Astronomie populaire
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Ce chapitre est long, il est donc découpé en 7 parties.
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personnages connus crurent si bien à la fin du monde, en 1 5 2 8 e t e n 1 5 7 7 , q u ' i l s l é g u è r e n t l e u r s b i e n s a u x monastères, sans réfléchir pourtant suffisamment, ... car la catastrophe serait sans doute arrivée pour tout le monde. L e s m o i n e s s e m o n t r è r e n t m e i l l e u r s p h y s i c i e n s , e t acceptèrent les biens de la terre en attendant les volontés du ciel.
Cependant, les idées astrologiques commençaient à être v i v e m e n t a t t a q u é e s . « o u i , d i s a i t G a s s e n d i , a u commencement du règne de Louis Xiv, oui, les comètes sont réellement effrayantes, mais par notre sottise. Nous nous forgeons gratuitement des objets de terreur panique, et, non contents de nos maux réels, nous en accumulons d'imaginaires. » « plût à Dieu, disait érasme un siècle plus tôt, que les guerres n'eussent d'autre cause que la bile des souverains, échauffée par quelque comète. Un habile médecin, avec quelque dose de rhubarbe, ramènerait bientôt les douceurs de la paix ! » en 1661, Mme De Sévigné écrivait à sa fille : ... etc. Vingt ans plus tard, cependant, les grands de la cour de Louis Xiv n'étaient pas tous aussi sages que Mazarin. On lit dans les chroniques de l'oeil−de−boeuf , à la date de 1680 : ... etc.
Le savant Bernouilli lui−même ne s'affranchit pas du préjugé et il le perpétue en disant que si le corps de la comète n'est pas un signe visible de la colère de Dieu, la queue pourrait bien en être un . C'est à cette comète que
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Whiston attribuait le déluge, en se fondant sur des calculs mathématiques aussi abstraits que peu fondés dans leur point de départ. Contemporain de Newton, à la fois théologien et astronome, cet anglais publia en 1696 une théorie de la terre où il se proposait d' expliquer par l'action d'une comète les révolutions géologiques et les événements du récit de la Genèse. Sa théorie était d' abord entièrement hypothétique, ne s'appliquant à aucune comète particulière, mais quand Halley eut assigné à la fameuse comète de 1680 une orbite elliptique parcourue en 575 ans, et que Whiston, remontant dans l'histoire, eut trouvé pour dates de ses apparitions anciennes l'une des époques fixées par les chronologistes pour celle du déluge, le théologien astronome n' hésita plus ; il précisa sa théorie et donna à cette comète, non seulement le rôle d'exterminatrice du genre humain par l'eau, mais encore celui d'incendiaire pour l'avenir. « lorsque l' homme eut péché, dit−il, une petite comète passa très près de la terre, et, coupant o b l i q u e m e n t l e p l a n d e s o n o r b i t e , l u i i m p r i m a u n mouvement de rotation. Dieu avait prévu que l'homme pécherait, et que ses crimes, parvenus à leur comble, demanderaient une punition terrible ; en conséquence, il avait préparé dès l'instant de la création une comète qui devait être l'instrument de ses vengeances. Cette comète est celle de 1680 . » comment se fit la catastrophe ? Le voici : soit le vendredi 28 novembre de l'an de péché 2349, soit le 2 décembre 2926, la comète coupa le plan de l'orbite de la terre en un point dont notre globe n'était éloigné que de
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3614 lieues. La conjonction arriva lorsqu'on comptait midi sous le méridien de Pékin, où Noé, paraît−il, demeurait avant le déluge. Maintenant, quel fut l'effet de cette rencontre ? Une marée prodigieuse s'exerça non seulement sur les eaux des mers, mais aussi sur celles qui se trouvaient au−dessous de la croûte solide. Les chaînes des montagnes d'Arménie, les monts Gordiens, qui se trouvaient les plus voisins de la comète au moment de la conjonction, furent ébranlés et s'entr' ouvrirent. Et ainsi « furent rompues les sources du grand abyme » . Là ne s'arrêta pas le désastre. L'atmosphère et la queue de la comète atteignant la terre et sa propre atmosphère, y précipitèrent des torrents, qui tombèrent pendant quarante jours ; et ainsi « furent ouvertes toutes les cataractes du ciel » . La profondeur des eaux du déluge fut, selon Whiston, de près de dix mille mètres. Quant à la conservation de tous les animaux du monde dans l'arche de Noé, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici le dessin aussi curieux que naïf tiré de l'apocalypse de Saint−Sever ( manuscrit du Xiie siècle). −on croyait encore à l'arche de Noé , au déluge universel et au paradis terrestre, il y a fort peu d' années. Maintenant, comment cette comète, qui a noyé une première fois le genre humain, pourra−t−elle nous incendier à une seconde rencontre ? Whiston n'est point embarrassé : elle arrivera derrière nous, retardera le mouvement de notre globe et changera son orbite. « la terre sera emportée près du soleil ; elle y éprouvera une chaleur d'une extrême intensité ; elle entrera en combustion. Enfin, après que les
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saints auront régné pendant mille ans sur la terre régénérée par le feu, et rendue de nouveau habitable par la volonté divine, une dernière comète viendra heurter la terre, l'orbite terrestre s'allongera excessivement, et la terre, redevenue comète, cessera d'être habitable. » on ne peut plus dire après cela que les comètes ne servent à rien ! L' ignorance des questions astronomiques était encore si générale au siècle dernier, qu'il n'y avait pas de sottise grossière qu'on ne répétât une fois qu'elle avait été dite et surtout une fois qu'elle avait été imprimée. Ne prétendit−on pas en 1736 que le soleil avait rétrogradé ? N'ajouta−t−on pas en 1768, que la planète Saturne était perdue avec son anneau et ses satellites ?
