Astronomie populaire

Camille Flammarion · Chapitre 1 sur 2 · partie 1/7

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Astronomie populaire

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Astronomie populaire

Flammarion, Camille

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Notre planète vit d'une certaine vie astrale, que nous ne pouvons pas encore suffisamment comprendre. Des courants magnétiques circulent en elle et, sans cesse, sous leur mystérieuse influence, l'aiguille aimantée cherche le nord de son doigt inquiet et agité. L'intensité et la direction de ces courants varient de jour en jour, d'année en année, de siècle en siècle. Il y a deux siècles environ, en 1666, la boussole observée à Paris tendait juste au nord ; puis elle a tourné vers l'ouest, c'est−à−dire vers la gauche si l'on regarde le nord.

 

Sa déviation était de 8 degrés en 1700, de 17 degrés en 1 750, de 22 degrés en 1800 ; elle a encore augmenté de (..) degré jusqu'en 1814, puis elle a commencé à revenir vers le nord. Cette déviation était de 22 degrés en 1835, de 20 en 1854, de 19 en 1863, de 18 en 1870, de 17 en 1878, de 16 en 1888. Elle va continuer de décroître, et il est probable qu'elle p o i n t e r a d e n o u v e a u a u n o r d v e r s 1 9 6 2 . V o i l à u n e importante variation séculaire, qui a causé bien des désastres maritimes aux pilotes qui l'ignoraient. Ajoutons que tous les jours cette curieuse aiguille oscille légèrement sur son axe, s'écartant de son méridien magnétique, vers l'orient à huit heures du matin, et vers l'occident à une heure de l'après −midi. L'amplitude de cette oscillation varie elle−même d'année en année et, remarque vraiment étonnante, cette

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amplitude paraît correspondre au nombre des taches qui existent sur le soleil : c'est dans les années où il y a le plus de taches que cette amplitude est la plus forte. Le nombre des aurores boréales paraît également en rapport avec l'état de l'astre du jour. Du reste, l'aiguille aimantée enfermée dans une cave de l' observatoire de Paris suit l'aurore boréale qui allume ses feux aériens en Suède ou en Norwège. Elle est inquiète, agitée, j'allais dire fiévreuse, plus que cela : affolée ; et son trouble ne cesse que quand le lointain météore a disparu... quel livre que le livre de la nature ! Et combien il est inexplicable qu'il ait si peu de lecteurs ! ... la vie de la planète se manifeste extérieurement par les plantes qui en ornent la surface , par les animaux qui la peuplent, par l'humanité qui l'habite.

 

On connaît cent vingt mille espèces végétales et trois cent mille espèces animales. Il n'y a qu'une espèce humaine, car l' humanité c'est l'incarnation de l'esprit... la population humaine de notre planète se compose, d'après les dernières statistiques, de 1 milliard 450 millions d'habitants. Il naît à peu près un enfant à chaque seconde ; un être humain meurt aussi par seconde. Le nombre des naissances est, toutefois, un peu plus grand que celui des morts, et la population s'accroît suivant une proportion variable. On peut estimer à 400 milliards le nombre des hommes qui ont vécu sur la terre depuis les origines de l'humanité. S'ils ressuscitaient tous, hommes, femmes, vieillards, enfants, et se couchaient les uns à côté des autres, ils couvriraient déjà la surface

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entière de la France.

 

M a i s t o u s c e s d i f f é r e n t s c o r p s o n t é t é c o m p o s é s successivement des mêmes éléments ; les molécules que nous respirons, buvons, mangeons et incorporons à notre organisme ont déjà fait partie de nos ancêtres. Un échange universel s'opère incessamment entre tous les êtres : la mort ne garde rien. La molécule d'oxygène qui s'échappe de la ruine d'un vieux chêne abattu par le poids des siècles va s'incorporer dans la blonde tête de l'enfant qui vient de naître, et la molécule d'acide carbonique qui s' échappe de la poitrine oppressée du moribond étendu sur son lit de douleur va refleurir dans la brillante corolle de la rose du parterre... ainsi la fraternité la plus absolue gouverne les lois de la vie ; ainsi la vie éternelle est organisée par la mort éternelle. L'esprit seul vit et contemple. La poussière retourne à la p o u s s i è r e . L e s m o n d e s v o g u e n t d a n s l ' e s p a c e e n s ' illuminant des rayonnements et des sourires d'une vie sans cesse renouvelée. De siècle en siècle, les êtres vivants sont remplacés par d'autres êtres, et, sur les continents comme dans les mers, si la vie rayonne toujours, ce ne sont point les mêmes coeurs qui battent, ce ne sont point les mêmes yeux qui regardent, ce ne sont point les mêmes bouches qui sourient. La mort couche successivement dans la tombe les hommes et les choses, mais, sur nos cendres comme sur la ruine des empires, la flamme de la vie se renouvelle sans cesse. La terre donne à l'homme ses fruits, ses troupeaux, ses trésors ; la vie circule, et le printemps revient toujours.

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On croirait presque que notre propre existence, si faible et si passagère, n'est qu'une partie constitutive de la longue existence de la planète, comme les feuilles annuelles d'un arbre séculaire, et que, semblables aux mousses et aux moisissures, nous ne végétons un instant à la surface de ce globe que pour servir aux procédés d'une immense vie planétaire que nous ne comprenons pas. L'espèce humaine est soumise, à un moindre degré que les plantes et les animaux, aux circonstances du sol et aux conditions météorologiques de l'atmosphère ; par l'activité de l'esprit, par le progrès de l'intelligence qui s'élève peu à peu, aussi bien que par cette merveilleuse flexibilité d' organisation qui se plie à tous les climats, elle échappe plus aisément aux puissances de la nature ; mais elle n'en participe pas moins d'une manière essentielle à la vie qui anime notre globe tout entier. C'est par ces secrets rapports que le problème si obscur et si controversé de la possibilité d'une origine commune pour les différentes races humaines rentre dans la sphère d'idées qu'embrasse la description physique du monde.

 

Il est des familles de peuples plus susceptibles de culture, plus civilisées, plus éclairées, mais nous pouvons dire avec Humboldt qu'il n'en est pas de plus nobles les unes que les autres.

