous te gâchons ton rendez-vous…

— Vous ne me gâchez rien du tout, protesta Katie.

Installée depuis un an avec son fils, dans la maison voisine, Nicole était rapidement devenue sa meilleure amie. Toutes deux s’étaient laissées aller aux confidences, passant des heures à se lamenter sur les comportements méprisables de leurs ex. Nicole, tout comme Katie, travaillait chez elle, en tant que comptable, au service d’entreprises locales.

— Tu es mon amie, Nicole, et toujours la bienvenue chez moi. Tu le sais.

— Bien sûr, répondit Nicole en posant une main sur la sienne. Tu as été si gentille, avec nous, depuis notre arrivée. Mais c’est la première fois que je te vois inviter un homme, chez toi. N’as-tu pas envie de te retrouver seule avec lui ?

Katie regarda Rafe, un peu plus loin, qui venait de jucher Connor sur ses épaules et entreprenait de faire le tour de la cour, le bambin riant aux éclats.

— Oui, bien sûr, et en même temps… non. Vois-tu, je ne sais pas vraiment ce que je veux.

— Eh bien, en ce qui me concerne, sache que si un homme me regardait comme lui te regarde, je ne me poserais pas deux fois la question.

— C’est compliqué.

— Je sais. Cordell…, chuchota Nicole. Il t’a fait beaucoup souffrir. Mais Rafe n’est pas Cordell.

— Loin s’en faut, soupira Katie.

— Et tu prendrais le risque de perdre un homme de cette valeur à cause d’une brebis galeuse ?

— Incroyable ! Aurais-tu discuté avec Emily ? Serait-ce un complot ?

— Non, pas du tout, rit Nicole. Mais puisque apparemment ta grand-mère et moi sommes du même avis, tu ferais bien d’écouter nos conseils. Qu’as-tu donc à perdre, Katie ?

Mon cœur , se dit-elle, sans toutefois piper mot. D’un autre côté, si elle ne prenait jamais le risque de le mettre en jeu, son pauvre cœur finirait par se dessécher. Elle mourrait vieille fille, pétrie de regrets, accrochée à sa fierté comme à un trophée dont l’éclat serait quelque peu terni par la frustration accumulée au fil des ans.

De nouveau, elle enveloppa Rafe du regard. Il déposa le garçonnet sur la branche d’un oranger. Et lorsqu’elle vit son expression, une formidable émotion la submergea, balayant sa méfiance. Il s’amusait, parfaitement à l’aise avec ses amis, dans sa petite cour. Dans la même situation, Cordell… Peu importe, jamais il ne se serait trouvé dans une telle situation. Cordell préférait les restaurants cinq étoiles aux pique-niques et les costumes italiens aux jeans.

Cordell l’avait subjuguée à l’époque, car c’était la première fois qu’elle était confrontée à un homme de son espèce. Et elle aurait en réalité mieux fait de s’abstenir d’une telle expérience.

Mais Rafe… Il était si différent. Le genre d’homme vers lequel elle était naturellement portée. Le genre d’homme auquel elle aspirait en vérité depuis toujours. Pourquoi ne l’avait-elle rencontré plus tôt, avant Cordell ?

Si tel avait été le cas, aurait-elle hésité autant à tenter sa chance auprès de lui ? Non, sans doute pas.

— Oh, oh, je vois à ton regard que tu as décidé de te lancer, remarqua Nicole à cet instant. Veux-tu que nous rentrions, Connor et moi ?

— Non, après le dessert, répondit Katie en souriant. Je vais chercher les glaces. Et nous verrons bien ce qui arrive…

Elle se leva et se dirigea vers le patio. Derrière elle, elle entendit les cris de Connor auxquels se mêlait le rire de Rafe.

Elle tressaillit puis retint son souffle, quand quelque chose en elle s’embrasa. La fièvre du désir.

- 5 -

 

— Si ces cookies sont un échantillon de vos créations, remarqua Rafe un peu plus tard, alors je comprends que les gens ne jurent que par vous.

— Merci. Je peux vous en donner quelques-uns à emporter, si vous voulez, répondit Katie.