Tout le monde le crut, les écrits périodiques les plus recommandables propagèrent cette singulière nouvelle, et des hommes sensés, que leurs lumières semblaient mettre en garde contre un pareil bruit, s'en firent les échos dociles. Quelques années après, il se produisit à Paris une épouvante dont on n' avait peut−être jamais eu d'exemple ; ce fut au point que le gouvernement dut s'en mêler pour y mettre un terme, et cependant alors l'infatigable Messier découvrait comètes sur comètes et faisait perdre à ses astres chevelus l'importance attachée à leur antique rareté. Lalande, un de nos plus illustres astronomes, venait de publier un mémoire intitulé : réflexions sur les comètes . Ainsi qu'il le raconte lui−même, il n'avait fait que parler de celles qui, dans certains cas, pourraient approcher de la terre, mais on s'
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imagina qu'il avait prédit une comète extraordinaire, et que cette comète allait amener la fin du monde. Des premiers rangs de la société l'épouvante descendit jusqu'à la multitude, et il fut généralement convenu que la fatale comète était en route et que notre globe allait cesser d'exister. L'alarme générale avait pris de si grandes proportions que, par ordre du roi, Lalande se vit invité à expliquer sa pensée dans un mémoire destiné au public. Il n'en fallut pas moins pour rassurer les esprits timorés et faire reprendre au monde ses projets d'avenir un instant abandonnés. Nous pourrions facilement retrouver des exemples analogues en notre siècle. La peur des comètes est une maladie périodique qui ne manque jamais de revenir dans toutes les circonstances où l'apparition d'un de ces astres est annoncée avec quelque retentissement. Il est arrivé de nos jours une circonstance où la peur semblait, pour ainsi dire, scientifiquement justifiée ; nous voulons parler du retour de la petite comète de Biéla en 1832. En calculant l'époque de la future réapparition du nouvel astre, Damoiseau avait trouvé que la comète devait venir le 29 octobre 1832, avant minuit, traverser le plan dans lequel la terre se meut, et le seul endroit où une comète soit susceptible de rencontrer la terre. Le passage de l'astre devait, suivant le calcul, s'effectuer dans le plan, mais un peu en dedans de l'orbite de la terre et à une distance égale à quatre rayons terrestres et deux tiers. Comme la longueur du rayon de la comète était égale à cinq rayons terrestres et un tiers, il était de toute évidence que le 29 octobre 1833,
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avant minuit, une partie de l'orbite terrestre se trouverait occupée de la comète. Ces résultats, appuyés de toute l'autorité scientifique désirable, furent portés par les journaux à la connaissance des populations ; on peut imaginer la sensation profonde qu'ils produisirent. C'en était fait ! La fin des temps était proche ; la terre allait être brisée, pulvérisée, anéantie par le choc de la comète : tel fut le thème de toutes les conversations. Les esprits les plus forts en furent un instant ébranlés ! Mais une question restait à faire, et les journaux ne l'avaient ni posée, ni même prévue. En quel endroit de son immense orbite la terre se trouverait−elle le 29 octobre 1832, avant minuit, au moment où la comète franchirait cette orbite sur un de ses points ? −le calcul résolut bien vite cette difficulté. Arago écrivit dans l' annuaire pour 1832 : « le passage de la comète très près d' un certain point de l'orbite terrestre aura lieu le 29 octobre avant minuit ; eh bien ! La terre n'arrivera au même point que le 30 novembre au matin, c'est−à−dire plus d'un mois après . On n'a maintenant qu'à se rappeler que la vitesse moyenne de la terre dans son orbite est de six cent soixante−quatorze mille lieues par jour, et un calcul très simple prouvera que la comète passera à plus de vingt millions de lieues de la terre . » il arriva ainsi qu'il avait été prédit, et la terre en fut encore quitte pour la peur. L'histoire du passé, avouons−le, c'est toujours l'histoire du présent. Bien que le niveau général de l'intelligence se soit élevé, il reste encore dans le fond de la société une couche assez intense d' ignorance sur laquelle l'absurde, avec
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toutes les conséquences ridicules et souvent funestes qu'il entraîne, a toujours chance de germer. La peur irréfléchie, la peur non motivée est une de ces conséquences, et la peur est une folle conseillère. Un grand nombre de nos lecteurs p e u v e n t s e s o u v e n i r q u e l e r e t o u r d e l a c o m è t e d e Charles−Quint avait été annoncé par un mystificateur pour le 13 juin 1857. Ce jour−là même, la comète devait rencontrer la terre et la fin du monde devait s'ensuivre. Les populations des départements étaient véritablement plongées dans l'effroi, et même, à Paris, on ne cessait d'entendre parler de la comète avec terreur. La destruction de la terre par une comète a été annoncée, plus récemment encore, pour le 12 août 1872, sous le prétendu patronage de M Plantamour, de Genève, qui certainement était bien étranger à une telle annonce. On a eu peur ; mais on n'en a pas moins vécu comme d'habitude, et la date fatale s'est passée sans catastrophe. Nous examinerons plus loin, non plus au point de vue légendaire de la fin du monde, mais sous un aspect exclusivement scientifique, ce qui pourrait résulter de la rencontre d'une comète avec notre globe. Il y a dix−huit siècles, Sénèque était plus avancé qu'un grand nombre de ses successeurs.
Seul ou presque seul, ce philosophe avait opposé sa p u i s s a n t e l o g i q u e a u x i d é e s s u p e r s t i t i e u s e s d e s e s contemporains et à celles d'Aristote, qui attribuait ces astres à des exhalaisons de la terre. « les comètes, dit−il, se meuvent régulièrement dans des routes prescrites par la
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nature » , et, jetant un regard prophétique vers l'avenir, il affirme que la postérité s' étonnera que son âge ait méconnu des vérités si palpables. Il avait raison contre le genre humain tout entier, ce qui équivaut à peu près à avoir tort, et pendant seize siècles encore la question ne fit aucun progrès, même dans ce seizième siècle si hardi pour secouer le joug d'autorités bien autrement puissantes . Képler lui−même a p r è s 1 6 0 0 , K é p l e r l e l i b r e − p e n s e u r , l e n o v a t e u r a s t r o n o m i q u e , l ' i n v e n t e u r d e s l o i s q u i r è g l e n t l e s mouvements célestes, admit les pronostics et les influences cométaires ; et cependant on ne peut pas reprocher une faiblesse superstitieuse à celui qui osait dire aux théologiens attaquant la doctrine de Copernic et de Galilée : « ne nous compromettez pas avec les vérités mathématiques : la hache à qui l'on veut faire couper du fer ne peut pas ensuite entamer même du bois » .