 

Toutes sont également faites pour la liberté ; pour cette liberté qui, dans un état de société peu avancé, n'appartient

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qu'à l' individu, mais qui, chez les nations appelées à la puissance de véritables institutions politiques, est le droit de la communauté tout entière. Une idée qui se révèle à travers l'histoire, en étendant chaque jour son salutaire empire, une idée qui, mieux que toute autre, prouve le fait si souvent contesté, mais plus souvent encore mal compris, de la perfectibilité générale de l' espèce, c'est l'idée de l'humanité. C'est elle qui tend à faire tomber les barrières que des préjugés et des vues intéressées de toute sorte ont élevées entre les hommes, et à faire envisager l'humanité dans son ensemble, sans distinction de races, de religions, de nations, de couleurs, comme une grande famille de frères, comme un corps unique, marchant vers un seul et même but : le libre développement des forces morales. Ce but est le but final, le but suprême de la sociabilité, et en même temps la direction i m p o s é e à l ' h o m m e p a r s a p r o p r e n a t u r e p o u r l'agrandissement indéfini de son existence. Il regarde la terre, aussi loin qu'elle s' étend ; le ciel, aussi loin qu'il le peut découvrir, illuminé d' étoiles ; son intelligence l'élève au−dessus de tous les autres êtres terrestres : ... etc. Progrès et liberté ! Déjà l'enfant aspire à franchir les montagnes et les mers qui circonscrivent son étroite demeure ; et puis, se repliant sur lui−même comme la plante, il soupire après le retour. C'est là, en effet, ce qu' il y a dans l'homme de touchant et de beau, cette double aspiration vers ce qu'il désire et vers ce qu'il a perdu ; c' est elle qui le préserve du danger de s'attacher d'une manière exclusive au moment présent. Et de la sorte, enracinée dans les profondeurs de la

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nature humaine, gouvernée en même temps par ses instincts les plus sublimes, cette union bienveillante et fraternelle de l'espèce entière devient une des grandes idées qui président à l'histoire. Notre humanité n'a pas encore l' âge de raison, puisqu'elle ne sait pas encore se conduire, qu' elle n'est pas encore sortie de la carapace des instincts grossiers de la brute, et que les peuples les plus avancés sont encore essentiellement militaires, c'est−à−dire esclaves ; mais elle est destinée à devenir instruite, éclairée, intellectuelle, libre et grande dans la lumière du ciel. −à ses côtés, sur les îles flottantes qui nous accompagnent dans l'espace, et dans le sein des profondeurs inaccessibles de l'infini, les autres terres ses soeurs portent aussi des humanités vivantes, qui s' élèvent en même temps qu'elle dans le progrès indéfini, et vers une perfection qui brille au−dessus de toutes les destinées comme l'étoile au fond des cieux.

 

Comment la terre s'est−elle formée ? âge de notre planète ; son passé ; son avenir. L'origine et la fin des mondes. Les pages précédentes nous ont fait connaître la place que nous occupons dans l'univers et nous ont fait apprécier la terre comme astre du ciel. Tel était, en effet, le premier point de vue sous lequel il nous importait de considérer notre globe, afin de nous affranchir pour toujours du vaniteux sentiment qui nous avait fait jusqu'ici considérer la terre comme la base et le centre de la création, et de ce patriotisme de clocher en vertu duquel nous préférions notre pays au reste du monde. Bientôt nous nous occuperons des autres astres,

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en suivant l'ordre logique des situations et des distances. Notre programme céleste se trace de lui−même devant nous. La lune sera la première étape de notre grand voyage ; nous nous arrêterons à sa surface pour contempler son étrange nature et étudier son histoire ; c'est l'astre le plus rapproché de nous, et elle fait pour ainsi dire partie de nous−mêmes, puisqu'elle accompagne fidèlement la terre dans son cours et gravite autour de nous à la distance moyenne de 96000 lieues. Puis nous nous transporterons sur le soleil, centre de la famille planétaire, et nous essayerons d'assister aux combats titanesques que les éléments dissociés se livrent sur cet ardent foyer, dont les rayons bienfaisants vont répandre la vie sur tous les mondes. Chacune des planètes sera ensuite l'objet d'une excursion spéciale, depuis Mercure, la plus proche du centre, jusqu'à Neptune, frontière actuelle de la république solaire.

 

Les satellites, les éclipses, les étoiles filantes, les comètes nous arrêteront aussi pour compléter la connaissance intégrale que nous désirons acquérir. Mais ce ne sera là encore qu'une faible partie de notre étude, car d'un bond nous nous élancerons des frontières du Neptune solaire jusqu'aux étoiles, dont chacune est un soleil brillant de sa propre lumière et centre probable d'un système de planètes habitées. Ici nous pénétrerons véritablement dans le domaine de l'infini. Les soleils succéderont aux soleils, les systèmes aux systèmes. Ce n'est plus par milliers qu'ils se comptent, mais par millions ; et ce n'est plus par millions de

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lieues que se mesurent les distances sidérales ni même par milliers de millions, ou milliards, mais par millions de millions, ou trillions . Ainsi, par exemple, l'étoile de première grandeur alpha du Centaure plane à 10 trillions de lieues d'ici, Sirius à 39 trillions, l'étoile Polaire à 100 trillions, Capella à 170 trillions. Or, ces soleils comptent parmi les plus proches. Au delà gisent d'autres univers , que la vision perçante du télescope commence à saisir dans les inaccessibles profondeurs de l'immensité. Mais l'infini fuit toujours ! ... la description des grands instruments des observatoires, à l'aide desquels ces splendides découvertes ont été faites, sera ensuite donnée comme complément, et nous aurons aussi à nous occuper de choisir quelques instruments plus modestes pouvant servir à tout amateur pour l'étude pratique de l'astronomie populaire. Avant d'entreprendre cet admirable voyage, qui nous promet d'être fertile en surprises de tout genre, avant de quitter pour toujours et de laisser tomber dans la nuit de l'espace cette terre où nous sommes et qui nous sert d'observatoire pour étudier l'univers, il ne sera pas sans intérêt de la contempler un instant au point de vue de la vie qui l'embellit, des conditions dans lesquelles cette vie est apparue , des origines des êtres et de la planète elle−même, ainsi que des destinées qui nous attendent, nous et tous les habitants de ce monde. Cette vie prodigieuse, végétale, animale et humaine, qui pullule tout autour de ce globe, depuis les pôles jusqu'à l' équateur, et qui anime les profondeurs océaniques aussi bien que la surface des continents, cette vie multipliée et sans

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cesse renaissante, n'a pas toujours été telle que nous la voyons aujourd'hui. D'âge en âge elle s'est modifiée, transformée.

