Vendue au Boss de la Mafia: Une sombre romance de mariage arrangé par la mafia (French Edition)

Chapitre Six

 

Luca

Cela fait trois jours que je n'ai pas vu Kate. D'une part parce que je suis en pleine convalescence. Aussi parce que je suis en colère. Et enfin parce que je veux la faire languir.

Pourtant, le troisième jour, quand Dome l'escorte dans la neige, je ne peux empêcher mon estomac de se nouer et mon pouls de battre à tout rompre. Je remarque aussi que ma mâchoire se contracte et que mes mains s'agrippent au volant de la Range Rover. Mais qu'est-ce que ça veut dire ?

Dome ouvre la porte côté passager et Kate grimpe sur le siège en me lançant un regard qui pourrait faire fondre la calotte glaciaire. Dome claque la porte et recule avant de m'adresser un signe de tête rapide. Je démarre le moteur.

— Prête ? Je demande à Kate.

Elle tourne son regard de braise vers moi.

— Je ne t'ai pas vu depuis trois jours. Je ne sais pas où on va ni ce qu'on va faire.

Je tambourine mes doigts sur le volant et jette un coup d'œil à la villa par le pare-brise. Recouverte par ce manteau de neige, on dirait dit un palais, lointain et froid, caché au sommet du monde. Orné de fenêtres en arc et de spires gothiques. En été, les champs se parent d'émeraude et les cyprès confèrent à la villa un air romain. Mais en hiver, elle devient un vrai refuge et un lieu formidable. Une forteresse.

— Alors, je dis. Es-tu prête ?

Kate ronchonne. Puis elle acquiesce fermement.

— Ouais. Et puis merde. Je suis prête.

Je réprime un sourire et je m'engage dans la longue allée pavée. J'aime ce petit accent dans sa voix, cette saveur irlandaise qui transparaît sous l'américain. Essaie-t-elle de le dissimuler, je me le demande ? Ou bien l'a-t-elle simplement atténué, perdu au fil des ans ? Je lui jette un regard en coin. Elle a le regard rivé vers l'avant, les bras croisés sur sa poitrine. Elle porte des vêtements d'hiver, ceux que j'ai chargé les femmes de chambre de lui procurer : une parka rembourrée, des gants, un legging en polaire et un chapeau rabattu sur deux tresses couleur miel. Elle est... sexy. Bien que je ne l'admettrais jamais. Pas à voix haute, en tout cas.

Nous atteignons le portail. Les gardes nous laissent passer et nous engageons sur la route enneigée. A une certaine distance, deux véhicules SUV nous suivent.

Ce n'est que lorsque nous nous retrouvons sur la route que Kate daigne enfin me décrocher un mot.

— Comment vas-tu ?

C'est une question douce, même si elle la pose avec un certain tonus. Et elle est plus qu'inattendue. Je me tourne vers elle.

— Assez bien. Ce n'est pas la première fois qu'on me tire dessus.

— Non. Je me disais bien que ce n'était pas la première fois.

Je lui réponds par un silence. La tension est palpable entre nous. Dome m'a raconté toutes les fois où Kate a frappé à sa porte au cours des trois derniers jours, toutes les fois où elle a exigé de me voir. Toutes les fois où elle a demandé si j'étais mort ou toujours bien vivant. Mais j'avais des soucis à régler. Des affaires à arranger. Des gens à disperser.

— Qui étaient ces hommes ?

Je me redresse et lève mon menton bien haut. Nous sommes à présent entourés d'arbres, de cyprès et de sapins à feuilles caduques, à l'écorce foncée et au branchage vert sombre. Je quitte la route et m'engage parmi ces arbres. Kate se redresse brusquement et me regarde.

— Détends-toi, je dis. Si je devais t'exécuter, ce n'est pas comme ça que je le ferais.

Silence. La voiture bondit sur les congères tout en se frayant un chemin à peine visible à travers les arbres.

— Comment tu ferais ? Elle demande. Comment tu me tuerais ?

