Vive la vie!
Royal-cambouis
Il est de bon goût dans l’armée française de blaguer le train des équipages. Très au-dessus de ces brocards, les bons tringlots laissent dire, sachant bien, qu’en somme, c’est seulement au Royal-Cambouis où tout le monde a chevaux et voitures.
Chevaux et voitures ! Cet horizon décida le jeune Gaston de Puyrâleux à contracter dans cette arme, qu’il jugeait d’élite, un engagement de cinq ans.
Avant d’arriver à cette solution, Gaston avait cru bon de dévorer deux ou trois patrimoines dans le laps de temps qu’emploie le Sahara pour absorber, sur le coup de midi et demi, le contenu d’un arrosoir petit modèle.
Le jeu, les tuyaux, les demoiselles, les petites fêtes et la grande fête avaient ratissé jusqu’aux moelles le jeune Puyrâleux. Mais c’est gaiement
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tout de même et sans regrets qu’il « rejoignit » le 112e régiment du train des équipages à Vernon.
Un philosophe optimiste, ce Gaston, avec cette devise : « La vie est comme on la fait. »
Et il se chargeait de la faire drôle sa vie, drôle sans relâche, drôle quand même.
Adorant les voitures, raffolant des chevaux, Puyrâleux n’eut aucun mérite à devenir la crème des tringlots.
Son habileté proverbiale tint vite de la légende : il eût fait passer le plus copieux convoi par le trou d’une aiguille sans en effleurer les parois.
* * *
Vernon s’entoure de charmants paysages, mais personnellement c’est un assez fâcheux port de mer. Pour ne citer qu’un détail, ça manque de femmes, ô combien ! De femmes dignes de ce nom, vous me comprenez ?
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Entre la basse débauche et l’adultère, Gaston de Puyrâleux n’hésita pas une seconde : il choisit les deux.
Il aima successivement des marchandes d’amour tarifé, des charcutières sentimentales, le tout sans préjudice pour deux ou trois épouses de fonctionnaires et une femme colosse de la foire.
Ajoutons que cette dernière passion demeura platonique et fut désastreuse pour la carrière du jeune et brillant tringlot.
La Belle Ardennaise était-elle vraiment la plus jolie femme du siècle, comme le déclarait l’enseigne de sa baraque ? Je ne saurais l’affirmer, mais elle en était sûrement l’une des plus volumineuses...
Son petit mollet aurait pu servir de cuisse à plus d’une jolie femme ; quant à sa cuisse, seule une chaîne d’arpenteur aurait pu en évaluer les suggestifs contours.
Sa toilette se composait d’une robe en peluche chaudron qui s’harmonisait divinement avec une toque de velours écarlate. Exquis, vous dis-je !
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Et voilà-t-il pas que cet idiot de Gaston se mit à devenir amoureux, amoureux comme une brute de la Belle Ardennaise !
Mais la Belle Ardennaise ne pesait pas tant de kilos pour être une femme légère et Puyrâleux en fut pour ses frais de tendresse et ses effets de dolman numéro 1.
Ce serait mal connaître Puyrâleux que de le croire capable d’accepter une aussi humiliante défaite.
Il s’assura que la Belle Ardennaise couchait seule dans sa roulotte, le barnum et sa femme dormant dans une autre voiture.
Le dessein de Gaston était d’une simplicité biblique.
* * *
Par une nuit sombre, aidé de Plumard, son dévoué brosseur, il arriva sur le champ de foire, lequel n’était troublé que par les vagues rugissements de fauves mélancholieux.
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En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, il attela à la roulotte de la grosse dame deux chevaux appartenant au gouvernement français, déchaîna les roues, fit sauter les cales...
Et les voilà partis à grande allure vers la campagne endormie.
Rien d’abord ne révéla, dans la voiture, la présence d’âme qui vive.
Mais bientôt, les dernières maisons franchies, une fenêtre s’ouvrit pour donner passage à une grosse voix rauque, coutumière des ordres brefs, qui poussa un formidable : Halte !
Les bons chevaux s’arrêtèrent docilement, et Puyrâleux se déguisa immédiatement en tringlot qui n’en mène pas large.
La grosse voix rauque sortait d’un gosier bien connu à Vernon, le gosier du commandant baron Leboult de Montmachin.
Prenant vite son parti, Puyrâleux s’approcha de la fenêtre, son képi à la main.
À la pâle clarté des étoiles, le commandant reconnut le brigadier :
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– Ah ! c’est vous, Puyrâleux ?
– Mon Dieu ! oui, mon commandant.