Les observateurs du ciel, habitués à la grande régularité des mouvements des astres, à ce calme, à cette paix qui caractérisent les régions célestes, ne pouvaient voir sans surprise et sans effroi des astres qui semblent éclore subitement dans toutes les régions du ciel, dont la forme et les appendices diffèrent en aspect des autres astres, qui semblent suivis ou précédés de traînées lumineuses souvent immenses, enfin dont la marche, contraire à celle de tous les autres corps célestes mobiles, se termine par une disparition aussi brusque que leur arrivée a été subite. Il n'est point étonnant que la crainte prît naissance entre l' étonnement et
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l'ignorance, tant il est naturel de voir des prodiges dans les choses qui paraissent extraordinaires et inexplicables. Il faut avouer, du reste, que l'apparition d'une immense comète, telle que celle de 1811, par exemple, frappe d' étonnement tous ceux qui la contemplent. Sans recourir aux figures plus ou moins bizarres attribuées aux comètes apparues dans les siècles où la crédulité était si intense et le sentiment critique si peu développé, l'aspect simplement grandiose d'un visiteur céleste de la taille de celui−là explique et excuse les exagérations des craintes mettant en jeu la colère céleste ou les diables de l'enfer. Jugeons chaque époque dans sa clarté respective. Nous verrons plus loin que cette comète, dont nos pères se souviennent encore, ne mesurait pas moins de 44 millions de lieues de longueur. Pour faire disparaître le prodige, il fallait donc trouver les lois du mouvement des comètes ; c'est ce que fit Newton à l'occasion de la grande comète de 1680. Ayant constaté que, d'après les lois de l' attraction universelle, la marche de la comète devait être une courbe très allongée, il essaya, aidé de Halley, son collaborateur et son ami, de représenter mathématiquement la marche de l'astre nouveau, et il y réussit complètement. H a l l e y s ' e m p a r a a c t i v e m e n t d e c e t t e b r a n c h e d e l'astronomie et reconnut plus tard que la comète de 1682 était tellement semblable, dans sa marche autour du soleil, à deux comètes précédemment observées en 1531 et en 1607, que c'était sans doute la même comète, qui dès lors devait reparaître vers 1758.
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Par les travaux théoriques de Newton et par les calculs de Halley, la prédiction de Sénèque était accomplie : les comètes, ou du moins quelques−unes d'entre elles, suivaient des orbites régulières. Leur retour pouvait être prévu ; elles cessaient d' être des apparitions accidentelles ; c'étaient de vrais corps célestes à marche fixe et réglée. Le merveilleux disparaissait, ou, pour mieux dire, il se transformait. Halley avait calculé à grand'peine que l'action des planètes retarderait le prochain retour de la comète, et il l'avait prédit pour la fin de 1758 ou le commencement de 1759. Il fallait, avec les formules mathématiques perfectionnées, calculer exactement l' époque de ce retour. Clairaut entreprit et accomplit en maître la partie algébrique du problème ; mais il restait la tâche immense de calculer numériquement les formules. Deux calculateurs eurent ce courage : l'astronome Lalande et Mme Hortense Lepaute (qui, par parenthèse, a donné son nom à l'hortensia, rapporté des Indes par l'astronome Legentil). Pendant six mois , prenant à peine le temps de manger, les deux calculateurs mirent en nombres les formules algébriques de Clairaut. Celui−ci termina le calcul, trouva que Saturne retarderait son retour de cent jours, et Jupiter de cinq cent dix−huit, en tout six cent dix−huit jours de retard, c'est−à−dire que sa révolution serait d'un an et huit mois plus longue que sa révolution dernière, et qu'enfin son passage au périhélie aurait lieu vers le milieu d' avril 1759, à un mois près. Jamais prédiction scientifique n' excita une curiosité plus vive d'un bout de l'Europe à l' autre. la comète reparut ; elle traversa le chemin annoncé
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parmi les constellations ! Elle passa à son périhélie le 12 mars 1759, juste un mois avant le jour indiqué. « nous l'avons tous observée, écrivait Lalande, en sorte qu'il est hors de doute que les comètes ne soient véritablement des planètes qui tournent comme les autres autour du soleil. » −la comète de Halley, en se rendant à la prédiction des astronomes, ouvrit une nouvelle ère à l'astronomie cométaire. Cette prédiction était véritablement digne d'admiration. Que l'on se souvienne qu'à cette époque l'orbite de Saturne marquait la limite du système solaire (Voy cette figure), et l'on concevra la hardiesse qu'il y avait alors à lancer une comète à la distance où l'on voit courir cette courbe. L'orbite de cette comète est aujourd'hui complètement déterminée. Elle a accompli une révolution de 1759 à 1835. Son dernier passage au périhélie a eu lieu le 16 novembre de cette année−là, ce qui donne 28006 jours pour la révolution de 1759 à 1835, au lieu de 27937 qui s'étaient écoulés entre 1682 et 1759 : il y a eu une augmentation de 135 jours due à l'action de Jupiter et une diminution de 66 due à Saturne, Uranus et la terre. Le prochain retour doit arriver le 24 mai 1910 ; cette révolutionci devant être plus courte que les précédentes, ou de 27217 jours seulement, soit 74 ans et 6 mois, d'après les calculs de Pontécoulant. De 1835 à 1873 la comète s'est éloignée du soleil ; cette année−là, elle a atteint les ténèbres glacées de son aphélie, et depuis cette époque elle a commencé son voyage de retour vers les régions brillantes de la terre et du soleil. Nous la reverrons tous avec plaisir en 1910. Ainsi les comètes ont
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passé du domaine de la légende dans celui de la réalité.
étoiles filantes. Bolides. Uranolithes. Orbites des étoiles filantes dans l'espace. −pierres tombées du ciel. Dans la nuit limpide et transparente, une lointaine étoile semble se détacher des cieux, glisse en silence sous la voûte nocturne, file, file et disparaît. Le coeur éprouvé par les douleurs terrestres croit que le ciel se préoccupe de nos destinées et que l'étoile filante marque le départ d'une âme pour l'autre vie ; la jeune fille dont le regard pensif s'est attaché un instant sur le météore se hâte de formuler un voeu dans l'espérance de le voir rapidement exaucé ; le poète songe que les étoiles, fleurs du ciel, s'épanouissent dans les champs célestes, et croit voir leurs pétales lumineux emportés par les vents supérieurs dans la nuit infinie ; l'astronome sait que cet astre éphémère n'est ni une étoile ni une âme, mais une molécule, un atome cosmique, un fragment plus ou moins exigu en lui−même, mais dont l' enseignement peut être grand, s'il nous apprend d'où il vient et comment il rencontre ainsi notre terre sur son passage. L' apparition d'une étoile filante est un fait si fréquent, qu'il n'est aucun de nos lecteurs qui ne l'ait observé plusieurs fois . Peut−être quelques−uns ont−ils eu le privilège beaucoup plus rare de voir non seulement une étoile filante , mais un phénomène plus brillant, d'un effet assez émouvant : le passage d'un bolide enflammé traversant rapidement l'espace en répandant de tous côtés une étincelante lumière, globe de feu laissant une traînée lumineuse derrière lui et
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parfois éclatant par une explosion analogue à celle d'une fusée colossale, avec un tonnerre retentissant comme les sombres décharges de l' artillerie. Peut−être aussi quelques−uns ont−ils pu, par un hasard plus heureux et plus rare encore, ramasser un fragment de l'explosion d'un bolide, un uranolithe , ou minéral tombé du ciel. Voilà trois faits distincts, et qui paraissent liés néanmoins entre eux par des rapports d'origine. Le premier point à examiner dans l'étude des étoiles filantes, c'est de mesurer la hauteur à laquelle elles se montrent. Deux observateurs, placés en deux points éloignés l'un de l'autre, constatent chacun le trajet d'une étoile filante parmi les constellations. La ligne n'est pas absolument la même pour tous deux à cause de la perspective. En calculant la différence, on obtient la hauteur. En général, cette hauteur est de 120 kilomètres au commencement de l'apparition, et de 80 kilomètres à la fin du passage visible. Toutes les nuits de l' année ne se ressemblent pas quant au nombre des étoiles filantes.