 

Les conditions d'habitation ont changé, et les espèces avec elles. Il fut un temps où nulle des espèces actuellement vivantes n'existait à la surface du globe. Il fut un temps où la vie elle −même n'existait pas, sous quelque incarnation que ce fût. La forme même du globe terrestre, son aplatissement aux pôles, l' arrangement des terrains, la nature minérale des couches primitives inférieures, les volcans qui fument encore et vomissent leurs laves embrasées, les tremblements de terre, l' accroissement régulier de la température à mesure qu'on descend dans l'intérieur du globe, tous ces faits s'accordent pour prouver qu'aux temps primitifs la terre était inhabitable et inhabitée, et pour montrer qu'elle a été d'abord à l'état de soleil chaud, lumineux, incandescent. D'autre part, si l'on examine la translation annuelle de notre planète autour du soleil , ainsi que les orbites des autres planètes, on remarque qu' elles circulent toutes vers le plan de l'équateur solaire, toutes dans le même sens, qui est précisément celui dans lequel le soleil tourne sur lui−même. (certaines petites planètes s'écartent davantage de ce plan général ; mais leur nombre dans une même zone et leur singulière petitesse montrent qu'elles ont subi des perturbations particulières.) il est difficile de se défendre de l'impression que l'origine des mondes est liée d'une manière ou d'une autre au soleil autour duquel ils gravitent comme des enfants indissolublement

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rattachés à leur père. Cette impression avait déjà, au siècle dernier, frappé Buffon, Kant et Laplace. Elle nous frappe encore aujourd'hui avec la même force, malgré certaines difficultés de détail qui ne sont pas encore expliquées. Comme nous n'avons pas assisté personnellement à la création du monde, l'observation directe ne peut pas s'y appliquer, et nous ne pouvons nous en former une idée qu'en ayant recours à la méthode d'induction.

 

Eh bien ! L'hypothèse la plus probable, la théorie la plus scientifique, est celle qui nous présente le soleil comme une nébuleuse condensée, qui remonte à l'époque inconnue où cette nébuleuse occupait tout l'emplacement actuel du système solaire et plus encore, immense lentille de gaz tournant lentement sur elle−même, et ayant sa circonférence extérieure dans la zone marquée par l'orbite de Neptune..., plus loin encore, car Neptune ne forme pas la véritable limite du système. Mais peutêtre les planètes se sont−elles graduellement éloignées.

 

Imaginons donc une immense masse gazeuse placée dans l'espace.

 

L'attraction est une force inhérente à tout atome de matière. La région de cette masse qui se trouvera la plus dense attirera insensiblement vers elle les autres parties, et dans la chute lente des molécules les plus lointaines vers cette région plus attractive, un mouvement général se

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produit, incomplètement dirigé vers ce centre, et entraînant bientôt toute la masse dans un même mouvement de rotation. La forme simple par excellence, en vertu même de cette loi d'attraction, est la forme sphérique ; c'est celle que prend une goutte d'eau , une goutte de mercure livrée à elle−même. Les lois de la mécanique démontrent qu'à mesure que cette masse gazeuse se condense et se rapetisse, le mouvement de rotation de la nébuleuse s'accélère. En tournant, elle s'aplatit aux pôles et prend peu à peu la forme d'une énorme lentille de gaz. Il a pu arriver qu'elle tournât assez vite pour développer sur cette circonférence extérieure une force centrifuge supérieure à l' attraction générale de la masse, comme lorsqu'on fait tourner une fronde ; la conséquence inévitable de cet excès est une rupture d'équilibre qui détache un anneau extérieur. Cet anneau gazeux continuera de tourner dans le même temps et avec la même vitesse ; mais la nébuleuse mère en sera désormais détachée et continuera de subir sa condensation progressive et son accélération de mouvement. Le même fait se reproduira autant de fois que la vitesse de rotation aura dépassé celle à laquelle la force centrifuge reste inférieure à l'attraction. Il a pu arriver aussi que des centres secondaires de condensation se soient formés dans l'intérieur même de la nébuleuse. Le télescope nous montre dans les profondeurs des cieux des nébuleuses dont les formes correspondent à ces transformations.

 

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Telles sont, entre autres, les trois que nous reproduisons ici.

 

La première (Fig 42) se trouve dans la constellation des Chiens de chasse et donne l'exemple d'une condensation centrale commençant un foyer solaire au centre d'une nébuleuse sphérique ou lenticulaire ; la seconde se trouve dans le Verseau et présente une sphère entourée d'un anneau vu par la tranche, rappelant singulièrement la formation d'un monde tel que Saturne ; la troisième appartient à la constellation de Pégase, et se fait remarquer par des zones déjà détachées du noyau central, véritable soleil entouré de spirales gazeuses. Nous en verrons d'autres plus tard, non moins remarquables. L'analyse spectrale constate que ces nébuleuses ne sont pas formées d' étoiles rapprochées, mais véritablement de gaz, dans lesquels dominent l'azote et l'hydrogène. Dans notre système, les anneaux de Saturne subsistent encore. La formation successive des planètes, leur situation vers le plan de l'équateur solaire et leurs mouvements de translation autour du même centre s' expliquent dans la théorie que nous exposons. La plus lointaine planète connue, Neptune, se serait détachée de la nébuleuse à l' époque où cette nébuleuse s'étendait jusqu'à elle, jusqu'à un milliard de lieues, et tournait en une lente rotation demandant une durée de 165 ans pour s'accomplir. L'anneau originaire ne pourrait demeurer à l'état d'anneau que s'il était parfaitement homogène et régulier ; mais une telle condition est pour ainsi dire irréalisable, et il ne tarde

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p a s à s e c o n d e n s e r l u i − m ê m e e n u n e s p h è r e . Successivement, Uranus, Saturne, Jupiter, l'armée des petites planètes, Mars, se seraient ainsi détachés ou formés dans l'intérieur de cette même nébuleuse. Ensuite ce fut la terre, dont la naissance remonte à l'époque où le soleil arrivait au moins jusqu'ici ; Vénus et Mercure seraient nés plus tard. Le soleil donnera−t−il encore naissance à un nouveau monde ? Ce n'est pas probable. Il faudrait pour cela que son mouvement de rotation fût énormément accéléré, et fût 219 fois plus rapide. La lune se serait ainsi formée aux dépens de l' équateur terrestre lorsque la terre, encore nébuleuse, s' étendait jusqu'à son orbite, alors peut−être plus rapprochée de nous. La densité relative des mondes corrobore cette théorie. La lune, formée pour ainsi dire des matières surnageantes de la nébuleuse terrestre, est beaucoup plus légère que la terre. Les planètes supérieures, Neptune, Uranus, Saturne et Jupiter sont beaucoup moins denses que les planètes inférieures, Mars, la Terre, Vénus et Mercure. De plus, on trouve dans la composition chimique des différents mondes, et même dans celle des comètes, des étoiles filantes et des uranolithes, les mêmes matériaux qui composent la terre, et qui existent aussi à l'état gazeux dans le soleil. Ainsi s'est formée la terre, par la condensation lente d'un anneau gazeux détaché du soleil (Fig 45 ), celui−ci continuant ensuite de se resserrer, de se condenser, pour donner naissance plus tard à Vénus et à Mercure. La nébuleuse terrestre eut dès lors son existence indépendante. Elle arriva lentement à former un immense globe gazeux