— Debout, je dis sans hésiter. Et sur pellicule, probablement. Pour pouvoir envoyer un message.

— Qui étaient ces gens ?

— Je ne sais pas, j'admets. Je travaille dessus.

— Ari ?

— Je l'ai envoyée à Moscou. Elle a des contacts sur lesquels elle peut compter. Nous avons une idée de qui étaient ces hommes, mais il ne serait pas judicieux d'agir sans en être certain. Et... je ne suis pas certain qu'ils ne soient pas liés à ton père.

Elle ouvre brusquement la bouche, les yeux larges et remplis d'indignation.

— Mon père...

— Est mon ennemi, je lui rappelle. Et toi aussi.

Son regard est tel qu'il pourrait percer des trous dans de l'acier. Heureusement, nous sommes arrivés à destination avant qu'elle n'ait l'occasion de me frapper. Je me gare dans une clairière, près de deux énormes rochers. Les SUV se glissent derrière nous tout en restant à distance. Je vois trois de mes hommes sortir de chaque véhicule et se positionner en un cercle régulier, fusils à la main. Bien. Je ne suis pas vraiment impatient de revivre l'attaque d'il y a trois nuits.

— Qu'est-ce qui se passe ? Kate demande, un soupçon de colère dans la voix.

Je me contente de lui jeter un coup d'œil, un sourcil levé, puis je détache ma ceinture et sors, la laissant seule dans la voiture. Elle s'empresse de me suivre et plonge ses bottes dans la neige afin de ne pas me perdre de vue.

— C'est quoi ce bordel, Luca ? Combien de temps vas-tu me faire tourner en bourrique comme ça ? Je sais que je suis ta prisonnière, mais je ne suis pas n'importe quelle prisonnière...

— Tu es toute rouillée.

Je me retourne et dégaine un pistolet de l'étui sous mon bras. Ça fait un mal de chien, chaque mouvement fait souffrir. Je possède un nombre incalculable de bandages, et je ne suis pas trop fier pour refuser les analgésiques. J'en prends une forte dose tous les jours, mais pas de quoi me foutre en l'air. J'ai besoin d'être lucide. Pas seulement à cause de ce qui s'est passé, mais aussi à cause d'elle. Elle est plus vive que je ne le pensais. Plus rapide. Et infiniment plus dangereuse.

— Si tu comptes rester dans le coin, tu dois devenir une tireuse bien plus habile.

Kate me toise avec incrédulité, les sourcils relevés pratiquement jusqu'à la racine des cheveux. Dans le froid, sa peau de porcelaine a viré au rose : ses joues, le bout de son nez. C'est incroyable ce qui peut transformer une femme. Maintenant, elle a l'air si douce et innocente, un peu comme une princesse de dessin animé. Mais il y a plusieurs nuits à peine, elle ressemblait à un animal sauvage, prête à tuer, avec son pistolet à la main et son visage constellé de sang.

Elle a du caractère - c'est ce que j'aime chez elle. Je ne ferais jamais confiance à une femme qui n'a pas de caractère, mais cette fois, pour une raison qui m'échappe, elle ne mord pas à l'hameçon. À la place, elle balaye le champ du regard et repère l'ensemble discret de cibles dressées dans la neige. Rouillée. Je peux pratiquement sentir le mot glisser sous sa peau, pénétrer ses os, perforer ses nerfs. Je connais cette fille peut-être mieux que je ne le pensais.

Plutôt que de parler, elle m'arrache le pistolet des mains, se tourne, ferme un œil et tire trois coups rapides. Chaque balle touche une cible différente. Elle en essaie une quatrième, la plus éloignée, et reçoit en récompense ce que je considère un silence très frustrant.

Elle abaisse le pistolet, et je l'observe en me focalisant davantage sur son joli visage, sur la dureté de sa bouche rose et tendre. Un souffle s'échappe de ses narines. Elle évalue la distance, la jugeant trop éloignée. Même moi, j'ai du mal avec la cible la plus éloignée depuis ce poste de tir. Je m'attends à ce qu'elle abandonne, à ce qu'elle me retourne le pistolet et à ce qu'elle exige des réponses. Mais au contraire, elle ramène le pistolet près de son œil, inspire profondément et tire au moment où elle expire.