Il l’observa avec attention. Après le départ de Nicole et de son fils, lui et Katie étaient restés dans la cour, seuls. La nuit était fraîche, le ciel au-dessus de leurs têtes parsemé d’une multitude d’étoiles toutes plus scintillantes les unes que les autres. Sous le clair de lune, une douce brise faisait danser la flamme des bougies.

— Serait-ce une manière élégante de m’inviter à prendre congé ? demanda-t-il.

— Mais non, ce n’est pas ce que je voulais dire…, protesta-t-elle. Oh ciel, comme je suis maladroite. Vous devez penser que c’est mon premier rendez-vous… Hmm, non pas que ceci soit un rendez-vous ou…

Il sourit, amusé par sa nervosité.

— Cela ne l’est pas ?

— Est-ce que ça l’est ?

— Eh bien, je n’ai pas vraiment l’habitude de faire de la plomberie lors d’un rendez-vous avec une femme, admit-il, sans cesser de sourire. Mais tout le reste semble correspondre…

Elle lui rendit son sourire et parut se détendre un peu. Le vent effleura ses cheveux, avec la même douceur que la caresse d’un amant.

— Quelle soirée agréable, vous ne trouvez pas ? chuchota-t-elle.

— En effet, et elle n’est pas terminée, dit-il, puis il se leva et vint tout près d’elle.

— Que faites-vous ? demanda-t-elle quand il l’obligea à se lever.

— J’ai envie de danser avec vous, répondit-il simplement en l’attirant contre lui.

— Mais…, protesta-t-elle, sans toutefois résister. Il n’y a pas de musique.

— Bien sûr que si, dit-il et, enlaçant sa taille, il enferma sa main droite dans sa main gauche. Si vous n’entendez rien, c’est que vous n’écoutez pas avec suffisamment d’attention.

Fronçant les sourcils, elle le regarda puis secoua la tête.

— Fermez les yeux, dit-il.

Elle s’exécuta. Il la dévisagea alors tout à son aise. Si confiante, si belle. Il retint son souffle. Sa main était douce et chaude dans la sienne, et son parfum, un mélange de vanille et de cannelle entêtant, lui donnait envie de la croquer. Comme ses cookies, pensa-t-il en souriant.

— A présent, écoutez, chuchota-t-il.

— Ecouter quoi ?

— Tout.

Il enchaîna quelques pas, sa joue contre la sienne, son corps parfaitement en harmonie avec le sien. Si bien en harmonie avec le sien, qu’il fut pris d’une érection surprise et impérieuse. Si elle nota quelque chose, elle n’en laissa en tout cas rien paraître.

Tandis qu’ils virevoltaient au clair de lune, la symphonie de l’été gagna en intensité. Chant des criquets, souffle lointain de l’océan, bruissement des feuilles sous le vent. On aurait dit que la nature donnait un concert rien que pour eux.

Elle sourit, pencha son visage en arrière et, les yeux toujours clos, se laissa entraîner dans cette valse improvisée. C’était comme s’ils avaient toujours dansé ensemble. De nouveau, il ressentit cette sensation d’entente parfaite.

— Oui, j’entends, murmura-t-elle après quelques instants. C’est parfait.

— Oui, dit-il avant de s’immobiliser, fasciné par son visage. C’est parfait.

Elle rouvrit les yeux, le regarda.

— Rafe ?

Il serra sa main dans la sienne, se pressa un peu plus contre elle, suffisamment pour qu’elle sache dans quel état elle le mettait.

— J’ai envie de vous, Katie. Comme je n’ai jamais eu envie d’aucune femme, avant vous.

Elle laissa échapper un faible soupir et avoua :

— Je ressens exactement la même chose…

Il sourit, puis approcha lentement son visage du sien.

— Heureux de l’apprendre…

Il l’embrassa. Et à la seconde où sa bouche rencontra la sienne, il sentit une vague de désir le submerger, ou plutôt, un raz-de-marée qui faillit le laisser K.-O. Il resserra ses bras autour de sa taille, comme pour ne pas tomber. Fini la danse sous les étoiles ! Il voulait bouger avec elle, mais pour un corps à corps autrement plus sensuel. Il avait besoin d’elle, plus qu’il ne l’aurait cru possible. Et il la désirait plus encore.