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tournant sur lui−même. Ainsi condensée, échauffée par le choc infinitésimal et constant de tous les matériaux qui la composent, la terre naissante brilla d'une faible lueur au milieu de la sombre nuit de l'espace. De gazeuse elle est devenue liquide, puis solide, et sans doute continue−t−elle de se refroidir et de se resserrer encore actuellement. Mais sa masse augmente de siècle en siècle par les uranolithes et les étoiles filantes qui tombent incessamment sur elle (plus de cent milliards par an). Ce ne sont plus des années ni des s i è c l e s q u ' i l f a u t é n u m é r e r p o u r d é f i n i r l e t e m p s incommensurable que la nature a dû employer dans l'élaboration de la genèse du système du monde. Les millions ajoutés aux millions marquent à peine les secondes de l'horloge éternelle. Mais notre esprit, qui embrasse le temps comme l'espace, voit désormais naître les mondes ; il les voit briller d'abord d'une faible lueur nébuleuse, resplendir ensuite comme des soleils, se refroidir, se couvrir d e t a c h e s , p u i s d ' u n e c r o û t e s o l i d e , s u b i r d e s bouleversements et des cataclysmes formidables par les éboulements fréquents de la croûte dans la fournaise, se marquer de cicatrices nombreuses, s' affermir lentement en se refroidissant, recevoir désormais extérieurement du soleil la chaleur et la lumière, se peupler d' êtres vivants, devenir le siège des humanités laborieuses qui, à leur tour, vont en transformer la surface et, après avoir servi d'habitacles à la vie supérieure et à la pensée, perdre lentement leur fécondité, s'user insensiblement comme l'être vivant lui−même, arriver à la vieillesse, à la décrépitude, à la mort,

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et rouler désormais, comme des tombeaux ambulants, dans les déserts silencieux de la nuit éternelle. C'est l'évolution perpétuelle des choses. Métamorphose séculaire des mondes et des êtres ! Combien de fois la face de la terre n'a−t−elle pas été renouvelée depuis l'époque lointaine de son ardente genèse aux frontières équatoriales de la nébuleuse solaire ! Depuis combien de siècles tourne−t−elle autour du soleil ? Depuis combien de siècles le soleil brille−t−il lui−même ? Dans l'hypothèse que la matière nébuleuse ait été, dans l'origine, d'une ténuité extrême, on a calculé la quantité de chaleur qui a pu être engendrée par la chute de toutes ces molécules vers le centre, par la condensation à laquelle on doit la naissance du système solaire. En supposant que la chaleur spécifique de la masse condensante ait été celle de l'eau, la chaleur de la condensation aurait suffi à produire une élévation de température de 28 millions de degrés centigrades (Helmholtz et Tyndall). On sait depuis longtemps que la chaleur n'est qu'un mode de mouvement : c'est un mouvement vibratoire infinitésimal des atomes. On peut aujourd'hui convertir à volonté tout mouvement en chaleur, et toute chaleur en mouvement. Le mouvement de condensation a suffi, et bien au delà, pour produire la température actuelle du soleil et la température originaire de toutes les planètes. Si cet astre brillant continue à se condenser, comme il est probable, une condensation qui raccourcirait son diamètre de (..) de sa longueur actuelle engendrerait une quantité de chaleur suffisante pour couvrir la perte de l'émission pendant deux mille ans. Au degré

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actuel de l'émission, la chaleur solaire produite par la condensation antérieure de sa masse durerait encore vingt millions d'années . La longueur du temps exigé par la condensation qu'a dû subir la nébuleuse primitive pour arriver à constituer notre système planétaire défie entièrement notre imagination ; la compter par milliards de siècles ne serait pas exagéré. Les expériences de Bischof sur le basalte semblent prouver que, pour passer de l'état liquide à l'état solide, pour se refroidir de 2000 degrés à 200, notre globe a eu besoin de 350 millions d'années. Il y avait bien d'autres millions de siècles que le soleil existait ! Qu'est−ce que toute l'histoire de l'humanité devant de pareilles périodes ? −une vague sur l'océan... pendant des milliers de siècles, le globe terrestre roula dans l'espace à l'état d'immense laboratoire chimique. Un déluge perpétuel d'eau bouillante tombait des nues sur le sol brûlant, et remontait en vapeur dans l'atmosphère pour retomber encore. Lorsque la température devint inférieure à celle de l'eau bouillante, la vapeur d'eau se liquéfia et se précipita. Au milieu de ces épouvantables tourmentes, la croûte terrestre, brisée mille fois par les convulsions du feu central, vomissait des flammes et se ressoudait ; les premières terres émergées de l'océan universel ont été des îlots de granit aride et infécond. Plus tard, au sein des flots, les premières combinaisons semi−fluides du carbone formèrent les premiers essais rudimentaires de la vie, le p r o t o p l a s m a , s u b s t a n c e q u i m é r i t e à p e i n e l e n o m d'organique, qui n'est déjà plus simplement minérale, et

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n'est encore ni végétale ni animale. Les plantes primitives, les algues, qui flottent inertes dans le milieu océanique, furent déjà un progrès. Les animaux primitifs, les zoophytes, les mollusques élémentaires, les coraux, les méduses furent, eux aussi, un progrès. Insensiblement, de siècle en siècle, la planète perdit sa rudesse, les conditions de la vie se p e r f e c t i o n n è r e n t , l e s ê t r e s s e m u l t i p l i è r e n t e n s e différenciant de la souche primitive et en gagnant des organes, d'abord obtus et rudimentaires, ensuite développés et perfectionnés. L'âge primordial, pendant lequel la vie naissante n'était représentée que par des algues, des crustacés et des vertébrés encore dépourvus de tête, paraît avoir occupé à lui seul les 53 centièmes du temps qui s'est écoulé depuis l' époque à laquelle la terre est devenue habitable. La période primaire qui lui succéda a pour type l'établissement de la végétation houillère et du règne des poissons, et paraît avoir occupé les 31 centièmes suivants. La période secondaire, pendant laquelle les splendides végétaux conifères dominèrent le monde végétal, tandis que les énormes reptiles sauriens dominaient le monde animal, a duré les 12 centièmes suivants.