Pan !

— Rouillée, mon cul, s’exclame-t-elle, et maintenant elle pointe le pistolet vers moi, actionne la sécurité et le laisse se balancer autour de son index. Tu ne m'as pas emmenée ici pour m'entraîner au tir. Tu m'as fait venir ici pour me dire quelque chose. Tu pensais que j'allais te remercier pour cette sortie, comme un petit animal bien docile. Tu pensais que j'allais être reconnaissante que tu ne m'aies pas menottée, et que tu me laisserais tirer avec ton arme. Comme un bon flic.

Elle se retourne pour me faire face, les épaules bien droites, puis elle ajoute :

— Va te faire foutre. Tu n'es pas un bon flic. Tu es un homme d'affaires. Et j'aimerais entendre ce que tu as à dire.

Putain. Je reste planté là, pris au dépourvu une fois de plus. À ce moment-là, je me fiche de savoir qui est Kate McNamara ou qui elle croit être. Je suis si ouvertement, aveuglément excité que pendant une minute, je ne peux qu'imaginer attraper une poignée de ces jolis cheveux et l’entraîner à moi. Qu'elle ouvre sa bouche contre la mienne, et que nos langues s'unissent langoureusement. Que ferait-elle, je me le demande ? Et si je glissais ma main dans son legging molletonné, que je la tâtais, que je la caressais ? Accueillerait-elle volontiers mes doigts ? Sa respiration serait-elle saccadée ? Se laisserait-elle tomber contre moi ?

Avec quelle rapidité, quelle facilité pourrais-je la faire jouir ?

Elle ne sera pas très enthousiaste quand elle entendra ce que j'ai à dire. Je me racle la gorge, replace mon arme dans son étui et fourre mes mains dans mes poches. Autant arracher le pansement.

— Toi et moi, dis-je, en remarquant la manière dont son visage se crispe, dont elle est déjà en train de réfléchir. Nous allons nous marier légalement ce soir. Pas de cérémonie. Juste de la paperasse. Mais c'est légal. Et ce sera définitif.

Son visage doux et pâle vire au rouge. Ses yeux s'enflamment. Mais elle scelle ses lèvres et ne répond pas. Je peux dire cependant, qu'elle en brûle d'envie. Elle meurt d'envie de me dire d'aller me faire foutre, d'aller crever.

— Si tu n'es pas d'accord, je continue, je le ferai par la force.

Sa main se met à trembler. J'ai peut-être le temps d'esquiver ou de me défiler, mais une chose en moi veut sentir la force de ses coups, mesurer la rage que cette femme porte dans ses os, dans chaque muscle tendu. C'est une erreur, je m'attendais à une simple gifle. A la place, je me prend un poing ferme, expérimenté, en plein dans la bouche. L'intérieur de ma joue se brise contre mes dents et je suis surpris par l'intensité du coup. Il me secoue un peu et fait basculer ma tête sur le côté, mais je reste bien en place.

Je me touche délicatement la mâchoire et me retourne lentement pour lui faire face. Ses yeux sont brillants de larmes. Un de mes gardes surgit presque sans bruit, même dans la neige. Il saisit Kate par la nuque, sa poigne gantée assez puissante pour la soulever du sol. Elle s'agrippe à lui, mais sa lutte est vaine et il finit par la maîtriser totalement. Au bout d'un moment, je lui fais un petit signe de la main et le garde la relâche, m'adresse un signe de tête bref et retourne à son poste.

— C'est bon ? Je demande en la regardant avec insistance.

Quand je passe une main sur ma bouche, elle est couverte de sang.

— Je te laisse t'en tirer pour cette fois parce que tu m'as sauvé la vie l'autre soir, j’ajoute. Mais si tu recommences, les conséquences seront bien plus terribles.