Promenant ses mains sur son dos, il en étudia chaque mont, chaque vallée. Elle gémit, réagit instantanément à ses caresses, ses soupirs lui disant tout ce qu’il avait envie d’entendre. Il glissa une main sous son T-shirt, effleura son ventre, ses seins, sentant la chaleur de sa peau sous la dentelle.

Le désir ne cessait de croître en lui et il l’embrassa une nouvelle fois, nouant sa langue à la sienne, dans un baiser passionné. Elle lui rendit son baiser avec la même fièvre, la même passion, le dévorant comme lui la dévorait. Agrippée à ses épaules, elle se plaqua contre lui, son corps cherchant, suppliant le sien.

Ces petits cris l’amenèrent tout près du précipice. Il s’arracha subitement à ses lèvres, plongea ses yeux dans ses yeux. Il frémit à leur éclat voluptueux.

— Si nous n’arrêtons pas tout de suite, je ne réponds plus de moi… Je vais vous prendre sur cette table de pique-nique et donner matière à ragots à tout le voisinage…

Il fut ravi du rire étouffé qui s’échappa de sa gorge, mais elle ne relâcha pas pour autant son étreinte, comme si elle-même craignait de ne pas tenir sur ses jambes.

— La table de pique-nique est loin d’être aussi confortable que mon lit, murmura-t-elle.

— S’agit-il d’une invitation ?

— Je le crois, oui…

— Dans ce cas…

En une fraction de seconde, il l’emporta dans ses bras et se dirigea vers la maison.

— Inutile de me porter…

— Je refuse de perdre une seule minute, répondit-il, traversant la cour au pas de charge.

Elle rit doucement, blottie contre lui.

— Quelle direction ? demanda-t-il sans ralentir le pas en traversant le patio pour pénétrer dans la maison.

— Au fond du couloir, à gauche.

Il la désirait à un point tel que c’en était presque douloureux. A peine s’il parvenait à respirer, son cœur battait à tout rompre, il avait l’impression qu’un brasier le consumait. En quelques foulées, il parvint devant la porte de sa chambre. Sans attendre, il entra et se précipita vers le lit. Tout juste s’il nota le fauteuil, devant la fenêtre, le tapis multicolore, la bibliothèque remplie de livres.

Toute son attention s’était focalisée sur le grand lit à baldaquin, recouvert d’un patchwork. Il retira le dessus-de-lit et déposa Katie sur les draps blancs.

Elle soutint son regard quelques secondes, puis lui sourit. C’était tout l’encouragement dont il avait besoin. Il se débarrassa de ses vêtements, Katie de son côté en faisant autant. En moins de cinq secondes, ils furent nus. Il s’allongea alors à côté d’elle.

Des jours qu’il pensait à ce moment. Des nuits qu’il en rêvait.

Elle le hantait, cette femme qui vouait pourtant une haine farouche à la famille King. Elle avait touché en lui quelque chose qu’aucune autre femme n’avait su ne serait-ce qu’effleurer. Difficile à admettre pour quelqu’un comme lui. Plus difficile encore, pour ne pas dire impossible, de ne pas jouir de ce qu’elle lui offrait.

Elle l’enlaça, enfouit les mains dans ses cheveux et amena sa bouche contre la sienne. Au contact de ses lèvres brûlantes, il tressaillit, tout son corps en alerte. Il devait la prendre, maintenant. Apaiser de toute urgence ce désir tout-puissant, en lui.

Pourtant, l’envie de savourer le moment, de prendre son temps était tout aussi forte. Sans détacher sa bouche de la sienne, il fit courir ses doigts sur son corps. Sa peau était douce, brûlante de fièvre.

A regret, il mit un terme à leur baiser et fit glisser ses lèvres jusqu’au bout de son sein droit, puis du gauche. Elle retint un cri quand il la mordilla, la tortura avec sa langue. Il la sentait trembler contre lui, l’entendait le supplier. Il sourit, la respira jusqu’à l’ivresse.

Quand il fit mine de s’écarter de ses seins, elle maintint son visage contre sa poitrine, comme si elle redoutait qu’il interrompe ses caresses. Mais c’était tout le contraire, il ne faisait que commencer. Il continua donc de la titiller, jusqu’à ce qu’il sente son cœur s’affoler et l’impatience la gagner.

— J’avais envie de cela depuis notre première rencontre, murmura-t-il alors en cherchant son regard.