Il y a dans ce nombre des périodicités annuelles, mensuelles et diurnes , constatées par de persévérants examinateurs du ciel, au nombre desquels nous devons tout p a r t i c u l i è r e m e n t c i t e r l ' o b s e r v a t e u r f r a n ç a i s Coulvier−Gravier. Les époques les plus remarquables sont la nuit du 10 août et le matin du 14 novembre. Ces dates fixes nous interdisent toute théorie qui chercherait à attribuer ce phénomène à une cause météorologique.
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L'apparition du mois d'août dure plusieurs jours, et elle a son maximum le 10 ; celle de novembre n'a lieu que dans la matinée du 14. Dans cette dernière, les météores ont été quelquefois si nombreux qu'on les a comparés à des pluies de feu. Depuis 1833 , on a étudié les récits des anciens chroniqueurs, et l' américain Newton a reconnu que les pluies de feu qui ont, à certaines époques, jeté l' épouvante parmi les populations, n'étaient autre chose que l' apparition des étoiles filantes de novembre. Cette apparition n' est pas également remarquable chaque année, mais son éclat varie périodiquement ; le maximum revient à peu près tous les trentetrois ans ; elle se renouvelle ensuite pendant plusieurs années, puis elle diminue graduellement, et enfin elle cesse de se faire remarquer pendant une longue période, pour se reproduire plus tard et repasser de nouveau par le maximum au bout de trentetrois ans. De plus, l'essaim d'astéroïdes du mois de novembre ayant une faible épaisseur, la terre ne met que quelques heures à la traverser ; aussi le maximum n'est−il visible que dans quelques régions circonscrites qui varient chaque année. L' apparition du mois d'août est plus constante, mais elle n'est jamais aussi brillante ; elle est aussi sujette à de curieuses fluctuations d'intensité. On a constaté que les trajectoires des différents météores divergent d'un même point du ciel qu'on appelle point d'émanation ou radiant . Ce point se trouve entre les constellations de Persée et de Cassiopée pour les météores du 10 août, et, pour ceux du 14 novembre, il se trouve dans celle du Lion. C'est pourquoi les étoiles filantes du 10 août
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sont quelquefois appelées les perséides, et celles du 14 novembre les léonides. On a déterminé un grand nombre d' autres points radiants pour les différentes époques de l'année.
Notre figure 309 représente celui du 27 novembre, observé en 1872 et 1885, débris de la comète de Biéla. Il ne faut pas croire que toutes les étoiles filantes partent, en réalité, du radiant ; seulement, leurs trajectoires prolongées se rencontrent toutes en ce même point, sauf un petit nombre qu'on désigne sous le nom d'étoiles sporadiques . Cette convergence est un effet de perspective : les trajectoires véritables sont sensiblement parallèles, mais elles paraissent diverger d'après la même loi qui nous montre comme divergents les rayons du soleil couchant passant entre les nuages, une allée d'arbres, etc. Les étoiles filantes doivent être de petits corps solides, car si elles étaient gazeuses, elles n'auraient pas la force de pénétrer si profondément dans notre atmosphère et se disperseraient avant de s'enflammer. On voit parfois une masse se diviser en deux ou trois parties, quelquefois davantage, chacune d'elles conservant une forme nettement définie : elles sont donc composées de substances compactes, capables de voler en éclats pendant leur combustion. On a souvent constaté aussi que là où les météores paraissent, il se forme de petits nuages qui persistent quelque temps après la disparition des météores et qui sont entraînés par les courants atmosphériques. Dans toutes les apparitions, on trouve une période diurne et une
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période annuelle. Dans la période diurne, le maximum a lieu de 3 heures à 6 heures du matin. La période annuelle consiste en ce que les météores sont plus nombreux dans la seconde partie de l'année que dans la première. Ces deux circonstances remarquables dérivent de ce que la terre r e n c o n t r e l e s e s s a i m s d e m a t i è r e m é t é o r i q u e p l u s directement le matin que le soir, et pendant le second semestre que pendant le premier.