 

La terre était alors peuplée d'êtres fantastiques, se livrant de perpétuels combats au milieu des éléments indomptés. Ainsi voilà, d'après l'épaisseur comparée des terrains qui se sont déposés pendant ces époques successives, voilà, dis−je, les 96 centièmes du temps écoulé occupés par une nature vivante absolument différente de celle qui embellit

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aujourd'hui notre globe, nature relativement formidable et grossière, aussi distincte de celle que nous connaissons que celle d'un autre monde... qui eût alors osé soulever le voile mystérieux de l' avenir et deviner l'époque future inconnue où l'homme devait apparaître sur la planète de nouveau transformée ? La période tertiaire, pendant laquelle on voit seulement arriver les mammifères et les espèces animales qui offrent plus ou moins de rapports physiques avec l'espèce humaine, vint ensuite recueillir l'héritage de ces âges primitifs et se substituer à la période précédente. Sa durée ne s'est même pas élevée aux 3 centièmes de la durée totale. Enfin, l'âge quaternaire a vu la naissance de l'espèce humaine et des arbres cultivés. Il ne représente pas un centième de l'échelle des temps, plus probablement un demi−centième ! Combien ces contemplations grandioses n'agrandissent−elles pas les idées que nous nous formons habituellement sur la nature !

 

Nous nous imaginons remonter bien haut dans le passé en contemplant les vieilles pyramides encore debout dans les plaines de l'égypte, les obélisques gravés d'hiéroglyphes mystérieux, les temples muets de l'Assyrie, les antiques pagodes de l' Inde, les idoles du Mexique et du Pérou, les traditions séculaires de l'Asie et des Aryas nos aïeux, les instruments du temps de l'âge de pierre, les armes de silex taillés, les flèches, les lances, les couteaux, les racloirs, les pierres de fronde de notre barbarie primitive..., nous osons à peine parler de dix mille ans, de vingt mille ans ! Mais, lors

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même que nous admettrions cent mille années d'âge à notre espèce, si lentement progressive, qu'est−ce encore à côté de l'amoncellement fabuleux des siècles qui nous ont précédés dans l'histoire de la planète ! En n'accordant que cent mille ans à l'âge quaternaire , âge de la nature actuelle, on voit que la période tertiaire aurait régné pendant cinq cent mille ans auparavant, la période secondaire pendant deux millions trois cent mille, la période primaire pendant six millions quatre cent mille, et la période primordiale pendant dix millions sept cent mille ans. Total : vingt millions d'années ! Et qu'est−ce encore que cette histoire de la vie comparée à l'histoire totale du globe, puisqu'il a fallu plus de trois cent millions d'années pour rendre la terre solide en abaissant à 200 degrés sa température extérieure ? Et combien de millions ne faudrait−il pas encore ajouter pour représenter le temps qui s'est écoulé entre cette température de (..) et celle de (..), maximum probable de la possibilité de la vie organique. L'étude des mondes nous ouvre dans l'ordre du temps des horizons aussi immenses que ceux qu'elle nous ouvre dans l'ordre de l'espace. Elle nous fait sentir l'éternité comme elle nous fait sentir l'infini... nous admirons tous aujourd'hui les beautés de la nature terrestre, les collines verdoyantes, les prairies parfumées, les ruisseaux gazouillants, les bois aux ombres mystérieuses, les bosquets animés d'oiseaux chanteurs, les montagnes couronnées de glaciers , l'immensité des mers, les chauds couchers de soleil dans les nuages bordés d'or et d'écarlate, et les sublimes levers de soleil au sommet des montagnes

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colorées, lorsque les premiers rayons du matin frissonnent dans les vapeurs grises de la plaine.

 

Nous admirons les oeuvres humaines qui couronnent aujourd'hui celles de la nature, les hardis viaducs jetés d'une montagne à l'autre, sur lesquels court la vapeur ; les navires, édifices merveilleux qui traversent l'océan ; les villes brillantes et animées ; les palais et les temples ; les bibliothèques, musées de l'esprit ; les arts de la sculpture et de la peinture, qui idéalisent le réel ; les inspirations musicales, qui nous font oublier la vulgarité des choses ; les travaux du génie intellectuel, qui scrute les mystères des mondes et nous transporte dans l'infini ; et nous vivons avec bonheur au milieu de cette vie si radieuse, dont nous faisons nous−mêmes partie intégrante. Mais toute cette beauté, toutes ces fleurs et tous ces fruits passeront. La terre est née. Elle mourra. Elle mourra, soit de vieillesse, lorsque ses éléments vitaux seront usés, soit par l'extinction du soleil, aux rayons duquel sa vie est suspendue. Elle pourrait aussi mourir d'accident, par le choc d'un corps céleste qui la rencontrerait sur sa route, mais cette fin du monde est la plus improbable de toutes. Elle peut, disons−nous, mourir de mort naturelle, par l'absorption lente de ses éléments vitaux. En effet, il est probable que l'eau et l' air diminuent. L'océan comme l'atmosphère paraissent avoir été autrefois beaucoup plus considérables que de nos jours. L'écorce terrestre est pénétrée par les eaux qui se combinent chimiquement aux roches. L'oxygène, l'azote et l'acide

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carbonique, qui composent notre atmosphère, paraissent subir aussi une absorption lente. Le penseur peut prévoir, à travers la brume des siècles à venir, l'époque encore très lointaine où la terre, dépourvue de la vapeur d'eau atmosphérique qui la protège contre le froid glacial de l'espace en concentrant autour d'elle les rayons solaires, comme dans une serre chaude, se refroidira du sommeil de la mort. Du sommet des montagnes, le linceul des neiges descendra sur les hauts plateaux et les vallées, chassant devant lui la vie et la civilisation, et masquant pour toujours les villes et les nations qu'il rencontrera sur son passage. La vie et l'activité humaine se resserreront insensiblement vers la zone intertropicale. Saint−Pétersbourg, Berlin, Londres, Paris, Vienne, Constantinople, Rome, s'endormiront successivement sous leur suaire éternel. Pendant bien des siècles , l'humanité équatoriale entreprendra vainement des expéditions arctiques pour retrouver sous les glaces la place de Paris, de Lyon, de Bordeaux, de Marseille. Les rivages des mers auront changé, et la carte géographique de la terre sera transformée. On ne vivra plus, on ne respirera plus, que dans la zone équatoriale , jusqu'au jour où la dernière tribu viendra s'asseoir, déjà morte de froid et de faim, sur le rivage de la dernière mer, aux rayons d'un pâle soleil, qui n'éclairera désormais ici−bas qu'un tombeau ambulant tournant autour d'une lumière inutile et d'une chaleur inféconde. Surprise par le froid, la dernière famille humaine a été touchée du doigt de la mort, et bientôt ses ossements seront ensevelis sous le suaire des glaces