— Quelle conséquence… demande-t-elle en serrant les dents, …pourrait être plus terrible que de t'épouser ?

— C'est dans l'ordre des choses.

— C'est une façon archaïque de fonctionner.

— Peut-être. Mais néanmoins efficace.

Je me rapproche d'elle et baisse les yeux pour rencontrer les siens.

— Tu vas m'épouser ce soir, Kate. Et si tu songes à te rebeller, je ferai en sorte que tu en paies les frais.

En prononçant ces mots, je m'approche d'elle et dénoue lentement le nœud de son écharpe. Ses yeux, rivés sur les miens, ressemblent à des flammes de saphir. Elle tremble légèrement et son souffle s'échappe violemment de ses narines. Son écharpe se libère et je défais la fermeture éclair de sa parka et rabats le col de son pull en dessous.

Son cou est à découvert, et les bleus causés par Dome l'autre nuit exposés. Ils ont cicatrisés depuis plusieurs jours maintenant, mais ils restent néanmoins toujours sombres et mouchetés de vert, de jaune et de traces de sang. Putain. Leur aspect fait naître en moi une colère brutale et soudaine. Et quand mes doigts effleurent sa peau, je me sens envahi par un sentiment tout à fait différent.

— Ne teste pas mes limites, dis-je doucement, en me penchant plus près.

Ses yeux se dirigent vers ma bouche et remontent vers les miens tout aussi rapidement.

— Ne me tente pas, Kate. Tu n'as aucune idée de l'homme terrible que je peux être.

Au moment où ma main s'enroule lentement et prudemment autour de sa gorge meurtrie, elle tremble comme une feuille. Je glisse mon pouce sur le côté de son cou et le ramène à l'angle doux de sa mâchoire. Je me rapproche très légèrement et sens qu'elle fait de même, puis ses lèvres s'écartent, juste un peu. Et ses yeux se ferment.

Un désir insidieux me transperce de l'intérieur. Tout en moi me pousse à m'éloigner. Un homme sage, un homme contrôlé, le ferait. Qu'est-ce que j'ai à gagner à l'embrasser ? Elle sera ma femme ce soir.

Qu'est-ce que j'ai à perdre ?

Je resserre ma prise sur son cou, juste un peu, mais pas suffisamment pour lui faire mal. Et je me penche plus près, le pouls battant la chamade. Ses yeux s'entrouvrent à peine et se fixent sur les miens. Elle n'a même pas cligné des yeux. Elle ne recule pas quand je me rapproche. Je garde les yeux ouverts. Elle aussi. Même quand ma bouche effleure la sienne.

Putain. Elle a bon goût. Un goût spécifique : de la camomille ? De la lavande ? Doucement, délibérément, je fais glisser ma langue sur sa lèvre inférieure.

Elle émet un petit son faible ressemblant à un miaulement. Et je me sens durcir, je sens ma prise sur son cou se resserrer. Quand elle se penche vers moi, ma respiration se bloque dans mes poumons. Sa bouche capture la mienne pleinement, pas seulement en l'effleurant. Et à peine avons-nous commencé à nous embrasser que sa langue glisse dans ma bouche. Je grogne, surpris, et le sortilège se rompt.

Kate recule et devient toute blanche. Ses yeux s'écarquillent. Elle a l'air horrifié et porte une main à sa bouche.

— Je...

Elle n'a pas réalisé ce qu'elle était en train de faire. Pourquoi c'est si excitant ? Elle semblait tellement charmée qu'elle m'a embrassé, moi son ennemi. L'ennemi de son père. Son ravisseur.

— Ce soir, je dis. Et ne gaspille pas ton énergie ou tes efforts à essayer de résister, Kate. C'est déjà décidé.

Sur ce, je la frôle et la laisse seule, son écharpe flottant au vent, son manteau ouvert, sa gorge meurtrie exposée sous la neige qui commence à tomber. Les flocons atterrissent sur ses lèvres comme un baiser.

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