Nous pouvons, en effet, comparer la terre passant à travers un essaim de ces corpuscules à un boulet de canon qui traverserait un essaim de moucherons ; il en rencontrera un bien plus grand nombre dans sa partie antérieure, et laissera un véritable vide derrière lui. Et si le boulet tourne sur lui−même, les points situés en avant, et qui par là se trouvent plus exposés aux chocs , varieront de la même manière. Le nombre horaire des étoiles filantes dépendra donc du point vers lequel la terre se dirige à chaque instant, par rapport à la verticale de l'observateur : il sera maximum lorsque ce point sera aussi voisin que possible du zénith. Si l'on voit des étoiles filantes dans la partie de la terre qui est opposée à celle où a lieu le maximum, c'est que leur vitesse est plus grande que celle du globe terrestre. Dès qu'elles atteignent les hauteurs de notre atmosphère, ces poussières cosmiques, toutes minuscules sans doute, et de la grosseur de têtes d'épingles, de grains de plomb, de balles peut−être, s ' e n f l a m m e n t p a r l e f r o t t e m e n t . D a n s u n e a n a l y s e remarquable comme tout ce qui émane de son esprit si
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judicieux, M Hirn a montré ( l'astronomie , numéro de juin 1883) qu'un bolide qui pénètre dans les hauteurs de notre atmosphère avec une vitesse relative de 30 km par seconde, comprime l'air en avant de sa marche au point de faire croître la pression de l'air depuis un centième d'atmosphère (supposé à 37 km de hauteur) jusqu'à 56 fois ce qu'elle est à la surface du sol, c'est−à−dire que la pression atmosphérique normale, qui est de 10333 kg par mètre carré, s'élèverait en amont d'un bolide de 1 m de surface à 582000 kg ! Cet accroissement de pression se traduit par un accroissement de chaleur considérable. La température de l' espace étant de (..) au−dessous de zéro, notre bolide, doué de cette température ultra−glaciale avant de toucher à notre atmosphère, arrive en quelques secondes à déterminer une chaleur de (..), chaleur que nos foyers les plus intenses ne pourraient pas produire. Cette élévation de chaleur serait atteinte lors même que le bolide ne ferait que traverser les couches les plus raréfiées des hauteurs aériennes, où la pression n'atteint même pas un millième d'atmosphère. à cent mille mètres de hauteur, une étoile filante devient visible à cause de cette transformation de son mouvement en chaleur et en lumière. Il en résulte comme conséquence qu'aucune étoile filante ne peut arriver jusqu'à terre : elles sont inévitablement évaporées avant de pénétrer jusqu'aux couches inférieures de notre atmosphère. D' abord, elles n'arrivent pas sur nous de face. La terre, croisant un essaim d ' é t o i l e s f i l a n t e s , l e c o u p e t o u j o u r s p l u s o u m o i n s obliquement. Ces corpuscules glissent en quelque sorte sur
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la rondeur extérieure de notre atmosphère, quelque traversable et raréfiée que soit cette limite, et ressortent après avoir suivi plutôt des tangentes que des sécantes. Les projectiles qui arrivent le plus de face pénètrent davantage et nous restent, mais ils sont évaporés, et leur vitesse est devenue nulle avant que la résistance de l'air leur ait permis d'atteindre le sol.
On les retrouve à l'état de poussières ferrugineuses microscopiques à la surface du sol. Remarquons maintenant que ces météores jouent un rôle beaucoup plus important qu'on n'était disposé à le croire autrefois. Il ne se passe pas une seule nuit, une seule heure, une seule minute, sans chute d'étoile. Le globe terrestre vogue au sein d'un espace plein de corpuscules divers circulant dans tous les sens, les uns en courants elliptiques d' inclinaisons variées, les autres dans le plan même de l' écliptique, comme on le voit par la lumière zodiacale, qui s' étend depuis le soleil jusqu'au delà de l'orbite terrestre. En énumérant le nombre des étoiles filantes que l'on voit au−dessus d'un horizon donné, pendant les différentes nuits de l'année, en calculant le nombre d'horizons analogues qui embrasseraient la surface entière du globe, en tenant compte des directions des étoiles filantes, des variations mensuelles, etc., un éminent géomètre américain, M Simon Newcomb, a démontré qu'il ne tombe pas moins de cent quarante six milliards ( 146000000000) d'étoiles filantes par an sur la terre ! On a vu plus haut quelle splendide averse d'étoiles filantes est arrivée
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le 27 novembre 1872, ainsi que le 27 novembre 1885. Celle de la nuit du 12 au 13 novembre 1833 avait été plus merveilleuse encore. Les étoiles étaient si nombreuses, elles se montraient dans tant de régions du ciel à la fois, qu'en essayant de les compter on ne pouvait guère espérer d'arriver qu'à de grossières approximations. L'observateur de Boston (Olmsted) les assimilait, au moment du maximum, à la moitié du nombre de flocons qu'on aperçoit dans l'air p e n d a n t u n e a v e r s e o r d i n a i r e d e n e i g e . L o r s q u e l e phénomène se fut considérablement affaibli, il compta 650 étoiles en 15 minutes, quoiqu'il circonscrivît ses remarques à une zone qui n' était pas le dixième de l'horizon visible, et il évalue à 8660 le nombre total pour tout l'hémisphère visible. Ce dernier chiffre donnerait par heure 34640 étoiles. Or, le phénomène dura plus de sept heures ; donc, le nombre de celles qui se montrèrent à Boston dépasse deux cent quarante mille ! En arrivant dans l'atmosphère terrestre, ces petits corps s' échauffent par le frottement, et leur mouvement ralenti se transforme en chaleur. Si l'étoile filante ne pèse que quelques grammes ou moins encore, elle est entièrement volatilisée et s' évapore dans l'air ; si c'est un bolide plus lourd, il résiste, mais toute sa surface extérieure fond et se couvre d'une couche de vernis. En supposant qu'un bolide de 1 décimètre de rayon, de densité égale à 3, 5, entre dans l'atmosphère avec une vitesse de 50000 mètres par seconde, on trouve qu'il développe subitement une chaleur égale à 4397000 calories et doit perdre 49000 mètres de vitesse en arrivant à 15000 mètres de hauteur, de
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sorte qu'il n'atteint la surface du sol qu'avec la faible vitesse de 5 mètres, ce qui explique le peu de profondeur des brèches que les uranolithes ouvrent en arrivant à terre. Il importe, en effet , de distinguer entre la vitesse sidérale des bolides à leur arrivée, et celle de leur chute après leur explosion. Voyons maintenant comment et pourquoi ces apparitions reviennent périodiquement à des dates fixes, pendant plusieurs années, et subissent les intermittences que nous avons signalées. Autrefois, les astronomes regardaient les étoiles filantes comme circulant autour du soleil dans des orbites elliptiques presque circulaires , avec une vitesse analogue à celle de la terre. Le professeur Schiaparelli, de Milan, frappé de leur vitesse, qui suppose une orbite parabolique, ainsi que nous l'avons fait remarquer, soupçonna, en 1866, qu'elles pouvaient avoir, comme les comètes, une origine étrangère à notre système, et en détermina la théorie suivante. Supposons une masse nébuleuse ou formée de corpuscules quelconques, située à la limite de la sphère d' action de notre soleil, et qui, douée d'un faible mouvement relatif, commence à ressentir l'attraction solaire ; son volume étant très considérable, ses points sont situés à des distances très différentes. De là il résulte que, lorsqu'elle commencera à tomber vers le soleil, les points inégalement distants acquerront avec le temps des vitesses inégales. Malgré ces différences, le calcul prouve que les distances périhélies des différents corpuscules seront t r è s p e u m o d i f i é e s , e t l e s o r b i t e s s e r o n t t e l l e m e n t semblables, que les molécules se suivront l'une l' autre,