– Qu’est-ce que vous foutez ici ?
– Mon Dieu ! mon commandant, je vais vous dire : me sentant un peu mal à la tête, j’ai pensé qu’un petit tour à la campagne...
Pendant cette conversation un peu pénible des deux côtés, le commandant réparait sa toilette actuellement sans prestige.
La Belle Ardennaise proférait contre Gaston des propos pleins de trivialité discourtoise.
– Vous allez me faire l’amitié, Puyrâleux, conclut le commandant Leboult de Montmachin, de reconduire cette voiture où vous l’avez prise... Nous recauserons de cette affaire-là demain matin.
Inutile d’ajouter que ces messieurs ne reparlèrent jamais de cette affaire-là, mais Puyrâleux n’éprouva aucune surprise, au départ de la classe, de ne pas se voir promu maréchal-des-logis.
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Et il le regretta bien vivement, car s’étant toujours piqué d’être dans le train, il espérait y fournir une carrière honorable.
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L’arroseur
C’était le printemps !
Un printemps tard éclos mais tout de suite devenu radieux et peut-être même torride.
Les petites femmes enfin désemmitouflées – oh qu’enfin ! – trottinaient alertes, jolies comme des cœurs, avec leurs robes claires et leurs chapeaux où s’apâlissaient les rubans bleu tendre ou les plumes roses, si peu roses qu’on eût dit des plumes arrachées à des ailes d’âme. C’était le printemps !
De leurs tables et chaises, les limonadiers encombraient tout l’asphalte ambiant, ne laissant à la passée des pédestres que l’insuffisante et granitique bordure des trottoirs. C’était le printemps !
Les dames de la petite bourgeoisie examinaient l’alpaga d’antan de leur mari et, non
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sans liesse, constataient qu’il pourrait encore aller très bien cette année. C’était le printemps !
Dans les cafés de la rive gauche, de jeunes hommes tumultueusement chevelus demandaient de quoi écrire, pour, en des vers brisés mais définitifs, dire la Gloire du Renouveau. C’était le printemps !
L’oxygène et l’azote de l’air avaient poliment fait place à l’arome volatilisé du tant doux lilas, et de toutes parts, dans la ramure, les bourgeons pétaient comme de petits malappris. C’était le printemps !
L’allégresse était peinte sur tous les visages, sauf un.
Sauf un : celui d’un brave garçon, qui s’appelait et qui s’appelle encore, d’ailleurs, Gaston de Puyrâleux1.
Récemment libéré du service militaire, Gaston avait eu juste le temps de dévorer l’héritage d’un oncle, lequel mérite en passant une courte
1 Prière à ces messieurs et dames, si ça ne les dérange pas trop, de se reporter à l’histoire précédente.
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mention.
Le vieux duc Loys de Puyrâleux, après une existence toute d’austérité et d’agronomie, tomba, au cours d’un de ses voyages à Paris, dans les lacs charmeurs d’une jeune femme sans conduite qu’on appelle la Môme-Pipi. Une nuit, le pauvre gentilhomme apoplectique succomba dans les bras de cette sirène enrouée, au troisième étage d’un garni de la rue Lamarck (dix-huitième arrondissement).
Très fin-de-siècle, Gaston fit un joli cadeau à la Môme-Pipi, organisa de décentes funérailles à son oncle Loys et ne connut point de répit que sa petite fortune n’eût passé dans les mains, moitié de cocottes, moitié de grecs.
– Quand je n’aurai plus d’argent, se disait-il, je me ferai sauter le caisson.
L’heure arriva, plutôt qu’à son tour, et le caisson ne sauta pas.
Est-ce qu’on se fait sauter le caisson quand il fait ce temps-là ! (Car je crois avoir fait observer plus haut que c’était le printemps.)
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Gaston de Puyrâleux en était là de ses réflexions, quand il rencontra sur le boulevard un gros homme qu’il avait connu au Tréport.
– Tiens, monsieur de Puyrâleux !... Comment allez-vous ?
– Très bien, je vous remercie... c’est-à-dire, quand je dis très bien, vous savez...
– Seriez-vous souffrant ?
– Non, mais...
Et Gaston narra au gros homme sa triste situation.
Le gros homme se trouvait être, détail ignoré de Gaston, un fort entrepreneur d’arrosage de la Ville de Paris. Il compatit vivement à la détresse du jeune homme.
– Si j’osais vous offrir une place dans les bureaux ?
– Oh ! les bureaux, vous savez, ça n’est pas beaucoup mon affaire.