— Moi aussi, avoua-t-elle.

Il emprisonna le bout de ses seins entre ses doigts et son soupir à ce moment-là le subjugua. Quand il la touchait, il lisait très précisément sur son visage ce qu’elle ressentait. Il aimait la regarder, voir ce visage refléter la passion qui s’animait sous ses caresses.

Il savait qu’il y avait là quelque chose d’autre que le désir. Quelque chose de dangereux. Pourtant, pour rien au monde il n’aurait voulu être ailleurs.

Il approcha son visage du sien et chuchota :

— Vous me rendez fou…

Elle rit doucement, prit son visage entre ses mains.

— Non, c’est vous qui me rendez folle…

Il la regarda au fond des yeux, sentit une nouvelle fois ce frisson qui jusqu’alors lui était inconnu puis, après quelques secondes il renonça à s’interroger davantage. Il l’embrassa avec une fougue qui les laissa tous deux pantois.

Il ne pouvait se défaire d’une certaine appréhension. Ceci ne risquait-il pas de l’emmener plus loin que prévu ? Quoi qu’il en soit, il avait le sentiment qu’il était trop tard désormais pour s’en inquiéter. Il la voulait, toute la vérité était là. Il voulait sentir son corps de l’intérieur. Il voulait les emporter tous les deux là où ils étaient destinés à aller, depuis le début.

Les conséquences ? Il y réfléchirait une autre fois, plus tard. Dans l’immédiat, il n’avait d’autre envie que d’être là, avec elle, en elle.

Sans détacher son regard du sien, il promena ses doigts sur son ventre, puis s’aventura entre ses cuisses et commença à la caresser. Il vit bientôt la passion s’allumer dans ses yeux, puis son souffle s’accéléra et il la sentit trembler entre ses bras quand le plaisir l’emporta.

Il ne se lassait pas de regarder son visage et s’émerveillait de n’avoir jamais fréquenté une femme si vraie, si spontanée. Les femmes qu’il avait connues s’ingéniaient à toujours garder le contrôle, comme si elles jouaient un rôle.

Son ex-femme elle-même s’était toujours tenue en retrait, incapable de lui faire suffisamment confiance pour lui donner à voir ses sentiments les plus profonds. Avec Katie en revanche, il n’y avait ni artifice, ni calcul.

Fou de désir, il reprit ses caresses.

— Viens, Katie, viens, chuchota-t-il contre ses lèvres, faisant aller et venir ses doigts en elle.

— Oh ! Rafe…

Elle plongea ses yeux dans les siens et très vite, de nouveau se mit à trembler, puis un spasme la secoua et elle cria son nom. Il la regarda s’abandonner au plaisir, sans fausse pudeur, sans inhibition, avec une passion qu’il n’avait jamais vue. Fasciné, il attendit qu’elle recouvre son souffle, juste pour pouvoir recommencer et la caresser encore et encore, jusqu’à l’extase.

Quand elle lui sourit, il bondit hors du lit et attrapa son jean sur le parquet, fouillant dans ses poches arrière.

— Mais que fais-tu… ?

Lascive, elle soupira quand elle le vit brandir un préservatif.

— … Je constate que tu étais sûr de toi, ce soir, n’est-ce pas ?

— Pas sûr de moi, non, répondit-il en déchirant le sachet avant de s’en protéger. Uniquement plein d’espoir.

Il revint sur le lit, rampa sur elle. Elle noua les bras à son cou.

— Et moi, je pense que vous êtes toujours sûr de vous, Rafe Cole, ce soir comme les autres soirs.

En réalité, il ne pouvait le nier. Mais ce soir, il avait seulement tenu à être prêt. A la différence de son père, il ne courait pas le monde en laissant un enfant illégitime dans chaque port. En fait, il n’avait pas l’intention d’avoir jamais des enfants et il ne pouvait envisager de devenir père, uniquement parce qu’il se serait montré trop négligent ou trop égoïste pour porter un préservatif.

Mais c’étaient là des règles de vie qu’elle n’avait nul besoin de connaître.

Il l’embrassa avec fougue puis la regarda dans les yeux et chuchota :

— Je ne suis pas sûr de moi, avec toi, Katie. Telle est la vérité.

Continuer : partie 3 sur 5