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formant une espèce de chaîne ou de courant qui emploiera un temps extrêmement long à passer autour du soleil. Une masse dont le diamètre aurait été égal à celui du soleil emploierait plusieurs siècles à exécuter ce mouvement. Ce courant représentera physiquement et visiblement l'orbite des corpuscules météoriques, de même qu'un jet d'eau représente la trajectoire parabolique de chaque molécule comme projectile isolé . Si, dans son mouvement de translation, la terre vient à rencontrer cette espèce de procession de corpuscules, elle passera à travers, et un certain nombre d'entre eux la rencontreront, leur vitesse propre se combinant avec celle du globe terrestre. Si la chaîne est très longue, la terre la traversera ainsi chaque année au même point, rencontrant à chaque passage des corpuscules différents de ceux qui s'y trouvaient l' année précédente. Il est alors facile de calculer la position de ce courant. M Cshiaparelli a fait ces calculs pour les deux courants d'août et de novembre, et par une heureuse circonstance , il a trouvé que deux comètes très connues ont des orbites coïncidant précisément avec ces deux chaînes de météores. La première est la grande comète de 1862, qui passa au périhélie le 23 août de la même année, et dont la révolution est de 121 ans. Son orbite coïncide avec celle des météores du 10 août. La seconde est celle qui parut en 1866, dont la période est de trente−trois ans et qui fait partie des météores de novembre. Ce résultat inattendu apporta une grande lumière sur la nature des étoiles filantes et leur correspondance avec les orbites cométaires. On en conclut
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aussitôt que les comètes, comme les étoiles filantes, doivent être des amas de météores dérivés de masses nébuleuses étrangères à notre système planétaire. On pouvait opposer à cette identité que l'analyse spectrale des comètes montre qu'elles sont formées, au moins en partie, de matière gazeuse, tandis que les étoiles filantes doivent être solides, mais le spectroscope même a résolu cette difficulté. En effet, outre que ces matières pierreuses peuvent être enveloppées par une atmosphère gazeuse et nébuleuse à laquelle on peut attribuer le spectre cométaire, l'analyse spectrale prouve que leur masse contient une grande quantité de gaz cométaires dans leurs pores, gaz qui se développent par la simple application d' une chaleur même très modérée. Enfin, on a constaté que plusieurs météorites contenaient du charbon, comme celle du cap et celle d'orgueil. Or, cette substance a pu se vaporiser lors du passage de la comète au périhélie et donner le spectre observé. La multiplicité des noyaux dans certaines comètes est encore favorable à cette hypothèse. Outre les deux comètes indiquées ci−dessus, on en a trouvé plusieurs autres dont les orbites coïncident avec des courants de météores ; ainsi l' essaim des étoiles filantes du 20 avril, dont le centre d' émanation se trouve dans la constellation d'Hercule, se rattache à la comète I de 1861. On se souvient aussi que le jour où la terre devait traverser l'orbite de la comète de Biéla, le 27 novembre 1872, eut lieu la fameuse pluie d' étoiles filantes dont nous avons parlé, de sorte qu'il est avéré que, si nous n'avons pas rencontré la tête de la comète en
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retard, nous avons au moins traversé le courant qui lui fait suite. Il en a été de même en 1885. Mais il ne faut pas se flatter de trouver une comète pour chaque apparition d'étoiles filantes. Les perturbations des grosses planètes sont très considérables sur des corps aussi légers, et, depuis tant de siècles que les courants météoriques sont entrés dans notre système solaire, elles ont dû en modifier l'état primitif. La force répulsive exercée par le soleil sur la chevelure d'une comète et qui en chasse les particules pour commencer la queue surpasse celle de l'attraction solaire, et à une distance relativement faible du noyau de la comète l'attraction de ce noyau ne doit plus être capable de conserver cette substance. Que devient−elle ? Elle doit se disséminer dans l'espace. à chacun de ses passages au périhélie, une comète doit donc perdre une partie de sa substance, et le fait est que toutes les comètes à courte période sont faibles et pour ainsi dire télescopiques. D' après les fantastiques descriptions des anciens chroniqueurs, il est certain que, dans ces apparitions anciennes, la comète de Halley devait être incomparablement plus grande, plus brillante et plus étonnante que dans ses deux derniers retours de 1759 et 1835. Ainsi il est presque certain que les comètes diminuent de grandeur à chacun de leurs voyages près du soleil. Nos lecteurs se rendront compte des orbites des étoiles filantes et de celles des comètes auxquelles elles sont associées, par nos figures 31 1, 312 et 313 qui représentent la forme et la position de ces orbites relativement à celle de la terre. Nous pouvons donc admettre que les comètes et les
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étoiles filantes (qui en sont la désagrégation) viennent des e s p a c e s i n f i n i s e t o n t é t é i n c o r p o r é e s d a n s n o t r e système−lorsqu'elles décrivent des orbites fermées−par l'influence d'une planète. Ainsi, pour l' essaim des étoiles filantes du 14 novembre, Le Verrier a calculé qu'il a pénétré pour la première fois dans notre système , l'an 126 de notre ère, en un point voisin de celui où se trouvait alors la planète Uranus, et que c'est cette planète qui a transformé la parabole en une orbite elliptique. Si la planète ne s'était pas trouvée là, elles auraient continué leur chemin suivant la ligne ponctuée (Fig 314). L'influence d' Uranus continuant d'agir a déplacé l'orbite, depuis l'an 12 6, de la droite vers la gauche, comme on le voit sur la figure.
Cependant, certaines comètes et des étoiles filantes pourraient être aussi des produits volcaniques des planètes, comme nous le verrons tout à l'heure pour les uranolithes.
Tel est le cours de ces minuscules étoiles filantes, cours aujourd'hui parfaitement déterminé, comme on le voit. Leçon profonde autant qu'inattendue ! L'étoile filante elle−même ne glisse pas au hasard, emportée par un souffle arbitraire : elle décrit une orbite mathématique aussi bien que la terre ou le colossal Jupiter. Tout est réglé, ordonné par la loi suprême ; et, qui sait ? Peut−être chacune de nos frêles existences, chacune de nos éphémères actions, est−elle aussi déterminée par l'invisible nature, qui jette l'étoile au ciel, l'enfant au berceau, le vieillard à la tombe...
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cette addition perpétuelle d' étoiles filantes n'est pas sans conséquences pour notre planète : elle doit accroître lentement le volume et la masse de la terre .