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éternelles. L'historien de la nature pourrait écrire dans l'avenir : ci−gît l'humanité tout entière d'un monde qui a vécu ! Ci−gisent tous les rêves de l'ambition, toutes les conquêtes de la gloire guerrière, toutes les affaires retentissantes de la finance, tous les systèmes d' une science imparfaite, et aussi tous les serments des mortelles amours ! Ci−gisent toutes les beautés de la terre... mais nulle pierre mortuaire ne marquera la place où la pauvre planète aura r e n d u l e d e r n i e r s o u p i r . M a i s p e u t − ê t r e l a t e r r e vivra−t−elle assez longtemps pour ne mourir qu'à l'extinction du soleil.

 

Notre sort serait toujours le même, à la vérité (ce serait toujours la mort par le froid) ; seulement il serait retardé à une plus longue échéance. Quelques millions d'années dans le premier cas ; vingt, trente ou peut−être davantage dans le second . Mais ce n'est qu'une affaire de temps. L'humanité sera transformée, physiquement et moralement, longtemps avant d' atteindre son apogée, longtemps avant de décroître. Le soleil s' éteindra. Il perd constamment une partie de sa chaleur, car l' énergie qu'il dépense dans son rayonnement est pour ainsi dire inimaginable. La chaleur émise par cet astre ferait bouillir par heure 2900 millions de myriamètres cubes d'eau à la température de la glace ! Presque toute cette chaleur se perd dans l'espace. La quantité que les planètes arrêtent au passage et utilisent pour leur vie est insignifiante relativement à la quantité perdue. Si le soleil se condense encore actuellement avec une vitesse suffisante pour

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compenser une pareille perte, ou si la pluie d'uranolithes qui doit incessamment tomber à sa surface est suffisante pour compléter la différence, cet astre ne se refroidit pas encore ; mais, dans le cas contraire, sa période de refroidissement est déjà commencée. C'est ce qui est le plus probable, car les taches qui apparaissent périodiquement à sa surface ne p e u v e n t g u è r e ê t r e c o n s i d é r é e s q u e c o m m e u n e manifestation de refroidissement. Le jour viendra où ces taches seront beaucoup plus nombreuses que de nos jours, et où elles commenceront à masquer une partie notable du globe solaire. De siècle en siècle, l'obscurcissement augmentera graduellement, mais non pas régulièrement, car les premiers fragments de croûte qui recouvriront la surface liquide incandescente ne tarderont pas à s'effondrer, pour être remplacés par de nouvelles formations. Les siècles futurs verront le soleil s'éteindre et se rallumer, jusqu'au jour lointain où le refroidissement envahira définitivement la surface entière, où les derniers rayons intermittents et blafards s'évanouiront pour toujours, où l'énorme boulet rouge s' assombrira pour ne plus jamais revenir égayer la nature du doux bienfait de la lumière. C'est la fin des temps chantée un instant sur sa lyre légère par le chantre de Rolla : ... etc.

 

Déjà nous avons vu dans le ciel vingt−cinq étoiles étinceler d' une lueur spasmodique et retomber dans une extinction voisine de la mort ; déjà des étoiles brillantes saluées par nos pères ont disparu des cartes du ciel ; un

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grand nombre d'étoiles rouges sont entrées dans leur période d'extinction ; le soleil n'est qu'une étoile ; il subira le sort de ses soeurs ; les soleils, comme les mondes, ne naissent que pour mourir, et dans l' éternité leur longue carrière n'aura duré, elle aussi, que « l' espace d'un matin » . Alors le soleil, astre obscur, mais encore chaud, électrique, et sans doute vaguement éclairé des clartés ondoyantes de l'aurore magnétique, sera un monde immense, habité par des êtres étranges. Autour de lui continueront de tourner les tombes planétaires, jusqu'au jour où la république solaire sera tout entière rayée du livre de vie et disparaîtra pour laisser la place à d'autres systèmes de mondes, à d'autres soleils, à d' autres terres, à d'autres humanités, à d'autres âmes, −nos successeurs dans l'histoire universelle et éternelle. Telles sont les destinées de la terre et de tous les mondes. Faut−il en conclure que, dans ces fins successives, l'univers ne sera plus un jour qu'un immense et noir tombeau ? Non : autrement, depuis l'éternité passée, il le serait déjà. Il y a dans la nature autre chose que l'aveugle matière : une loi intellectuelle de progrès gouverne la création tout entière ; les forces qui régissent l'univers ne peuvent pas rester inactives. Les astres ressusciteront de leurs cendres. La rencontre des débris antiques fait jaillir de nouvelles flammes, et la transformation du mouvement en chaleur recrée des nébuleuses et des mondes ! La mort universelle ne régnera jamais.

 

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La lune, satellite de la terre. Sa grandeur apparente. Sa distance. Comment on mesure les distances célestes. Comment la lune tourne autour de la terre. Le clair de lune a été la première lumière astronomique. La science a commencé dans cette aurore, et de siècle en siècle elle a conquis les étoiles, l' univers immense. Cette douce et calme clarté dégage nos esprits des liens terrestres et nous force à penser au ciel ; puis, l' étude des autres mondes se développe, les observations s'étendent, et l'astronomie est fondée. Ce n'est pas encore le ciel, et ce n' est déjà plus la terre. L'astre silencieux des nuits est la première étape d'un voyage vers l'infini. Dans l'antiquité, les arcadiens, désireux d'être regardés comme le plus ancien des peuples, n'avaient imaginé rien de mieux, pour ajouter à leur noblesse de nouveaux quartiers, que de faire remonter leur origine à une époque où la terre n'avait pas encore la lune pour compagne, et ils avaient pris pour titre nobiliaire le nom de prosélènes , c'est−à−dire antérieurs à la lune . Acceptant cette fable comme historique, Aristote raconte que les barbares qui peuplaient originairement l'Arcadie, avaient été chassés et remplacés avant l'apparition de la lune. Théodore, plus hardi, précise l'époque de la création de notre satellite : « c'était, dit−il, peu de temps avant le combat d'Hercule. » Horace parle aussi des arcadiens dans le même sens. Le rhéteur Ménandre, ridiculisant les prétentions des grecs à se faire aussi vieux que le monde, écrivait au Iiie siècle : « les athéniens prétendent être nés en même temps que le soleil, comme les arcadiens croient remonter au delà de la