– Je ne peux pourtant pas vous proposer de mener un tonneau d’arrosage.
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– Pourquoi pas ?
– Comment, vous consentiriez... ?
– Parfaitement !... Moi, pourvu que j’aie le cul sur un siège et des guides dans les mains, je me fiche du reste.
– !!!!
– Quant à ce qui est de la capacité, vous pouvez vous en rapporter à moi. Je sors du Royal-Cambouis, et je conduirais une prolonge de Paris à Orléans sur un fil télégraphique.
– Entendu, alors.
– Entendu.
Et le lendemain matin, le dernier des Puyrâleux se mettait en devoir d’arroser copieusement la place de la Concorde, qui lui avait été assignée.
C’était le printemps !
Les petites femmes enfin désemmitouflées – oh ! qu’enfin !... (Voir plus haut.)
C’était si bien le printemps que Gaston perdit complètement la notion exacte des choses.
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Les voitures affluaient au Bois.
Gaston, une fleur de marronnier à la boutonnière, crut qu’il en était encore à son époque de splendeur.
Il enveloppa d’un coup de fouet son robuste percheron et enfila l’avenue des Champs-Élysées. (Avez-vous remarqué que, dans les histoires, les percherons sont toujours de robustes percherons ?)
Maintenant, il allait au petit trot, sans souci des grandes eaux qu’il traînait derrière lui.
Tous ses vieux amis, toutes ses anciennes maîtresses le reconnaissaient, effarés. Lui les saluait gracieusement de la main : Bonjour, bon ! Bonjour, chère ! Salut, vieux C... !
La vérité m’oblige à reconnaître que ses avances étaient accueillies plus froidement.
Le tonneau se vidait un peu sur tout le monde, sur les jambes des chevaux, sur les roues des voitures. Une famille qui se promenait dans une charrette fort basse fut totalement inondée.
C’est ainsi que Gaston arriva au Lac.
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La présence d’un tonneau d’arrosage au trot parmi la carrosserie fine causa un scandale abominable.
Un gardien du bois s’interposa et remit Gaston avec son appareil hydraulique à deux sergents de ville, qui conduisirent le tout à la fourrière.
Le jeune comte prit gaiement la chose, mais tous les vieux Puyrâleux, depuis ceux d’Azincourt jusqu’à celui de la rue Lamarck, eurent en leur sépulcre un long frémissement (un joli alexandrin, ma foi !) : pour la première fois, on menait en fourrière l’équipage d’un des leurs.
C’était le printemps !
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L’autographe homicide
J’étais resté absent de Paris pendant quelques mois, fort pris par un voyage d’exploration dans la région nord-ouest de Courbevoie.
Quand je rentrai à Paris, des lettres s’amoncelaient sur le bureau de mon cabinet de travail ; parmi ces dernières, une, bordée de noir.
C’est ainsi que j’éprouvai la douloureuse stupeur d’apprendre le décès de mon pauvre ami Bonaventure Desmachins, trépassé dans sa vingt-huitième année.
– Comment, m’écriai-je, Desmachins ! Un garçon si bien portant, si vigoureusement constitué !
Mais quand j’appris, quelques heures plus tard, de quoi était mort Desmachins, ma douloureuse stupeur fit alors place à un si vif épatement que j’en tombai de mon haut (2 m.
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– Comment, me récriai-je, Desmachins ! Un garçon si rangé, si vertueux !
Le fait est que la chose paraissait invraisemblable.
Pauvre Desmachins ! Je le vois encore si tranquille, si bien peigné, si bien ordonné dans son existence.
Il avait bien ses petites manies, parbleu ! mais qui n’a pas les siennes ?
Par exemple, il n’aurait pas, pour un boulet de canon, acheté un timbre-poste ailleurs qu’à la Civette du Théâtre-Français. Il prétendait qu’en s’adressant à cette boutique, il réalisait des économies considérables de ports de lettres, les timbres de la Civette étant plus secs, par conséquent plus légers et moins idoines à surcharger la correspondance.
Innocente manie, n’est-il pas vrai ?
Si Desmachins n’avait eu que ce petit faible, il vivrait encore à l’heure qu’il est. Malheureusement, il avait une passion
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d’apparence indangereuse, mais qui, pourtant, le conduisit à la tombe.
Desmachins collectionnait les autographes.
Il les collectionnait comme la lionne aime ses petits, farouchement.
Et il en avait, de ces autographes ! Il en avait ! Mon Dieu, en avait-il !
De tout le monde, par exemple : de Napoléon Ier, d’Yvette Guilbert, de Chincholle, de Henry Gauthier-Villars, de Charlemagne...