Arrivons maintenant aux bolides et aux uranolithes. Un corps lumineux de dimensions sensibles traverse rapidement l'espace en répandant de tous côtés une vive lumière ; c'est comme un globe de feu dont la grosseur apparente est souvent comparable à celle de la lune. Ce corps laisse habituellement derrière lui une traînée lumineuse très sensible. Souvent, pendant ou immédiatement après son apparition, il se produit une explosion, et même quelquefois plusieurs explosions successives, que l'on entend à de g r a n d e s d i s t a n c e s . S o u v e n t a u s s i l ' e x p l o s i o n e s t accompagnée de la division du globe de feu en fragments lumineux, plus ou moins nombreux, qui semblent projetés dans diverses directions. Ce phénomène constitue ce qu'on nomme un météore proprement dit, ou un bolide . Il se produit aussi bien le jour que la nuit ; seulement, la lumière qu'il occasionne est singulièrement affaiblie dans le premier cas par la présence de la lumière solaire ; et ce n'est que lorsqu'il se développe avec une intensité suffisante que l'on peut s'en apercevoir. D' un autre côté, on trouve quelquefois sur la terre des corps solides, de nature pierreuse ou métallique, qui ne paraissent avoir rien de commun avec les terrains sur lesquels ils reposent.
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De temps immémorial, le vulgaire a attribué à ces corps une origine extra−terrestre ; on les a considérés comme des pierres tombées du ciel ; il y a plus de deux mille ans, les grecs vénéraient la fameuse pierre tombée du ciel dans le fleuve Aegos ; au moyen âge, les chroniqueurs nous ont conservé de naïfs dessins de ces chutes inexpliquées ; plusieurs naturalistes les désignaient sous les noms de pierres de foudre, pierres de tonnerre , parce qu' on les regardait comme des matières lancées par la foudre. On avait, il est vrai, confondu sous le même nom les pyrites ferrugineuses que l'on trouve en si grand nombre dans les terrains de craie ; mais cette vieille confusion n'empêchait pas l'existence réelle de fragments pierreux ou ferrugineux authentiquement tombés du ciel. Remarque assez curieuse, les anciennes traditions, les histoires de l'antiquité et du moyen âge, les croyances populaires avaient beau parler de pierres tombées du ciel , de pierres de l'air, « aérolithes » , les savants n'en voulaient rien croire. Ou bien ils niaient le fait lui−même, ou ils l'interprétaient tout autrement, regardant les corps tombés sur la terre comme lancés par des éruptions volcaniques, enlevés au sol par des trombes ou encore produits par certaines condensations de matières au sein de l'atmosphère.
En 1790 l'illustre Lavoisier, et en 1800 l'académie des sciences tout entière, déclaraient ces faits absolument a p o c r y p h e s . D è s 1 7 9 4 , C h l a d n i p r o u v a l ' o r i g i n e extraterrestre de ces mystérieux apports. Cette incrédulité
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presque générale des savants céda, lorsque Biot lut à l'académie des sciences son rapport sur la chute mémorable qui eut lieu à Laigle, dans le département de l'Orne, le 26 avril 1803. à la suite d'une enquête minutieuse faite sur les lieux, on put, en effet, constater la parfaite exactitude des circonstances rapportées par la rumeur publique sur cette chute si remarquable.
De nombreux témoins étaient là pour affirmer que, quelques minutes après l'apparition d'un grand bolide, se mouvant du sud −est au nord−est et qu'on avait aperçu d'Alençon, de Caen et de Falaise, une explosion effroyable, suivie de détonations pareilles au bruit du canon et à un feu de mousqueterie, était partie d'un nuage noir isolé dans le ciel très pur. Un grand nombre de pierres météoriques avaient ensuite été précipitées à la surface du sol, où on les avait ramassées encore fumantes, sur une étendue de terrain qui ne mesurait pas moins de trois lieues de longueur. La plus grosse de ces pierres pesait moins de dix kilogrammes. D e p u i s , d e n o m b r e u s e s c h u t e s o n t é t é n o n m o i n s authentiquement constatées. Il ne se passe pas une seule année sans qu'on en reçoive plusieurs et sans qu'on ramasse un ou plusieurs morceaux, quelquefois brisés sur des rochers, quelquefois enfoncés sous le sol à plusieurs pieds de profondeur. Le 23 juillet 1872, par une belle journée d'été, il en est tombé un auprès de Blois, à Lancé, après une explosion telle qu'elle a été entendue de 80 kilomètres à la ronde. Il pesait 47 kilos, était tombé à 15 mètres d'un berger,
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naturellement stupéfait, et s'était enfoncé de 1 m, 60 dans un champ. Le 31 avril suivant, il en est tombé un près de Rome, avec un tel bruit, que les paysans crurent « que la voûte du ciel s'écroulait » ; sa vitesse était de 59500 mètres par seconde à son arrivée dans l'atmosphère terrestre, et l' explosion l'a brisé en fragments : ce bolide est arrivé à 5 h 15 m du matin, d'une hauteur verticale de 184 kilomètres audessus de Rome, et, ce qu'il y a de plus curieux, c'est que, une heure et demie auparavant, on avait vu sur la mer, dans la direction d'où le bolide est arrivé, une masse lumineuse, intense et immobile. Le 14 mai 1864, le bolide tombé à Orgueil (Tarn−Et−Garonne) a été vu à une hauteur de 65 kilomètres et aperçu de Gisors (Eure), à 500 kilomètres de distance. Le 3 1 janvier 1879, il en est tombé un à Dun−Le−Poëlier (Indre) auprès d'un cultivateur qui se crut mort. Le 6 avril 1885 à Chandpur, Indoustan, une chute, accompagnée d'un coup de tonnerre et d'un éclair, effraya les indiens, qui voyant tomber du ciel un objet enflammé, se précipitèrent, le trouvèrent enfoncé dans le sol et tout brûlant. Le 7 juillet suivant, un petit uranolithe tomba dans la prison de Valle, en Espagne et fut ramassé par les prisonniers. Le 22 novembre 1886, il tomba en Russie, à Nowo−Urei, gouvernement de Penza, des uranolithes contenant des diamants ! ( Voy l'astronomie, 1 888, P 311). Nous pourrions facilement multiplier ces exemples.