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lune et les habitants de Delphes jusqu' au déluge. » −au reste, les arcadiens ne sont pas les seuls peuples qui aient prétendu avoir été témoins de l'installation de la lune au firmament. Nous avons vu plus haut que la lune est fille de la terre, qu'elle est née−il y a des millions d'années −aux limites de la nébuleuse terrestre, longtemps avant les siècles où notre planète prit sa forme sphérique, se solidifia et devint habitable, et que par conséquent elle brillait depuis bien longtemps dans le ciel à l'époque où le premier regard humain s' éleva vers sa douce lumière et considéra son cours. La lune est le corps céleste le plus rapproché de nous. Elle nous appartient, pour ainsi dire, et nous accompagne dans notre destinée. Nous la touchons du doigt. C'est une province terrestre. Sa distance n' est que de trente fois la largeur de notre globe, de sorte que trente terres soudées l'une à côté de l'autre sur une même ligne formeraient un pont suspendu suffisant pour réunir les deux mondes. Cette distance insignifiante est à peine digne du titre d'astronomique. Bien des marins, bien des voyageurs, bien des piétons même ont parcouru en navires, en chemin de fer ou même à pied, un trajet plus long que celui qui nous sépare de la lune.

 

Une dépêche télégraphique s'y rendrait en quelques secondes, et un signal lumineux traverserait plus vite encore cet intervalle, si nous pouvions correspondre avec les habitants de cette province annexée par la nature même à notre patrie. Ce n'est que la quatre−centième partie de la

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d i s t a n c e q u i n o u s s é p a r e d u s o l e i l e t s e u l e m e n t l a cent−millionième partie de la distance de l'étoile la plus proche de nous ! ... il faudrait répéter près de cent millions de fois la distance de la lune pour arriver aux régions stellaires... notre satellite est donc à tous les points de vue la première étape d'un voyage céleste. à l' époque de l'invention des aérostats, en 1783, lorsque pour la première fois les hommes eurent le bonheur de s'élancer dans les airs, la découverte de Montgolfier avait enthousiasmé les esprits à un tel point qu'on imaginait déjà des voyages de la terre à la lune et la possibilité d'une communication directe entre les mondes. Sur l'une des nombreuses et curieuses estampes de l'époque, que nous reproduisons ici, on voit un ballon atteindre la région lunaire, et dans le disque de la lune on a dessiné sous les montagnes une esquisse de l'observatoire de Paris et une multitude d' astronomes improvisés. Le quatrain qui accompagne ce dessin complète l'idée. Sans nier absolument que les progrès des inventions humaines puissent un jour nous permettre de faire ce voyage, ce ne serait pas en ballon qu'il pourrait être exécuté, puisque l'atmosphère terrestre est loin de remplir l'espace qui s'étend de la terre à la lune. Quoique voisine, d'ailleurs, cette province ne nous touche pas précisément : sa distance réelle est de 384000 kilomètres ou 96000 lieues. Qui nous prouve, dira−t−on, que ces chiffres soient exacts ? Qui nous assure que les astronomes ne se trompent pas dans leurs calculs ?

 

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Q u i n o u s a f f i r m e m ê m e q u ' i l s n ' e n i m p o s e n t p a s quelquefois au public bénévole ? Voilà une première objection excellente et qui part d'un esprit sceptique, soucieux de n'être pas induit en erreur. Le doute est l'un des principaux caractères de l'esprit humain. Marié à la curiosité, il représente la cause la plus féconde du progrès. Aussi la science positive, loin d'interdire le doute, l ' a p p r o u v e − t − e l l e e t v e u t − e l l e l u i r é p o n d r e . A u s s i allons−nous procéder tout de suite par la même méthode qui nous a guidés en traitant du mouvement de la terre : répondre aux objections, éclairer les doutes, prouver que les affirmations de l'astronomie sont des vérités démontrées et incontestables. peut−être un certain nombre d'esprits un peu paresseux préféreront−ils encore conserver leurs doutes que de se convaincre de la réalité. C'est leur affaire, et la persistance de leurs idées surannées n'empêchera pas le monde de tourner.

 

Pour mesurer les astres, on se sert des angles, et non pas d'une mesure déterminée, comme le mètre, par exemple. En effet, la grandeur apparente d'un objet dépend de sa dimension réelle et de sa distance. Dire, par exemple, que la lune nous paraît « grande comme une assiette » (ce que j'ai souvent entendu dire parmi les auditeurs de mes cours populaires) ne donne pas une idée suffisante de ce que l'on entend par là. On voit souvent des personnes frappées de l'éclat d'une étoile filante ou d'un bolide, décrire leur observation en assurant que le météore devait avoir un mètre

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de longueur sur un décimètre de largeur à la tête. De telles expressions ne satisfont pas du tout les conditions du problème. Quand on ne connaît pas la distance d'un objet, et c'est le cas général pour les astres, il n'y a qu'un seul moyen d'exprimer sa grandeur apparente : c'est de mesurer l'angle qu'elle occupe. Si plus tard on peut mesurer la distance, en combinant cette distance avec la grandeur apparente, on trouve la dimension réelle. La mesure de toute distance et de toute grandeur est intimement liée à celle de l'angle. Pour une distance donnée, la grandeur réelle correspond exactement à l'angle mesuré. Pour un angle donné, la grandeur correspond non moins exactement avec la distance. On conçoit donc facilement que la mesure des angles soit le premier pas de la géométrie céleste. Ici le vieux proverbe a raison : il n'y a que le premier pas qui coûte. En effet, l'examen d'un angle n'a rien de poétique ni de séduisant. Mais il n'est pas pour cela absolument désagréable et fastidieux. Du reste, tout le monde sait ce que c'est qu'un angle, tel que la Fig 50 par exemple, et tout le monde sait aussi que la mesure de l'angle s' exprime en parties de la circonférence. Une ligne Ox (Fig 51), mobile autour du centre O, peut mesurer un angle quelconque, depuis A jusqu'à M et jusqu'à B, et même au delà du demicercle, en continuant de tourner. On a divisé la circonférence entière en 360 parties égales qu'on a appelées degrés .

