Vercoquin et le Plancton

Boris Vian · Chapitre 2 sur 66

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Vercoquin et le Plancton

Prélude

 

 

Quand on a passé sa jeunesse à ramasser des mégots aux Deux-Magots, à laver des verres dans une arrière-boutique sombre et crasseuse, à se couvrir, en hiver, de vieux journaux pour se réchauffer sur le banc glacé qui vous tient lieu tout à la fois de chambre à coucher, de demeure et de lit, quand on s’est vu conduit au poste par deux gendarmes pour avoir volé un pain chez le boulanger (ne sachant point encore qu’il est beaucoup plus aisé de le dérober au filet de la matrone qui revient du mar-ché) ; quand on a vécu au jour le jour trois cent soixante-cinq fois et un quart par an, tel l’oiseau-mouche sur la branche de mico-coulier, en un mot quand on s’est nourri de plancton, on a des titres au nom d’écrivain réaliste, et les gens qui vous lisent pen-sent en eux-mêmes : cet homme a vécu ce qu’il raconte, a ressenti ce qu’il dépeint. Ils pensent quelquefois d’autres choses, ou rien du tout, mais je n’en ai pas besoin pour la suite.

Mais j’ai toujours dormi dans un bon lit, je n’aime pas fu-mer, le plancton ne me tente point, et si j’avais volé quelque chose, ce serait de la viande. Or, les bouchers, de naturel plus sanguin que les boulangers (dont le sang se rapproche plutôt du boudin), ne vous mènent pas au poste pour un malheureux bifteck de déchets bien plutôt sur votre personne à larges coups de botte par le travers des reins.

De plus, cette œuvre magistrale – j’entends : Vercoquin et cætera n’est pas un roman réaliste, en ce sens que tout ce que l’on y raconte s’est réellement produit. En pourrait-on dire autant des romans de Zola ?

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Par conséquent, cette préface est absolument inutile, et, par là même, atteint bien le but visé.

Boris Vian.

 

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