On donne généralement à ces minéraux tombés du ciel les noms d' aérolithes et de météorites. Le titre d'uranolithes
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leur convient mieux, par droit d'étymologie. Ces masses ne sont pas insignifiantes, comme on peut en juger par les échantillons suivants : 1 uranolithe ferrugineux trouvé en 1866 au milieu d'une plaine de sable du Chili et pesant 104 kilogrammes, envoyé à Paris à l'exposition de 1867 et actuellement au muséum de Paris. Hauteur : 48 centimètres. 2 uranolithe pierreux, tombé à Murcie (Espagne) le 24 décembre 1858, pesant 114 kilogrammes, envoyé également à l'exposition de 1867 et rapporté au musée de Madrid. 3 u r a n o l i t h e t o m b é l e 7 n o v e m b r e 1 4 9 2 à E n s i s h e i m (Haut−Rhin), devant l'empereur Maximilien, à la tête de son armée (miracle historique, présage de la victoire : c'eût été plus curieux encore s'il était tombé juste sur la tête de l'empereur), pesant 158 kilogrammes.
On le plaça d'abord dans l'église, comme une relique, et il est aujourd'hui au musée minéralogique de Vienne. 4 plusieurs milliers de pierres sont tombées le 9 juin 1866 à Kniahynia ( Hongrie), au milieu d'un épouvantable bruit de tonnerre : le plus gros fragment, qui figure à Vienne à côté du précédent, pèse 293 kilogrammes. 5 bloc de fer météorique qui servait depuis un temps immémorial de banc à la porte de l'église de Caille (Alpes−Maritimes). Son poids est de 625 kilogrammes.
Il a été transporté à Paris. (nous en avons donné le dessin plus haut, P 391). 6 le musée minéralogique de Londres possède une masse de fer trouvée en 1788 à Tucaman
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(république Argentine) , qui pèse 635 kilogrammes. 7 masse de fer météorique trouvée par Pallas en Sibérie en 1749 (c'est l'un des premiers aérolithes reconnus). Il pesait 700 kilogrammes, et les fragments qu'on a détachés l'ont réduit à 519. Il fait partie de la collection de Paris. 8 uranolithe de 7 5 0 k i l o g r a m m e s t o m b é e n 1 8 1 0 à S a n t a R o s a (Nouvelle−Grenade). Son volume est à peu près le dixième d'un mètre cube. 9 uranolithe de 7 80 kilogrammes, qui servait d'idole dans l'église de Charcas ( Mexique), enlevé par les soins du trop célèbre commandant en chef de l'expédition du Mexique, et actuellement à Paris.
Hauteur : 1 mètre. 10 uranolithe de 1 mètre de diamètre, tombé le 25 décembre 1869 à Mourzouk, près d'un groupe d' arabes effrayés. 11 uranolithe découvert en 1861 près de Melbourne (Australie). Deux fragments, pesant ensemble trois mille kilogrammes , dont l'un est à Melbourne et l'autre à Londres au musée britannique. 12 le plus lourd uranolithe authentique que l'on possède dans les collections est celui que l'on a découvert en 1816 à Bendego, près Bahia, au Brésil, et que l'on a transporté en 1886 à Rio De Janeiro : il p è s e 5 3 6 0 k i l o g r a m m e s . O n e n a v u u n m o u l a g e à l'exposition de 188 9. à ces uranolithes, pesés, analysés et classés, nous pouvons adjoindre deux autres fragments planétaires qui sont plus considérables encore : l'un, pesant plus de dix mille kilogrammes, est tombé en Chine, vers la source du fleuve Jaune , et mesure 15 mètres de hauteur. Les mongols, qui l'appellent le rocher du nord , racontent que
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cette masse tomba à la suite d'un grand feu du ciel. Le troisième gît dans la plaine de Tucaman (Amérique Du Sud) et pèse environ 15000 kilogrammes . Des savants ont associé à ces masses les énormes blocs de fer natif de dix, quinze et vingt mille kilogrammes trouvés en 1870 , par le professeur Nordenskiold, à Ovifalk (Groënland), sur le rivage de la mer ; mais ces blocs de fer natif sont d'origine terrestre. Plus authentiques sont les vingt−cinq mille kilogrammes de fer trouvés en 1875 sur une montagne de la province de Sainte−Catherine, au Brésil, partagés en quatorze blocs orientés en ligne droite. On voit que, tout en ayant commencé par des fragments de quelques grammes, on arrive ici à des masses respectables. Il a dû, au surplus, tomber de temps immémorial des quantités de fer céleste, car les premiers instruments de fer fabriqués par les hommes ont été faits en fer météorique, et l'ancien mot par lequel on désignait ce métal, le mot sidéros , signifie astre aussi bien que fer . Il résulte de plusieurs centaines d'analyses, dues aux chimistes les plus éminents, que les météorites n'ont présenté aucun corps simple étranger à notre globe. Les éléments qu'on y a reconnus avec certitude jusqu'à présent sont au nombre de 22. Les voici , à peu près suivant leur quantité : le fer en constitue la partie dominante ; puis viennent : le magnésium ; −le silicium ; −l'oxygène ; −le nickel, qui est le principal compagnon du fer ; −le cobalt ; −le chrome ; −le manganèse ; −le titane ; −l'étain ; −le cuivre ; −l'aluminium ; −le potassium ; −le sodium ; −le calcium ; −l'arsenic ; −le phosphore ;
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−l'azote ; −le soufre ; −des traces de chlore, et enfin du carbone et de l'hydrogène. d'autre part, M De Konkoly a analysé au spectroscope plusieurs centaines d'étoiles filantes, et trouvé dans leurs noyaux un spectre continu, avec les lignes du sodium, du magnésium, du strontium, du lithium et du fer. La densité des uranolithes varie de 3 à 8, celle de l' eau étant prise pour unité ; elle est plus forte que celle des terrains du globe terrestre qui forment les couches extérieures que nous connaissons et s'étend jusqu'à celle des couches inférieures. M Daubrée, qui a rassemblé, au muséum de Paris, des échantillons de 260 chutes, a classé ces corps en différents types suivant la quantité de fer qu'ils renferment : 1 les holosidères , entièrement composés de fer pur, pouvant être forgé directement (le nickel y est toujours associé ; on n' a jamais trouvé sur la terre de fer natif aussi pur) ; échantillons rares ; − 2 les syssidères , composés d'une pâte de fer dans laquelle il y a des parties pierreuses, ordinairement du péridot, ressemblant à des scories ; − 3 les sporadosidères , composés d'une pâte pierreuse, dans laquelle le fer, au lieu d'être continu, est disséminé en grenailles ; très fréquents ; − 4 les asidères , dans lesquels il n'y a pas de fer du tout, comme l'aérolithe d'orgueil ; très rares.