 

Ainsi, une demi−circonférence représente 180 degrés, le quart, ou un angle droit, représente 90 degrés ; un

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demi−angle droit est un angle de 45 degrés, etc. Sur le demi−cercle Amb on a tracé des divisions de 10 en 10 degrés, et même, pour les dix premiers degrés, au point A, on a pu tracer les divisions de degré en degré. Un degré, c ' e s t d o n c t o u t s i m p l e m e n t l a 3 6 0 e p a r t i e d ' u n e circonférence (Fig 52). Nous avons donc là une mesure i n d é p e n d a n t e d e l a d i s t a n c e . S u r u n e t a b l e d e 3 6 0 centimètres de tour, un degré c'est un centimètre, vu du centre de la table ; sur une pièce d'eau de 36 mètres de tour, un degré serait marqué par un décimètre, etc. L'angle ne change pas avec la distance, et qu'un degré soit mesuré sur le ciel ou sur ce livre, c'est toujours un degré. Comme on a souvent à mesurer des angles plus petits que celui de un degré, on est convenu de partager cet angle en 60 parties, auxquelles on a donné le nom de minutes . Chacune de ces parties a également été partagée en 60 autres, nommées secondes . Ces dénominations n'ont aucun rapport avec les minutes et les secondes de la mesure du temps, et elles sont fâcheuses à cause de cette équivoque.

 

Le degré s'écrit, en abrégé, par un petit zéro placé en tête du chiffre ((..)) ; la minute, par une apostrophe ((..)), et la seconde par deux ((..)). Ainsi, l'angle actuel de l'obliquité de l'écliptique, que nous avons étudié plus haut, et qui est de 2 3 degrés 27 minutes 13 secondes, s'écrit : (..). que cette notation soit bien comprise, une fois pour toutes ! je demande pardon à mes lecteurs (et surtout à mes lectrices) de ces détails un peu arides, mais ils n'étaient pas seulement

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nécessaires, ils étaient indispensables . Pour parler une l a n g u e , i l f a u t a u m o i n s l a c o m p r e n d r e . C o m m e l'astronomie se compose en principe de mesures, il faut que nous comprenions ces mesures. La chose n'est pas difficile, elle nous a seulement demandé un instant d'attention sérieuse. Un jour, le tyran de Syracuse ordonnait à l'illustre Archimède de lui épargner les principes mathématiques d'une leçon d'astronomie, qui promettait beaucoup, mais commençait un peu sévèrement. −« continuons, repartit Archimède sans modifier le ton professoral, continuons : il n'y a point ici de chemin privilégié pour les rois. » il n'y a, en astronomie, de chemin privilégié pour personne, et, si l'on tient à s'instruire, il est indispensable de bien connaître d'abord les principes des mesures géométriques, qui d'ailleurs, avouonsle, sont fort intéressants par eux−mêmes. Nous venons d' apprendre, bien simplement, ce que c'est qu'un angle. Eh bien !

 

Le disque de la lune mesure (..) ( 31 minutes 8 secondes) de diamètre, c'est−à−dire un peu plus d'un demi−degré. Il faudrait un chapelet de 344 pleines lunes posées l'une à côté de l' autre pour faire le tour du ciel, d'un point de l'horizon au point diamétralement opposé. Si maintenant nous voulons tout de suite nous rendre compte des rapports qui relient les dimensions réelles des objets à leurs dimensions apparentes, il nous suffira de remarquer que tout objet paraît d'autant plus petit qu'il est plus éloigné, et que lorsqu'il est éloigné à 57 fois son diamètre, quelles que soient d'ailleurs

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ses dimensions réelles, il mesure juste un angle de un degré. Par exemple, un cercle de 1 mètre de diamètre mesure juste 1 degré, si on le voit à 57 mètres de distance. La lune mesurant un peu plus de un demi−degré , on sait donc déjà, par ce seul fait, qu'elle est éloignée de nous d'un peu moins de 2 fois 57 fois son diamètre : de 110 fois. Mais cette notion ne nous apprendrait encore rien sur la distance réelle, ni sur les dimensions réelles de l'astre de la nuit, si nous ne pouvions mesurer directement cette distance. Remarque intéressante, cette distance est appréciée depuis deux mille ans , avec une approximation remarquable ; mais c'est au milieu du siècle dernier, en 1752, qu'elle a été établie définitivement par deux astronomes observant en deux points très éloignés l'un de l'autre, l'un à Berlin, l'autre au cap de Bonne−Espérance. Ces deux astronomes étaient deux français, Lalande et Lacaille. Considérons un instant la Fig 53. La lune est en haut, la terre en bas. L'angle formé par la lune sera d' autant plus petit que celle−ci sera plus éloignée, et la connaissance de cet angle montrera quel diamètre apparent la terre offre vue de la lune . On donne le nom de parallaxe de la lune à l'angle sous lequel on voit de la lune le demidiamètre de la terre. Formons une petite table des rapports qui relient les angles aux distances : (..). On se représentera donc la grandeur d'un angle de 1 degré en sachant qu'elle est égale à celle d'un homme de 1 m, 70 c, éloigné à 57 fois sa taille, c'est−à−dire à 97 mètres. Une feuille de papier carrée, de 1 décimètre de côté, vue à 5 m, 70, représente également la largeur de 1 degré. Un petit

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carré de carton, de 1 centimètre, vu à 34 mètres, représente 1 minute. Une ligne de 1 millimètre de largeur, tracée sur un tableau éloigné à 2 06 mètres, représente la largeur d'une seconde. En prenant un cheveu d'un dixième de millimètre d'épaisseur et en le portant à 20 mètres, la largeur de ce cheveu vu à cette distance représente également une seconde. Un tel angle est donc d'une extrême petitesse et invisible à l'oeil nu.

 

Cette appréciation des grandeurs angulaires nous servira dans la suite pour évaluer toutes les distances célestes . La parallaxe de la lune, étant de 57 minutes (presque un degré) p r o u v e q u e l a d i s t a n c e d e c e t a s t r e e s t d e ( . . ) demi−diamètres ou rayons de la terre ( 60, 27). En nombre rond, c'est trente fois la largeur de la terre. Comme le rayon de la terre est de 6371 kilomètres, cette distance est donc de 384000 kilomètres, ou 96000 lieues de 4 kilomètres. C'est là un fait aussi certain que celui de notre existence. Nous avons représenté cette distance de la lune à une échelle proportionnelle exacte. Sur ce petit dessin, la terre a été esquissée avec un diamètre de 6 millimètres, en ayant en f a c e l e m é r i d i e n q u i v a d e B e r l i n a u c a p d e Bonne−Espérance ; la lune, avec un diamètre égal aux trois onzièmes de celui de notre globe, c'est−à−dire à 1 mm, 6, a été placée à 180 millimètres de la terre, c'est−à−dire à 30 fois son diamètre. Telle est la proportion exacte qui existe entre la terre et la lune, comme volume et comme distance.

Continuer : partie 2 sur 7