Il est vrai que celui de Charlemagne !... J’en savais la provenance, mais, pour ne point désoler Desmachins, je gardai toujours, à l’égard de ce parchemin faussement suranné, un silence d’or.
(C’était un vieil élève de l’École des Chartes, tombé dans une vie d’improbité crapuleuse, qui s’était adonné à la fabrication de manuscrits carlovingiens, – ne pas écrire carnovingiens – et qui fournissait à Desmachins des autographes des époques les plus reculées.)
L’ami qui m’apprenait le trépas de Desmachins, en tous ses pénibles détails,
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semblait lutter contre un désir d’aveu.
A la fin, il murmura :
– Et ce qu’il y a de plus terrible, c’est que je suis un peu son assassin.
Du coup, ma douloureuse stupeur se teinta d’étonnement.
– Oui continua-t-il, le pauvre Desmachins est mort sur mon conseil.
– Le guillotiné par persuasion, quoi !
– Oh ! ne ris pas, c’est une épouvantable histoire, et je vais te la conter.
Je pris l’attitude bien connue du gentleman à qui on va conter une épouvantable histoire, et mon ami – car, malgré tout, c’est encore mon ami – me narra la chose en ces termes :
Un jour, je rencontrai Desmachins enchanté d’une nouvelle acquisition. Il venait d’acheter un os de mouton sur lequel était inscrit, de la main même du Prophète, un verset du Coran.
– Et tu as payé ça ?... lui demandai-je.
– Une bouchée de pain, mon cher. C’est un
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vieux cheik arabe qui me l’a cédé. Comme il avait absolument besoin d’argent, j’ai pu avoir l’objet pour 3000 francs.
– Mâtin ! pensai-je, 3000 francs, une bouchée de pain ! Ça le remet cher la livre !
Et il m’emmena chez lui pour me faire admirer son nouveau classement. Il avait, disait-il, inventé un nouveau classement dont il était très fier.
La vue d’une lettre de Nélaton me suggéra une idée et, machinalement, je lui demandai :
–Tu n’as pas d’autographe de Ricord ?
– Ricord ?... Qui est-ce ?
– Comment ! tu ne connais pas Ricord ?
Le malheureux... c’est-à-dire, non, le bienheureux... ou plutôt non, le malheureux ne connaissait pas Ricord.
Alors, moi, je lui dis la gloire de Ricord, et Desmachins résolut aussitôt d’avoir, en sa collection, un mot du célèbre spécialiste.
Dès le lendemain, il alla chez ses fournisseurs
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ordinaires : pas le moindre Ricord.
Chez ses fournisseurs extraordinaires, pas davantage.
Desmachins se désolait, s’impatientait. Car lui, si calme d’habitude, tournait facilement au fauve lorsqu’il s’agissait de sa collection.
– Pourtant, rugissait-il, il y a des gens qui en ont, de ces autographes !
– Oui, répliquai-je avec douceur, mais ceux qui les détiennent sont plus disposés à les enfouir dans les plus intimes replis de leur portefeuille qu’à en tirer une vanité frivole.
– Tu me donnes une idée ! Puisque Ricord est médecin, je vais aller le trouver, il me fera une ordonnance qu’il signera, et j’aurai un autographe !
– C’est ingénieux, mais malheureusement... ou plutôt heureusement, tu n’es pas malade.
– J’ai un fort rhume de cerveau... Tu vois, mon nez coule.
– Ton nez...
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Je n’achevai pas, ayant toujours eu l’horreur des plaisanteries faciles, mais j’éclairai Desmachins sur le rôle de Ricord dans la société contemporaine.
Huit jours se passèrent.
Un matin, Desmachins entra chez moi, pâle mais les yeux résolus.
– Tu sais, j’y suis décidé !
– À quoi ?
– À aller chez Ricord.
– Mais, encore une fois, tu n’es pas... malade.
– Je le deviendrai !... Et précisément, je viens te demander des détails.
Je crus qu’il plaisantait, mais pas du tout ! C’était une idée fixe.
Alors – et ce sera l’éternel remords de ma vie – j’eus la faiblesse de lui fournir quelques explications. Je lui conseillai les Folies-Bergère, par expérience.
La semaine d’après, Desmachins m’envoyait un petit bleu ainsi conçu :
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« Viens me voir. Je suis au lit. Mais qu’importe ! JE L’AI ! »
Les trois derniers mots triomphalement soulignés.
– Oui, termina tristement le narrateur, il l’avait, et c’est de ça qu’il est mort.
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